Chapitre 239
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 239 : [Ce n’était pas mal non plus.]
= = =
Ses paroles et ses actes étaient empreints de détermination.
Cette détermination donnait du poids aux paroles d’Enkrid.
Il leur ordonna à tous de battre en retraite.
Il leur dit qu’il les protégerait. Et quand il le disait, il était du genre à tenir parole.
Et s’il échouait ? Il aviserait le moment venu.
Ragna fut le dernier à bouger.
Jusqu’au bout, il fixa Lame Hirondelle en silence, puis lâcha une phrase avant de tourner les talons.
« À plus tard. »
Lame Hirondelle l’ignora.
Enkrid trouva que c’était une mauvaise idée.
Ragna qui dit « à plus tard », c’est rare aussi.
Ce n’était pas tous les jours qu’on voyait ça.
Ils se retirèrent un à un, jusqu’à disparaître bien au-delà de leur champ de vision.
Resté seul, Enkrid vit Lame Hirondelle reprendre la parole, le visage et le ton dépourvus de toute trace d’humour.
« Impressionnant. Vraiment impressionnant. »
Le sourire de Lame Hirondelle s’effaça. Il avait l’air calme.
Pourtant, Enkrid se contenta de le regarder en silence, l’épée toujours dégainée.
« Commençons. »
Lame Hirondelle prononça ces mots. Un bref silence s’ensuivit.
Rien ne se passait.
La situation aurait dû être gênante, mais Lame Hirondelle se contenta de retrousser les lèvres en un nouveau sourire.
Aux yeux d’Enkrid, ce sourire semblait lui avoir été arraché au prix d’un effort considérable.
Le plan initial prévoyait que le Demi-Géant charge en premier. Lame Hirondelle se précipiterait ensuite pour profiter de l’ouverture.
Mais le Demi-Géant ne bougea pas.
« Tu veux discuter ? »
Enkrid demanda ça d’un ton léger. Il voulait dissiper le malaise, mais sa tentative tomba à plat.
« Putain, ferme-la, c’est tout. »
Lame Hirondelle lança un regard noir au Demi-Géant. Elle restait immobile sous son casque, sans même se tourner vers lui.
À eux deux, ils pouvaient le tuer, alors qu’est-ce que cette salope foutait, bon sang ?
Bien sûr, Lame Hirondelle ne s’était pas lancé dans la bataille en comptant uniquement sur le Demi-Géant.
Il avait aussi prévu quelque chose pour les situations dangereuses.
Si je m’en sers mal, j’y passe aussi.
Alors qu’il s’en serve comme il faut. Plus un outil était dangereux, plus il était meurtrier entre de bonnes mains.
Même après son « Commençons », le Demi-Géant ne bougea toujours pas. Lame Hirondelle reprit donc la parole.
« Bouge. »
Il la pressa sèchement. Ce n’est qu’alors que le Demi-Géant leva son bouclier en silence.
Enkrid la dévisagea.
Son casque lui cachait le visage. La visière n’était qu’une longue fente horizontale, à peine assez large pour laisser voir ses yeux, si plissés qu’il était impossible de déchiffrer son regard.
Cela ne l’empêchait pas de sentir son humeur.
Même sans parler, les gens laissaient transparaître ce qu’ils ressentaient dans leur attitude.
« Tu n’as pas envie de te battre ? »
Enkrid s’adressa à elle.
Lors de leurs entraînements, le Demi-Géant s’était peu à peu échauffé, et Enkrid l’avait senti.
C’était avant que cette journée ne se mette à recommencer, donc il y avait déjà longtemps, mais certains souvenirs ne s’effaçaient pas facilement.
Rien à voir avec le fait d’oublier le nom d’Edin Molsen.
« Je ne fais que mon devoir. »
Le Demi-Géant répondit. Sa voix rauque résonna dans son casque. C’était clairement une femme, mais son ton avait quelque chose de rude.
Elle leva aussitôt son bouclier. Un mur de fer gris.
À peine l’eut-elle mis en position qu’elle se pencha et prit appui sur le sol. Ses cuisses monstrueuses et la puissance de ses chevilles projetèrent de la terre en l’air et propulsèrent son corps vers l’avant.
Boum !
Son pied frappant la terre produisit un grondement qui fit vibrer l’air.
Dans le même temps, le Demi-Géant fondit droit sur Enkrid.
On aurait dit qu’une montagne déferlait sur lui.
Elle appelait parfois cette technique « Glissement de terrain ».
Son bouclier incliné s’abattit sur Enkrid.
