Chapitre 261
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 261 : Une frappe souple n’émousse pas la lame.
= = =
« Alors, cette mission de recrutement t’a plu ? Tu as repéré des éléments prometteurs ? »
À la question de son vieil ami qu’il n’avait pas vu depuis un moment, l’Épéiste à la rapière hocha la tête.
« Il y en avait un. »
« … Vraiment ? »
Ce n’était pas le genre d’homme à s’enthousiasmer pour un talent ordinaire.
Qui était la dernière personne qu’il avait qualifiée de prometteuse ?
Elle avait montré un talent exceptionnel, même parmi les prodiges.
Même dans un Empire où les génies affluaient de partout, cet homme n’en reconnaissait qu’une poignée.
Et voilà qu’il disait ça sans prévenir ? De quoi éveiller la curiosité, forcément.
N’avait-il pas dit qu’il avait parcouru le continent, surtout du côté du Royaume ?
Pour l’homme en face de lui, cette mission de recrutement avait été une sorte de vacances.
C’était pratiquement un bourreau de travail, et il avait accepté en partie pour se reposer.
Entendre de tels propos pendant une pause était donc aussi rare qu’inattendu.
Ce n’était pas le genre de réponse qu’on donnait à une plaisanterie en passant.
Tous deux étaient assis dans une petite pièce du donjon intérieur du territoire de la Porte de l’Empire, meublée d’une simple table ronde et de quelques chaises aux coussins de laine.
L’un était le seigneur du territoire, l’autre, un instructeur revenu de vacances.
L’Épéiste à la rapière lui raconta simplement ce qu’il avait vu et ressenti.
Bien qu’il ne s’en tînt qu’aux faits, d’un ton égal, ses yeux brûlaient d’une lueur ardente.
Le seigneur trouvait que cela ressemblait à un discours discret.
« Alors, c’était un talent que même toi n’as pas réussi à cerner, et il a résisté à la Pression ? »
L’Épéiste à la rapière s’en tint aux faits, sans évoquer le moment où il était resté sous la pluie une demi-journée, abasourdi, à répéter : « Hein ? »
« Il est vraiment intéressant. »
Le commandant du territoire de la Porte se caressa le menton, puis avala d’un trait le whisky devant lui.
C’était une eau-de-vie puissante appelée les Larmes du paysan.
L’alcool se rappela à lui en lui brûlant la gorge, puis lui réchauffa les entrailles lorsqu’il atteignit son estomac.
« Aussi bon qu’une Grenouille compétente ? »
Dans l’argot de l’Empire, une Grenouille compétente désignait les Grenouilles qu’ils employaient.
Autrement dit, une Grenouille capable de parcourir le continent seule, de survivre et de mener sa mission à bien.
Il posait la question pour établir une mesure du talent de l’homme.
« Une Grenouille ? »
L’Épéiste à la rapière fit tourner son verre entre ses doigts, puis répondit comme si la question ne méritait pas qu’on y réfléchisse.
« Même pas proche. »
Voulait-il dire qu’il n’atteignait pas le niveau d’une Grenouille ? Ou que ce niveau était très loin d’être suffisant ? Bien sûr, c’était la deuxième option.
Le seigneur était assez perspicace pour comprendre cela.
S’éveiller à la Volonté, c’était exceptionnel ? Oui.
Mais il y avait eu d’autres choses plus étranges encore, impossibles à transmettre par une simple énumération de faits, aussi calme soit-elle.
Notamment sa façon de manier l’épée.
Il avait progressé à une vitesse absurde. Changé. Grandi et évolué.
Et tout cela s’était produit en une seule journée, juste sous ses yeux.
Si quelqu’un le lui avait raconté, il ne l’aurait jamais cru.
Il aurait été plus facile de croire qu’il était tombé sous l’effet d’un sort.
Une Grenouille compétente ? Peut-être si elle ne faisait que rôder dans les Marches.
Combien d’échanges tiendrait-il ?
Il n’aurait aucune chance. Voilà à quel point Enkrid était devenu fort.
L’Épéiste à la rapière leva son verre vers la lampe.
Le liquide brun qu’il contenait avait été élaboré au terme d’un long processus.
C’était pour cela qu’on l’appelait les Larmes du paysan.
Le nom évoquait un labeur si rude qu’il vous arrachait des larmes.
Les simples soldats, les écuyers et les chevaliers en apprentissage avaient besoin de ce processus.
