Chapitre 25
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 25 : La prairie aux hautes herbes
« Traversons cette prairie et suivons les traces de l’équipe de reconnaissance. Qu’en pensez-vous ? »
Quand il regarda de nouveau le chef de l’escouade de reconnaissance, celui-ci avait les yeux brillants. L’anticipation et l’assurance s’y mêlaient à une pointe de nervosité. Un nouveau jour venait de commencer. Pour aller droit au but, la tentative de fuite avait échoué. Enkrid ouvrit les yeux et accueillit cette nouvelle journée en repensant à celle de la veille.
Où est-ce que ça a dérapé ?
Il avait peut-être eu tort de partir vers l’est.
Non, jusque-là, ça allait.
Faire le bilan était une habitude chez Enkrid. Alors qu’il fuyait vers l’est, il était de nouveau tombé sur l’unité d’arbalétriers, et les carreaux lui avaient transpercé le corps. Il s’était tordu de douleur à terre avant de mourir, un carreau fiché dans la tête.
Il détestait se remémorer la douleur de cet instant, mais s’il ne repassait pas les événements en revue, il continuerait à mourir. C’était pire.
Faire le bilan, chercher sans relâche le problème. Enkrid répéta ces pensées.
Puisque je l’entends, j’ai l’avantage.
Il avait perçu un son étrange. Ce qu’il avait appris de Jaxon lui avait été utile. Ensuite, le Cœur de la Bête lui avait permis d’évaluer la situation avec calme. Il devait choisir un côté et percer les lignes. Il avait échoué, pourtant.
Si je recommence…
Il se sentait capable d’y arriver. Il avait simplement eu la malchance de tomber sur l’unité embusquée, au lieu d’être rattrapé par celle qui le poursuivait.
Il me suffit de trouver le bon chemin.
Alors qu’il était perdu dans ses pensées, quelqu’un lui tapota l’épaule. C’était Enri. Enkrid comprit qu’il s’était trop absorbé dans ses réflexions.
« Jetez juste un coup d’œil rapide et avançons, s’il vous plaît. »
Qu’est-ce qu’il me demande encore de supporter ?
« Vous n’avez pas l’air en forme. »
Enri désigna la direction devant eux d’un regard. Enkrid leva les yeux et croisa ceux d’un soldat à l’air bourru qui suivait le chef d’escouade de près. On aurait dit qu’il le fusillait du regard, mais il ne cherchait sans doute pas la bagarre.
Il veut que je comprenne le chef d’escouade ; il doit donc avoir un peu de jugeote.
Il attendait probablement une occasion de parler franchement avec Enkrid. Jugeant que le moment n’était pas bien choisi, le soldat bourru détourna le regard le premier. Enkrid acquiesça à l’intention d’Enri, puis se remit en marche. Il écarta les herbes de la main et s’y enfonça. Bientôt, un paysage familier lui barra la vue. Les hautes herbes vertes réduisaient considérablement le champ de vision.
Se faire surprendre par une embuscade ici, c’était vraiment mauvais. Personne ne prendrait normalement le risque de s’y aventurer au péril de sa vie.
Et si on n’y entrait pas, tout simplement ?
Impossible. Cette unité était là pour reconnaître la prairie aux hautes herbes.
Que pourraient-ils dire s’ils revenaient sans avoir accompli leur mission ?
Qu’ils avaient repéré l’embuscade ennemie avant d’entrer ?
Même en changeant la direction de la reconnaissance, les dix hommes présents ne l’accepteraient jamais. C’était inévitable. La plupart de ses nouveaux « aujourd’hui » se déroulaient ainsi, mais était-ce vraiment si pénible ?
Pas mal.
Il n’avait vraiment combattu qu’une seule fois. Enri lui avait demandé comment il pouvait être le soldat le moins gradé. Le chef d’escouade, lui, s’était rabaissé.
Un vrai combat.
Il n’avait livré qu’une bataille, mais cette expérience avait de la valeur. Le Cœur de la Bête ne lui laissait aucune place pour paniquer. Il avait saisi chaque occasion de manier son épée et de frapper d’estoc. Il avait anticipé les mouvements de l’ennemi et agi en conséquence. Il avait mis en pratique ce qu’il avait appris entre-temps.
Boum.
Son cœur battait la chamade. Une sensation grisante semblait lui transpercer le corps.
