Chapitre 232
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 232 : J’avais l’impression de pouvoir mourir de joie.
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Choisir une voie et décider de la suivre ne signifiait pas qu’il fallait garder les yeux rivés droit devant soi.
Le grand marchand Rengadis ne l’avait-il pas dit lui-même ?
« Gardez les yeux grands ouverts, regardez où vous mettez les pieds et observez ce qui vous entoure. On ne sait jamais où quelqu’un a pu faire tomber une couronne. »
Ce n’était probablement pas le genre d’homme à se baisser pour la moindre piécette. Après tout, on le qualifiait de grand marchand.
Pourtant, le sens de ses paroles était clair.
Si l’on trouvait une bourse d’or sur la route, on la ramassait.
Si l’on savait qu’on dormirait à la belle étoile au cours d’un voyage, il était malin de ramasser des branches sèches en chemin.
Si une seule pierre permettait de faire d’une pierre deux coups, alors c’était ainsi qu’il fallait la lancer.
Enkrid faisait exactement cela.
La Volonté.
Se fixer cet objectif ne le rendait ni obtus ni stupide.
Il ne devenait pas un cheval de course qui ne savait que foncer droit devant.
Dans cette journée qui se répétait, que pouvait-il faire avant que le Berger ne vienne au crépuscule ?
S’entraîner au combat, se battre et réfléchir.
Il avait réduit ses activités à ces trois-là.
Il avait appris les bases du style de l’Épée fluide auprès de Ragna, puis s’était entraîné seul, encore et encore.
Ensuite, Audin lui avait enseigné davantage de lutte selon le style de Valaf.
Leurs réactions furent presque identiques.
« Tu as déjà appris ça quelque part ? Ou bien tu t’es entraîné à manier l’épée en cachette, dans mon dos ? »
« Depuis quand tu t’es autant amélioré en arts martiaux ? Frérot, tu me rends vraiment fier. »
Enkrid leur répondit à chacun d’un hochement de tête évasif.
Il s’était entraîné tout en étant prisonnier de cette journée, mais il l’avait fait seul. Ce n’était donc pas un mensonge.
En vérité, il n’entendait pas souvent ce genre de remarques. Il accordait davantage d’importance à l’entraînement qu’aux combats d’exercice.
Réfléchir seul, trouver seul des solutions, manier son épée, faire travailler son corps.
Quand son esprit cessait de tourner, il se couvrait de sueur et poussait son corps jusqu’à ses limites grâce à la Technique d’isolement.
« Frérot, tu essaies de me faire dire que tu devrais lever le pied ? »
S’était-il vraiment autant acharné pour qu’Audin s’inquiète ? Enkrid répondit d’un ton neutre :
« Quand je fais travailler mon corps, ma tête fonctionne mieux. »
« C’est vrai. Le cerveau a besoin d’être irrigué pour réfléchir. »
Jaxon marmonna sur le côté.
Ce n’était qu’une supposition, mais, au vu de l’ancien métier de Jaxon — ou peut-être de celui qu’il exerçait encore à l’occasion —, il connaissait sans doute mieux le corps humain que quiconque ici.
« Oui, c’est exactement ça. »
Enkrid l’avait appris par l’expérience. Quand son esprit ne suivait plus, il bougeait.
Et si cela ne suffisait pas, il s’asseyait et réfléchissait.
Après environ cent quatre-vingts répétitions de cette journée, Enkrid avait gravé dans son corps les bases du style de l’Épée fluide, perfectionné sa lutte selon le style de Valaf auprès d’Audin et appris de Jaxon à mieux utiliser ses cinq sens.
Puisqu’il devait de toute façon passer le temps, autant mettre de l’ordre dans ce qu’il avait appris et le perfectionner.
Et ce n’était pas tout.
En plus de l’escrime, des arts martiaux et de l’entraînement sensoriel,
les leçons tirées de ses camarades et de ses subordonnés s’affinaient, s’aiguisaient et s’affirmaient.
Ses sens devenaient plus aiguisés, sa concentration plus précise et son jugement plus audacieux.
Et pourtant.
Pik !
