Chapitre 256
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 256 : Comment gérer les imbéciles (1)
= = =
« Le Seigneur qui répandit l’Éclat et illumina cette terre a parlé. »
déclara l’homme chauve.
À peine eut-il fini qu’Enkrid pencha la tête.
« Je suis un serviteur de l’Éclat. »
Autrement dit, il faisait partie de ceux qui préféraient citer les textes du temple plutôt que saluer. Un prêtre.
« Que nous vaut votre visite ? »
demanda Enkrid.
« Je suis venu vous accorder une bénédiction. »
Le prêtre afficha un large sourire.
Une bénédiction, comme ça, sans prévenir ?
songea Enkrid.
Ce genre de bénédiction ne devrait-il pas précéder une guerre ?
Le prêtre n’en avait cure et poursuivit :
« La main de l’Éclat qui protège cette terre nous a touchés et nous a envoyé un héros. Hahaha. »
Comme cette étrange intuition surdéveloppée qu’il avait eue avec Krona.
Tout s’était amalgamé pour former un nouveau sens : le Sixième Sens. Celui-ci lui permettait de discerner la nature de la personne qui lui faisait face.
Non, peut-être percevait-il d’abord si l’autre avait quelque chose à cacher.
L’homme qui débitait sans cesse ses sermons finit par prétendre que le territoire avait été protégé grâce aux prières qu’il avait récitées trois jours et trois nuits sans dormir.
Rem, qui resserrait son manteau de fourrure, releva la tête.
Son visage exprimait clairement : « Qu’est-ce que ce connard vient de dire ? »
« Ne fais rien. »
Enkrid l’arrêta à temps. Ragna, qui n’avait prêté aucune attention à la scène et se dirigeait vers le logement, s’immobilisa lui aussi.
Enkrid vit le poids de Ragna passer sur son pied gauche.
Il était déjà entré dans cet état d’hypervigilance qu’Enkrid connaissait bien.
Enkrid leva une main vers Ragna, paume ouverte. Pas question.
Rem montrait au moins des signes avant de semer le trouble, mais si Ragna s’agaçait, il frappait d’abord et réfléchissait après.
Cela dit, le plus dangereux de tous, ici, c’était Jaxon.
Lui pouvait abattre quelqu’un avant même qu’on s’en aperçoive.
« Aucun de vous ne bouge. »
Enkrid le répéta. Il sentait chez eux une colère née de l’irritation, et il n’était pas tellement différent.
Mais dans ce groupe, il était le seul à garder la tête froide. Ils ne pouvaient pas tuer un prêtre, ni même le rouer de coups, au milieu du territoire, dans la caserne.
Quoique lui donner une petite correction n’aurait peut-être pas été si grave.
« C’est problématique. »
Même Kraiss avait pris un ton glacial. Sa façon de le dire donnait l’impression qu’il cherchait comment faire disparaître le corps s’ils le tuaient.
Ce n’était pas à cause de Krona.
Kraiss évitait peut-être les combats en première ligne, mais il n’en restait pas moins un homme du champ de bataille.
C’était précisément pour cette raison.
S’ils avaient gagné grâce aux prières de quelqu’un, si la prière était la seule raison de leur victoire, s’ils avaient survécu au champ de bataille uniquement grâce à elle, alors qu’étaient donc les hommes qui avaient versé leur sang pour vaincre ?
Enkrid en tira une conclusion : ce type était un imbécile.
La première règle pour gérer les imbéciles, ce n’était pas de les frapper. Il fallait d’abord éviter la saleté.
La solution était donc de l’ignorer.
Mais, cette fois, le grand homme qui laissait d’ordinaire couler les choses s’avança.
Son unique pas projeta une longue ombre de fin d’après-midi, qui recouvrit le prêtre bedonnant.
« Alors, comme on a gagné grâce à la prière, vous voulez une offrande de victoire ? »
Il avait abandonné le titre de « frère ».
Enkrid connaissait Audin. Il était profondément croyant et maîtrisait le pouvoir divin, deux choses qu’il gardait secrètes.
Il savait aussi qu’Audin n’était pas du genre à frapper les gens sans raison.
Même face à un prêtre corrompu, obsédé par les pièces d’or ou qui piétinait les femmes, Audin les évitait généralement tant qu’ils étaient prêtres.