C’est une bonne occasion.
Avant le départ en reconnaissance, Rem et Ragna avaient évalué son escrime à tour de rôle. Ce qu’il avait appris auprès d’eux. Ce qu’il avait compris par lui-même.
C’était le moment idéal pour assimiler tout cela.
« Vous voyez ça ? L’herbe qui est pliée ? »
« Des traces de bête. »
Enkrid savait tirer parti de ce qu’il apprenait. Il fit comme s’il savait de quoi il parlait. Enri le regarda, les yeux écarquillés, puis demanda :
« Vous avez déjà chassé ? »
Non. Il avait appris ça d’Enri.
« J’ai entendu deux ou trois choses. »
Il les avait entendues d’Enri.
Après avoir répondu honnêtement, ils poursuivirent leur conversation sans importance. Enkrid accéléra le pas et avança. Il se retrouva juste derrière le chef d’escouade.
Il observait maintenant la formation de l’équipe de reconnaissance. Il n’y avait pas prêté attention auparavant. Le chef d’escouade était devant, deux hommes à droite et deux à gauche. Le soldat bourru se tenait juste derrière lui. Les autres suivaient à l’arrière pour protéger leurs arrières.
Ce ne sont pas de simples idiots.
La formation tenait la route. Si l’ennemi apparaissait, ils seraient bien placés pour réagir. Cela ne leur serait pas d’une grande aide contre une unité armée d’arbalètes. Lors de cet « aujourd’hui » raté, le chef de l’escouade de reconnaissance avait cessé de faire l’imbécile. Il avait suivi Enkrid en silence.
En outre, son escrime était plutôt bonne. Le soldat bourru était très habile.
Au moins de niveau intermédiaire, voire plus.
C’était ce qu’il semblait être, selon les critères des soldats de Naurillia. Le chef d’escouade comme le soldat bourru étaient compétents.
Enri n’était pas mauvais non plus. Il avançait un arc court à la main gauche et tirait rapidement. Pas au point, toutefois, de survivre à une volée de carreaux.
Éviter les arbalétriers à tout prix.
Enkrid se colla délibérément aux talons du chef d’escouade. Le soldat bourru, qui surveillait peut-être les réactions de celui-ci, ne dit rien.
Froufrou. Sifflement ! Craquement.
Et il entendit de nouveau le même bruit.
« À terre ! »
Il saisit le chef d’escouade par la nuque et le tira en arrière. La dernière fois, seuls quatre hommes avaient survécu à la fuite. Cette fois, il en sauverait quelques-uns de plus.
« Aïe ! »
Le chef d’escouade poussa un cri en tombant à la renverse.
« L’ennemi ! »
L’ennemi cria. Des carreaux jaillirent aussitôt. Dans le même temps, Enkrid donna deux coups de pied successifs derrière les genoux de soldats alliés. Les carreaux sifflèrent au-dessus des hommes à terre. Enkrid écarta lui aussi les jambes et abaissa son corps. Une sauterelle, effrayée, bondit devant lui. Il se redressa en prenant appui sur la détente de ses cuisses et de ses lombaires, tout en lançant un couteau.
Fiiiit !
Le couteau fendit l’air. Il ne toucha rien, mais l’ennemi eut un mouvement de recul. Une brève ouverture. C’était suffisant.
Paf.
Il effleura le front du chef d’escouade avec son coude.
« Ressaisissez-vous. »
Il lança ces mots en s’élançant. Dans un martèlement de la terre et de l’herbe sous ses pas, il dégaina son épée. Il prit position et exécuta une estocade à une main.
À fond.
Il devait frapper avec la détermination de transpercer, sans pour autant relâcher ses muscles après l’estocade. Comment conserver sa force en portant une attaque de toute sa puissance ?
« Il faut le sentir. Et comment on acquiert ce sens ? En recommençant encore et encore. Ça finira par venir. »
C’était ce que Rem lui avait dit pendant l’entraînement. À présent, Enkrid l’assimilait, là, au cœur du combat.
Flac !
La pointe de son épée transperça la poitrine de l’ennemi. Il la tordit, puis la retira. La lame, qui avait tranché muscles, nerfs et cœur, se dégagea. Il feinta un coup horizontal, puis réduisit la distance et frappa le tibia d’un autre soldat ennemi.