Il ne parvenait toujours pas à éviter que la lame ne l’effleure.
L’épée lui frôla le dos de la main, puis revint en fouettant l’air. Elle s’insinua vers lui, portée par le Style de l’épée rapide et le Style de l’Épée Illusoire.
Une fois dégainée, elle est difficile à parer.
S’il avait été assez doué pour tout esquiver et tout bloquer sans se faire érafler une seule fois, tout en dominant son adversaire, il aurait peut-être pu l’emporter sans une égratignure.
Pour y arriver,
il faudrait que je devienne chevalier sur-le-champ.
L’adversaire qui se tenait devant lui était plus fort que ce salaud qu’on appelait Lame Hirondelle.
Et s’il s’agissait d’un géant au sang mêlé ?
Tout se jouerait sans doute à celui qui porterait le premier coup fatal.
Que signifiait évaluer le niveau d’un adversaire ?
Cela signifiait qu’Enkrid aurait pu le tuer plusieurs fois s’il avait vraiment cherché à le faire.
Au fil des presque deux cents répétitions de cette journée, il n’en avait pas gaspillé une seule. C’était ce qui rendait la chose possible.
Mais gagner sans même se faire effleurer restait difficile. Cela semblait relever d’un tout autre problème.
Était-ce impossible sans devenir un véritable chevalier ?
Sinon, il devait consacrer toute la nuit à la défense.
Il avait déjà essayé, lui aussi.
Minuit passa, et la même journée recommença.
Assez de défense.
Passer toute la journée à esquiver et à parer grâce au Sens de l’esquive ne rimait à rien.
Alors, que devait-il faire ?
À partir de là, il ne pouvait que se battre pour de bon.
Enkrid se battit, puis recommença.
S’il lui restait un temps de résistance consciente après avoir été tailladé, il en tirait aussi le meilleur parti possible.
Il profitait de ce délai pour chercher comment franchir ce mur, après avoir appris à se défendre et à esquiver ; il étudiait son adversaire et assimilait seul ce qu’il avait appris. Il ne s’ennuyait pas et ne s’impatientait pas.
Il n’avait aucune raison de l’être.
Son esprit était absorbé par tout ce qu’il apprenait de nouveau chaque jour.
Même si résister à ce qui habitait l’épée ne servait à rien, il n’en tenait pas compte.
Il poursuivait cette joie. Naturellement, Enkrid en vint à comprendre bien des choses, de bien des façons.
Tout ce temps.
Avait-il appris trop de choses disparates ?
À mesure qu’il les intégrait, même Enkrid sentait qu’il devenait plus solide qu’avant.
Pourtant, il n’avait pas le temps de s’y perdre.
Même avec cette journée qui se répétait, chacune était bien remplie. Il avait toujours quelque chose à faire.
Réfléchir, trouver des solutions, faire travailler son corps.
Quiconque le verrait le qualifierait exactement pour ce qu’il était : complètement fou.
« Qu’est-ce qui te pousse à bouger comme ça, sans arrêt ? »
Même le Batelier le lui demanda.
Pourquoi ne pouvait-il pas laisser passer tranquillement ne serait-ce qu’une journée, alors que celle-ci se répétait ?
Ce n’était pas qu’il en était incapable. Il choisissait de ne pas le faire.
Enkrid aimait ça.
Bien plus que de tâtonner dans les ténèbres, à poursuivre un rêve fané sans voir ne serait-ce qu’un pouce devant lui.
Même si le chemin était barré, même si un mur lui faisait obstacle, il y avait désormais de la lumière derrière. Cela lui procurait une extase plus féroce que jamais.
Même si la souffrance et la douleur l’accompagnaient.
Enkrid goûtait de nouveau à la joie de progresser.
Il n’avait jamais pensé stagner, mais avoir l’occasion d’avancer était toujours une joie, toujours une extase.
Cette joie le faisait avancer.
Une nouvelle blessure s’ouvrit à son poignet.
Dès qu’une entaille apparut sur le dos de la main d’Enkrid, le Berger fronça les sourcils.
C’était le visage de quelqu’un qui se retrouvait dans une situation qu’il ne voulait absolument pas connaître.
