Chapitre 263
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 263 : Changement, changement, changement.
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Depuis des siècles, les meilleurs stratèges, chefs militaires et commandants du continent rêvaient de créer des corps de mages.
Autrement dit, ils essayaient de rassembler des mages et de les organiser en groupes armés sous leurs ordres.
« Si nous réunissons des mages pour former une armée, nous pourrions créer une force capable de rivaliser avec un ordre de chevalerie ! »
Le premier idiot à avoir eu cette idée la mit en œuvre à la lettre.
Il parcourut le continent, rassembla des gens connus pour leur maîtrise des sorts et leur promit toutes sortes de choses.
Il leur proposa aussi bien des terres et des provisions que de les aider à réaliser leurs souhaits les plus chers.
Des dizaines de mages se réunirent et formèrent un seul groupe.
C’est ainsi que naquit le Ventre du Démon.
Bien sûr, il ne s’était pas appelé ainsi dès le départ.
« Appelons-le la Tour de la Sagesse. »
D’après ce qu’on racontait, c’était son nom d’origine. Mais, plus tard, les historiens baptisèrent cet endroit le Ventre du Démon.
Pourquoi ?
Parce que ces foutus mages s’y étaient réunis, avaient fait leurs petites affaires, puis un démon et douze Balroks en avaient jailli. Le nom était donc bien trouvé.
Celui qu’on appelait le Démon sans nom, parce que les gens de l’époque n’avaient même pas eu le loisir de lui en donner un, ravagea trois territoires voisins, bâtit une armée de morts-vivants et revendiqua le titre de Père des morts.
Les douze Balroks qui le servaient combattirent eux aussi conformément à leur nature : c’étaient des créatures nées pour se battre, combattre et faire la guerre.
L’événement se situait entre la légende et l’histoire, sans jamais tout à fait devenir un mythe.
Et ce démon existait toujours.
Finalement, les ordres de chevalerie de tout le continent partirent en campagne pour repousser le démon surnommé Père des morts, ou Dernière porte de la vie.
Le démon livra bataille encore et encore, puis se replia dans la Terre Maudite.
C’est ainsi que celui qu’on appelait le Père des morts finit par s’enrouler tout au fond de la Terre Maudite.
[Parce qu’il possédait un corps et une âme éternels et immortels, ce démon ne pouvait jamais être tué par des mains humaines.]
C’est souvent en ces termes qu’on parlait de ce démon.
On aurait aimé que les gens en tirent une leçon, mais même après cela, beaucoup tentèrent encore d’organiser des mages.
Certains auraient réussi, paraît-il, mais qui sait. Aucune de ces histoires ne se termina vraiment bien.
Rébellions, sorts incontrôlables, mages qui s’entretuaient sans que personne le leur ait demandé.
« Ce sont des éléments instables et incontrôlables. »
Plus tard, l’Empire employa officieusement cette expression pour désigner les mages. Une période de chasse aux sorcières et de répression de la magie s’ensuivit même.
À présent, la plupart des gens baissaient les yeux en croisant une sorcière, la craignaient et continuaient pourtant de la révérer.
Il en allait de même pour les mages.
Alors, quelle leçon en tirer ?
« Les mages sont capricieux, n’en font qu’à leur tête et attirent les ennuis comme personne. Ils peuvent partir dans n’importe quelle direction. »
Malgré tout, certains nouaient encore des liens secrets avec des mages ou créaient un poste de mage de cour dans leur royaume.
Mais, en général, on considérait que ces relations étaient, au mieux, purement intéressées.
En y songeant, Enkrid observa Esther.
Après qu’il eut terrassé une Grenouille avec le commandant de compagnie elfe, le salaud était toujours inconscient.
Et puis il y avait Esther.
Pour une raison ou une autre, cette panthère ne faisait que le fixer.
J’ai quelque chose à lui reprocher.
Il le sentait, sans qu’elle ait besoin de prononcer un mot.