Du temps, des efforts, un affûtage.
Il distinguait ce processus avec une netteté presque palpable. Son œil d’instructeur était exercé à déceler ce genre de choses.
Même parmi les Grenouilles, on le reconnaissait comme un Lecteur de talents.
À cette aune, il voyait bien qu’Enkrid avait fourni des efforts, mais cela n’avait toujours aucun sens.
Le temps était le même pour tout le monde.
C’était pour cela qu’on jugeait le talent.
Si deux personnes vivaient la même journée et s’entraînaient, il était logique de faire progresser celle qui avait le meilleur talent.
Alors, qu’était cet homme, Enkrid ?
Une anomalie, un talent explosif et insondable.
Telle était sa conclusion.
À moins qu’il ne soit parti dans un autre monde, qu’il ait répété une journée en s’entraînant pendant des années, puis qu’il soit revenu.
Un petit rire lui échappa.
Il balaya cette idée, la jugeant ridicule.
C’était facile à dire. Répéter une journée et continuer à s’entraîner. Facile à dire. Les mots ne coûtaient rien.
Mais qui pourrait le supporter ?
Il avait vu toutes sortes de talents et formé bon nombre de personnes.
Personne ne pourrait endurer un tel processus.
Et si quelqu’un y parvenait ?
Si une telle personne existait…
Empire ou pas, il voudrait, de ses propres mains, faire éclore la volonté de cette personne.
Un talent qui méritait d’être convoité.
Un jour, dans un article universitaire qu’il avait écrit dans l’Empire, il avait posé une question : quel était le plus grand des talents ?
La lampe se reflétait encore dans l’alcool qui tournoyait au fond de son verre.
Il le vida, puis mit ses pensées en ordre.
Le plus grand talent, c’était de ne jamais flancher, même aux portes de la mort, et d’aller toujours de l’avant, quoi qu’il arrive.
Ne pas connaître le désespoir.
Telle était sa conclusion.
Bien sûr, sans aptitudes physiques pour le soutenir, on ne ferait que se consumer et s’effondrer.
Combien de personnes avait-il essayé de former ainsi jusqu’ici ? Une ou deux ?
Il avait évalué leur tempérament et leur potentiel brut, puis tenté de faire éclore leur talent. Il l’avait fait maintes fois.
Tous avaient échoué.
Pour que le genre de talent auquel il croyait se développe à une vitesse fulgurante, il fallait l’intervention de quelque chose de mystérieux, qu’il s’agisse d’un démon des malédictions ou d’une déesse de la fortune.
Et si cela arrivait ? Si une telle personne existait vraiment ? Si quelqu’un doté d’une volonté insensée, capable d’endurer des souffrances défiant le bon sens, qu’il soit né ainsi ou qu’il l’ait appris, s’élevait au-dessus du rang de chevalier ?
Ce serait la naissance d’un monstre.
Tandis que l’Épéiste à la rapière y songeait, il laissa s’éloigner le visage qui lui était venu à l’esprit.
Des cheveux noirs et des yeux bleus.
Une apparence peu commune, qu’on n’oubliait pas facilement.
* * *
« Je dois retrouver quelqu’un. »
Telle fut la réponse d’Enkrid au commandant de compagnie elfe. À côté de lui, Gielpin ruisselait de sueur et le dévisageait.
Gielpin eut toutefois assez de jugeote pour ne pas s’interposer tout de suite. Il se contenta de regarder tour à tour Enkrid et le commandant de compagnie elfe.
« Je vois. »
Le commandant de compagnie elfe hocha la tête sans bouger d’un pouce.
Elle avait l’air prête à le suivre partout.
Devait-il refuser ? Inutile. Il la laissa donc faire.
Enkrid se tourna vers Gielpin.
L’homme portait une coiffe de fourrure et la sueur lui coulait sur le visage.
Il avait manifestement couru à perdre haleine pour arriver jusqu’ici. Les joues rouges, il respirait fort, la poitrine de son épais manteau de fourrure se soulevant à chaque inspiration.
« Je vous en prie, aidez-nous. »
En entendant Gielpin, Enkrid se rappela soudain le nom de la Grenouille qui était venue le chercher à la Garde-frontière.
Il ne l’avait pas oublié. L’homme avait promis de revenir, et c’était le genre à tenir parole.