Tous se contentèrent donc de le regarder.
« Oui, exactement. Faites un don au temple, au territoire, aux habitants, et je répandrai partout la nouvelle de vos nobles intentions. »
Enkrid comprit ce qu’il voulait dire.
Donnez-moi quelques pièces d’or et je chanterai vos louanges plus fort.
Mais ces hommes étaient-ils du genre à rechercher les louanges de qui que ce soit ?
L’ignorer restait la meilleure solution.
« Si la volonté de l’Éclat est si élevée, qu’est-il advenu des funérailles des morts ? »
demanda brusquement Audin.
Enkrid se demanda brièvement s’il devait l’arrêter.
« Nous nous en occuperons le moment venu. »
Le prêtre répondit avec désinvolture. Son seul ton révélait ce qu’il pensait des soldats morts.
C’était un monde grouillant de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques.
Un monde où la guerre menaçait chacun à tout instant.
Nul ne savait quand les Créatures démoniaques jailliraient de la Terre Maudite et déclencheraient une nouvelle Guerre sainte contre les démons.
Lors de la Guerre sainte contre les démons dont parlaient les livres d’histoire, plus de la moitié des forces humaines et de leurs alliés avaient péri. On disait que le sang avait coulé comme des fleuves et que les cadavres s’étaient entassés comme des montagnes.
Tel était ce monde : une guerre atroce et interminable.
Et aujourd’hui ?
Rien n’avait changé. Le continent était toujours noyé dans les conflits.
Alors, posons la question.
Parce que le danger et la menace vous tenaient une lame sous la gorge, parce qu’une vie pouvait s’éteindre en un instant, fallait-il pour autant qu’elle soit bon marché et sans valeur ?
Certains seraient d’accord.
Un seigneur de guerre à la tête d’un pays pouvait considérer ses troupes comme de simples chiffres.
Même un grand général en était capable.
Mais un prêtre devait-il lui aussi les voir ainsi ?
« J’ai entendu dire que vous aviez reçu quantité de belles marchandises. Hahaha. Faites un don d’un cœur pur et les bénédictions resteront auprès de vous. »
Ce prêtre n’avait pas la moindre trace de sainteté. Dans sa bouche, le mot « bénédiction » sonnait comme une extorsion.
Audin le regarda.
C’était courant. Le monde comptait autant d’imbéciles que de grains de sable, et ce territoire semblait en abriter plus que la moyenne.
Des imbéciles, voyous drogués et hypnotisés.
Des imbéciles membres des Lames Noires.
Et des imbéciles cachés sous le masque d’un prêtre.
Rien d’inhabituel.
Audin savait que ce n’était rien de spécial. Mais surtout, comment avait-il réagi jusqu’ici face à des gens de cette espèce ?
La Garde-frontière n’avait pas de clergé résidant, mais des prêtres itinérants y passaient de temps à autre.
Ne les avait-il pas vus commettre des vols sous prétexte de recueillir des dons ?
Il avait tout ignoré.
Ce clerc excommunié, qui avait longtemps fermé les yeux sur toutes les injustices visibles, avait placé au-dessus de lui un homme capable de repousser ce que tous appelaient une limite.
Récemment, il avait aussi vu une bête qui défiait le destin.
Parmi eux, l’humain s’appelait Enkrid.
Et ce cheval qui défiait le destin se tenait devant l’homme nommé Enkrid.
Une multitude de pensées lui traversèrent l’esprit.
Toutes le ramenèrent au même point, à la conclusion de ce qu’il avait pensé en observant Enkrid.
Audin fit face à son propre changement.
M’a-t-Il jamais dit de voir l’injustice et de ne rien faire ?
Non.
Son Père, son dieu, son seigneur ne le lui avait jamais demandé.
Alors Audin vit l’injustice, réagit et passa à l’action.
À présent, le Seigneur qui siégeait en lui le maintenait droit, et il pouvait agir ainsi.
Ce prêtre était un imbécile. Enkrid le savait aussi. Il s’apprêtait simplement à l’ignorer et à s’éloigner.
Fouuu.
