Chapitre 233
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 233 : Parce qu’il faisait beau
= = =
« Tu ne me croiras peut-être pas, mais j’ai une dette envers toi. Je suis Pel, des Bergers de la Nature sauvage. J’espère qu’on se reverra à l’occasion. »
Pel prit la parole. Enkrid, la lune dans le dos, hocha la tête.
Pel le regarda et ne put se retenir.
« Je n’ai jamais vu de génie comme toi. »
Enkrid ne prit pas la peine de le nier.
À cet instant, même si Pel lui avait demandé : « Tu as perdu la tête ? », il l’aurait laissé dire.
La joie et l’exaltation qui l’emplissaient de la tête aux pieds étaient telles.
Il était ivre d’avoir découvert quelque chose de nouveau, au point de vouloir le mettre à l’épreuve encore et encore.
« Tu peux me taillader encore une fois ? »
Voilà pourquoi, même en voyant Pel faire une drôle de tête, même en sachant qu’il venait de dire une chose qu’un fou aurait dite, Enkrid ne put s’en empêcher.
« Euh, eh bien… oui. »
Le perdant n’avait pas son mot à dire. Pel obéit.
L’homme qu’on appelait le Soldat qui met fin aux guerres tendit son avant-bras à la lame et le fixa d’un regard vif et impatient. Pel conclut que son adversaire était fou.
Alors, ce vieux surnom de commandant de compagnie cinglé n’était pas exagéré, après tout.
À vrai dire, ça lui allait mieux que Soldat qui met fin aux guerres, non ?
Ou bien tous les génies étaient-ils comme ça ?
À bien y penser, dans le groupe de Pel aussi, quelqu’un ressemblait à l’homme qui se tenait devant lui.
Devait-il devenir fou, lui aussi, s’il voulait rattraper quelqu’un comme ça ?
C’est ainsi qu’Enkrid poussa un autre homme au bord de la folie.
Bien sûr, Enkrid ne s’en rendit pas compte.
Après avoir reçu une nouvelle entaille.
« Meurs ! »
Un ordre limpide retentit entre le cri et le rugissement. Volonté. Contrainte. Pression.
Enkrid rassembla ses pensées et répondit.
« Non. »
Il repoussa la pression. Ce n’était que la deuxième fois, mais il avait déjà l’impression de ne plus avoir besoin de s’exercer.
Ce n’est pas difficile.
Ça rendait la chose encore plus plaisante.
Chaque fois qu’il avait appris quelque chose, il avait dû ramper dans la poussière et la souffrance. Il lui avait fallu lutter et se débattre.
Pour apprendre le Cœur de la Bête, il n’avait pas eu besoin de frôler la mort. Il avait dû mourir pour de bon.
Rien n’avait jamais été facile.
Il ne pouvait pas non plus prétendre que ceci était facile.
Il avait vécu plus de quatre cents fois cette journée.
Et pourtant, une fois qu’il en avait compris le principe, ce geste de « refus » lui parut aussi naturel que s’il avait toujours fait partie de lui.
Rien au monde ne lui semblait plus simple.
Après avoir repoussé la deuxième Volonté, il eut la tête qui tournait.
C’était ce qui arrivait quand il se concentrait trop.
Ploc.
Du sang lui coula du nez.
« … Ça va ? »
demanda Pel. Enkrid estima le temps qu’il lui faudrait, puis demanda :
« On peut recommencer une fois ? »
Encore une fois, ça devrait aller.
Pel eut l’air d’avoir vu quelque chose qu’il n’aurait jamais dû voir.
En fin de compte, Enkrid reçut une troisième entaille.
Une nouvelle coupure barra son avant-bras en diagonale.
« Meurs. »
Le vertige submergea son esprit. La Volonté, la contrainte et la pression de l’autre homme l’étranglèrent de l’intérieur. Elles tentèrent de lui broyer la gorge et de faire éclater son cœur.
Enkrid répondit avec une aisance parfaite.
« Non. »
À peine eut-il rejeté la contrainte et la pression qu’Enkrid ferma les yeux. Puis il s’évanouit sur-le-champ.
