Chapitre 255
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 255 : Que voit le nain ?
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« Alors, qu’est-ce qu’il vous faut ? »
La naine ignora le barbare, et Rem ne s’emporta pas. Il laissa couler.
Enkrid l’avait senti dès qu’il l’avait entendue. Ses paroles étaient dures, mais elle ne les pensait pas.
Il intervint au bon moment et prit la parole.
« Si vous avez déjà une bonne épée de prête, je voudrais vous l’acheter. »
Enkrid ne tourna pas autour du pot. À vrai dire, il la trouvait déjà assez intéressante.
Était-elle capable de se battre ? Probablement pas.
C’était son impression générale, d’après sa posture, ses mouvements de main, sa position et son attitude.
« Je devrais ? »
La naine n’était pas difficile. Elle se contenta de dévisager Enkrid de la tête aux pieds.
On disait que les nains ne jugeaient pas les humains sur leur apparence.
Pourtant, son regard s’attarda sur le visage d’Enkrid.
En l’observant de derrière, Kraiss songea :
Non, pas elle aussi ?
Elle n’était tout de même pas tombée sous le charme du capitaine ?
Un malaise discret s’insinua en lui.
Tout le monde le savait : les nains se moquaient de la beauté ou de la laideur des humains. Ils regardaient plutôt la finesse de leur être intérieur.
Ils jugeaient l’âme d’une personne à ses yeux, à son attitude, à ses habitudes et ainsi de suite.
En se fiant moins aux apparences, ils avaient aussi moins de préjugés.
Cette naine avait longtemps parcouru le continent. À la façon dont quelqu’un ouvrait les yeux ou parlait, elle savait lire sa nature.
Ce n’était pas tout à fait de la magie, mais le don naturel des nains, allié à une longue expérience, lui permettait d’apercevoir une partie de l’être intérieur d’Enkrid.
Il était vaste, entier et magnifique.
La métallurgie consistait à extraire le minerai et à l’affiner.
La forge consistait à chauffer et marteler le métal pour en faire des outils.
Ses yeux s’étaient forgés au fil d’années sans fin passées à travailler et à fondre la pierre, le fer et d’innombrables autres matériaux.
À ses yeux, Enkrid était une pierre.
Pas une pierre ordinaire. Jamais.
Qu’est-ce que c’est ?
Une pierre taillée encore et encore, mais jamais brisée. Vieille et usée, mais jamais décomposée.
À ses yeux, il était incompréhensible : à la fois un humain et un minerai qu’elle n’avait jamais vu.
Pas étonnant qu’elle le trouvât fascinant.
C’était aussi ce qui touchait le cœur d’un nain. Le mystère, les premières fois et la nouveauté éveillaient toujours leur curiosité.
« Hé, je ne vais pas vous tuer. Alors, remettez ma hache en état. »
Le barbare arrogant à ses côtés prit lui aussi la parole.
Avec une assurance fanfaronne, il lui tendit une hache imprégnée d’on ne savait quoi.
Ce salaud n’avait-il pas dit qu’il la tuerait ?
Elle jugea qu’il ne le pensait pas. L’intuition d’une naine lui permettait facilement de distinguer les paroles sincères des autres.
Elle le trouva donc étrange.
Il ne le pensait pas, mais elle sentait aussi qu’il pourrait brandir sa hache si les choses tournaient mal.
Son regard le parcourut à son tour.
Et celui-là, qu’est-ce que c’est ?
Il ressemblait à une pierre qui se consumait elle-même, à un feu de l’aube capable de tout brûler autour de lui.
Pour se tenir à ses côtés sans brûler, il fallait être aussi dur que lui, ou bien quelqu’un devait contenir cette flamme et l’endurer.
Qui la contenait ?
Inutile de le préciser.
Une pierre qui ne brûlait pas et ne pourrissait pas.
Cette pierre aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
Le regard de la naine passa sur tous les autres.
Les humains qui l’accompagnaient étaient tout aussi étranges.
L’un ressemblait à de l’argent véritable imprégné de divinité, martelé et raffiné pendant des dizaines de milliers d’heures.
Un autre, à du fer noir aiguisé jusqu’à devenir une lame acérée.
Il y avait même de l’or gris, celui qui, disait-on, ne pouvait apparaître qu’après avoir brûlé d’innombrables pierres.
De l’or cendré, un métal rare qu’elle n’avait aperçu qu’une fois dans sa vie.