Son Sixième Sens et son intuition, un nouvel œil né du brouillage, du mélange et de la fusion de ses cinq sens, le lui indiquaient.
Qu’est-ce qu’elle a ?
« Oh-ho. »
Juste avant de se séparer, le commandant de compagnie elfe lâcha une exclamation indéchiffrable.
« À bientôt, fiancé à l’oignon. Je prie pour le jour où je pourrai vous éplucher encore et encore, jusqu’à vous voir enfin nu. »
Pourquoi lui adressait-elle cette prière ?
Enkrid se le demanda, mais cet être n’était pas quelqu’un à qui une personne normale pouvait parler avec un bon sens ordinaire.
« Vous devriez rentrer. »
Il la congédia d’un geste brusque.
Elle avait aussi proposé qu’ils interrogent ensemble la Grenouille, et il avait accepté.
De retour à la caserne, Esther continua de lui lancer des regards étranges, ce qui lui rappela toutes ces histoires anciennes de mages provoquant des catastrophes.
N’était-elle pas, elle aussi, une sorcière capable de faire n’importe quoi à tout moment ?
« Pourquoi ? »
Il posa donc la question.
Mieux valait demander franchement que laisser les choses s’envenimer à coups de sous-entendus et de détours. C’était tout Enkrid.
Plus il y pensait, plus il se disait qu’elle restait une sorcière.
Une sorcière capable de se transformer en panthère.
Une sorcière qui, pour une raison obscure, préférait être une panthère plutôt qu’une humaine.
C’était une idée fausse.
Esther devait garder sa forme bestiale à cause d’une malédiction. Ce n’était pas par goût.
Cela dit, toute chose avait deux faces : si quelque chose avait des avantages, elle avait aussi des inconvénients.
Autrement dit, la malédiction de la bestialisation n’était pas entièrement néfaste.
Pour une sorcière de génie qui vivait avec son Monde des sorts ouvert depuis avant même d’avoir atteint sa pleine maturité, tirer parti d’une malédiction était facile.
Et, bien sûr, tout cela avait été déclenché par l’homme qui se trouvait devant elle.
Pourquoi ?
Au début, elle n’avait rien d’autre qu’une question.
Quand il la tenait dans ses bras, le pouvoir de sa malédiction faiblissait. Si la malédiction était un nœud de fils emmêlés, alors ces brins tordus commençaient d’eux-mêmes à se défaire.
Si elle les avait tranchés de force, son monde aurait été souillé et endommagé. Mais en trouvant le point de départ et en les démêlant lentement, elle ne courait aucun risque.
Cet homme était capable de dénouer sans peine les fils de sa malédiction.
C’est ainsi qu’elle s’était endormie et réveillée dans ses bras, et qu’elle se trouvait maintenant ici.
Pourquoi ?
La question persistait. Pour une sorcière, ce genre de question était un poison.
Elle devait donc creuser.
Elle devait continuer à y réfléchir. C’était la bonne réponse.
Bien sûr, elle ne pouvait pas se contenter de réfléchir.
Elle modifia l’entité invoquée qu’elle avait d’abord placée dans son Monde des sorts, puis rassembla de nombreux objets capables d’augmenter le temps qu’elle pouvait passer sous forme humaine.
Ce n’était toujours pas suffisant, mais à moins que quelqu’un ne fasse venir un prétendu maître en alchimie, elle avait déjà réuni tout ce qui était disponible à l’heure actuelle.
Ensuite, elle devait affiner de nouveau son Monde des sorts.
Elle ne pouvait pas se permettre de se faire surprendre encore une fois par une malédiction aussi minable.
Esther avait aussi des objectifs.
Ce qu’elle devait faire après avoir vaincu la malédiction. En gros, il y avait deux choses.
La première, c’était la vengeance.
Elle devait enfoncer une flèche enflammée dans le crâne du salaud qui lui avait fait ça.