N’était-ce pas justement ce qui faisait d’eux des Grenouilles : tenir les promesses qu’ils avaient faites de leur propre bouche ?
« Maelrun ? »
Le nom lui échappa avant même qu’il ait eu le temps d’y réfléchir.
Gielpin ouvrit de grands yeux. Ses pupilles se dilatèrent. Il avait l’air véritablement stupéfait.
« … Comment l’avez-vous deviné ? Le chef de la guilde s’est fait enlever. Encore. »
Il insista sur ce dernier mot, encore.
Officiellement, le chef de la Guilde de Gielpin était l’homme chauve à la coiffe qui se tenait là, mais tous considéraient Kraiss comme leur véritable supérieur.
La Guilde de Gielpin avait commencé comme une guilde criminelle fondée par des voyous illettrés des rues.
Elle avait un peu changé depuis, mais ses racines ne pouvaient pas disparaître.
Pour eux, leur chef était celui qui se tenait au-dessus d’eux. C’était donc Kraiss, leur chef de guilde.
Et au-dessus de ce chef se trouvait Enkrid.
« Si ça tourne mal, filez le prévenir. Le capitaine Enkrid. N’oubliez pas ce nom. Si vous le croisez au marché, baissez les yeux et passez votre chemin. Si vous apercevez le barbare aux cheveux gris à côté de lui, courez. Si vos regards se croisent, courez. »
Kraiss l’avait répété si souvent que tous les membres de la Guilde de Gielpin connaissaient le nom et le visage d’Enkrid.
Ils connaissaient naturellement aussi Rem et les autres.
Il leur avait martelé de ne jamais les attaquer par erreur.
Et Gielpin avait vu Enkrid se battre.
Dès que les ennuis avaient commencé, venir ici était la chose la plus évidente à faire.
« Allons-y. »
Enkrid prit la route sans attendre.
Porter son armure et garder ses armes sur soi en permanence faisait partie de l’entraînement.
C’était un conseil qu’il avait entendu à ses débuts de mercenaire.
Enkrid l’avait suivi.
Il était maladroit avec les armes, alors il avait appliqué ce conseil à la lettre.
Cette habitude n’avait pas changé.
Il portait sur le corps une armure intérieure faite de bandes de peau de bête magique, l’Épée démoniaque Tutor à la taille gauche et le glaive offert par le nain à la droite.
Il avait également cinq couteaux de lancer dans leur fourreau, sanglé en travers de sa poitrine.
Il n’avait pas réussi à se procurer de Dague sifflante ; son fourreau spécial était donc resté au logement.
Avec un gambison, une armure de mailles et un casque, il aurait été entièrement équipé.
Il pouvait très bien sortir ainsi.
« Euh, vous sortez ? »
Un soldat qui montait la garde devant les baraquements posa la question. Enkrid poursuivit son chemin d’un pas tranquille et répondit :
« Je vais juste faire un petit tour. »
« Moi aussi. »
Le commandant de compagnie elfe vint marcher à ses côtés. Sans la moindre trace de sourire, elle ajouta une plaisanterie à la manière des elfes.
« Tu ne sais donc pas que l’affection se construit en passant du temps ensemble ? »
« Ah bon ? »
« Une femme qui remplissait une baignoire me l’a dit. J’ai trouvé son conseil excellent. Alors, je pense que nous devrions passer du temps ensemble. »
Une plaisanterie pareille à un moment pareil.
Enkrid répondit sans y accorder d’importance.
« Si tu veux dire qu’on devrait s’entraîner ensemble, d’accord. »
Si elle avait été une femme ordinaire, elle lui aurait donné un coup de pied dans le tibia.
Passer du temps ensemble, et lui voulait s’entraîner ? Pas manger quelque chose de bon et se murmurer des mots doux en regardant le soleil se coucher ?
Mais Sinar n’était pas une femme ordinaire, et elle n’était même pas humaine.
L’elfe poursuivit en marchant :
« Ce n’est pas une mauvaise idée non plus, mais que dirais-tu d’aller faire un tour au marché ? Il y a eu beaucoup d’arrivages intéressants ces derniers temps, à la Garde-frontière. Et pas mal de problèmes aussi. »
Il n’était pas parti pendant des mois, à peine un mois tout au plus.
Combien de problèmes avaient bien pu survenir en si peu de temps ?