Comme si elle voulait l’écraser depuis les hauteurs.
Enkrid activa aussitôt le Point de focalisation.
Cette étrange sensation que le monde ralentissait autour de lui, cette technique qui lui coûtait de la concentration, lui était désormais familière.
Même avec cette concentration exacerbée, le bouclier qui fonçait sur lui allait à une vitesse absurde.
Il jugea qu’il lui serait impossible d’encaisser la charge et de la repousser simplement sur le côté.
Alors, que faire ?
S’il ne pouvait pas l’arrêter de front, pouvait-il plutôt dévier son élan ?
Son adversaire avait perdu de sa vitesse, mais Enkrid, lui, n’en avait pas perdu. Il s’apprêtait à accompagner la charge du bouclier, à suivre le Glissement de terrain.
Puis il sentit une intention meurtrière lui transpercer l’arrière du crâne. Le Sixième Sens s’activa. Le Sens de l’esquive se mit de lui-même en état d’alerte.
Ce salaud de Lame Hirondelle était passé à l’action. Enkrid se dit que ce n’était pas mal non plus.
Ça pourrait être amusant.
Un sourire lui monta aux lèvres. En le voyant, Lame Hirondelle eut l’impression qu’il allait craquer de dégoût.
L’intention meurtrière qu’il avait si longtemps contenue déferla d’un seul coup.
Meurs.
Lame Hirondelle marmonna intérieurement, porta la main à sa ceinture et projeta quelque chose d’un geste vif.
C’était l’arme qui lui avait valu son surnom.
Une lame en fer forgé très fin : l’Épée flexible.
Elle était enroulée autour de sa taille. Ce qui ressemblait à une bande glissée dans sa ceinture se transforma en lame et jaillit, longue et droite.
Elle était une fois et demie plus longue qu’une épée longue ordinaire. Sa pointe évoquait un fouet de fer acéré.
Frrrrrang !
Dans un cliquetis ondoyant, la pointe de cette lame fine fila vers l’arrière du crâne d’Enkrid, telle un serpent venimeux.
Cela se produisit au moment même où Enkrid tendait la main gauche vers le bouclier qui s’abattait sur lui comme un glissement de terrain.
* * *
« Je n’arrête pas de me dire que tout ça, c’est ma faute. »
Kraiss marmonna, et Rem tourna les yeux vers lui.
« Pourquoi ? »
« La carte du guide. Et j’ai laissé les choses se relâcher alors que je savais ce qui se passait. »
Kraiss avait dessiné et vendu une carte détaillant l’agencement intérieur du territoire.
Cette carte leur avait probablement servi de guide, et il aurait pu demander à la Guilde de Gielpin de les surveiller, mais il ne l’avait pas fait.
S’il avait envoyé des membres de la guilde contre de vrais experts, ils seraient morts par dizaines.
Il avait privilégié le pragmatisme. C’était cela qui le rongeait.
« Si tu le vois comme ça, le commandant de bataillon devrait en assumer la responsabilité. »
Finn avait parlé derrière eux. Dunbakel se tenait à ses côtés, et cette femme-bête semblait n’avoir pas réfléchi à la question.
Elle se contenta de demander, visiblement perplexe :
« Ça ne pose pas de problème de le laisser là-bas ? »
Rem répondit le premier.
« Bon, si on ne le laisse pas, tu comptes te faufiler là-bas pour l’aider ? Tu es sûre que tu ne te feras pas repérer ? »
Certains hommes-bêtes naissaient avec l’instinct du chasseur, mais ce n’était pas le cas de Dunbakel.
C’était une guerrière, pas une chasseuse.
« Je crois que je me ferais repérer. »
« Alors pourquoi tu en parles ? »
« Si cet homme meurt, je n’ai aucune raison de rester ici. »
C’était franchement étrange qu’elle le dise aussi ouvertement.
En gros, elle disait qu’elle était restée ici uniquement pour Enkrid.
Rem le pensa, puis donna un petit coup de pied dans le tibia de Dunbakel. Son entraînement n’avait pas été inutile : Dunbakel leva et pivota instinctivement la jambe, parant le pied de Rem.
Paf !
Le choc se fit sentir, mais elle eut peu mal. Elle avait déjà subi pendant longtemps des violences brutales.
À présent, elle savait parer ce genre de coup.
« Bien joué, sale femme-bête. Maintenant, arrête de t’inquiéter. Tu es seulement en position de t’inquiéter ? »
Puis Rem s’en prit à la valeur de Dunbakel comme combattante avec une méchanceté pure.
