Chapitre 240
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 240 : Trancher.
= = =
Dès que Jaxon sortit du champ de vision de Lame Hirondelle, il s’éclipsa.
Inutile de prévenir qui que ce soit.
Ce barbare de merde.
Chaque fois que Jaxon disparaissait, l’homme s’en apercevait. Jaxon laissait exprès une trace ténue pour qu’on puisse la détecter, mais malgré tout, cette vigilance était exceptionnelle.
Pas un bruit. Pas une silhouette en vue.
Il se faufila dans les broussailles ; l’herbe frémit à peine, comme si une abeille s’y était posée.
Jaxon se mouvait avec l’aisance de l’habitude. Échapper au regard de cet idiot de Lame Hirondelle était un jeu d’enfant.
Il s’infiltra ensuite là où les otages étaient retenus.
Il avait agi vite dès qu’il était sorti de leur champ de vision.
Ce n’était pas le genre de chose qu’il faisait gratuitement, d’ordinaire.
La pensée lui traversa l’esprit. Il n’avait été engagé ni par la guilde ni à titre privé. En faisait-il trop ?
Elle s’évanouit aussi vite qu’elle était venue.
Son corps avait agi avant lui.
C’était inhabituel, mais pas désagréable.
Pour l’instant, il faisait partie de la Compagnie des Fous.
Il pénétra dans la cabane abandonnée.
« Comment ? »
Bell le reconnut et l’interrogea.
« Ça va. »
Jaxon répondit brièvement, puis trancha les liens qui entravaient les poignets et les chevilles de Bell.
Sa dague s’agita encore quelques fois, et les prisonniers furent vite libérés.
Il les conduisit ensuite au fond de la cabane, dans une petite pièce annexe.
Pourquoi s’enfoncer dans une impasse ?
Tous l’interrogèrent du regard. Bell, qui était entré le premier, prit la parole.
« Tu as défoncé le mur ? »
Au lieu de répondre, Jaxon désigna l’extérieur.
Plutôt que de passer par la porte d’entrée, il avait ouvert une brèche dans le mur arrière de la cabane avec son épée et créé une nouvelle sortie.
Une porte de derrière, en somme.
Son arme magique unique lui permettait de trancher le mur si facilement, mais il n’avait aucune raison de l’expliquer. Et il n’était pas non plus tenu de répondre à la question.
Jaxon avait fait ce pour quoi il était venu.
« Sortez. »
Il avait agi de son côté parce qu’il n’avait jamais cru que l’autre camp tiendrait parole. Mettre ces gens à l’abri d’abord aiderait aussi ce capitaine qui avait une case en moins.
À présent, l’essentiel était de ne pas se faire repérer.
S’il voulait éviter de tuer la femme que ce salaud malchanceux au sourire niais tenait dans ses bras, c’était la bonne décision.
Le capitaine avait dit qu’il la protégerait.
Jaxon ferait en sorte que ce soit le cas.
Il savait bien que ça ne lui ressemblait pas du tout.
Sauver des gens au lieu de les tuer.
Comme c’était peu lui ressembler.
Et le faire sans être payé.
Mais c’était ce que voulait son capitaine.
Après avoir secouru tous les otages, il jeta un coup d’œil par la fenêtre pour voir comment tournait le combat.
Un géant chargea. Une Épée flexible fusa comme un serpent. Juste avant de transpercer le dos d’Enkrid, celui-ci bougea.
C’est à cet instant qu’Enkrid aperçut Jaxon.
* * *
Enkrid posa la main gauche sur le bouclier qui fonçait vers lui et libéra le Cœur de la Force surhumaine.
Il résista de toutes ses forces, puis repoussa le bouclier sur le côté.
La force qui pesait sur celui-ci dévia vers le côté.
Aussitôt après, quelque chose s’abattit droit sur lui : l’épée du Demi-Géant, brandie au-dessus de sa tête. Un enchaînement après le coup de bouclier.
Et, par-dessus le marché, une pointe acérée fonça dans son dos.
En déviant le bouclier, Enkrid intercepta la pointe de l’Épée flexible avec son épaulette, puis ramena le pied droit vers la gauche et changea d’appui.
Une technique de redirection du corps qu’il avait apprise auprès d’Audin.
Il bougea et frappa dans le même mouvement. Sa lame monta à la rencontre de l’épée qui s’abattait, puis il relâcha la moitié de sa force et la laissa glisser.