Enkrid effleura le dos de sa main de l’autre.
Il essuya la perle de sang, mais d’autre sang suinta d’une plaie longue d’environ deux phalanges.
À présent, il était habitué au hurlement : tantôt une banshee agrippée à son lobe d’oreille qui criait, tantôt une goule lui enfonçant la tête dans le ventre en poussant des clameurs.
Cela ne rendait pas la douleur moins vive, mais il pouvait empêcher son visage de la trahir.
C’est pourquoi sa voix demeura calme.
« Cette épée a-t-elle un nom ? »
« … Hein ? Ça va ? »
Le Berger eut plutôt l’air stupéfait. Ce n’était pas la première fois, loin de là ; Enkrid ignora donc simplement sa réaction.
« Le nom de l’épée. »
Il ne fit que répéter sa question. Le Berger remua les lèvres, puis répondit :
« Elle s’appelle Tueur d’idoles. »
C’était le genre d’épée qui méritait d’avoir un nom. Bien sûr, Enkrid n’en avait jamais entendu parler.
Il ignorait toujours comment fonctionnait le pouvoir de cette épée, ou comment la chose qui l’habitait tuait.
Il avait aussi posé des questions à ce sujet, mais il était difficile d’obtenir une réponse.
Pour cet homme, c’était leur première rencontre de la journée ; même si Enkrid lui posait des questions, il ne pouvait pas lui répondre correctement.
Ça n’aurait rien changé, même si je l’avais entendu.
La « Volonté » était impossible à expliquer, à enseigner ou à transmettre.
Parmi ces idées, ce qu’ils appelaient l’Illumination relevait presque de la superstition.
L’Illumination ne permettait pas toujours de comprendre la « Volonté ».
« Si quelqu’un de talentueux était poussé au bord de la mort, comprendrait-il ? S’il était entaillé par une lame forgée dans la force de volonté, saisirait-il cette sensation ? »
L’Illumination était une méthode transmise à partir de cette question.
Alors, l’écouter ne servait à rien. Quelle que fût cette épée, une chose était certaine : si l’on possédait la « Volonté », on ne mourait pas.
Cette épée était forgée dans la « Volonté ». Alors il cessa de poser des questions et poursuivit ses efforts. Il décida qu’il finirait par comprendre en traversant cette épreuve.
« A-alors, tu peux la forger ? Tu sais comment la bloquer ? »
Le Berger lui posa la question et Enkrid secoua la tête. À mesure que le temps qu’il survivait face à cette épée s’allongeait, cette question revenait toujours.
Puis la journée recommença.
Ensuite, Enkrid tenta quelques astuces.
Par exemple,
au lieu de passer la journée à parer et à esquiver, il empêchait parfois son adversaire de dégainer son épée dès le départ.
Tchouk ! Tak, touk.
Il frappa sous le menton avec le talon de sa paume. Quand le Berger esquiva, il fit pivoter sa main levée sur le côté et lança une attaque de la main à l’arrière du cou.
Le Berger rentra le menton et para aussi cette attaque. Il avait du talent pour les arts martiaux.
Tout en échangeant des techniques de mains avec Enkrid, il posa le pied sur celui de son adversaire avant même que l’homme ne s’en aperçoive.
À l’instant où son pied fut immobilisé, la main du Berger se tordit.
Il avait du talent pour les arts martiaux, mais ce n’était pas sa spécialité.
C’était un épéiste.
Quand le Berger tendit la main vers la poignée de son épée, Enkrid saisit la même poignée avec lui.
Il avait réussi à entrer à portée, jusque dans la zone d’attaque efficace d’une dague.
Lutte selon le style de Valaf : pression sur le pommeau.
Une des techniques secrètes qui empêchaient tout simplement l’adversaire de dégainer.
Il venait de l’apprendre et l’avait répétée jusqu’à ce qu’elle s’ancre dans son corps.
« … J’ai perdu. »
L’esprit de compétition du Berger s’embrasa et il tenta tout de même de dégainer, mais échoua lui aussi.
Il savait que tirer son épée était dangereux, et pourtant il avait essayé.