« Un animal même pas fichu de se protéger s’inquiète pour qui ? Pour qui, exactement ? Le capitaine ? Toi ? Tu t’inquiètes pour ce capitaine qui vient à peine d’éveiller sa Volonté ? Et tu crois pouvoir battre ce pervers à l’épée bizarre ? Ah, non ? Pas confiance ? Et tu veux quand même te jeter dans la mêlée ? Tu t’es fendu le crâne, ou tu as laissé ton cerveau quelque part ? Pourquoi trimballer cette tête si elle ne peut même pas servir de porte-casque ? »
De l’animal au porte-casque, le rythme n’était pas parfait, mais le tout formait quand même un poème d’un seul tenant.
« Quatre étoiles et demie. »
Kraiss nota le poète nommé Rem.
Il s’inquiétait, mais faisait toujours confiance à Rem. Le poids de cette affaire, qui avait commencé par sa faute, pesait sur lui, mais il lui faisait toujours confiance.
S’il s’en était aperçu plus tôt, il aurait dû mieux sécuriser les lieux. C’était cela qu’il regrettait. Un instant de regret suffisait.
La réalité était là, devant lui. Il devait lui faire face.
Puisque les choses étaient déjà arrivées, Kraiss choisit de faire confiance.
Personne d’autre : ce capitaine avait pris les devants de lui-même.
Même à présent, Kraiss n’arrivait toujours pas à oublier le dos du capitaine lorsqu’il l’avait sauvé.
Parce que c’est le genre de capitaine qu’il est.
En plus, ces derniers temps, les capacités d’Enkrid avaient progressé à un niveau incroyable. Il s’était amélioré. Il continuait de grimper.
Alors Kraiss lui faisait confiance.
Plus que tout, juste avant leur retraite, en voyant cet homme aux cheveux noirs se tenir sous le ciel bleu, deux syllabes lui vinrent spontanément à l’esprit.
Chevalier.
Qu’était-ce qu’un chevalier ?
Ce ne pouvait pas être un titre réservé à ceux qui avaient une force supérieure.
Un chevalier, c’est quelqu’un qui protège.
Enkrid l’avait dit un jour. Et, comme ses paroles le laissaient entendre, quand il disait qu’il protégerait quelqu’un, il le protégeait.
« Quelle foutue pagaille. »
Rem grommela, puis s’arrêta de marcher. Ils étaient déjà très loin.
S’inquiéter et observer étaient deux choses différentes. Être trop loin pour bien voir lui semblait vraiment dommage.
Le fainéant à côté de lui semblait le ressentir encore plus vivement.
Ces derniers temps, il avait eu l’air étonnamment motivé. Pour ce fainéant complètement dingue, c’était rare.
Quand Ragna s’arrêta, il se retourna et se mit en position.
Pour Rem, c’était une préparation au combat.
Il n’avait même pas dégainé son épée. Il se contentait de se tenir là, tourné vers Enkrid.
Ça, c’est se préparer.
Si les choses tournaient mal, il foncerait aussitôt. C’était ce qu’il semblait prévoir. Même si cela n’irait probablement pas jusque-là.
« Père le protégera. »
Audin murmura à leurs côtés. Toujours la même prière. Jaxon avait disparu depuis bien plus longtemps.
À peine eurent-ils quitté leur champ de vision qu’il s’était changé en chat sauvage et avait disparu.
Esther, elle, n’avait même pas suivi.
La mage, qui se trouvait être sous forme humaine aujourd’hui, s’était contentée de dire :
« Je suis occupée. Ne m’embêtez pas. »
Voilà tout. Des mots prononcés par une beauté aux yeux bleus qui ne semblait pas le moins du monde inquiète. Elle avait ce visage étrangement mystérieux qui trahissait aussitôt la mage.
Et pourtant, dehors, elle continuait de faire semblant d’être une panthère. Une imposture totale.
Elle fait comme si elle s’en fichait, mais elle ne quitterait pas les bras du capitaine.
Rem ricanait à cette pensée lorsqu’il aperçut quelqu’un arriver en hâte de l’autre côté.
« C’est vrai ? Ils ont pris des otages ? »
Le commandant de bataillon Marcus était arrivé avec un groupe de soldats rapides. La plupart étaient des archers. Le chef d’escouade Benzence était là aussi.
Dès que les événements avaient éclaté, seuls quelques hommes, dont Rem, s’étaient mis en mouvement. Puis Marcus avait reçu le rapport et amené l’unité d’archers.