Non, l’argent véritable, le fer noir et l’or cendré étaient tous des métaux extraordinairement rares.
Comment de telles pensées lui venaient-elles à l’esprit dès qu’elle les voyait ? Qui étaient ces gens ?
Le regard des nains ne vacillait pas. Leur nature profonde était dure et stable, alors il fallait beaucoup pour les ébranler.
Ils résistaient même à la magie mentale ordinaire.
Elle observa chacun de leurs visages.
Parmi eux, le plus étrange n’était rien d’autre qu’une pierre.
Taillée, mais jamais décomposée ; vieillie, mais jamais brisée.
Cette pierre contenait les flammes, enveloppait l’argent véritable, repoussait les ténèbres du fer noir et rassemblait même l’or gris avec les autres.
Chacun se tenait là, affichant sa propre nature.
C’était trop intrigant pour qu’elle l’ignore. La naine demanda donc :
« Comment vous appelez-vous ? »
Enkrid la crut bien plus âgée qu’elle n’en avait l’air. Il le sentait à sa façon de parler.
« Enkrid. »
« Bien. La main. »
Enkrid lui tendit tranquillement la main, et la naine examina avec soin ses callosités et ses jointures.
« C’est le bazar. »
Elle n’avait pas tort.
Enkrid le pensait lui-même. Les arts qu’il avait maîtrisés étaient exactement comme ça.
Il avait fourré dans son corps tout ce qu’il avait pu apprendre.
L’Art sensoriel, le Cœur de la Bête, le Cœur de la Force surhumaine, la Technique d’isolement, et même des techniques d’épée issues de l’Épée correcte, de l’Épée lourde, de l’Épée Illusoire, du Style de l’épée rapide et du style de l’Épée fluide.
À bien y réfléchir, il avait goûté un peu à tous les arts de l’épée.
Ces derniers temps, il s’était plongé dans l’Épée fluide et acharné à entraîner son corps.
Même sans compter la Volonté qu’il avait apprise, il avait déjà maîtrisé toutes ces techniques.
« Hum, bien. J’ai justement une épée convenable. Je vais la retoucher et te la donner. Et toi ? On dirait qu’il suffit de réparer le manche et d’équilibrer la hache. Pourquoi tu transportes ça ? Le fer est bon, je vais le fondre et la refaire. Ah, euh, toi, tu n’as probablement besoin de rien. Parmi les autres… oui, toi. Le gris cendré, qu’est-ce qu’il te faut ? »
Les nains étaient-ils toujours aussi bavards ?
Malgré tout, au milieu de ce flot de paroles, l’intuition naine était indéniable.
Si les Grenouilles dévoraient le talent, les nains excellaient dans la perception.
D’un seul coup d’œil, elle avait vu précisément ce dont chacun avait besoin.
Le surnom qu’elle avait donné à Ragna était étrange, mais c’était une naine. Personne ne s’en souciait.
« Une épée longue et épaisse, bien équilibrée. »
Ragna répondit. Quoi que la naine pût dire, il ne disait que ce qu’il était venu dire. Son objectif était clair, il ne s’en souciait donc pas.
Il en avait fait autant quand ce salaud des Bandits des Lames Noires s’était pointé.
Il s’en fichait, alors il faisait comme s’il n’avait rien entendu.
Jaxon, lui, bougea. Rem resta tel qu’à son habitude.
Audin se contenta de sourire calmement.
La naine hocha la tête.
« Compris. »
Elle accepta donc de retoucher l’épée d’Enkrid et la hache de feu, de fondre et reforger la hallebarde utilisée par le chef des Centaures, et même de fabriquer une épée pour Ragna de ses propres mains.
Enkrid avait entendu dire que les nains étaient des artisans exigeants, mais elle n’avait rien à voir avec ce qu’on racontait. Les rumeurs étaient vraiment peu fiables.
« Euh, mais vous avez dit qu’une seule dague serait déjà du gaspillage pour moi ? »
Kraiss lança ces mots depuis derrière eux.
« C’est parce que ton niveau est trop bas. Ce serait dommage de te donner quelque chose que j’ai fabriqué. Attache-toi simplement une dague au hasard, fabriquée par ces huuuumains, là-bas. »
Waouh, elle faisait vraiment des distinctions.
Kraiss marmonna, l’air sincèrement blessé. Il ne s’était jamais soucié des armes ; pourquoi demandait-il soudain une dague ?