La seconde suivait une autre voie, mais c’était la raison ultime qui l’avait poussée à apprendre la magie.
« Le monde doit se soumettre au règne de la magie. »
Bâtir une nouvelle fois un monde grâce aux sorts.
Même si, au cours de ce processus, des milliers d’humains et d’autres races mouraient, des nations s’effondraient, des terres pourrissaient et des lacs noircissaient, au cœur d’une ère de ruine.
« S’il le faut, alors je le ferai. »
Depuis quand nourrissait-elle cet objectif ?
Depuis l’époque où on l’appelait la Sorcière de feu ?
Ou depuis qu’on la surnommait la Sage aux yeux bleus ?
Quoi qu’il en soit, elle avait cette volonté depuis lors.
Grâce à la magie, aux sorts, aux arcanes, le monde serait remodelé.
Grrr.
Perdue dans ses pensées, Esther découvrit légèrement ses crocs sans s’en rendre compte.
Même en voyant cela, l’homme ne s’en soucia pas. Il leva la main et lui caressa la tête.
« Tu boudes ? »
Elle détestait ce ton, alors elle lui mordilla la main.
Cela aurait dû lui faire mal, mais les yeux bleus qui perçaient sous ses cheveux noirs ne firent que sourire.
« Aïe, petite peste. »
Elle n’aimait toujours pas sa façon de parler, mais laissa passer.
À voir ce visage souriant, elle ne parvenait même pas à rester fâchée.
Il était vraiment d’une beauté absurde.
Au fond d’Esther brûlait une volonté de fer, immense, qui voulait bouleverser le monde.
Elle l’avait portée et nourrie. Cela avait été vrai jusqu’à présent, mais, ces derniers temps, ses pensées avaient commencé à changer.
Le premier changement qu’elle affrontait depuis plus de cent ans.
Si la malédiction avait amorcé ce changement, cet homme en était l’aboutissement.
Pourquoi ?
Pourquoi regarder cet homme lui donnait-il envie de l’encourager ?
Pourquoi voulait-elle voir ce que l’avenir lui réservait ?
Pourquoi voulait-elle l’aider ?
Pourquoi aimait-elle regarder la lame qu’il maniait ?
Tandis que ses pensées s’approfondissaient, l’homme partit pour un territoire voisin. Elle crut qu’il reviendrait vite, mais plusieurs jours passèrent sans qu’il reparaisse.
L’idée d’aller le chercher l’irritait, mais attendre l’agaçait aussi, et le temps continuait de filer.
Elle avait besoin de ses bras. Il fallait qu’il réprime de nouveau l’énergie de la malédiction. Mais Esther devait d’abord mettre de l’ordre dans ses pensées.
« La distraction est un poison dans le Monde des sorts. »
Ce poison pouvait être très dangereux.
Un poison qui affectait l’esprit était deux fois plus dangereux qu’un poison qui s’en prenait au corps. D’innombrables mages l’avaient déjà prouvé.
Elle raffinait le poison qui s’était répandu dans son propre cœur et, lorsqu’elle eut enfin de nouveau besoin de l’énergie que lui procuraient les bras de cet homme, il revint tranquillement.
Puis il ressortit sans même aller la trouver ni jeter un regard dans sa direction.
Elle apprit qu’une Grenouille était arrivée, mais pourquoi avait-il l’air de revenir d’une sortie avec cette oreille pointue ?
Pourquoi ai-je envie de lui en coller une ?
Esther ne comprenait pas pourquoi elle était comme ça, mais ne s’appesantit pas sur la question.
Si cela se reproduisait, elle décida qu’elle suivrait son cœur.
Elle était une sorcière, une mage.
Par nature, les mages n’en faisaient qu’à leur tête. C’étaient des explorateurs égoïstes de l’inconnu, qui plaçaient leur propre Monde des sorts au-dessus de tout.