« Hein ? Monsieur le Fou ? »
Juste avant de sombrer, il crut entendre Pel l’appeler d’un nom étrange.
« Capitaineee ! »
Il crut aussi entendre la voix de Bell, tout au loin derrière lui.
Quoi qu’il en soit, Enkrid s’effondra avec un sourire.
* * *
La Rivière Noire, dont la surface ondulait, ressemblait à une épaisse brume noire.
Un bateau flottait au-dessus des nuages noirs ; à son bord se tenait un passeur, accompagné d’une lampe violette.
La scène était toujours la même.
Il la voyait chaque fois qu’il parlait avec le passeur.
Une chose avait changé, cette fois.
« Toi… »
Le passeur s’interrompit.
Enkrid observa son visage. Avant, il n’avait distingué qu’un œil à peine visible, mais à présent il pouvait voir ses yeux, son nez, sa bouche et sa peau.
Sa peau avait la couleur des galets gris.
Il avait des yeux noirs comme la rivière, un nez à l’arête haute et des lèvres d’un gris terne.
Quelle que fût la façon dont on le regardait, il n’avait rien d’humain.
Pourtant, il ne ressemblait ni à un Géant, ni à une Grenouille, ni à un elfe, ni à un Draconide.
C’était bien naturel. Cet être était une chose inconnue, qui échappait à la perception d’Enkrid.
Ou peut-être quelque chose comme un dieu.
Ou peut-être un démon.
« Tu aimes te faire poignarder ? »
Pourquoi quelqu’un avec une telle tête parlait-il comme ça ?
Enkrid finit par comprendre qu’il était en partie responsable de la façon dont le passeur s’exprimait.
« En fait, je préfère les coups de couteau. »
Leurs conversations avaient toujours ressemblé à ça, non ?
Le passeur changea de sujet.
« Tu es fou, alors tu marches. Tu es fou, alors tu vois. Alors, qu’en dis-tu ? De mon visage. »
Le passeur posa la question.
Enkrid répondit honnêtement.
« Tu ne plairais ni aux femmes ni aux hommes. »
Peut-être que les démons, ou ceux qu’on appelait les bâtards de démon, apprécieraient ce visage.
Le passeur se contenta de ricaner, sans répondre.
Sa bouche resta immobile, mais son rire seul résonna dans l’espace.
L’esprit d’Enkrid s’éloigna et sa vision se brouilla.
Ce rire lui parut étrangement déconcerté, mais il n’avait aucun moyen de savoir ce que l’autre pensait vraiment.
Là où Enkrid avait disparu, au-dessus de la Rivière Noire, le passeur marmonna :
« Alors, ça t’a fait du bien de franchir ce mur ? »
Si Enkrid avait été là, il aurait hoché la tête des centaines de fois en réponse.
* * *
Dès qu’il ouvrit les yeux, il sut que la journée n’avait pas recommencé.
« Tu es sorti le soir et tu es revenu avec des coups de couteau ? Non, j’ai entendu dire que tu t’étais fait taillader exprès. Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? J’aurais pu te tracer de plus jolies lignes avec ma hache. »
Il entendit ces mots dès son réveil et, sur le coup, ils ne lui parurent pas avoir de sens.
Il laissa les paroles de Rem entrer par une oreille et ressortir par l’autre, puis releva la tête.
Pel était sans doute parti.
Bell l’avait probablement ramené ici.
Bell avait assisté au combat ; il devait donc avoir beaucoup à raconter.
Même s’ils n’en avaient pas envie, des gens comme Rem ne le laisseraient pas tranquille après l’avoir vu rentrer porté par quelqu’un, en pleine nuit.
Avec ce bref enchaînement d’idées, il comprit la situation.
Il comprit aussi ce que Rem avait voulu dire.
« Il y a quelque chose qui habite aussi ta hache ? »
« Une intention meurtrière ? »
Rem lui renvoya aussitôt la question. Ce salaud s’ennuyait, ou quoi ?
« Dunbakel ? »
« Elle s’est évanouie. »
Qu’avait-il fait pour mettre une femme-bête K.-O. ?