La Souplesse et l’Épée fluide. Il dévia tout. Son entraînement avait porté ses fruits.
Et tout cela se déroula en moins d’un demi-souffle.
Boum, cling, clang ! Kriiiiiing !
Il repoussa le bouclier, bloqua l’Épée flexible avec son épaulette et dévia la lame qui s’abattait.
Des étincelles jaillirent, mais comme il avait tout dévié, l’impact fut léger. Il lui restait donc de la marge pour le mouvement suivant.
Après avoir exécuté tous ces gestes, Enkrid fouetta le tibia du Demi-Géant du bout du pied.
Crac !
Elle encaissa, ramena son bouclier et le balança comme une arme contondante.
Puis l’Épée flexible revint vers le dos d’Enkrid.
Sans s’émouvoir, il para, bloqua et dévia.
Comment décrire cela ?
Il s’en tenait aux bases, et pourtant, il ne laissait aucune ouverture.
Comment s’y prend-il ?
La question resta en tête de Lame Hirondelle, mais le Demi-Géant n’en avait aucune.
Il lui suffit de voir Enkrid bouger pour comprendre.
Plus rapide, plus forte, plus souple.
Si l’on bougeait avant son adversaire et qu’on anticipait ses gestes, si l’on était supérieur en vitesse et en force brute, alors oui, un tel mouvement était possible.
Ah.
Il lisait son style. Le Demi-Géant faillit se laisser griser de nouveau par le combat, mais elle ne pouvait pas se le permettre.
« Attrape ça ! »
Lame Hirondelle cria derrière eux.
Fiiiiit !
Un otage vola au-dessus de leurs têtes, trop terrifié pour même crier.
Un projectile vivant, lancé droit sur Enkrid. Il ne pouvait pas simplement le balayer d’un revers. Quel projectile encombrant.
Sa jupe qui flottait était trempée, peut-être parce que le projectile s’était pissé dessus.
Dans ce moment au ralenti, le regard fixe d’Enkrid glissa sur le côté. Il aperçut l’otage en plein vol et Lame Hirondelle.
L’Épée flexible serpentait déjà vers sa cheville.
Le corps d’Enkrid pivota complètement.
Le Demi-Géant devait frapper, avec son bouclier ou son épée. L’un des deux.
N’était-ce pas précisément pour cela qu’ils avaient pris position ?
Pourquoi s’étaient-ils battus avec Enkrid entre eux ?
Pour ça. Pour cet instant. Même après s’être fait manipuler par cette langue de vipère.
Et pourtant, sa main refusait de bouger.
En observant l’Épée flexible qui fonçait vers lui, Enkrid répliqua d’un coup de pied de la pointe de sa botte.
Clac. La pointe de la botte fut tranchée, mais ses orteils étaient intacts.
Puis il rattrapa doucement l’otage en plein vol.
Boum. Il absorba le poids avec ses genoux, pivota et amortit le reste de l’élan.
S’il s’était agi d’un concours pour rattraper des gens en plein vol, il l’aurait remporté haut la main.
« Ça va ? »
Il demanda, mais Juri, la femme qui préparait de la marmelade, ne parvenait toujours pas à parler.
Elle était sous le choc.
« Je n’y arrive pas. »
Une voix s’éleva derrière lui : celle, rauque, du Demi-Géant.
« Tu n’y arrives pas ? »
Enkrid jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et répondit comme si de rien n’était.
« Ouais. J’y arrive pas. »
Elle hocha la tête.
Elle n’avait pas voulu d’un combat de ce genre. Ce n’était pas quelqu’un qu’elle voulait tuer. On lui avait ordonné de le tuer, mais elle n’arrivait pas à se résoudre à frapper.
Ce n’est pas bien.
Sa tête disait non, mais sa poitrine résistait.
Elle savait qu’elle ne devait pas agir ainsi, et pourtant sa main refusait toujours de bouger.
Le Demi-Géant renonça. Personne ne le savait, mais au même instant, elle renonça aussi à sa propre vie.
C’était comme se suicider.
Et pourtant…
Je ne crois pas que je le regretterai.
Elle le pensa et retira sa main. Elle n’avait plus l’intention de se battre.
« Espèce de tarée ! »
Lame Hirondelle hurla. Mais, comme s’il ne s’en étonnait pas le moins du monde, il bondit en arrière.
Où allait-il ? Enkrid comprit alors. Vers la cabane où les otages avaient été rassemblés. Il était rapide.
