Chapitre 248
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 248 : Cheval sauvage à la sueur bleue
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Le chef centaure s’enfuit. Ce n’était pas le moment de s’inquiéter de ses blessures.
C’était une Créature démoniaque qui avait déjà réussi à s’échapper deux fois.
Être intelligent, c’était aussi savoir fuir quand le danger approchait.
Alors, il s’enfuit.
Dans l’esprit de la Créature démoniaque, revint le souvenir du premier être qui l’avait forcée à prendre la fuite.
Au plus profond de l’endroit que les humains appelaient la Terre Maudite, toutes sortes de créatures vivaient.
Bien sûr, le chef centaure ne comprenait ni ce qu’était la Terre Maudite ni la moindre notion de géographie.
Il se souvenait seulement de la créature qui s’était jouée de lui.
De longs bras, et des mains qui déchiraient tout ce qu’elles attrapaient.
On l’appelait la Main Déchireuse. Elle aimait éventrer les choses, même quand elle ne les mangeait pas.
Boum, crac !
Le chef fracassa de toute sa force les branches qui lui fouettaient les épaules.
Du sang noir coulait de sa patte avant droite.
La douleur aiguisait son esprit.
Les souvenirs affluèrent.
Il avait échappé à la Main Déchireuse, franchi la limite de son territoire, puis combattu.
Ensuite, il avait perdu et on l’avait pourchassé.
Au bout du compte, même des groupes d’humains l’avaient traqué jusqu’ici.
Une seule idée tournait en boucle dans l’esprit de la Créature démoniaque.
Le survivant est le plus fort.
Alors, que devait-elle faire pour survivre ?
L’instinct la poussait à agir.
*Soumettre les troupeaux de chevaux sauvages des plaines et former un groupe plus important !*
Si une Créature démoniaque pouvait nourrir de l’ambition, c’était bien celle-là.
Plus exactement, la Créature démoniaque apprenait au contact des humains.
Son intelligence le lui permettait.
Elle avait appris à se cacher et à gagner en force.
Cette fois, elle avait aussi appris à jauger un adversaire.
Du point de vue des humains, laisser cette chose s’en aller ne pouvait qu’engendrer une menace plus grande.
Non, elle représentait déjà une menace manifeste.
Si le chef survivait, il soumettrait tous les troupeaux de chevaux sauvages des pâturages.
Puis il rassemblerait d’autres Créatures démoniaques et Bêtes magiques.
* * *
« S’il s’échappe, ça va devenir un sacré problème. »
Son instinct le lui soufflait. Même sans cela, la raison suffisait à le comprendre.
On disait que les Créatures démoniaques qui survivaient longtemps finissaient par devenir des démons.
Qu’était-ce qu’un démon ?
Une créature qui devenait rusée et féroce.
Si la brutalité d’une Créature démoniaque s’alliait à la ruse et à la malveillance…
« Ouais, ce serait une vraie plaie. »
Surtout, cela pouvait se transformer en bataille funèbre pour Dunbakel.
Il ne se sentait pas coupable de la mort de cette femme du peuple des bêtes en elle-même.
Malgré tout, depuis le moment où il l’avait prise sous ses ordres jusqu’à celui où elle était morte, elle avait été sous sa responsabilité.
S’il ne l’avait jamais recueillie, les choses auraient été différentes. Mais c’était déjà fait.
Et puisqu’elle servait sous ses ordres, il était normal qu’il assume ses responsabilités.
Sur le champ de bataille, chacun était naturellement responsable de sa propre mort, mais ce qui suivait relevait aussi du commandant.
Surtout quand Dunbakel avait agi pour sauver quelqu’un.
« Pourquoi a-t-elle fait ça ? »
Si elle avait été vivante, c’eût été la première question qu’il lui aurait posée.
Il chassa cette pensée fugace et se concentra sur sa course.
Les feuilles se ruaient sur lui. Des racines surgissaient du sol comme des pièges.
Tout, ici, était fait pour ralentir les pas.
Le centaure démoniaque n’échappait pas à la règle.
Il ne pouvait donc pas le rattraper d’un seul élan, mais il pouvait l’empêcher de s’échapper.
