Chapitre 245
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 245 : Colonie des Centaures
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« C’est une colonie de Créatures démoniaques, à Martai. »
Lorsque des Créatures démoniaques se rassemblaient pour former un groupe, on appelait cela une colonie.
Le commandant de bataillon Marcus l’annonça, et Enkrid décida de partir sans attendre.
Il n’avait appris que juste avant le départ que Dunbakel s’y était rendue. Quelqu’un ajouta que, puisqu’ils comptaient y aller de toute façon, ils feraient mieux de se dépêcher.
On leur avait dit qu’un troupeau de Centaures, dangereusement nombreux, s’y trouvait.
« Prenons des chevaux. Si on y va en courant, on arrivera quand ? »
Ils iraient plus vite à cheval qu’en prenant un chariot.
Restait à savoir s’ils savaient monter.
« Quoi, tu t’inquiètes pour moi ? Je suis Rem. Rem. »
Ils étaient tous déjà montés à cheval. Non, ils savaient tous s’en tirer correctement.
Bien sûr, Enkrid savait aussi monter.
Quand il n’avait pas besoin de manier une épée, il lui arrivait souvent de travailler comme cocher.
Il se débrouillait mieux à cheval qu’on aurait pu le croire.
« Tu montes bien. »
Ragna aussi s’en sortait bien. Après avoir regardé Enkrid chevaucher, il lâcha cette brève remarque.
Tu montes bien ?
Était-ce une façon de dire qu’il était mauvais dans d’autres domaines ?
Enkrid ne s’en formalisa pas et répondit :
« Ne prends pas la tête. Suis celui qui te précède. »
Il fallait toujours surveiller un abruti incapable de s’orienter.
Audin et Jaxon étaient habitués aux chevaux, et Kraiss n’avait pas besoin qu’on s’en soucie.
« Si tu ne sais même pas monter, tu ne peux pas prendre une dame derrière toi, hein ? »
Son objectif était toujours aussi évident. Il prétendait même avoir dépensé exprès des kronas pour apprendre à monter auprès d’un noble.
Et, comme il le disait, il semblait vraiment être le meilleur cavalier du groupe.
Le Demi-Géant, en revanche, posait problème.
« J’aimerais un solide cheval de bât. »
Elle en choisit effectivement un, robuste, et monta dessus.
Il n’était pas rapide, disait-elle, mais avait une excellente endurance.
Les échanges commerciaux prospéraient depuis peu, et toutes sortes de marchandises affluaient à la Garde-frontière.
Les chevaux en faisaient partie.
Ils ne pouvaient pas encore les appeler des chevaux de guerre, mais ils sélectionnèrent plusieurs personnes douées pour leur dressage et décidèrent de créer une véritable écurie.
Pour cela, ils construisirent une clôture en bois sur un pâturage de qualité, devant le territoire — plus exactement, du côté de la plaine de la Perle Verte — et commencèrent à y élever des chevaux.
La plaine était l’une des récompenses obtenues après leur victoire dans la précédente guerre contre Azpen.
En y élevant des chevaux, ils pourraient commencer à former une cavalerie.
La Garde-frontière avait toujours eu des chevaux de messagerie et des chevaux de bât. Désormais, elle s’était mise à en élever sérieusement.
Quoi qu’il en soit, Marcus leur fournit plusieurs de ces chevaux.
« Vous savez que ça ne va pas être facile, pas vrai ? »
Marcus leur posa la question juste avant leur départ.
Enkrid hocha la tête.
Des Centaures, Créatures démoniaques.
Quand on commençait à énumérer les dangers, la liste n’en finissait plus.
Une colonie était dangereuse dès le départ. Ce n’était jamais un simple rassemblement de Créatures démoniaques.
Même s’il ne s’agissait que de Goules, la formation d’une colonie signifiait qu’un individu particulier les dirigeait. Et les Créatures démoniaques de ce genre représentaient toujours une menace.
Parmi elles, les Centaures en colonie étaient plus dangereux que des bandes de Gnolls.
Le problème des Gnolls, c’était leur nombre qui explosait, mais ils restaient des fantassins.
Personne n’avait jamais vu de Gnolls charger à cheval.
Les Centaures, eux, étaient montés par nature.
En plus, ils employaient une sorte de stratégie, ce qui les rendait encore plus redoutables.
Que se passait-il quand un groupe de cavaliers chevronnés employait des tactiques humaines ?
Cinquante suffisaient à vous donner le tournis.
Naturellement, la Garde-frontière devait retrousser ses manches et leur prêter main-forte.