Il était peut-être naturel que l’homme devant elle soit entré dans le champ de sa curiosité.
Comment peut-il être comme ça ?
Elle avait rencontré et observé des dizaines, des centaines de gens qui prétendaient savoir manier l’épée.
C’était le premier humain comme lui.
Même en remontant aux premiers temps où on l’avait appelée sorcière, elle n’avait jamais vu quelqu’un comme lui.
Comment aurait-elle pu ne pas s’y intéresser ?
« Tu veux aller faire un tour au marché ? J’ai jeté un coup d’œil tout à l’heure, ils vendaient toutes sortes de choses. »
À ces mots, Esther se leva.
Elle chassa le poison qui s’était introduit dans son Monde des sorts.
« Suivre mon cœur. »
Voilà ce qu’elle choisit.
Quand Enkrid vit Esther se lever, l’air boudeur, il la prit dans ses bras.
« En route pour le marché ? Alors, allons-y ensemble. »
« Et la Grenouille ? »
« Peu importe ce qu’il a avalé, il est toujours dans les vapes. Cette drogue est sacrément puissante. »
« Tu as découvert ce que c’était ? »
Il réajusta Esther dans ses bras et sortit. Là, il vit Rem rouer Dunbakel de coups.
Il aperçut aussi Audin et Teresa, assis sans bouger.
Devait-il les emmener, eux aussi ?
La question lui vint, alors il la posa. Tous secouèrent la tête.
« Je cherche la réponse à la question que notre Seigneur m’a posée », répondit Audin.
« Je suis Teresa la Vagabonde. C’est l’heure de m’entraîner. Pour le prochain duel. »
Teresa, aussi sérieuse que lui à l’entraînement, était trempée de sueur.
« Je suis occupé. Va jouer tout seul. Si je ne suis pas là, hein ? Tu ne peux même pas aller au marché sans moi ? Les gens vont croire que je suis ton père. »
Quel fichu taré, ce Rem.
Au lieu de lui rétorquer qu’il était plus âgé, Enkrid fixa Dunbakel.
« Frappe-le une fois. Tu peux le faire. »
Il l’encouragea, et les yeux de l’homme-bête s’embrasèrent comme jamais.
« Je vous servirai fidèlement. »
« Hein ? T’as perdu la tête. Aujourd’hui, on va vraiment s’entraîner à fond. »
En voyant ça, Rem afficha un large sourire. Il avait l’air ravi que son adversaire ait montré sa volonté de se battre.
Il était toujours aussi cinglé.
Jaxon était introuvable et Ragna, fait inhabituel, tenait son épée et la faisait tournoyer. Personne n’osait le déranger.
Ils prirent donc le chemin du marché.
Ils achetèrent quelques morceaux de viande séchée assaisonnée qu’Esther aimait bien, ainsi que de la marmelade.
Ils avaient aussi fait venir cette fois plusieurs maîtres boulangers de Martai. Il y aurait donc beaucoup à manger et à voir.
Non, ce n’était pas tout.
Jusqu’ici, ils n’avaient fait que traverser les lieux à toute vitesse et y jeter un coup d’œil. Ils ne l’avaient donc pas remarqué.
« Tu ne trouves pas qu’il y a eu pas mal de changements ? »
Enkrid posa la question tout en grattant du doigt derrière l’oreille d’Esther.
Esther se pressa contre lui, bombant le torse, et ronronna de plaisir.
Kraiss répondit d’un ton neutre à son capitaine.
« Tu trouves ? »
Pourtant, ça avait changé.
C’était vrai qu’ils n’avaient jamais vraiment prêté attention au marché.
« Ce Marcus, ouais, il est vraiment dingue. »
Kraiss le disait dans le bon sens du terme. Il résuma brièvement ce qu’il avait entendu et observé.
« Il dépensait les Krona comme un poulain qui court partout avec la queue en feu. »
Sous un ciel parfaitement dégagé, le soleil leur tombait dessus. Pour un hiver dans le nord, le temps était incroyablement clément.