« Tu veux que je t’en achète une ? »
demanda Enkrid.
« Non, ça va. »
Alors pourquoi ça l’affectait autant ?
« Ça faisait juste très longtemps qu’on ne m’avait pas recalé. »
« Recalé ? »
« Plus tard. »
Kraiss répondit ainsi, et la naine laissa échapper un petit rire moqueur.
Son expression semblait dire : Quel petit bonhomme mignon.
« Mais si je fais tout ça, il faudra attendre environ une semaine. Peut-être moins. »
La naine le prévint.
Enkrid balaya la forge du regard.
Tous ceux qui martelaient le fer s’étaient arrêtés pour les regarder.
Deux artisans, des outils en métal alignés le long d’un mur et le feu du fourneau qui repoussait le froid.
Ils n’étaient pas là depuis longtemps, mais la chaleur était si dense qu’ils avaient l’impression qu’ils allaient se mettre à transpirer.
« Donnez-leur au moins quelques pièces d’argent. Si vous utilisez une forge, vous payez. »
À force de l’entendre le répéter, Kraiss tendit quelques pièces d’argent.
Enkrid le regarda faire, puis en ajouta quelques-unes.
Ils demandaient à des gens de leur faciliter la vie. Il n’existait pas de somme exacte pour ça.
Dans ce genre de situation, Enkrid ne lésinait pas sur l’argent.
Kraiss ne fit aucun commentaire.
Avec les couronnes que le capitaine avait gagnées durant ce voyage, ils ne risquaient pas d’en manquer avant un moment.
Enfin, ils n’en avaient pas vraiment manqué jusque-là non plus.
L’homme qui semblait posséder la forge les dévisagea, puis hocha la tête.
« Servez-vous autant que vous voulez. »
« Et pour le paiement, toi, Grands Yeux, sors la bourse de pierres précieuses de ton manteau. »
La naine fit une nouvelle fois preuve d’intuition en devinant aussitôt le surnom de Kraiss.
« Vous les voulez ? »
Kraiss ne pouvait pas laisser traîner des pierres précieuses, alors il en avait gardé quelques-unes sur lui.
« Ouais. Hé, je te fais un prix d’ami. »
La naine s’exprimait de façon rude et familière. Ses paroles partaient dans tous les sens. Cela aussi lui donnait un air d’ancienneté.
« Donne-les-lui. »
Aux mots d’Enkrid, Kraiss fit une grimace dépitée, puis hocha la tête.
Il commença à lui tendre la bourse, puis s’interrompit et demanda :
« Mais comment avez-vous su que j’avais ça ? »
« Tu prends le nez d’une naine pour quoi ? Tu empestes les pierres précieuses. »
Les nains pouvaient aussi les sentir ?
Peu importait.
Enkrid ne s’en soucia pas et passa à autre chose. Ils allaient donc devoir rester ici environ une semaine.
Ils retournèrent au marché. La chaleur de la forge avait fait monter leur température corporelle, et ils n’avaient plus senti le froid pendant un moment.
Puis l’air glacial se glissa de nouveau en eux, mais Rem gardait son sourire.
« J’ai décidé d’aimer cette pierre. »
Il parlait de la Pierre chaude qu’il tenait dans ses bras. Ce n’était pas étonnant : il détestait le froid plus que la plupart des gens.
Ragna avançait en silence, sans regarder autour de lui.
« Tu as besoin d’une bonne épée ? Comme ça, tout à coup ? »
demanda Enkrid, curieux.
« Oui. J’en ai besoin. »
Enkrid se demanda pourquoi, mais ne posa pas la question.
Bien sûr, c’était à cause d’Enkrid.
Que leur avait laissé cette nuit riche en stimulations ?
De l’élan, et une faim de progresser. Ils n’y étaient pas parvenus, mais ils avaient découvert qu’ils le pouvaient ; l’exaltation était donc venue en premier. Ragna aussi avait apprécié.
C’était une sensation, une expérience qu’il n’avait jamais connue.
Autrefois, les choses l’ennuyaient parce qu’il savait toujours qu’il pouvait les accomplir. À présent, c’était l’inverse.
Il lui fallait donc une bonne épée. Une arme adaptée à sa main et à son corps.
Avec le savoir-faire des nains, c’était peut-être possible.
Ils continuèrent à parcourir le marché du regard.
Il était plus petit que la Garde-frontière, mais avait malgré tout sa propre animation.