L’air frémit, et quelque chose alerta le Sixième Sens d’Enkrid. Il réagit aussitôt. Si Rem perdait patience et lançait une hache, la situation tournerait au désastre.
Il tendit le bras pour faire barrage de son corps. Quelqu’un bougea. Cette personne se glissa sous son bras tendu comme un serpent et cingla l’homme d’une paume ouverte.
Claque !
Pas un gémissement. Pas un râle d’agonie.
Celui qui avait bougé, c’était Audin.
Il avait lancé une gifle, et la joue du prêtre l’avait reçue de plein fouet.
Enkrid se retourna.
Même alors, le mouvement d’Audin lui apparaissait si nettement qu’il demanda :
« C’était quoi, ça ? »
« Le Pas du Serpent. »
Pour n’importe quel témoin, ils devaient probablement ressembler à deux fous en pleine conversation.
Sa curiosité satisfaite, Enkrid regarda ce qu’Audin avait fait.
« Vous croyez qu’il est mort ? »
« Presque. »
répondit Rem.
Ragna observa la scène, puis regarda Audin et marmonna :
« Quel fauteur de troubles. »
Jaxon ajouta alors d’un ton neutre :
« C’était vraiment nécessaire ? »
Il aurait pu le faire discrètement, quand personne ne regardait.
Enfin, Rem observa le prêtre bedonnant, étalé au sol et agité de spasmes — ou plutôt, projeté à trois ou quatre pas de l’endroit où il se tenait — avant de déclarer :
« Les gens devraient apprendre à encaisser un peu. »
grommela Rem.
C’est toi qui dis ça ?
Enkrid le pensa, puis fit signe à Kraiss du regard. Celui-ci s’approcha pour vérifier la respiration du prêtre.
« Heureusement… Enfin, pas sûr que ce soit une bonne chose. Il respire. »
Sa joue avait déjà enflé et rougi, mais il était vivant. Au moins, ses yeux n’avaient pas jailli de leurs orbites ni éclaté.
Il ne restait plus qu’à régler le problème.
Enkrid était le chef d’escouade d’une bande de fauteurs de troubles.
Il avait l’habitude de ce genre d’ennuis.
Mais je crois que c’est la première fois qu’on gifle un prêtre.
La Garde-frontière n’avait pas de temple.
Pas pour une raison particulière. C’était simplement une suite de coïncidences.
Le premier commandant gardait ses distances avec la religion, et le suivant avait suivi sa volonté. Plus récemment, le commandant qui avait précédé Marcus détestait les gros porcs qui s’accaparaient plus que leur part.
Autrement dit, il détestait les prêtres corrompus.
Qu’ils aient ou non un véritable esprit de sacrifice, les temples recueillaient des dons, et il détestait cela en soi.
Le commandant de bataillon actuel, Marcus, était pareil.
Il croyait en Dieu et faisait des dons aux temples.
Mais il ne permettait jamais à un temple de s’installer sur son territoire.
Sans doute parce qu’il éliminait tout ce qui ne contribuait pas au bien du territoire.
Et les prêtres de passage semblaient tous obsédés par les Krona, ce qui n’aidait pas.
Si le grand temple avait envoyé des gens, il aurait été facile d’en établir un local. Quoi qu’il en soit, la Garde-frontière n’en avait jamais eu.
Était-ce donc la première fois qu’ils voyaient un imbécile de cette espèce ?
Non.
Alors pourquoi l’avoir frappé maintenant, justement ? Enkrid voulait le savoir.
Il posa sur Audin un regard interrogateur. Celui-ci joignit les mains devant sa poitrine, comme pour prier, puis répondit :
« Je n’ai aucun regret. Je ne suis qu’un serviteur et j’obéis aux ordres de mon Seigneur. »
Donc, tu avais envie de le frapper.
Enkrid comprit parfaitement.
« On n’a qu’à le tuer et l’enterrer. »
dit Rem.
Quelle absurdité. Une foule s’était déjà rassemblée autour de l’agitation devant le logement.
Au lieu de répondre à cette proposition stupide, Enkrid vérifia de nouveau l’état du prêtre.
Il était bel et bien vivant.
Alors qu’Enkrid s’accroupissait pour l’examiner, un des soldats qui regardaient la scène prit la parole.