Le nombre de personnes qui circulaient sur le marché avait été multiplié plusieurs fois, et les auberges débordaient de monde.
On agrandissait carrément l’auberge appelée Soupe au potiron de Vanessa. Des ouvriers transportaient du bois et des pierres.
Et les travaux ne se limitaient pas à cette auberge.
Les routes, les portes, les murs, toutes sortes de bâtiments : tout était en chantier. Des vagues d’ouvriers s’affairaient partout.
« D’après ce que j’ai entendu… »
En écoutant Kraiss, Enkrid se représenta les mesures prises par le commandant de bataillon Marcus.
* * *
« Construisez davantage de tours de guet. »
« Monsieur ? »
« Ah, et creusez aussi un fossé devant la porte intérieure. »
« …Nous n’avons pas assez d’hommes pour ça. Et nous n’avons pas de mur extérieur. »
« Alors, nous en construirons un. »
Marcus ne se mit pas en colère à la réponse de son lieutenant.
Il avait de l’expérience et ne supposait pas que tout le monde autour de lui était intelligent.
« Le monde serait bizarre si tout le monde était comme Enkrid. »
À vrai dire, la plupart des humains étaient stupides. Des crétins. Marcus le savait bien.
Il ne prit donc pas la peine de s’expliquer.
« Faites sortir les troupes de la caserne. »
« Pardon ? »
« Il y a plein de mercenaires qui arrivent de l’extérieur, non ? Engagez-les tous, puis mettez-les à la pelle. »
Tout commença dans un coin de son bureau. La volonté de Marcus était claire, sa direction aussi.
Il n’acceptait aucune objection.
« Construisez ces tours de guet. »
La construction du fossé et des tours de guet avança de front.
Il rasa le bidonville à la périphérie du territoire.
Puis il embaucha tous les pauvres comme ouvriers.
« Désormais, ceux qui ne travaillent pas ne mangent ni ne dorment. »
Et les voyous qui venaient chercher la bagarre au milieu de tout ça ? Quelle audace.
À ce stade, la parole du commandant de bataillon de la Garde-frontière pouvait faire tomber les oiseaux du ciel. Même si un dragon passait au-dessus de sa tête, il aurait sans doute pu lui arracher au moins une écaille.
Chaque champ de bataille où il avait combattu aux côtés d’Enkrid lui avait donné de la force.
Surtout, le territoire devenait une zone commerciale et les recettes fiscales intérieures avaient explosé.
Bref, il s’enrichissait.
Marcus en gardait un peu pour lui, mais il réinvestissait la majeure partie.
Il avait fait creuser un fossé, mais au lieu de s’infliger la folie de le remplir en y transportant de l’eau, il l’avait simplement fait creuser profond.
Cela suffisait à empêcher les béliers et les autres armes de siège rapproché d’approcher.
Ils pourraient y faire venir un cours d’eau plus tard.
Il avait aussi fait creuser quelques puits supplémentaires. Il s’y était pris depuis longtemps.
Il avait commencé avant l’arrivée de la foule. Quand la population augmentait, il fallait d’abord assurer l’eau et la nourriture. Marcus avait agi en conséquence.
Après quoi, il avait continué sans pitié.
« Entraînez des archers. Si des mercenaires savent tirer, engagez-les et incitez-les à rejoindre l’armée. »
Il accompagna ces mesures d’une audacieuse stratégie de recrutement.
« Ils disent qu’ils ne viendront pas si on n’engage pas toute leur compagnie de mercenaires… »
« Faites-les venir. Mettez des pièces d’or dans leurs mains. »
Il ne manquait plus que l’or.
Ils avaient pris Martai et, avant cela, remporté la guerre contre Azpen.
Le territoire était ainsi devenu une zone sûre, à l’abri des incursions immédiates d’Azpen.