Enkrid expira et inspira par petites bouffées, posa le pied sur une racine arrondie et abattit son poignard sur une branche qui lui barrait la vue.
Ping.
La branche sèche se brisa, lui heurta l’épaule et rebondit.
Une brindille lui effleura le bord du visage. Une goutte de sang perla sur sa joue, puis s’envola derrière lui tandis qu’il sprintait.
Dans cette forêt, chaque chose se dressait sur sa route comme un obstacle.
La Créature démoniaque rencontrait les mêmes difficultés, mais sa peau et son corps étaient bien plus résistants que ceux d’un humain.
Elle pouvait briser les obstacles et continuer d’avancer.
Le chef faisait exactement cela.
Il ignorait presque tout et fonçait droit devant lui.
Enkrid avait déjà retiré son casque à visière et l’avait lancé. Il avait heurté le dos de la créature, sans la faire broncher.
Boum. Le casque rebondit sur les muscles de son dos.
Elle ne tressaillit même pas. Elle semblait déterminée à fuir à tout prix.
Bien sûr, comme il avait lancé le casque en courant, il n’avait pas pu y mettre toute sa force.
« Je devrais m’entraîner à lancer en sprintant ? »
Il pourrait y réfléchir plus tard.
Enkrid voulait la rattraper, maintenant.
Il voulait en finir ici, avec la responsabilité qu’il avait envers Dunbakel et le danger qui les attendait ensuite.
À cette allure, la créature sortirait bientôt de la forêt. Au-delà s’étendaient des terres dégagées et des pâturages.
C’était la région où se trouvaient le plus de chevaux sauvages dans les environs ; si elle l’atteignait, elle s’échapperait forcément.
« Je déteste ça. »
Il ne voulait pas la laisser filer.
Il se concentra sur un seul point. Tout en courant, il activa le Point de focalisation et ses cinq sens s’aiguisèrent à l’extrême.
Le sixième sens et l’instinct nés du Sens de l’esquive se mobilisèrent dans un seul but.
« Je ne la laisserai pas m’échapper. »
À l’instant où il se répéta ce même désir, quelque chose entra dans son champ de vision.
À une vingtaine de pas sur la droite, un arbre à moitié brisé, dont les anneaux tortueux étaient à nu là où le tronc s’était rompu.
Ses sens frémirent violemment et lui indiquèrent une voie.
La Volonté qu’il avait sentie et éveillée grâce au Refus s’agita, ne serait-ce qu’un peu.
Elle fit naturellement avancer Enkrid dans cette direction.
Tac. Il interrompit sa course en ligne droite, prit appui du pied sur un arbre à droite et se propulsa dans les airs. Dans le même mouvement, il planta son couteau dans une grosse branche au-dessus de sa tête.
Son élan le projeta vers l’avant.
Il lâcha son couteau et, tel un singe, agrippa la branche suivante avant de s’élancer de nouveau.
Il traversa les airs deux fois, puis plongea tête en bas et lança son épée vers le sol.
Ce n’était pas seulement proche d’une acrobatie. C’en était une.
Une maîtrise de son corps acquise par un entraînement plus dur que n’importe quel entraînement, presque une torture.
Une force physique bâtie sur cette maîtrise, et la puissance explosive du Cœur de la Force surhumaine.
L’audace de faire confiance à son corps et des sens aiguisés qui lui permettaient d’anticiper d’une fraction de seconde grâce au sixième sens.
Tout cela s’additionna.
Il concentra tout en un seul mouvement et l’exprima par son corps.
Vu de côté, on aurait cru qu’il s’arrêtait de courir, bondissait dans les airs en un instant, fendait l’air deux fois, puis projetait un rayon de lumière.
Le chef centaure venait tout juste de sortir de la forêt.
Le chef éprouva un immense soulagement.
« Je l’ai semé ! »
À peine eut-il franchi la lisière qu’une épée lui transperça le crâne.
L’épée lancée par Enkrid lui traversa la tête de part en part.
Et à l’instant précis où la lame s’enfonça, boum, quelque chose percuta le flanc du chef.
On aurait dit une ombre noire.
Un engourdissement aigu se répandit des yeux d’Enkrid jusqu’au fond de son crâne.
C’était dû à une concentration excessive.
