Chapitre 24
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 24 : Trois
« Le vent souffle dans cette direction, mais regardez comme ces herbes courtes sont couchées dans le sens opposé. Elles dessinent un cercle, vous voyez ? »
Enri appuya du pied sur la base des hautes herbes et les écarta, révélant celles qui poussaient en dessous.
« Vous voyez les traces, ici ? » poursuivit-il.
« Oui, je les vois. »
Enkrid répondit en examinant attentivement le sol. Maintenant qu’Enri les lui avait montrées, il les distinguait, mais il aurait eu du mal à les repérer seul. Ils se trouvaient au milieu d’un champ d’herbes hautes. Tout autour d’eux, à perte de vue, s’étendait une mer verte.
Un barde itinérant avait baptisé cette région « Perle Verte » après avoir traversé ses plaines au cœur de l’été, émerveillé par leur luxuriance.
Le nom était bien choisi. Cette maudite prairie n’avait rien d’un endroit agréable où se déplacer pour un humain. Les herbes ondulantes leur fouettaient le visage et les yeux, tandis que des insectes s’accrochaient à leur corps et que des grillons et des sauterelles leur bondissaient autour. Dans les endroits où l’eau stagnait, on trouvait des grenouilles.
La vue des grenouilles lui rappela Grenouille, qui lui avait décoché un coup de pied. Celui-ci avait beau insister sur le fait qu’ils n’avaient rien à voir avec de vraies grenouilles, Enkrid n’était pas de cet avis. Tuer une grenouille sous leurs yeux ne les ferait pas réagir, mais menacer de leur faire éclater le cœur risquait de déclencher une riposte meurtrière.
Un coup sur le côté.
Il l’avait paré par réflexe, mais un seul coup avait suffi à le mettre à terre. Combien de temps lui faudrait-il pour atteindre la force de Grenouille ?
Pas maintenant, mais pourrait-il un jour l’affronter ?
Il en doutait. Le doute était inévitable ; ne pas renoncer ne signifiait pas ne jamais douter.
Mais il n’avait pas le temps de douter. Il ne pouvait pas se permettre de gaspiller ses forces à s’inquiéter de choses qu’il ne maîtrisait pas.
Enkrid chassa aussitôt ces pensées négatives. Il ne pouvait pas se laisser ronger par elles. S’épuiser à ruminer des problèmes insolubles était stupide.
Sur cette pensée, il se reconcentra sur les explications d’Enri.
Ce soldat, un chasseur des plaines, était indéniablement optimiste. Il supportait les lubies de leur chef d’escouade et exhortait même Enkrid à se montrer patient avec lui. Comme si Enkrid avait quoi que ce soit à supporter : il en avait l’habitude. Malgré la situation, Enri mettait ses talents de chasseur à profit pour observer et analyser les environs. C’était intéressant à écouter.
« Il n’y a pas beaucoup de crottes d’animaux. Pourquoi, à votre avis ? » s’interrogea Enri.
« C’est un problème ? » demanda Enkrid en écartant les hautes herbes épaisses qui n’arrêtaient pas de lui retomber sur la tête.
« Cette prairie a beau ressembler à un champ de mauvaises herbes sans intérêt, c’est en réalité un véritable garde-manger pour les animaux qui se nourrissent de ces herbes. On devrait trouver davantage de traces de leur passage, pourtant elles sont rares. »
Il y avait moins d’animaux. Pourquoi ? Enkrid se posa la question tout en arrachant de sa joue un insecte qui s’y était accroché. Ce n’était pas une sangsue, mais il faisait jaillir de sa bouche quelque chose de pointu, comme s’il cherchait à sucer son sang. La bestiole et les herbes qui lui barraient la route lui donnèrent envie de prendre une faucille bien aiguisée et de tout faucher.
« Chut, vous parlez trop », dit le chef d’escouade en jetant un coup d’œil derrière lui. Un grillon lui sauta près du visage ; il fronça les sourcils, mais ne se plaignit pas.
Voilà qui est surprenant.
Enkrid ne s’était pas attendu à ce qu’il se plaigne de la situation, puisqu’il avait insisté pour venir ici. Malgré son surnom de « Perle Verte », beaucoup d’herbes avaient pris une légère teinte brune, signe que l’automne approchait. En hiver, cette prairie luxuriante disparaîtrait, n’en laissant que quelques traces. Puis, avec la douceur du printemps, les hautes herbes repousseraient et le cycle recommencerait.