Cet endroit devenait un territoire commercial reliant l’est.
Kraiss échangea quelques mots avec plusieurs marchands.
Certains lui parlaient avec aisance, comme s’ils avaient déjà pris leurs habitudes avec lui.
Parmi les passants, quelques-uns reconnurent Enkrid et le saluèrent militairement.
C’étaient des soldats qui l’avaient vu brandir son épée et poursuivre le chef des Centaures.
Les soldats de patrouille étaient assez nombreux.
On aurait dit que des groupes de trois ou quatre hommes s’appliquaient à assurer la sécurité intérieure.
Ils achetèrent quelques pains blancs et mangèrent aussi du pain aux raisins.
Alors qu’ils faisaient le tour du marché, une jeune femme leur barra la route.
« Ils ont dit que si je transmettais le message, juste le message, ça suffirait. »
Ses mains tremblaient sous l’effet de la tension.
« Quel message ? »
demanda doucement Kraiss, comme s’il cherchait à la rassurer.
« Ils ont dit que la Lame Noire ne laisserait pas passer ça. »
Son regard anxieux glissa sur eux. Elle termina sa phrase, les jambes tremblantes. Sa peur était évidente.
« Tout va bien. Vous ne risquez rien. »
Kraiss la calma et lui posa quelques questions.
Quelqu’un était venu la voir, lui avait lancé deux pièces d’argent et lui avait demandé de faire cette course. Son petit frère était malade, et elle avait désespérément besoin de ces pièces.
Kraiss lui demanda aussi son nom, puis lui glissa trois autres pièces d’argent dans la main.
On économisait ses couronnes quand il le fallait, mais on dépensait quand le moment était venu.
« Si quelque chose se passe dans le coin, ça me ferait plaisir que vous me préveniez. »
Après l’avoir congédiée avec son sourire rassurant habituel, Kraiss expira longuement. Il jeta un coup d’œil dans la ruelle où elle avait disparu, puis déclara :
« On dirait qu’ils ne comptent pas renoncer. On ne devrait pas faire quelque chose ? »
demanda Kraiss.
Enkrid répondit sans hésiter :
« Réfléchis-y. »
« … Quoi ? »
« Je ne sais pas. Alors, réfléchis-y. »
Enkrid prononça ces mots comme si c’était évident.
D’un certain point de vue, Kraiss trouvait que le capitaine avait vraiment changé.
Avait-il toujours aussi bien délégué les tâches ?
Autrefois, Kraiss avait plutôt eu l’impression qu’on lui rendait service.
Son attitude avait changé.
Puisqu’il était responsable de l’unité, c’était la bonne façon de faire.
« S’ils nous tombent dessus, on leur fracasse tous le crâne. »
« Ils n’enverront que de vulgaires assassins. »
« Je prie le Dieu de la Guerre : pouvons-nous envoyer les impurs auprès de vous ? »
« Je suis Teresa la Vagabonde. Je me chargerai de ces simples bandits. »
Rem, Jaxon, Audin et Teresa parlèrent dans cet ordre.
Enkrid se tourna vers Dunbakel.
« Quelle dette ? »
« À la fin, j’ai emprunté une quinzaine de pièces d’or et je les ai dépensées. »
« Pourquoi ? »
demanda Kraiss, par curiosité.
« Pour m’amuser. »
Elle avait dépensé quinze pièces d’or pour s’amuser ? Avait-elle engagé des hommes de compagnie dans la capitale et passé du bon temps avec eux ?
Et s’était-elle en plus enivrée avec de l’alcool coûteux ?
Non, elle avait sûrement aussi mangé des mets raffinés.
« Tout l’argent ? »
« Ah, j’en ai utilisé deux, peut-être. J’ai donné le reste. »
« À qui ? »
Les paroles de Kraiss se firent plus sèches devant la façon dont elle avait dépensé les couronnes, mais Dunbakel s’en moqua.
Chez les hommes-bêtes, les bonnes manières étaient simples : il suffisait de ne pas voler la viande de l’autre.
« Aux petits vauriens que je croisais, ou à des endroits comme les monastères qui élèvent des enfants. »
Elle avait vraiment dépensé ces pièces d’or empruntées comme bon lui semblait. Dunbakel s’attendait de toute façon à mourir, alors elle avait suivi ses envies. Elle avait aussi éprouvé de la compassion en voyant des enfants abandonnés qui lui rappelaient sa propre enfance, mais elle ne le dit pas à voix haute.