Les compagnies commerciales et les marchands s’y rassemblèrent donc naturellement.
Les compagnies de mercenaires capables de les escorter entrèrent sur le territoire.
Les Krona se mirent donc à circuler. Il ne fallut pas longtemps pour que le seigneur au centre de ce courant devienne immensément riche.
Entraînement intensif des archers.
Puis développement des chevaux de guerre.
À cela s’ajoutaient l’agrandissement des tours de guet et le renforcement des défenses.
Il dépensait les Krona aussi vite qu’il les gagnait.
Et, en plus, la main-d’œuvre ne manquait pas.
« Il y avait pas mal de types qui sont restés après s’être fait écraser par Enkrid, non ? »
Il y en avait beaucoup.
Certains avaient entendu des rumeurs, cherché la bagarre, puis s’étaient installés après leur défaite.
D’autres avaient vu les combats, pris peur et étaient restés là, un peu par hasard.
Ils étaient plus nombreux à rester qu’à partir.
En temps normal, ce genre de personnes aurait causé des problèmes d’ordre public ou déclenché des incidents.
« Rassemblez-les tous. »
Il en fit des esclaves de l’or.
D’abord, il leur fourra des Krona dans les mains, puis les attira dans ses filets.
L’agrandissement de la caserne allait de soi.
Les travaux avaient déjà commencé. Mais il était impossible de tout faire tout seul.
« Contactez le bataillon du nord. »
L’Armée permanente de la Garde-frontière comptait à l’origine deux bataillons.
L’autre était parti, avait bâti une caserne près du front d’Azpen et posait les fondations d’un territoire entièrement nouveau.
Tant qu’il pouvait compter sur son or, Marcus faisait tout ce qui était en son pouvoir.
C’était un administrateur, un politicien et un homme d’action si remarquable que même Kraiss claquait la langue et secouait la tête d’admiration.
« Voilà où nous en sommes. »
Le nombre de tours de guet était passé à seize, la réparation des murs était en cours et, tandis qu’on creusait le fossé, ils avaient aussi acheté d’immenses quantités de flèches.
Et pas des arcs en bois : ils avaient acheté des arcs composites.
Il comptait dépenser jusqu’à la dernière pièce de cuivre gagnée pour défendre et développer le territoire.
« Quelqu’un a dû s’épuiser à en mourir. »
En imaginant ce qui s’était passé dans le bureau de Marcus, Enkrid posa la question.
Les travaux n’avançaient pas simplement parce qu’on avait donné des ordres. En dessous, il y avait des couches sans fin de démarches administratives, de traitement des dossiers et de nettoyage.
Kraiss hocha la tête.
« Évidemment. J’ai entendu dire que le commandant de la compagnie d’infanterie lourde s’était effondré il y a deux jours. Même les nobles qui se débrouillaient avec les chiffres et le personnel étaient déjà sur le point de craquer. »
C’était là le véritable talent de Marcus.
Ni Enkrid ni Kraiss ne le savaient, mais ce salaud excellait à réduire les gens à l’état de bêtes de somme.
Il mit pleinement à profit ce talent.
Il déchaîna tout le potentiel qui lui avait valu, autrefois, le surnom de Marcus la Meule au sein de sa famille.
Le territoire appelé Garde-frontière se transformait de jour en jour, à une vitesse éblouissante.
C’était surprenant, mais aussi parfaitement naturel.
Des gens, des Krona et des personnes compétentes s’étaient réunis : voilà ce qui arrivait.
Enkrid observa ce marché métamorphosé : il y avait vraiment beaucoup de monde.
Et au milieu de toute cette foule, un type enfonça un couteau droit dans le ventre d’Enkrid.
Enkrid sentit la lame pénétrer et saisit aussitôt le poignet de l’assaillant.
Esther entrouvrit un œil.
Devant eux se tenait une silhouette voûtée, penchée en avant comme si elle s’inclinait.
C’était un assassin.
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