Dunbakel ne manquait pourtant pas de résistance.
Bien sûr, elle n’était pas au niveau d’un Géant.
« Tu y retournes aujourd’hui, frère ? »
demanda Audin. Enkrid se rendit compte qu’il avait séché l’entraînement du matin.
Le soleil était déjà haut dans le ciel. Il avait un Corps renouvelé, un corps qui récupérait et se régénérait, et pourtant il avait dormi jusqu’à midi ?
Ça met le corps à rude épreuve.
Il commençait à se faire une idée de ce qu’était la Volonté.
Il ne savait toujours pas la définir précisément, mais manifester une Volonté de rejet était désormais aussi simple que de prendre une pièce dans sa poche.
La manifester et la supporter étaient deux choses différentes.
« Hmpf. »
Il avait le nez bouché ; il se moucha et un caillot de sang en sortit.
« Dégoûtant. »
grommela Rem. Sa hache pendait à sa taille et il était légèrement en sueur. Puisqu’il avait entendu dire que Dunbakel s’était évanouie, on aurait dit qu’il venait de la mettre à terre avant de rentrer.
Seuls Rem et Audin le regardaient se réveiller.
Non, Esther était là aussi, en train de somnoler dans un coin.
Comme Enkrid n’en était pas à son premier effondrement, personne ne paniqua parce qu’il s’était évanoui.
On lui demanda seulement qui avait été son adversaire.
Bien sûr, Bell, le coursier, n’avait rien à leur apprendre.
« C’était qui ? »
Qui était venu la veille au soir ?
Pour Enkrid, son adversaire avait partagé plus de quatre cents versions de cette journée avec lui ; il lui semblait donc familier.
« Pel. »
Voilà pourquoi il lâcha ce nom.
« Ah, Pel. Oui, c’était ce type-là. »
Rem continua de parler sans changer d’expression.
Une erreur.
« Les Bergers de la Nature sauvage. »
Enkrid se reprit.
Les Bergers de la Nature sauvage, c’était un groupe de dingues qui gardaient des moutons face aux Créatures démoniaques et aux Bêtes magiques.
Quiconque gagnait sa vie avec une lame sur ce continent connaissait ce nom.
« Hein ? Pourquoi ces types sont-ils venus jusqu’ici ? »
« Comment veux-tu que je le sache ? »
Ils erraient peut-être dans le cadre de leur entraînement, ou s’étaient arrêtés pour affaires.
Maintenant qu’il y pensait, il ne leur avait rien demandé.
« On dirait que tu t’es bien amusé ? »
demanda encore Rem. Pourquoi avait-il tant de questions ?
« Pas mal. »
« Tu souriais comme un idiot quand tu t’es évanoui, chef. Je ne crois pas avoir déjà vu ça, même quand tu t’es battu contre moi jusqu’à ce que tes yeux se révulsent. »
S’évanouir en souriant…
Enkrid eut un petit rire et secoua la tête.
« Tu es bruyant. Pousse-toi. »
Il avait manqué l’entraînement du matin ; il allait donc commencer par le rattraper.
« J’irai au marché cet après-midi. »
« Ah oui, frère ? »
Toujours souriant, Audin hocha la tête.
Personne ne retint Enkrid. Rem avait l’air d’avoir posé toutes ses questions ; il lança sa hache de côté et partit se laver.
Après avoir conditionné son corps avec la Technique d’isolement, Enkrid vérifia rapidement son équipement, fendit l’air de son épée à quelques reprises, puis se prépara à sortir.
Pendant ce temps, Jaxon entra, puis repartit.
Kraiss entra à son tour et lui demanda s’il allait bien.
« Tu es à un âge où il faut manger des choses nourrissantes. »
Puis il plaisanta aussi avec cette remarque.
Enkrid lui répondit d’en apporter s’il en avait, puis profita de cette journée toute neuve.
Il y avait eu plus de quatre cents versions de cette journée.
Durant ces journées, il s’était entraîné et avait combattu avec eux, mais rester dans un temps figé ne pouvait pas être agréable éternellement.
Puis cette nouvelle journée lui avait été offerte.