Enkrid avait plusieurs moyens de l’arrêter.
Il pouvait lui lancer une dague. Se jeter sur lui et le percuter.
Il ne l’arrêterait peut-être pas complètement, mais gagnerait assez de temps ; peut-être même l’empêcherait-il d’atteindre la cabane.
Mais ce n’était pas nécessaire.
Lame Hirondelle ouvrit brusquement la porte de la cabane. Enkrid se contenta de regarder.
Le mouvement de l’Épée flexible, quelques instants plus tôt, lui restait en tête.
La pointe de ma botte a été tranchée.
Il avait d’abord tenté d’esquiver, puis de parer, mais à la toute dernière seconde, la pointe de la lame avait dévié selon un angle inattendu.
Que faire la prochaine fois que je l’affronterai ?
Plus de sept solutions lui vinrent à l’esprit.
L’expérience qu’il avait accumulée au fil du temps s’épanouissait enfin et s’enracinait dans son corps.
Pel avait peut-être posé le dernier bouton, mais Enkrid en cousait depuis longtemps. S’il n’arrivait pas à les boutonner, il cousait. S’il ne pouvait pas coudre, il fabriquait de nouveaux boutons et continuait.
Alors non, il ne devait pas de remerciements à Pel pour ça.
« … Merde. »
Lame Hirondelle marmonna.
Il était bien normal de jurer le premier.
La cabane était déjà vide.
Jaxon s’y trouvait.
Enkrid s’y attendait. Pas Lame Hirondelle.
« Surpris ? »
Alors qu’Enkrid s’apprêtait à poser l’otage à terre, le Demi-Géant lui tendit la main.
« Je ne lui ferai pas de mal. »
Elle avait refusé de le poignarder dans le dos ; elle n’allait pas s’en prendre à une otage non plus.
Évidemment.
Enkrid confia la femme au Demi-Géant. Elle la déposa doucement au sol.
Puis Enkrid marcha vers Lame Hirondelle.
Lentement. Sans se presser.
La pluie avait détrempé le sol, et chaque pas produisait un bruit de succion.
Au son de ses bottes qui s’enfonçaient dans la boue, l’homme tourna la tête.
« Tu as fait sortir les otages en douce ? Espèce de menteur ! »
Regardez-moi ce salaud. Il avait presque autant de culot que Rem.
Il lui avait planté une lame dans le dos sans prévenir, et maintenant, il traitait quelqu’un de menteur ?
« T’as la peau dure. »
Lame Hirondelle n’avait plus le cœur à sourire.
Il prit sa posture, une épée dans chaque main : sa propre lame dans l’une, la longue Épée flexible qui traînait dans l’autre.
Enkrid laissa la pointe de son épée passer derrière sa tête, la main près de son oreille droite.
Une posture de mise à mort d’un seul coup, issue du Style de l’épée lourde. La Posture de la Colère.
Tranche les lions qui chargent. Tranche l’acier trempé.
Les paroles de Ragna lui revinrent à l’esprit, et la posture lui vint naturellement.
Si l’Épée flexible était retorse, et alors ? Si elle revenait même après une parade, et alors ? Tranche tout.
Rien au monde n’est impossible à trancher. Si je n’y arrive pas, c’est que je ne suis pas à la hauteur. Ou que mon équipement ne l’est pas.
Les paroles de Ragna.
Un génie bien réel, malgré sa folie et sa paresse. Quelle chance d’avoir appris l’épée auprès de lui.
« Hé. Je vais sans aucun doute te tuer. »
Lame Hirondelle lança ces mots, puis lâcha son épée intacte dans un tintement.
Me tuer ? Comment ?
Enkrid n’était pas arrogant. Il en était certain.
Lame Hirondelle ne faisait pas le poids contre lui.
Même avant sa rencontre avec le Berger Pel, Enkrid aurait pu s’occuper de lui.
S’il avait accepté de se blesser et s’était résolu à le tuer, il aurait pu le faire.
Bien sûr, il parlait de Lame Hirondelle avant qu’il ne se mette à utiliser l’Épée flexible.
Et maintenant ?
Je ne perdrai pas. Je peux la trancher. Je la trancherai.
Cette volonté répétée planta une petite graine dans le cœur d’Enkrid.
Une vigueur informe qu’il avait acquise en refusant de céder. Elle n’avait pas encore germé, mais la graine était solidement enracinée.
« Essaie donc. »
Enkrid répondit.