Plus exactement, la Volonté s’était activée alors qu’il était en pleine concentration, mais il ne le savait pas.
Quoi qu’il en soit, tandis qu’il chutait en prenant appui sur l’épaule, il pivota et amortit sa chute en roulant.
Profitant de l’élan de sa roulade, il prit appui sur ses chevilles et se releva.
Enkrid s’immobilisa, un genou à terre, et fixa la créature qui s’effondrait, l’épée plantée dans le crâne.
La Créature démoniaque bascula sur le côté, percutée de plein fouet par quelque chose qui avait surgi.
Le corps de la créature mourante tressaillit. Ou était-elle déjà morte ?
Enkrid tourna le regard.
Il vit ce qui avait percuté le chef.
Hiiiiii !
Un cheval sauvage se tenait là, la vapeur s’élevant de tout son corps comme une brume.
La vapeur qui montait de son dos forma un instant des ailes, mais la brume bleue se dissipa rapidement.
Enkrid était dans un état semblable.
Son corps était couvert de sueur et, dès qu’il s’immobilisa, celle-ci se mit à s’évaporer en volutes épaisses.
Une bête et un humain se fixèrent.
Un peu plus loin, le chef centaure à terre continuait de trembler.
Le sang noir s’infiltrait dans la terre. La confrontation entre le cheval et l’humain ne dura qu’un instant.
« Tu l’as eu ? Oh. »
La voix de Rem s’éleva derrière lui, suivie d’une courte exclamation. Il n’était pas seul.
« Frère, tu l’as attrapé ? Bien joué. »
Audin lui adressa un compliment, chose rare.
Une autre personne, toujours loin derrière, approchait en brisant des branches.
Jaxon s’était approché sans bruit.
Celle qui arrivait en retard en cassant des branches était sans doute Teresa.
Les géants n’avaient pas le pied rapide, et c’était vrai même pour un demi-géant.
« Ragna est venu aussi, par hasard ? »
Enkrid demanda, par précaution.
« Ah, ce salaud. Il est parti avec nous, puis il a vu un raccourci et s’est tiré tout seul. »
Répondit Rem.
Ah, Ragna.
Enkrid secoua intérieurement la tête.
À part manier l’épée, son ami était bon à rien, et il s’était encore perdu.
« Une Créature démoniaque ? Hum ? »
demanda Audin. Était-ce parce qu’il possédait un pouvoir divin qu’il percevait si facilement l’énergie démoniaque ?
Sa voix débordait de curiosité.
Rem avait lui aussi dû ressentir quelque chose, car il ajouta :
« Celle-là est féroce. »
Enkrid poursuivait la conversation, mais ne détachait pas une seule fois les yeux du cheval.
Il continuait de fixer l’animal dont la sueur bleue se changeait en vapeur.
Son corps était noir, mais la sueur qui coulait sur sa peau avait une teinte bleutée. Le spectacle était étrange.
C’était pour cela que la vapeur paraissait elle aussi bleue.
Ce n’était pas là sa seule particularité.
Ses yeux étaient de couleurs différentes.
L’un était bleu, l’autre rouge.
Même avec des yeux vairons, était-il possible d’avoir un regard aussi bizarre ?
À première vue, l’un de ses yeux ressemblait même à celui d’une Créature démoniaque.
Enkrid regarda le chef de la horde, désormais mort après avoir tressailli au sol.
« Comment les Créatures démoniaques transforment-elles les Bêtes magiques ? »
Kraiss connaissait toutes sortes de choses sans rapport entre elles.
« Le savoir est une arme qui révèle aux femmes une autre facette de votre charme. »
Oui, quelle raison grandiose.
Bref, selon Kraiss :
« Elles répandent leur sang et les forcent à le manger. Ensuite, l’énergie démoniaque imprègne le cerveau d’un animal ordinaire. Le sang d’une créature capable de former une horde doit être particulièrement efficace. Sinon, il serait difficile de commander les Bêtes magiques des environs. »
Une autre créature avait sans doute procédé de la même façon pour mener un troupeau de Bêtes magiques.
Et celle-ci, qui menait un troupeau de chevaux transformés en Bêtes magiques, avait probablement fait de même.