Ils étaient en pleine discussion pour savoir s’ils allaient ouvrir comme il se devait la route commerciale de l’est.
Les chevaux qu’ils possédaient actuellement étaient justement arrivés par cette route.
Enfin, ils avaient aussi d’autres objectifs.
Ils pouvaient ainsi afficher l’amitié qui unissait les deux territoires.
Martai deviendrait une tête de pont pour le commerce avec l’est et, si l’est lançait un jour une guerre d’invasion, la ville ferait office de verrou de sécurité pour l’arrêter.
Du point de vue de la Garde-frontière, toutes ces raisons justifiaient de conserver Martai comme alliée et comme territoire frère.
Alors, quand ils arrivèrent à Martai, les nouvelles qu’ils apprirent furent loin d’être réjouissantes.
« Dunbakel est entrée dans la forêt et a disparu. »
Sans compter le groupe de Créatures démoniaques installé dans la plaine, devant la forêt.
Fallait-il dire que c’était incroyable ?
Il avait bien entendu parler de la Colonie des Centaures, mais ce n’était pas leur seul problème.
Ce n’était pas une colonie ordinaire.
« La situation est sacrément merdique. »
Torres s’approcha en disant cela. Un bandage lui enserrait étroitement un côté de la tête.
Depuis trois jours d’affilée, ils combattaient des Créatures démoniaques.
Plus d’un ou deux avaient été grièvement blessés.
Et le nombre de soldats morts n’était pas négligeable non plus.
On lui avait dit qu’ils se comptaient par dizaines.
Zimmer boitait lui aussi.
« On s’est fait salement avoir. »
C’était l’ancien capitaine de l’Unité de défense de la frontière, devenu seigneur.
Enkrid grimpa sur le mur et observa le groupe de Créatures démoniaques rassemblé d’un côté.
Le problème, c’était qu’il y avait plus de cent Centaures ?
C’en était un, oui, mais le plus grave était ailleurs.
« Quand leur chef hurle, tout le monde se retrouve paralysé. »
Il avait aussi appris que Torres s’était fait fendre le crâne à cause de ça. Un garde avait eu le crâne écrasé par la massue de ce salaud et était mort sur le coup.
Rien que les morts dépassaient la cinquantaine ?
Enkrid ignorait combien de soldats Martai comptait actuellement, mais c’était une perte critique.
Et il fallait encore s’estimer chanceux.
Il avait entendu dire que la situation n’était pas pire grâce à Zimmer et à quelques-uns des meilleurs combattants de la Garde-frontière, qui avaient tenu la ligne.
Enkrid s’apprêtait à demander un rapport complet et à faire le point sur la situation, puis s’arrêta.
Donc, le problème, c’était ce Centaure, c’est ça ?
Comme d’habitude, Enkrid resta impassible.
Il ne s’attarda pas à penser à Dunbakel.
C’était un champ de bataille.
La mort et le meurtre étaient inévitables.
Si c’était là la limite de quelqu’un, alors c’était tout.
Mais une question lui restait en tête.
Pourquoi ?
Si elle voulait s’enfuir en abandonnant les soldats, n’aurait-elle pas pu le faire sans difficulté ?
Parmi ceux qui avaient accepté la mission se trouvaient les frères Luchi et Richi.
La mémoire d’Enkrid était exceptionnelle, et il avait retenu le nom de presque tous les soldats.
Ils s’étaient entraînés et avaient enduré les épreuves ensemble. Il avait naturellement mémorisé leurs noms et leurs traits distinctifs.
Quoi qu’il en soit, ces deux soldats lui dirent :
« Si elle avait voulu s’enfuir, elle avait sûrement eu l’occasion de le faire. »
« Ouais, mais elle ne l’a pas fait. Elle a foncé droit dans le tas. »
« C’était la première fois que je voyais ça. Un type deux fois plus gros que les autres hurlait comme une bête. »
« La dernière chose qu’on a vue, c’est l’instructrice Dunbakel qui glissait de l’arbre et tombait quand ce type a hurlé. »
« Mais si l’instructrice Dunbakel n’avait pas fait ça, on serait tous morts. Le territoire aurait subi des dégâts encore plus graves à cause d’une attaque que personne n’avait prévue. »
Voilà ce qu’ils racontèrent.
Pourquoi ? Pour les sauver ? Voulait-elle se faire une réputation de protectrice du territoire ?
Avait-elle peut-être un homme qui lui plaisait parmi eux ?
C’était une femme du peuple-bête, et la reproduction comptait beaucoup pour elle.
Enkrid examina le visage des soldats, mais cela lui sembla peu probable. Il avait du mal à imaginer qu’un désir pareil puisse naître en voyant ces têtes-là.