Celui-ci était sur le point de viser avec son arbalète.
« Aïe ! »
Le soldat touché baissa involontairement la tête. Enkrid lui fracassa la nuque avec le pommeau de son épée.
Crac !
Le geste ressemblait à un coup porté sur un casque de cuir mal ajusté avec un objet contondant. Il eut l’impression de fendre du bois vert. Après en avoir abattu deux, il vit un troisième ennemi charger, vêtu d’une armure de tissu plus épaisse et portant un grand bouclier rond.
Fiiit, fiiit, fiiit !
Enri décocha trois flèches à toute vitesse. Mais elles ne traversèrent pas l’armure. Pas une goutte de sang ne coula des points d’impact. Une flèche mal fichée oscilla avant de tomber à terre.
Dans sa précipitation, Enri n’avait pas bandé son arc à fond. Enkrid passa rapidement son épée dans la main gauche et frappa.
Clang !
Des étincelles jaillirent lorsque la lame heurta le bord du bouclier. Elle enfonça la bordure, mais la main d’Enkrid s’engourdit.
« Haaaaargh ! »
L’ennemi rugit et abattit son bouclier sur la tête d’Enkrid.
Boum.
Un instant d’inattention pouvait coûter la vie. La panique menait à la mort. Voilà ce qu’était le champ de bataille. C’était dans ces moments-là que le Cœur de la Bête brillait. Son courage lui permettait de garder son calme au cœur du combat. Enkrid voyait distinctement la trajectoire du bouclier qui s’abattait.
« Observe bien, esquive avec adresse. »
C’était l’enseignement de Rem. Observer et esquiver.
« Il n’y a aucune partie inutile sur une épée. Sers-toi de tout, de la garde à la pointe. »
C’était l’enseignement de Ragna. Enkrid observa attentivement et esquiva au tout dernier moment.
Fouuu… Le bouclier frôla son nez, et le vent fit voler ses cheveux.
« Huf, huf ! »
L’ennemi peinait à soulever de nouveau son bouclier après l’avoir abattu. Enkrid le devinait tendu derrière sa protection. Les yeux qui dépassaient au-dessus du bouclier le fixaient avec haine. S’il affrontait le bouclier de front, le combat s’éterniserait.
Enkrid lança son épée, puis la rattrapa, garde vers le haut et lame vers le bas. Il frappa de toutes ses forces, en faisant pivoter sa taille et ses genoux. Le porte-bouclier n’eut pas le temps de réagir.
Fouuu, boum !
La pointe de la lame s’enfonça dans l’œil de l’ennemi. Du sang et un liquide clair s’écoulèrent de la plaie.
« Aaaaargh ! »
Le soldat borgne hurla. Comme il tenait son épée par la lame, Enkrid dégaina son épée courte de sa main ensanglantée. Puis il la planta dans le cou de l’ennemi devenu fou furieux et la retira.
Floc !
Le sang jaillit au rythme de ses gestes. Le porte-bouclier s’effondra, du sang écumant à la gorge.
« Par ici ! »
Au milieu de cette suite de scènes brutales, tous regardaient Enkrid, bouche bée.
Combien en avait-il tués en si peu de temps ?
Enkrid retira son épée de l’œil de l’ennemi. Le sang avait coulé jusqu’à la garde. Il l’essuya grossièrement et se remit en marche. Cette fois, six hommes le suivirent. Il en avait sauvé deux de plus.
« … Qu’est-ce que vous êtes ? »
Le chef d’escouade, qui courait à ses côtés, lui posa la question.
« Vous me demandez ça parce que vous ne le savez vraiment pas ? »
Il ferait mieux de courir au lieu de parler. Enkrid repartit vers l’est. En chemin, il frappa et tua chaque ennemi qu’il aperçut. Cette fois, il s’aventura plus loin que précédemment.
Je me suis trompé de direction.
Il était sûr que ce n’était pas l’est. Cette fois, il tomba sur cinquante lanciers. Une unité entraînée de cinquante lanciers équivalait à un peloton. À trois, ils n’avaient aucune chance. Les autres ayant été perdus en chemin, seuls le chef de l’escouade de reconnaissance et le soldat bourru étaient encore avec lui.
« On n’a pas eu de chance. »
Le soldat bourru prit la parole.