Une journée dont lui seul se souvenait, même si elle n’était pas toujours la même.
C’est pour cette raison qu’il leur avait moins parlé et qu’il était passé devant eux aussi indifféremment que possible.
Il avait déjà compris clairement pourquoi une journée qui se répétait et dont lui seul se souvenait était une malédiction.
C’est pour cela qu’il pouvait tourner la page. Il pouvait oublier en silence le temps qu’il avait traversé seul.
Mais surtout, le refus qu’il avait découvert en traversant cette journée l’emplissait tellement que sa joie était encore plus grande.
« Qu’est-ce qui te rend si heureux ? »
Alors qu’il s’apprêtait à partir, Ragna lui posa la question. Il semblait vouloir l’accompagner, une épée à la taille.
Ce n’était pas une bonne épée. Il avait récupéré celle qu’il avait déjà traînée sur les champs de bataille.
S’il en avait l’occasion, il pourrait lui en trouver une convenable.
Son ton était bourru, presque provocateur à l’oreille, mais Enkrid savait que ce n’était pas son intention et lui répondit simplement :
« Parce qu’il faisait beau. »
À ces mots, Ragna leva les yeux vers le ciel.
La veille, le temps avait assurément été beau. Mais aujourd’hui, le ciel n’était-il pas sombre ? Les nuages prenaient doucement une teinte plus grise.
Ils allaient sans doute bientôt s’assombrir, peut-être même apporter une averse.
La pluie d’automne annonçait aussi un changement de température, la preuve que l’été s’éloignait peu à peu.
« Ce temps-là ? »
demanda Ragna.
« Je n’ai vu que des journées ensoleillées. »
Personne ne pouvait comprendre sa réponse. Pour Enkrid, elle était évidente.
Il avait toujours préféré les journées ensoleillées aux journées couvertes, mais le temps était resté le même pendant plus de quatre cents jours.
Même s’il pleuvait à verse et que l’eau remplissait ses bottes, c’était le changement lui-même qui comptait.
Après s’être échauffé avec la Technique d’isolement et avoir expédié son entraînement matinal, il prit le chemin du marché.
Quand il entra dans l’auberge, l’aubergiste Allen l’accueillit.
« Je suis heureux de vous voir souvent ces derniers temps, mais vous allez vraiment bien ? »
Dans la Garde-frontière, le poste de commandant de compagnie était presque le plus élevé, à moins d’être noble.
Allen se montrait poli.
Enkrid trouva étrangement gênante la remarque d’Allen sur ses visites fréquentes.
Pour lui, c’était la journée après que près de quatre cents jours se furent écoulés.
« Oui, je devrais peut-être arrêter de venir avant qu’on s’attache l’un à l’autre. »
Allen rit à la réponse d’Enkrid. Il crut sans doute à une plaisanterie.
Quand il entra sur le terrain d’entraînement, il vit l’Épéiste à la rapière adossé à un mur.
« Tu m’attendais ? »
« Je pensais que tu viendrais aujourd’hui. »
« Avant les autres ? »
« Non, les trois autres ne voulaient pas. »
L’Épéiste à la rapière croisa les bras et reprit :
« C’est le dernier jour. Tu n’as pas besoin de souffrir. Rien ne t’oblige à relever ce défi. »
« C’est à moi d’en décider. Et si tu as peur, tu peux toujours filer. »
La langue d’Enkrid était la plus célèbre épée du continent.
Même cette phrase courte et simple toucha juste et devint une dague mortelle.
« En effet. »
L’Épéiste à la rapière détestait de tout son cœur qu’on le traite de lâche ou qu’on lui dise de fuir ; après avoir entendu Enkrid, il raffermit sa détermination.
Avec l’Oppression.
Il serait bon pour cet homme aussi de voir son rêve brisé.
Pour viser plus haut, il fallait du talent. D’après ce qu’il avait observé, il ignorait quelle chance avait souri à Enkrid, mais celui-ci avait atteint ses limites. Il ne pouvait aller plus loin.
Enkrid avait déjà épuisé jusqu’à la dernière goutte de son talent.