Alors pourquoi ? C’était tout ce qu’il voulait savoir.
« Kiiiyoot ! »
Au loin, une dizaine de Centaures quittèrent le groupe et se mirent à courir.
Ils ne chargeaient pas. Ils couraient de côté en poussant des cris de guerre.
On aurait dit une menace. On aurait dit aussi qu’ils cherchaient la bagarre.
Ils essayaient donc de les intimider, là, tout de suite ?
C’était l’impression qu’ils donnaient.
Ce n’était pas Enkrid lui-même, mais les rangs des soldats qui s’agitaient.
Leur discipline vacillait de façon visible.
« Ces putains de salauds. »
Torres grinça fortement des dents.
D’après ce qu’Enkrid avait entendu, chaque fois qu’une dizaine d’entre eux s’avançaient en hurlant ainsi, tout le groupe de Créatures démoniaques attaquait ensuite.
Le chef des Centaures était d’une efficacité absurde.
Il y avait plus de cinquante Bêtes magiques chevalines, et ils semblaient avoir aussi ramené trois ou quatre Harpies de quelque part : des monstres à poitrine humaine flottaient dans le ciel.
Et ce n’était pas tout. La meute de Chiens à visage humain comptait clairement plus de trois cents individus.
Et leurs vieilles connaissances, les Goules, étaient là aussi, comme toujours, probablement plusieurs dizaines.
Il y avait également des Bêtes magiques de type loup.
Impressionnant, d’avoir rassemblé autant d’espèces et d’individus sans se faire repérer.
Enkrid, le seigneur de Martai et Torres l’ignoraient, mais un ranger du coin savait que l’intérieur de la Forêt Reconnaissante était assez dangereux.
Il savait aussi qu’on l’avait appelée la Forêt Reconnaissante parce que, jusqu’alors, les gens s’étaient contentés d’en parcourir les abords et les zones dégagées.
Le ranger avait une hypothèse.
Certaines des Créatures démoniaques venues du sud, puis disparues, s’étaient probablement installées au fond de la forêt.
Comme l’une d’elles était intelligente, elles étaient restées discrètes, s’étaient contentées de chasser les bêtes des environs et avaient évité les combats jusqu’à ce que leur nombre augmente.
C’était pour cela qu’on ne voyait presque plus d’animaux sauvages dans la Forêt Reconnaissante depuis quelque temps.
En outre, à la sortie nord-est de la forêt s’étendait un vaste pâturage.
Un troupeau de chevaux sauvages y vivait.
Il n’y avait sans doute pas de meilleur endroit pour qu’un groupe de Centaures s’installe.
La situation paraissait évidente, maintenant, mais avant que cela ne se produise, personne n’aurait pu l’imaginer.
Bien sûr, le savoir aujourd’hui ne changeait rien.
« Rem. »
Qu’ils chargent ou non, Enkrid s’en moquait.
S’ils attaquaient, il les tuerait, voilà tout.
Le seigneur de Martai et Torres, eux, avaient l’air sombre.
Dunbakel était-elle morte, elle aussi ?
Tandis qu’il restait là, cette brève pensée en tête, Rem prit la parole à côté de lui, d’un ton et d’une posture nonchalants.
Il venait de finir de bâiller et s’essuyait les coins des yeux.
« Je ne dis pas souvent ça. »
« Quoi donc ? »
« Cette femme du peuple-bête, elle a du talent. »
Du talent ? Était-ce fréquent d’entendre Rem dire ce genre de choses ?
Enkrid y réfléchit. Absolument pas.
Pour mémoire, lui-même n’avait jamais entendu qui que ce soit le qualifier de talentueux, même de loin.
En revanche, on l’avait souvent traité de bon à rien.
« Et alors ? »
« C’est que, probablement, elle ne s’est pas laissée tuer facilement. »
Rem avait d’une façon ou d’une autre deviné les pensées d’Enkrid et répondit pile à sa question.
« Elle est peut-être morte, quand même. »
Ce salaud ne s’arrêtait jamais à une seule phrase. Il fallait toujours qu’il en rajoute une. Puis il rit, et quelque chose qui ressemblait à une intention meurtrière brilla dans son rire.
Enkrid ne pensait pas s’être attaché à Dunbakel.
Mais elle faisait partie de son unité.
Alors…
Il devrait lui offrir des funérailles, avec le sang, la chair et les têtes tranchées des Créatures démoniaques.
Rem éprouvait-il quelque chose de semblable ? L’idée lui traversa l’esprit.
Enkrid se concentra sur la manière de combattre. Ses pensées s’enchaînèrent à toute vitesse.