« Ouais, espèce de fils de pute. »
Acculé, l’homme plongea la main dans son manteau.
La Technique du battement d’épée ? Il allait lancer quelque chose ?
Enkrid se trompa. Ce qui en sortit était un rouleau.
C’était le premier artefact qu’Enkrid voyait de sa vie.
Un objet très rare. Un parchemin de sortilège.
Un objet qui contenait un sort et le déclenchait au moment voulu.
La magie était mystérieuse et les sortilèges étranges.
« Explose ! »
L’homme cria et lança le parchemin au-dessus d’Enkrid.
Enkrid ne reconnut pas un parchemin. Il n’en avait jamais vu auparavant.
Pourtant, son Sixième Sens le mit en garde.
Quelque chose allait se produire à cause de ce parchemin.
Et cela arriva.
Fouuush !
Le parchemin s’embrasa et une énorme boule de feu se forma soudain avant de s’abattre.
Elle n’allait pas aussi vite qu’une flèche. Il pouvait l’esquiver.
Avant même de prendre sa posture, Enkrid avait cartographié dans son esprit tout ce qui l’entourait.
Si j’esquive ?
La boule de feu filerait derrière lui.
Sur sa trajectoire se trouvaient le Demi-Géant et la femme qui s’était pissé dessus.
Même si le Demi-Géant bloquait avec son bouclier, et si la boule explosait ?
La femme qu’il avait sauvée mourrait.
La pensée d’Enkrid s’accéléra.
Il évalua tout en un instant, tira le meilleur parti de sa Posture de la Colère et parvint à une conclusion.
Paf !
Il fonça droit sur la boule de feu.
Il prit appui sur le sol, avala une bouffée d’air et leva son épée. Sa main sur la garde. L’équilibre de son corps entraîné par ses jambes.
Il réunit tout cela en un seul mouvement.
Kwoooong !
C’est le bruit que cela fit.
Le corps d’Enkrid se brouilla et s’étira comme une image rémanente.
Du moins, c’est ainsi que Lame Hirondelle le vit.
Quel idiot !
Lame Hirondelle était certain de gagner.
Quel épéiste fonçait à corps perdu sur une boule de feu ?
Un seul impact et c’en était fini. S’il n’était pas mort, il serait grièvement blessé. Après ça, Enkrid ne pourrait plus l’arrêter.
Cette salope de Demi-Géant avait reculé, mais elle n’interviendrait pas.
La joie de la victoire, l’exaltation, et, par-dessus tout, la faim meurtrière accumulée après s’être retenu trop longtemps.
Il avait été acculé et se libérait à présent. Les pensées de Lame Hirondelle s’accélérèrent elles aussi.
Leurs pensées se rencontrèrent l’espace d’un instant.
C’était au moment où le corps d’Enkrid, qui s’étirait, atteignit le bord de la boule de feu.
La réaction la plus rationnelle qu’on pouvait tirer de la Posture de la Colère jaillit du bout des doigts d’Enkrid.
Pivotant sur son pied gauche, il transmit la force de rotation de ses orteils à sa taille, puis à sa main, et exécuta une taille diagonale du Style de l’épée lourde.
Fouuuum !
Tout se produisit en un instant.
Depuis l’arbre près de la cabane, où il observait la scène, Jaxon fronça les sourcils.
Il l’a tranchée ?
La taille née de la Posture de la Colère.
La boule de feu qui traversait l’espace se fendit en deux selon une diagonale.
Les deux moitiés tombèrent de part et d’autre d’Enkrid.
Boum ! Boum ! Kwaaang !
Les explosions retentirent. La terre humide sécha sur-le-champ et fut projetée dans toutes les directions.
Les cailloux se changèrent en étincelles volantes et sifflèrent près de la tête d’Enkrid avant de lui frapper le dos.
Après avoir déployé toute cette puissance, Enkrid se retrouva à terre, le genou gauche au sol.
Il repassa brièvement le moment où il avait tranché la boule de feu, puis se releva.
« Hm. Ça se tranche. »
Un ton trop neutre pour exprimer de l’émerveillement.
Puisqu’il avait réussi à la trancher, tant mieux. Sinon, il s’était dit qu’il ne serait que légèrement brûlé.
Peut-être la moitié de son visage aurait-elle été brûlée.
Mais Enkrid avait quelque chose de plus important que son apparence.
Cet instant où il n’avait ni renoncé ni reculé.
Et c’est ainsi qu’Enkrid trancha la magie.
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