« Oui. Mais inutile de vous inquiéter. Ils ont dit qu’ils tueraient les otages si quelqu’un s’approchait, alors il faut attendre ici pour le moment. »
Kraiss s’avança et répondit.
Le commandant de bataillon s’était déplacé en personne pour cette affaire.
Après tout, si Enkrid avait éveillé sa Volonté, il représentait désormais une force de premier ordre.
En y pensant, Rem observa l’arrière de la tête de Kraiss tandis qu’il parlait.
C’est alors que cela se produisit.
« Quelle absurdité ! On va échanger quelques otages contre un commandant ? »
Edin Molsen sortit de derrière Marcus. Ses cheveux blond pâle tiraient presque sur le jaune. Il cria comme s’il leur faisait la leçon.
« Montrez-moi le chemin, tout de suite ! Je vais intervenir et châtier ce salaud ! »
Depuis quand se souciait-il autant du capitaine ?
Edin Molsen reniflait de colère. Cette moue renfrognée était la même que d’habitude. La seule chose étrange, c’était qu’il la prenait cette fois pour Enkrid.
« Laisse tomber. »
Rem n’eut d’autre choix que d’intervenir et de le lui dire.
« Quoi ? »
Le bout du sourcil d’Edin Molsen se dressa. Cet homme avait le don d’exprimer sa colère avec son visage.
Il était pénible, mais ils ne pouvaient pas tuer une nouvelle fois le fils d’un noble.
Ce serait une véritable catastrophe.
Rem réprima son impatience et prit la parole.
« J’ai dit de laisser tomber. Il ne lui arrivera rien. »
Son ton frôlait la certitude.
Quelle connerie…
Edin le disait sans un mot, rien qu’avec son visage. Rem réprima une nouvelle fois son impatience et reprit :
« Ah, ça ira. »
Rem avait été le dernier adversaire d’Enkrid à l’entraînement.
En l’affrontant, il avait perdu une hache et, dans le même temps, compris quelque chose.
Pas une menace.
Le Demi-Géant n’était pas mauvais, mais Lame Hirondelle ne faisait pas le poids.
Et face à Enkrid, tel qu’il était maintenant…
Combattre le Demi-Géant tout en arrachant la tête à ce salaud sournois, ce serait facile.
Et ce chat sauvage rusé était déjà passé à l’action, non ?
« Alors, on regarde encore un peu et après, on va profiter du spectacle. »
Rem le répéta, mais Edin n’avait toujours aucune raison de céder.
« Écarte-toi, barbare insolent. »
Edin cracha ces mots cinglants et s’avança.
Une intention meurtrière glaçante lui lacéra le cou.
Edin crut qu’il était mort. Non, il avait presque atteint l’instant qui précédait la mort.
Son garde du corps le protégea.
« Tu vas trop loin. »
« Je t’ai dit d’écouter, mais tu continues à insister, hein ? Tu crois que tu peux dépasser les bornes ? »
Rem grommela.
Qu’est-ce qui venait de se passer ?
Edin porta la main à son cou. Une Oppression ? Ou quelque chose du même genre ?
« Tu as toujours su faire ça ? »
Le garde du corps avait posé la question.
Rem était le seul à pouvoir la comprendre pleinement. Audin la comprenait aussi.
Ragna n’avait pas l’air intéressé. Il restait tourné vers Enkrid et se fichait de savoir qui était arrivé derrière lui.
« Je l’ai vue faire cette fois-ci, alors j’ai juste un peu copié. »
L’Oppression était-elle vraiment une technique qu’on pouvait copier après l’avoir observée ?
Le garde du corps crut que Rem se moquait de lui, mais ne dégaina pas son épée.
Ce n’était pas le moment de déclencher un conflit interne.
« Le capitaine a dit qu’il les protégerait et les sauverait. Alors, on attend. »
Rem le répéta. Face à cette pression féroce, Marcus garda le silence.
Mieux valait se taire que d’invoquer ici les grades et le commandement pour se ridiculiser.
L’instinct d’un politicien, comme on pouvait s’y attendre.
« On attend. »
Marcus mit fin à la discussion. Edin Molsen piqua encore quelques colères, mais cela n’alla pas plus loin.
Ils s’arrêtèrent et attendirent.
Ils n’eurent pas longtemps à patienter avant d’avoir des nouvelles du front. Ils avaient quitté le champ de vision des autres, mais pas celui de Rem.
Même de loin, il pouvait se faire une idée de la situation en observant les mouvements.
« Allons-y. »
Rem prit alors la parole. Il voyait que tout touchait à sa fin.
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