« … Pourquoi est-ce si satisfaisant ? »
« Sérieusement. »
« Espèce de porc d’imbécile. »
Quelques soldats écervelés ricanèrent, tandis que ceux qui avaient encore toute leur tête appelèrent leur commandant.
Dès que celui-ci apprit ce qui s’était passé, il en rendit compte à ses supérieurs. Zimmer ne tarda pas à arriver.
« Disons que c’est moi qui l’ai frappé. »
« Hein ? »
Aux yeux interrogateurs d’Enkrid, Zimmer répondit d’un regard brillant.
« Ce sera plus facile à étouffer si c’est moi qui l’ai fait plutôt que l’un des vôtres. »
« J’apprécie, mais… »
« Vous êtes les héros qui ont protégé le territoire. Vous pensez que je ne peux pas faire au moins ça ? »
déclara Zimmer en bombant le torse.
Que se passait-il quand on frappait un prêtre ?
Il rapportait aussitôt l’affaire à ses supérieurs. Le temple envoyait alors quelqu’un, soit en prétendant que leur dieu avait été insulté, soit en prenant l’incident comme prétexte pour étendre son influence sur le territoire.
S’ils apprenaient que la Garde-frontière et Martai avaient récemment commencé à devenir une zone commerciale, le temple tenterait peut-être d’y installer son propre comptoir pour prélever sa part des bénéfices.
À part cela, qu’adviendrait-il de Zimmer pour avoir frappé un prêtre ?
Il subirait des pertes sous forme d’amendes et de sanctions.
Et, si les choses tournaient mal, l’affaire pourrait prendre une tout autre ampleur.
S’ils insistaient vraiment, il pourrait même être emprisonné.
Voilà ce que signifiait le fait de frapper un prêtre envoyé dans un territoire.
Malgré tout, Zimmer était préférable à Audin.
Un étranger qui frappait quelqu’un et des frictions entre les gens du pays, ce n’était pas la même chose.
L’influence au sein du territoire entrait aussi en jeu.
Enkrid se frotta l’espace entre les sourcils.
Il regarda Audin, qui dissimulait son pouvoir divin.
Mais une chose le préoccupait plus que tout.
Est-ce que je peux vraiment mêler cet ours à une affaire de temple ?
Probablement pas.
Il cachait son pouvoir divin et avait délibérément choisi de servir dans un territoire sans temple.
Tout en appartenant à une unité militaire, qui plus est.
C’était un fugitif. Enkrid pouvait le deviner sans avoir à poser la question.
Qu’il ait cru en une hérésie, péché contre le temple, ou les deux.
« Tous ceux qui sont ici témoigneront. »
assura Zimmer.
C’était un homme de l’Est et un commandant de ce territoire.
Il ne lui serait pas difficile d’influencer les différents groupes de soldats qui se disputaient entre eux.
Et les soldats de la Garde-frontière avaient déjà une bonne opinion d’Enkrid. Il n’aurait même pas besoin de les convaincre.
« Faisons comme ça. »
Kraiss donna un coup de coude à Enkrid.
Enkrid décida d’accepter cette bonne volonté.
« Merci. »
Zimmer hocha la tête.
C’était le même homme qui, après une défaite, s’était aussitôt avancé pour combattre : hardi et franc.
« Alors, c’est réglé. »
Il fit transporter le prêtre inconscient à l’intérieur par des soldats.
Le lendemain, le prêtre, qui avait perdu la mémoire, hurla à pleins poumons et réclama des explications.
Zimmer lui adressa quelques mots.
Enkrid tomba par hasard sur la scène après avoir sué à grosses gouttes pendant ses exercices matinaux autour de la caserne.
« Comment osez-vous porter la main sur un serviteur de Dieu ? Vous croyez que cela va passer comme ça ? L’Éclat nous regarde, n’est-ce pas ? Je vais tout rapporter au temple et poursuivre cette affaire jusqu’au bout ! »
Ils se trouvaient près des broussailles épaisses, à l’extrémité de la caserne.
Heureusement, d’après ce qu’entendit Enkrid, le prêtre ignorait qu’Audin l’avait frappé.
Par la suite, Enkrid apprit que Zimmer avait fait preuve d’une audace encore plus grande que prévu.