Voilà pourquoi les herbivores se transformaient en masse en Bêtes magiques.
« Pourtant, il n’y avait pas tant de chevaux magiques que ça. »
Y avait-il simplement peu de chevaux sauvages par ici ? Non, cela ne semblait pas être le cas. Celui qui se trouvait devant lui le prouvait.
« Regarde celui-là, il n’est qu’à moitié transformé. »
dit Rem.
Enkrid voyait la même chose.
Pourquoi il avait les yeux vairons, pourquoi il avait foncé en projetant de la vapeur et percuté la Créature démoniaque.
Prrrrr.
Le cheval sauvage renâcla de nouveau et lui lança un regard méfiant. Enkrid soutint son regard.
On aurait dit que la bête lui parlait avec les yeux.
« Je vaincrai. Je tiendrai bon. Je ne me soumettrai pas à ce sang impur. »
Il percevait sa fierté, sa présence et son élan.
Rem avait vu et senti quelque chose de semblable, d’où sa remarque.
Que signifiait « tenir bon » ?
Curieusement, bien qu’ils n’eussent échangé aucun mot et que peu de temps se fût écoulé, Enkrid ne trouvait pas ce cheval étranger.
« Pourquoi ? »
Il se posa la question et en trouva aussitôt la réponse.
Enkrid se reconnaissait dans le cheval sauvage.
Une bête souillée par le sang d’une Créature démoniaque devenait une Bête magique.
C’était censé être une vérité immuable.
« C’est étrange, frère. »
Il entendit Audin marmonner.
Enkrid regarda celui qui rejetait cette vérité immuable. Il lui fit face. Plongea les yeux dans les siens.
Une intention meurtrière émanait de lui. On y devinait aussi une sorte d’esprit combatif. Et l’on distinguait des crocs à moitié poussés, bien peu adaptés à un cheval.
Enkrid se rappela le passé.
« Un chevalier ? Pfft. »
Quelqu’un s’était moqué de lui.
« Arrête de raconter n’importe quoi. Réveille-toi et vis comme il faut. »
Quelqu’un lui avait lancé ces paroles amères.
« Abandonne. Je te dis ça pour ton bien. »
Quelqu’un s’était inquiété pour lui.
Tous avaient vu la vérité immuable.
Enkrid se leva et tendit la main vers le cheval.
Même s’il n’avait pas tué la Créature démoniaque en lançant son épée tout en courant, ce cheval l’aurait arrêtée en la percutant de tout son poids.
Ils l’avaient donc attrapée ensemble.
« Tu la visais aussi ? »
demanda Enkrid.
Il fallait qu’il soit très intelligent.
Il lui parla et fit un pas de plus.
Si le cheval résistait au sang de la Créature démoniaque, cela signifiait qu’il avait surmonté cette vérité immuable.
Le cheval dévoila ses crocs.
Prrrrr.
Il renâcla de nouveau. Si les choses tournaient mal, il semblait prêt à lui arracher la main d’un coup de dents. Vu les Créatures démoniaques qu’il avait rencontrées jusqu’ici, son poignet aurait pu être sectionné.
Le cheval, qui s’apprêtait à montrer davantage les crocs, secoua la tête et renâcla une nouvelle fois.
Son regard vacillait, passant de l’intention meurtrière à la méfiance, puis changeant encore plusieurs fois.
Enkrid s’approcha. Le cheval recula d’un pas, mais finit par ne pas s’enfuir.
Tout le monde, autrement dit tout le monde sauf Ragna qui s’était perdu, avait les yeux fixés sur Enkrid et le cheval.
Seule la respiration rauque de Teresa se fit entendre lorsqu’elle arriva, en retard.
Personne ne parla.
Pour une raison inconnue, on aurait dit que deux êtres nouveaux venaient de se rencontrer.
Puis la main d’Enkrid atteignit la tête du cheval noir à la crinière sombre.
La sueur qui perlait sur sa peau était-elle bleue à cause du sang de la Créature démoniaque, ou l’avait-elle toujours été ?
Personne ne pouvait le savoir.
Et cette créature, à moitié Bête magique et à moitié sauvage par tempérament, ne rejeta pas le contact d’Enkrid.
Ce fut tout.
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