Il poursuivit sa réflexion.
Combattre à cheval était exclu.
Martai avait une certaine cavalerie, mais…
« Impossible de les utiliser. Un seul cri de ce salaud et les chevaux détalent pour sauver leur peau. La moitié se fige sur place. On a déjà perdu la moitié de notre cavalerie lors de la première bataille à cause de ça. »
Alors fallait-il leur barrer la route avec de l’infanterie en première ligne ?
L’infanterie d’assaut, dont Martai était fière, portait une armure légère, mais son équipement principal se composait de longues lances et de boucliers.
Cela fonctionnerait-il contre les Centaures ?
Ils avaient déjà prouvé que non.
Il leur fallait d’abord neutraliser, au minimum, la pression exercée par leur chef. Un seul hurlement, et tout le monde était paralysé.
C’était pratiquement une capacité de triche.
« On a demandé de l’aide au centre. Au moins un écuyer devrait venir. »
Le seigneur avait de l’expérience. Il n’était pas devenu capitaine de l’Unité de défense de la frontière pour rien.
C’était son jugement.
Il expliqua que l’ennemi utilisait quelque chose qui ressemblait à une Volonté. Il arrivait que les chefs des Créatures démoniaques possèdent ce genre de pouvoir.
Certains appelaient ça la pression, d’autres l’intention meurtrière, et d’autres encore la peur.
Alors c’était ça.
Enkrid l’apprit et passa à autre chose.
Ensuite, il se demanda comment attirer les ennemis qui fuyaient à cheval, puis chercha Kraiss du regard.
« Grands Yeux. »
« Oui ? »
« S’ils s’enfuient à cheval, on risque de leur courir après éternellement. »
Réfléchir n’était pas son fort. Kraiss, lui, n’eut même pas l’air d’avoir besoin d’y penser longtemps.
« On n’a qu’à les combattre, non ? »
« Quoi ? »
« Ils ont déjà affronté ces salauds de Créatures démoniaques plusieurs fois, à ce qu’on m’a dit. S’ils utilisent des tactiques, même rudimentaires, c’est qu’ils sont intelligents, non ? Alors, ils ont l’air d’avoir peur, là, maintenant ? Pas vraiment. »
Kiiiyoooot !
Une nouvelle fois, dix Centaures hurlèrent, s’approchèrent à portée de flèche, puis repartirent.
Quelques archers réagirent, mais aucun ne tira.
Ils l’avaient déjà vu plusieurs fois. Ce n’étaient pas des cibles faciles à atteindre avec des flèches.
« Donc, si on fonce sur eux, ils nous attaqueront aussi. »
C’était donc ça ? Enkrid s’inquiétait de voir l’ennemi fuir, mais Kraiss lui disait que c’était une inquiétude inutile.
Alors, pourquoi s’était-il demandé comment rattraper les fuyards ?
Enkrid repassa le fil de son raisonnement.
Pourquoi, au juste ?
Parce que la victoire était évidente.
S’ils avaient besoin d’un chevalier junior, cela signifiait seulement que leur cri avait quelque chose de particulier.
Et cette chose avait probablement pour effet de provoquer la peur.
Alors, c’était simple, non ? Il suffisait de ne pas avoir peur.
Il avait résisté à la pression et appris le Refus.
Depuis que cette chose informe, façonnée par la Volonté, avait pénétré sa poitrine, Enkrid ne se sentait plus menacé.
« Alors, on sort ? »
« Quoi ? »
« Pour aller où ? »
À ces mots d’Enkrid, le seigneur et Torres réagirent en même temps.
« Combattre. »
Enkrid répondit sans détour.
« Tu écoutais ce qu’on disait depuis tout à l’heure ? »
« Tu veux mourir ? On doit attendre les renforts. Au moins jusqu’à l’arrivée de l’unité envoyée par la Garde-frontière. »
Torres prit de nouveau la parole le premier, puis le seigneur enchaîna.
Ils ne connaissaient pas Enkrid. Il avait appris le Refus après leur départ.
« Kraiss. »
Au lieu de s’expliquer longuement, Enkrid appela celui qui parlerait à sa place.
« La situation est mauvaise. Leur nombre a encore augmenté, pas vrai ? Ils vont sans doute rassembler toutes les Créatures démoniaques des environs. Leur chef a dès le départ un trait de type général. C’est le genre de Créature démoniaque le plus dangereux. Plus ça dure, plus notre situation empire. Le mieux, c’est donc de lui trancher la tête tant qu’on le peut encore. »
Kraiss parla en posant le tranchant de sa main contre son cou.