« On a gagné grâce à la prière ? Hé, espèce de gros porc de merde. »
La langue du prêtre, qui avait jusque-là si aisément condamné les autres, se mit à fourcher et à buter.
« Q-quoi ? Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
Sa voix tremblait légèrement ; pour être précis, il était mort de trouille.
« Quoi, tes oreilles ont grossi, elles aussi ? Tu veux que je t’en tranche la moitié ? »
Fchh.
Zimmer dégaina une dague en parlant. C’était le matin, le soleil brillait. La lame refléta joliment sa lumière.
« Ou peut-être cette langue qui débite des conneries ? »
Il pointa la dague vers la bouche du prêtre, sans le toucher.
Certaines personnes dégageaient une présence particulière. On sentait qu’elles passeraient vraiment à l’acte si on dépassait les bornes.
Zimmer dégageait exactement cette impression à cet instant.
Le prêtre hésita à poursuivre, puis tenta une dernière fois de résister.
« Si le temple apprend ce qui s’est passé… »
« S’ils l’apprennent, tu auras servi de repas à une goule qui se sera soudain introduite pendant la prière de l’aube. Ou alors, tu auras courageusement rejoint le champ de bataille de la Colonie des Centaures et tu seras mort dans une charge. Ah, mieux encore : tu auras reçu une blessure énorme par ici en chargeant, puis tu seras mort faute de soins. Comme tu es prêtre, tout le monde aura supposé que tu pouvais te soigner avec le pouvoir divin et n’y aura pas prêté attention. »
Tous les prêtres ne maîtrisaient pas le pouvoir divin, et ce n’était évidemment pas une chose dont on pouvait se vanter.
Le prêtre se tut.
La scène avait quelque chose de réjouissant.
Elle resta gravée dans la mémoire d’Enkrid.
Cela dit, si le but était simplement de le menacer, son escouade aurait pu faire l’affaire, non ?
Non. Une menace proférée par quelqu’un du territoire et une menace venant des hommes d’Enkrid, ce n’était pas pareil.
Seul Zimmer pouvait faire ça.
Zimmer, l’homme de l’Est, était intéressant.
Quand Enkrid retourna au logement, Kraiss se frotta les yeux encore ensommeillés et dit :
« À bien y penser, ces types sont plutôt gentils. »
« Qui ça ? »
Sa sueur n’avait même pas séché. Il s’apprêtait à ressortir pour s’entraîner encore à l’épée.
Enkrid poursuivait son entraînement comme d’habitude.
Derrière lui, Kraiss répondit :
« Les Lames Noires. »
« … En quoi sont-ils gentils ? »
« Hé hé, il commence à faire froid. On ne pourrait pas piquer la fourrure que Rem a achetée ? »
« Si tu la portais, une hache finirait dans ton cou. »
« Même si le capitaine l’en empêchait ? »
« Sans faute. »
« Ah, merde. J’aurais dû en acheter une aussi. »
Il parlait ainsi, mais Kraiss n’achèterait jamais de fourrure. Il était avare au possible dès qu’il s’agissait de Krona.
« Allez, on y va. Tu sors pour manier ton épée, pas vrai ? »
demanda Kraiss en regardant dehors. Le soleil était chaud, mais l’air froid. L’hiver s’installait et les températures baissaient.
Enkrid prit son épée et sortit.
Il devait rester ici jusqu’au jour promis par le nain. Il comptait donc continuer à s’entraîner comme toujours.
À ses côtés, Kraiss continuait de lui faire part de ses réflexions.
Sur les raisons pour lesquelles ces imbéciles des Lames Noires étaient gentils.
En l’écoutant, Enkrid songea que, ces derniers temps — plus exactement depuis son arrivée à Martai —, il tombait plus souvent sur des imbéciles et des bandes d’imbéciles.
C’était aussi le moment où les Lames Noires avaient vraiment commencé à tirer l’épée.
Et il y avait ce prêtre, cet enfoiré qu’Audin avait giflé.
Alors, comment fallait-il traiter les gens de cette espèce ?
La réponse était simple.
Il fallait tous les battre.
La bonne réponse était là, mais à Kraiss maintenant de trouver le moyen d’y parvenir. Enkrid lui avait précisément ordonné de s’en charger, et Kraiss obéissait.
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