Tout en y réfléchissant, Enkrid continua d’avancer avec l’elfe, tandis que Gielpin les suivait, se demandant de quelles sottises inutiles ils pouvaient bien parler.
Et la Grenouille, en ce moment ?
Même en se posant la question, il devait presque courir pour les suivre, tant ils allaient vite.
Ils avaient l’air de simplement marcher. Pourquoi allaient-ils aussi vite ?
Gielpin se dépêcha de les rattraper.
« Tu disais qu’une Grenouille était venue, c’est ça ? »
demanda Enkrid.
« Ouf, oui, ce même salaud. Ouf, ouf. Celui qui a une cicatrice blanche sur le cou, juste ici. »
Gielpin répondit entre deux halètements, puis leva la main pour toucher le côté droit de son propre cou.
Celui qui était déjà venu réclamer son dû à la Guilde de Gielpin.
Enkrid se souvenait encore de son nom.
À l’époque, ils n’avaient pu que le repousser.
Non, même ça, ils l’avaient tout juste réussi.
Et maintenant ?
« Le voilà ! »
La situation en était presque comique.
Exactement le même endroit, exactement la même situation qu’avant.
Devait-il traiter Kraiss, qui s’était fait capturer, d’idiot ?
Il le sentit d’instinct.
Ils entrèrent dans le manoir, traversèrent le couloir et se retrouvèrent devant la porte qui leur barrait la route.
Avaient-ils tiré les leçons du combat de la dernière fois ?
La porte était grande ouverte.
La dernière fois, il l’avait défoncée d’un coup de pied et avait lancé une Dague sifflante en premier.
Laissant derrière lui ce souvenir qui se superposait au présent, Enkrid leva la main gauche, paume ouverte, et lança :
« Alors, tu vas bien ? »
Une salutation.
Kraiss se trouvait sur le côté et, plus loin dans le hall, une Grenouille était assise sur une chaise.
« Putain, on est amis ? Tu es content de me revoir après tout ce temps ? »
Maelrun lui rendit son salut. Il n’avait pas l’air aussi ravi qu’Enkrid.
Enkrid, lui, était impatient de montrer clairement à cet homme le fossé qui les séparait désormais.
Et il ne voyait aucune raison de faire durer les choses.
Il lui demanda s’il allait bien et, au moment où l’autre ouvrit la bouche, Enkrid s’élança. Un instant plus tard, le lourd bruit de son pas résonna sur le sol.
Même si Enkrid fonçait sur lui à une vitesse terrifiante, Maelrun ne paniqua pas.
Ce salaud était un combattant doué pour créer des mouvements irréguliers et des situations imprévisibles.
Il en avait déjà fait l’expérience.
Avant même d’avoir fini sa phrase, Maelrun dégaina son Épée en boucle.
Passant un doigt dans l’anneau, il abattit sa lourde lame.
Une attaque propulsée par la force brute d’une Grenouille.
Enkrid dégaina sa propre épée. La lame jaillit de sa hanche gauche et se dressa. Puis l’Épée en boucle argentée heurta celle d’Enkrid.
Krrrraaaang !
Un étrange cri métallique retentit.
Maelrun comptait l’écraser sous la force de son coup, se rapprocher, puis lui fracasser le crâne d’un poing.
Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu.
L’épée qu’il avait abattue glissa sur le côté, comme si quelqu’un l’avait brusquement tirée.
« Putain ? »
Le juron lui échappa, puis la pointe d’une épée qui ondulait comme un serpent fondit sur son visage.
La lame d’acier bleuté entra dans le champ de vision de la Grenouille compétente. Plus précisément, elle lui frappa l’œil et le déchira dans son passage.
« Gaaah ! »
La Grenouille hurla.
Enkrid le regarda rouler en arrière après avoir reçu une lame dans l’œil, puis secoua son épée dans les airs.
Des gouttes de sang de Grenouille éclaboussèrent le sol.
En un seul mouvement, il avait rendu le fossé entre eux impossible à nier.
Mais surtout, c’était la première fois qu’il mettait son nouvel art de l’épée à l’épreuve dans un vrai combat.
Ça marche.
L’exaltation et la joie l’envahirent ensemble.
Enkrid leva de nouveau son épée.
Une seule idée l’avait guidé lorsqu’il avait créé le style de l’Épée fluide.
Une frappe souple n’émousse pas la lame.
Et cette idée était devenue la première technique du style de l’Épée fluide qu’il avait créé.
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