Mort et renaissance.
Était-ce ainsi que fonctionnait la nature ? Et ses journées qui se répétaient, alors ?
Il avait beau essayer de ne pas y penser, ces pensées persistaient. Impossible d’ignorer ces journées répétées.
Mais Enkrid avait pris une décision claire.
Tout utiliser.
Il ne considérait pas cela comme une bénédiction. Même s’il s’agissait d’une malédiction, rien ne changerait. Après qu’ils eurent marché longtemps dans les hautes herbes, quelqu’un tapota l’épaule d’Enkrid. Ce n’était pas Enri, mais le soldat qui restait près du chef d’escouade.
« Notre chef d’escouade a beau avoir l’air d’un gamin, il a ses raisons. Il doit se faire un nom, mais on l’envoie sans cesse en reconnaissance, alors il est frustré. »
Quelle drôle de chose à dire.
« Et si vous pouviez oublier ce que j’ai dit, que c’était un “connard”, je vous en serais reconnaissant. »
Le moment était mal choisi, pensa Enkrid. Il accepta tout de même les excuses. Inutile de créer des tensions en pleine mission.
« D’accord. »
« Merci. Vous êtes un chef d’escouade généreux », dit le soldat avec un sourire. Ses cheveux blonds ternes et son visage buriné contrastaient avec ceux de Grands Yeux, et il était plutôt laid.
Enkrid hocha la tête et reporta son attention sur les alentours, comme il en avait l’habitude. C’est alors qu’un son inconnu lui parvint.
Un bruissement, un sifflement et un craquement.
Ce qu’Enkrid avait appris de Jaxon lui fut utile.
Ce bruit-là est différent.
Les dix membres de l’équipe de reconnaissance avançaient assez près les uns des autres pour se toucher l’épaule, mais en gardant suffisamment d’espace pour voir le dos de leurs camarades. Le bruit de leurs pas dans l’herbe leur était désormais familier.
Mais ce nouveau bruit était différent. Il venait de plus loin et, sans aucun doute, provenait de gens qui se déplaçaient dans l’herbe. On y percevait aussi le sifflement d’un animal et le bruissement des herbes sous les pas.
Des gens. Ils n’étaient pas des alliés.
La prairie d’herbes hautes n’avait, en soi, aucune valeur. Son importance venait du territoire ennemi qui s’étendait au-delà. Après cette prairie se trouvait une plaine découverte, sans le moindre abri. La traverser était une mauvaise idée. L’ennemi avait-il lui aussi un chef d’escouade aussi stupide que le leur ?
« Nous ne sommes pas seuls », dit Enkrid. Le soldat devant lui cligna des yeux.
« Quoi ? »
Il avait l’air perplexe ; il pencha la tête et fronça les sourcils.
« Je crois que j’ai entendu quelque chose, moi aussi », ajouta Enri.
« Qu’est-ce que vous avez entendu ? »
Le chef d’escouade demanda en revenant sur ses pas pour rejoindre Enkrid.
« L’ennemi. »
À peine eut-il parlé qu’ils furent attaqués.
Ping ! Boum !
Avant que le chef d’escouade ait pu réagir, un carreau frappa à la tête le soldat qui ouvrait la marche. Enkrid évalua aussitôt la direction de l’attaque et le type de projectile.
Un carreau.
Une flèche courte, adaptée au combat rapproché. Elle ne venait pas d’un arc long.
Une arbalète.
La conclusion s’imposait. Alors que le carreau transperçait la tête du soldat de tête, Enkrid cria :
« À terre ! »
Dans le même temps, il agrippa le col du chef d’escouade et le tira vers le sol.
« Ouf ! »
Le chef d’escouade grogna en heurtant le sol. À cet instant, des cris de douleur et de mort retentirent autour d’eux.
Devant, à droite, à gauche.
Même s’ils évitaient la première salve, la mort était inévitable. Ils devaient forcer le passage. Pas question de s’arrêter. Enkrid s’aplatit au sol et s’élança dans une direction.
Froufrou, crac !
Les herbes s’écartèrent, signalant son mouvement à l’ennemi. Comme prévu, une pluie de carreaux s’abattit sur lui.
« Espèce d’idiot ! »
Enri s’exclama, horrifié par ce qui lui semblait être une manœuvre suicidaire.
Paf !