Non, il avait probablement même tiré de lui un talent qu’il ne possédait pas.
C’en était donc fini.
Enkrid passa devant l’Épéiste à la rapière.
En voyant son dos, l’épéiste fronça les sourcils.
Sa démarche semblait étrangement différente.
Il ne parvenait pas à désigner précisément ce qui avait changé, mais quelque chose était différent.
En une seule journée ?
Même s’il avait changé, qu’est-ce qui aurait pu changer ? Son état d’esprit, tout au plus.
À côté de lui, le soldat barbare qui accompagnait Enkrid se mit à bavarder.
« Notre capitaine peut parfois perdre encore plus la tête en une seule journée, alors ne t’en fais pas trop. Si ça dégénère, ma hache risque de se mettre à danser, alors tiens-toi sur tes gardes, toi aussi. »
« Ne t’inquiète pas, frère. Il ne mourra pas à cause d’un truc comme l’Oppression. »
Un grand soldat bâti comme un ours ajouta son grain de sel.
Le soldat blond qui passait toujours comme si rien ne comptait.
Et le soldat aux cheveux roux-brun, déjà installé dans un coin, sans que personne sache quand il était arrivé.
Tous ceux qui devaient se rassembler étaient là.
Les gens qui logeaient à l’auberge, ainsi que ceux qui avaient affronté Enkrid quatre cents jours plus tôt, sortirent les uns après les autres.
Parmi eux, Edin Molsen s’avança le premier, le visage plus fermé que d’habitude.
« Je vous demande un duel d’entraînement. »
Il n’avait pas encore reçu assez de raclées ?
Tandis que tous se posaient la question, Enkrid réfléchit sérieusement.
Comment s’appelait déjà cet abruti ?
Quatre cents jours avaient passé. Il avait oublié son nom.
« Euh, c’était quoi, déjà, ton nom ? »
D’une certaine manière, cette question déclencha la fureur d’Edin Molsen.
« Quoi ? »
Pour Enkrid, quatre cents jours avaient passé. Pour Edin Molsen, seulement quelques jours.
Il avait oublié son nom ? Mon nom ?
Edin Molsen perdit la raison.
« Très bien, je vais te tuer ! »
Clang ! Edin dégaina son épée et chargea à toute allure.
Un garde qui observait la scène à proximité fronça les sourcils. Il s’était laissé provoquer à ce point ?
Enkrid se dit qu’il n’aurait pas dû demander son nom, puis se mit en mouvement.
Nul besoin de dégainer son épée ; il n’en fit donc rien.
À la vue de la lame qui fondait sur lui, il utilisa le pas appris grâce au style de l’Épée fluide.
Il esquiva d’un jeu de jambes souple. On aurait dit un combat chorégraphié.
Son esquive vint d’abord ; la lame d’Edin Molsen fendit ensuite l’espace où Enkrid se trouvait à l’instant.
Il n’avait pu agir ainsi qu’en observant, évaluant et anticipant à l’avance. Pour quelqu’un qui ne comprenait pas ce qui se passait, toutefois, on aurait dit une scène de théâtre.
Pourquoi un homme frappait-il son épée dans le vide ?
Puis le revers de la main d’Enkrid frappa le poignet d’Edin Molsen.
Paf !
Tout en le frappant du revers de la main, il avança et lui enfonça la paume dans le ventre.
Boum !
Lutte de Valaf, frappe de poussée.
Un coup où la force de rotation partait de la cheville, remontait jusqu’à la taille, puis à l’épaule et enfin à la paume.
Avec la force brute d’Enkrid en plus, le coup ne pouvait pas être léger.
Mais ce n’était pas là le plus étonnant.
La première fois qu’il avait mis Edin Molsen à terre d’un seul coup, c’était en partie un pari.
Cette fois, pas du tout. Une confiance sereine débordait de lui. En une seule journée, il semblait être devenu quelqu’un d’autre.
Après avoir repoussé son adversaire, Enkrid observa sa paume et se demanda :
Pourquoi est-ce si facile ?
Ce type dont il avait oublié le nom avait-il perdu de sa force ?
C’était impossible.
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