Alors Enkrid avait coupé court à son geste dès le départ. Le Berger pouvait bien reconnaître sa défaite.
« Non, recommençons. »
Mais Enkrid recula et dit cela à la place.
Il ne reprit ses distances qu’après avoir reculé jusqu’à la portée de l’épée.
Chring.
Enkrid dégaina la sienne.
« Elle est tranchante et affûtée. Fais attention. »
En entendant qu’il ne maniait pas une lame ordinaire, le Berger se mordit un instant la lèvre avec force, puis dégaina à son tour.
Ting !
Il tira son épée d’un seul mouvement et la pointa vers l’avant.
« Même une éraflure est mortelle. Imagine qu’elle soit enduite d’un poison foudroyant. »
Deux lunes mêlaient leurs ombres. Sous cet angle étrange, celle du Berger semblait plus grande que celle d’Enkrid.
Comme c’est gentil. Tu me dis de ne pas me faire effleurer du tout.
Enkrid avait entendu cette même marque de sollicitude de la part de cet adversaire, encore et encore. Il hocha la tête.
C’était le signal qu’il pouvait venir ; le Berger prit donc sa garde.
Une garde plus prudente que la précédente.
Il n’avait pas le choix.
Cet adversaire avait entravé son épée à coups de poings et de pieds.
Alors les deux épées se montrèrent les crocs.
Kang !
L’acier rencontra l’acier, et des étincelles jaillirent.
Il avait observé bien des choses : la façon dont cet homme maniait son épée, ses habitudes de déplacement, tout. Pourtant, chaque fois qu’Enkrid croisait le fer avec lui, il avait l’impression de découvrir un nouvel adversaire.
Il progresse en plein combat.
Le talent. Une chose qu’Enkrid n’avait pas.
Le savoir ne le rendait pas jaloux.
Il était simplement heureux de voir son adversaire changer.
Dans cette journée qui se répétait, chaque jour lui apportait un nouvel adversaire.
Et pour cette raison, il était impossible de gagner sans se faire effleurer par cette épée.
Tenir toute la nuit et l’emporter étaient deux choses différentes.
Il n’avait pas l’intention de se faire poignarder exprès, mais pas davantage de passer une journée entière à se contenter d’endurer.
Cette fois encore, ce fut pareil.
Pik.
Une blessure légère, et le hurlement commença.
Bientôt, son cœur s’arrêta et son esprit brûla de lumière blanche.
C’était comme si quelqu’un lui enfonçait un tisonnier chauffé à blanc dans le crâne.
Une douleur atroce. Une douleur effroyable. Et Enkrid mourut.
Il mourut. Mourut. Puis mourut encore.
Il mourut plus de trois cents fois.
Mort après mort, puis encore la mort.
À chaque fois, il se servait de la lutte selon le style de Valaf pour empêcher l’épée d’être dégainée.
À force de répéter le geste, son adresse s’améliora naturellement.
Bien sûr, tout cela n’était que secondaire.
Je n’arrive toujours pas à la saisir.
Dans des ténèbres si profondes qu’on n’y voyait rien, Enkrid devint un voyageur égaré.
Il apercevait une lueur au loin, mais ne parvenait pas à la saisir ni à s’en rapprocher.
Est-ce que cela changeait quelque chose ?
Non. L’absence de chemin ne changeait rien, alors Enkrid poursuivait sa route en silence. Il rampait. Il luttait. Pourtant, puisqu’il pouvait encore avancer, cela suffisait à faire de lui un pèlerin, un voyageur capable de continuer sa route.
« Espèce d’idiot. »
Les paroles du Batelier.
Chaque fois qu’il apparaissait, c’était tout ce qu’il disait.
Espèce d’idiot.
Espèce d’abruti.
Espèce d’ignorant.
Ne se demandait-il jamais si ses mots pouvaient blesser celui qui les entendait ?
Bien sûr, Enkrid n’en était pas blessé le moins du monde.
Il traversa ainsi une nouvelle journée d’automne morne.
Il ramassa une feuille tombée sur la route.
Puis, un jour, tandis qu’il avançait encore et encore, la feuille contre sa poitrine, une lumière effleura sa main.