Kraiss resta bouche bée.
« Tu as emprunté des pièces d’or à un bandit et tu pensais que ça passerait comme ça ? »
Elle était folle ? Emprunter quinze pièces d’or, pour quoi faire ? À la moindre erreur, sa tête aurait pu y passer.
« Non, enfin… euh. C’est vrai. »
Cette femme n’était pas normale non plus.
Après cela, le groupe d’Enkrid s’enfonça davantage dans le marché.
L’ambiance y était subtilement différente de celle de la Garde-frontière.
Dans les marchandises vendues, comme chez les gens.
Quelques regards s’arrêtèrent sur Enkrid.
Où qu’ils aillent, ils étaient tous des gens dont l’apparence et les particularités attiraient l’attention.
Le contraire aurait été plus étonnant.
Pourtant, personne dans le groupe d’Enkrid ne se soucia des marchands, des soldats en patrouille, des colporteurs itinérants ou des quelques voyous qui les dévisageaient avec le même air que celui qu’ils avaient rossé auparavant.
« C’est de la fourrure, non ? »
Rem ne quittait pas la fourrure des yeux.
Enkrid, lui, regardait les pantalons de cuir étalés au sol par un marchand ambulant.
Audin acheta à un jeune sculpteur une petite figurine en bois. On aurait dit un lapin.
Si personne ne pouvait affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’un lapin, c’était tout simplement parce que la sculpture était assez mal faite.
Ils avançaient en regardant les étals quand trois voyous s’approchèrent.
Ils allaient tenter le même coup que l’idiot de tout à l’heure ?
Les yeux de Kraiss s’illuminèrent, intéressés.
Il voulait voir ce que ces idiots sans peur allaient faire.
Mais les choses ne se passèrent pas comme il l’avait prévu.
Boum !
Un voyou s’aplatit devant Enkrid. Il ne se souciait pas de salir ses vêtements. Le geste était d’une détermination impressionnante.
« Ce type n’était pas des nôtres ! On ne sait pas d’où il venait. Ça faisait environ six mois qu’il traînait sur ce territoire, et il disait s’appeler Bento. »
Enkrid le regarda d’un air qui semblait dire : Qui ça ?
Le voyou s’expliqua.
Il parlait de l’homme qui les avait attaqués plus tôt à la taverne.
« Hans ne savait rien, euh, alors, si vous lui pardonnez… oui, oui, je le punirai à la place de ce chevalier. »
Ses propos étaient confus, mais il semblait loyal.
Enkrid hocha la tête.
Ainsi, l’homme drogué et hypnotisé pour l’attaquer était Hans.
« Occupe-t’en toi-même. Mais pas tout de suite. »
« … Hein ? »
Enkrid prononça ces mots et passa devant lui.
Il se dirigeait vers les pantalons de cuir qui lui plaisaient.
Rem prit lui aussi un morceau de fourrure.
« Grands Yeux, donne-moi quelques pièces d’or ! »
« N’achète rien sans marchander ! »
cria Kraiss en accourant. Audin l’observa, puis s’adressa au chef des voyous :
« Il veut dire qu’il n’est pas encore chevalier, mon frère voyou. »
En parlant, il tapota l’épaule droite du voyou de sa main, grande comme une patte d’ours.
Teresa lui tapota l’autre épaule et dit :
« Si tu tentes des trucs stupides, tu mourras. »
Un bref avertissement. Selon la personne qui prononçait ces mots, ils sonnaient plus ou moins menaçants. Aux yeux du voyou, Teresa avait l’air de pouvoir lui arracher la tête et le tuer sans difficulté.
Pendant que Kraiss marchandait et que les autres achetaient ce qui leur plaisait, Ragna annonça qu’il rentrerait le premier. Enkrid lui ordonna de rester, car ce serait pénible de le retrouver.
Rem ajouta quelques mots, Ragna répondit et une brève altercation éclata.
Dunbakel demanda un pantalon semblable à celui qu’Enkrid avait acheté. Le marchand lui expliqua qu’il n’en avait pas d’identique, alors elle prit le modèle qui s’en rapprochait le plus.
Bien sûr, Kraiss marchanda tout et obtint des prix raisonnables.
Après avoir fait le tour du marché et en être revenus, ils virent un homme chauve qui se tenait devant leur logement.
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