« Merde. »
Le chef de l’escouade de reconnaissance regarda autour de lui et grimaça.
Enkrid.
« Je vais en emporter cinq avec moi. »
Il se prépara et chargea. Aux yeux de l’ennemi, il devait avoir l’air complètement fou.
Faire face à cinquante lanciers ?
Charger une unité de lanciers relevait de la pure folie. Seuls des chevaliers ou des membres d’un ordre de chevalerie pouvaient peut-être tenter pareille chose.
Qu’est-ce qu’il fabriquait ?
En le voyant manier son épée, ils comprirent qu’il savait se battre, mais pas qu’il possédait un talent exceptionnel. Tout au plus pouvait-on le qualifier de soldat habile.
Charger sans se soucier de sa propre vie n’avait rien de normal. Enkrid tua donc trois lanciers.
Puis il mourut, une lance plantée dans le ventre.
Bien sûr, la douleur fut atroce. Il aperçut une longue bannière derrière l’unité de lanciers. Ce fut son dernier souvenir.
« Prenons par là. Tuer les ennemis de l’autre côté de la prairie, ce serait un exploit, non ? Ou bien vaut-il mieux les capturer vivants ? »
En entendant le chef d’escouade, Enkrid repassa une nouvelle fois la journée de la veille en revue.
Faire le bilan.
Impossible de fuir vers l’est.
Alors, cette fois, ce sera le nord.
Le combat était une bonne nourriture pour progresser. Même Rem et Ragna, qui ne pouvaient pas se supporter, étaient d’accord là-dessus. Jaxon lui-même avait dit que le meilleur moyen d’aiguiser ses sens était de se battre pour sa vie.
Dans ces moments où l’on frôlait la mort, la concentration humaine dépassait ses limites. Enkrid en faisait la démonstration avec son propre corps.
J’ai progressé.
Ce n’était ni de l’arrogance ni un excès de confiance. Objectivement, ses compétences s’étaient considérablement améliorées.
Et elles continuaient de s’améliorer. Au fil des « aujourd’hui » qui se répétaient, Enkrid mourut neuf fois de plus au nord. À l’est, il mourut six fois de plus. À l’ouest, il mourut douze fois de plus. Les combats se poursuivaient.
On ne progressait pas du jour au lendemain. C’était inévitable. Mais il pouvait avancer, pas à pas.
Enkrid sentit de nouveau la joie l’envahir. Il grandissait, même maintenant. Car aujourd’hui était meilleur qu’hier.
« Uaaaaargh ! »
Boum !
Au cours d’une de ces journées répétées, la lance d’un soldat féroce lui effleura la joue. Auparavant, Enkrid n’aurait pas réussi à esquiver cette attaque. Elle ressemblait à celle du lancier, mais cette fois, il l’évita.
Il ne se contenta pas d’esquiver. Les innombrables combats avaient inculqué de bons réflexes à Enkrid. En esquivant, il abattit son épée d’en haut.
Un coup vertical. À cet instant, Enkrid sentit quelque chose d’étrange. Il avait frappé, mais n’avait rien senti dans ses mains.
Non, la sensation était infime.
Il avait tranché le bras de l’ennemi, mais cela lui avait fait l’effet de couper une branche pourrie.
C’était aussi facile que ça.
En revanche, le bras de l’ennemi fut nettement sectionné et vola dans les airs. Aucun bruit ne se fit entendre.
Un coup d’une netteté parfaite.
Ce fameux tranchant qui ne transmet aucune sensation aux mains. Celui que parvenaient souvent à obtenir ceux qu’on appelait des génies.
« Ah. »
Enkrid fut si surpris qu’il perdit sa concentration un instant. C’était la première fois qu’il éprouvait cela au combat. Il sentit vivement le poids de l’épée dans sa main. Cette sensation grisante le plongea dans l’euphorie.
« Ha, vraiment… »
C’était beaucoup trop exaltant.
Couvert de sang, il éclata de rire. Il ne pouvait retenir son rire, tant la satisfaction le submergeait.
« Espèce de malade ! »
Aux yeux de l’ennemi, il n’était qu’un fou. Pourtant, Enkrid mourut encore d’innombrables fois. Et revécut tout autant de journées répétées.
Au fil de ces journées, les enseignements de ses entraînements s’infiltraient dans son corps.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>