« Dès que tu t’approches de ce salaud, ton corps se fige ! »
Torres cria, la voix irritée. Si cela n’avait pas été vrai, il n’aurait pas essayé de les arrêter.
« Ça ira. Bon sang, tu t’inquiètes trop. Contente-toi de tenir la ligne pour ne pas te faire repousser par ces Créatures démoniaques et ces Bêtes magiques de malheur. »
« Avant de me dire de tenir la ligne, Rem, tu vas nous aider. »
« Hé hé, frère, je me joins à vous aussi. »
« Moi aussi, j’y vais. »
Rem tapota l’épaule de Torres en parlant. Enkrid s’adressa de nouveau à Rem, puis Audin et Teresa ajoutèrent leur voix à la sienne.
Torres ne comprenait pas ce qui clochait chez ces gens.
Ils avaient tous mangé les mêmes herbes de travers ?
Non, ils avaient toujours été cinglés. C’était pour ça qu’ils formaient la Compagnie des Fous.
Une fois de plus, Torres se surprit à respecter Marcus.
Faisait-il vraiment confiance à ces salauds au point de fouler les champs de bataille avec eux ?
Même quand on leur disait que c’était dangereux, ils n’écoutaient pas.
C’était à devenir fou, mais il ne pouvait pas non plus les arrêter.
De toute façon, ce n’était pas le genre à se laisser arrêter.
Kiiiyoooot !
Et surtout, Kraiss avait raison, lui aussi.
Les renforts arriveraient-ils du centre ?
C’était peu probable. Personne ne savait ce qui s’y passait, mais le centre semblait affronter une situation encore plus embrouillée qu’ici.
Des rumeurs étaient parvenues jusqu’au nord : une guilde assassinerait des nobles du royaume.
« Allons-y. »
Enkrid conduisit donc la Compagnie des Fous au pied du mur.
Il avançait d’un pas tranquille. Peu importait le vacarme des Centaures à l’extérieur, il restait détendu.
Il descendit, ne laissant que Kraiss derrière lui.
« Tu ne viens pas avec nous ? »
Torres, qui avait perdu la moitié de ses forces, posa la question. Kraiss se retourna, l’air de trouver la question absurde.
« Pourquoi je ferais ça ? Tu veux que j’aille me faire tuer ? Pourquoi quitter un mur sûr pour sortir là-bas ? »
Et les autres, alors ?
Torres avait vraiment envie de le lui demander, mais garda le silence.
Il connaissait déjà la réponse.
« Allez, le capitaine, c’est le capitaine. »
Quelque chose dans ce goût-là.
« Ah, c’est vrai. Bon, allons nous battre aussi. »
Le moral était au plus bas, mais, dans cette atmosphère étouffante, toute la tension retomba d’un coup.
Cela leur fit du bien, à sa manière.
Parfois, être à moitié sonné aidait davantage que de sombrer dans un moral complètement à plat.
« Toutes les unités, en avant ! »
Torres allait devenir le prochain capitaine de l’Unité de défense de la frontière.
Il était le commandant en chef des forces sur le terrain.
Ils administraient le territoire en se partageant les responsabilités : le seigneur en tant que seigneur, le commandant en tant que commandant.
Quand Torres sortit, la tête bandée, les Créatures démoniaques étaient déjà en train de charger, menées par des Chiens à visage humain.
Plusieurs combats horribles avaient déjà eu lieu.
Le scénario était toujours le même : ils massacraient les Créatures démoniaques qui chargeaient pour tenir la ligne, puis leur chef arrivait et hurlait. Un seul cri paralysait leurs alliés, et tous sentaient la défaite approcher.
Ça ne marchera pas si on continue à se battre comme ça.
Mais tenir indéfiniment était impossible, également.
Le mur de Martai n’avait jamais été conçu pour la défense.
S’il s’effondrait, un champ de massacre s’ouvrirait à partir de là.
Ils tenaient déjà à peine.
« Montrez la bravoure de l’Est ! »
Zimmer força un regain de moral là où il n’y en avait pas.
À l’avant, Rem était déjà parti à l’assaut et faisait tournoyer sa hache.
Et puis…
Comme si c’était la moindre des choses, le carnage éclata.
Torres s’y attendait, lui aussi.
C’était la Compagnie des Fous.
Le seul problème, c’était ce chef à la con.
Malgré tout, impossible de ne pas apprécier ce qui se déroulait sous ses yeux.
Rien qu’à regarder, il sentait sa poitrine s’alléger et s’ouvrir.
C’était une sensation rare sur un champ de bataille où l’on tuait et où l’on mourait.
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