La chance y était pour quelque chose, mais Enkrid évita la plupart des carreaux. L’un d’eux le frappa à l’épaule gauche, mais il aperçut l’ennemi. Celui-ci avait dégagé une partie des hautes herbes pour se ménager un passage. Enkrid distingua un soldat vêtu de vert, une arbalète à la main.
Il dégaina son épée et s’avança.
N’importe quand, quelle que soit la position.
Exécuter la meilleure attaque. Enkrid mit en pratique ce qu’il avait appris. Il réduisit la distance, prit appui sur son pied gauche et porta une estocade d’une seule main.
La pointe de son épée d’armes fendit l’air et trancha le cou de l’ennemi. La lame acérée entama la peau fine de sa gorge, projetant une gerbe de sang. Le soldat porta les mains à son cou et s’effondra.
Enkrid ne s’arrêta pas.
Il se déporta sur la gauche, esquivant une lance qui visait sa poitrine. Il fit mine d’avancer, puis s’immobilisa et laissa la pointe le manquer. Il vit les yeux du soldat ennemi, partagés entre excitation et peur.
Les yeux d’un soldat au combat.
Des arbalètes, des lances, des vêtements teints en vert. Ils étaient équipés pour tendre une embuscade. Il enregistra rapidement ces informations, fit un pas de plus et porta un coup horizontal.
Le lancier esquiva et riposta d’une estocade. Enkrid pivota sur son pied droit, tourna sur lui-même et porta sa propre estocade.
Une seule manœuvre, à la fois offensive et défensive.
Son épée transperça le torse de l’ennemi, non sans résistance : elle traversait le tissu épais de son armure.
« Grh… »
Blessé, le soldat lâcha sa lance et saisit à deux mains l’épée d’Enkrid. Le sang ruisselait de ses paumes.
Je ne peux pas la retirer.
Décider et agir vite. Une règle de survie au combat. Enkrid lâcha son épée et ramassa la lance tombée à terre.
Vlan !
Un autre soldat abattit son arbalète sur la tête d’Enkrid. Sa position accroupie lui sauva la vie : l’arbalète manqua sa tête, mais fit voler son casque. L’air frais lui frappa le crâne. Enkrid enfonça la lance dans le pied du soldat qui l’avait attaqué.
« Argh ! »
La douleur lui arracha un cri qui attira l’attention. Un cri pouvait démoraliser l’ennemi. Enkrid tordit le genou du soldat, reprenant une technique que lui avait enseignée le membre pieux de l’escouade. Le geste était maladroit, mais efficace. Il ramassa l’épée courte du soldat à terre, se redressa et la plaça contre sa gorge.
« Grrr ! »
Avant que le soldat ait pu réagir, il lui enfonça la lame dans la gorge et la tira de côté.
Floc.
Le soldat porta les mains à son cou et se mit à gargouiller tandis que le sang jaillissait. Il tomba à genoux, les yeux écarquillés par le choc.
Haletant, Enkrid se servit du soldat mourant comme d’un bouclier et s’accroupit derrière lui pour reprendre son souffle.
Un côté dégagé.
Ils étaient encerclés sur trois côtés, mais l’un d’eux était désormais libre. Si les choses tournaient mal, il pourrait s’en servir comme voie de repli.
« … Vous êtes censé être un simple soldat ? »
demanda Enri en apparaissant derrière lui.
« C’est ça », répondit Enkrid en reprenant encore son souffle. Enri secoua la tête, incrédule.
« Et ça, c’est le niveau d’un simple soldat ? » marmonna-t-il.
« Bon sang, je ne suis qu’un connard », grommela le chef d’escouade. Sa remarque stupide rompit la tension.
Qu’est-ce qui lui passait par la tête ?
« Restez derrière, n’avancez pas », conseilla le soldat au visage buriné en faisant barrage au chef d’escouade.
Il ne restait donc que quatre survivants. Le reste de l’équipe de reconnaissance avait été tué. Une vingtaine de soldats ennemis les dévisageaient encore.
« … C’est quoi, ce bordel ? » lâcha l’un des soldats ennemis. Il regarda tour à tour les cadavres et Enkrid, qui avait tué trois de leurs hommes.
Enkrid se moquait de leur stupeur. Tout ce qui comptait, c’était de survivre.
Les arbalètes représentaient toujours une menace, et ils étaient bien trop nombreux.
« J’ai perdu mon épée. »
« Courez ! »
Il était temps de s’enfuir en appliquant la technique de l’épée des mercenaires de Valen. Enkrid n’hésita pas : il fit volte-face et détala.
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