Meurs.
Une voix lui parvint à travers les cris.
Enkrid réagit à ce mot par instinct. Non, c’était le mot contre lequel il avait toujours crié, de tout son cœur.
En apparence, il semblait calme, mais il s’était débattu et tordu de douleur tout du long.
Cette lutte avait toujours été la même, et elle se terminait toujours par un souhait, un désir profond.
Non.
Non. Il ne voulait pas mourir. Il ne mourrait pas. Quoi que cette lame tente, il ne mourrait pas.
Voilà la volonté contenue dans ses paroles.
Cette fois encore, il mourut. Mais ce fut une mort différente des précédentes.
La douleur, elle, était la même.
« Hein ? Mais tu as dit que tu ne l’avais pas ! »
Il endura ainsi un moment, très longtemps.
Comment décrire cela ?
Les humains n’ont pas de queue. S’il leur en poussait soudain une, ils auraient évidemment du mal à s’en servir.
Il leur faudrait donc s’exercer pour apprendre à la manier.
Sur cette route plongée dans les ténèbres, au moment où il comprit ce qu’il devait faire,
c’était, d’une certaine façon, du domaine de la sensation. D’une autre, c’était quelque chose d’intentionnel.
Qu’était la « force de volonté » ?
Qu’était la « Volonté » ?
Comme je le veux.
Quand l’épée du Berger le tailladait, si ce que cette épée proclamait était la mort, si ce qu’elle lui imposait était la mort,
alors Enkrid n’avait qu’une chose à faire.
À la quatre cent quatre-vingt-cinquième répétition de cette journée,
même après avoir écrasé son adversaire à l’épée et à coups de poing, il ne parvint toujours pas à empêcher une entaille de lui effleurer l’épaule.
Enkrid sentit une volonté lui ordonner de mourir.
C’était une attaque unilatérale, une pression qui habitait cette épée.
Une force sans forme qui lui comprimait le cœur et embrasait son esprit.
Parce qu’il la sentait clairement, il pouvait la repousser.
Tant qu’il ne la sentait pas, il devait mourir sans rien comprendre. Mais à présent, il la sentait.
Quand on voyait une main s’approcher, on la repoussait pour lui signifier son intention.
De la même façon, il pouvait montrer sa propre volonté.
« Non. »
Il le dit à voix haute et manifesta sa volonté.
Quelque chose qu’il n’avait pas connu avant de le comprendre.
Quelque chose qu’il n’aurait jamais pu prévoir avant que la force de volonté, avant que la Volonté, ne se transforme en cette force sans forme.
« Ah. »
Le Berger ouvrit la bouche, stupéfait.
Depuis sa blessure à l’épaule, Enkrid repoussa la « volonté de mort » qui s’y insinuait.
Il avait simplement été entaillé et avait marmonné pour lui-même. Aucune pression informe n’avait éclaté comme le tonnerre. Aucune lumière n’avait jailli des cieux. Aucun phénomène magique ne s’était produit.
Et pourtant.
Quiconque avait touché au pouvoir appelé « Volonté » l’aurait senti : il avait arraché cette contrainte et cette intention sans forme.
Le Berger le savait, et Enkrid le savait aussi.
Désormais, l’épée du Berger ne pouvait plus être fatale à Enkrid. Elle ne pouvait plus lui faire de mal de cette manière.
En dehors du tranchant physique de la lame, la « force de volonté » qui l’habitait ne pouvait plus tuer Enkrid.
Enkrid reconnut ce qu’il venait de repousser.
C’était toute la vie de quelqu’un, son existence, son désir amer.
Autrement dit, quelqu’un avait insufflé sa « Volonté » dans cette épée.
Et lui venait de la briser.
« … Tu viens seulement de comprendre ? »
Le Berger avait l’esprit vif.
« Oui. »
Enkrid ne le nia pas. Honnêtement, il eut même un instant envie de dire que cela ne s’était pas produit aujourd’hui, mais au fil de plus de quatre cents répétitions de cette même journée.
Bien sûr, il ne pouvait pas le dire.
« J’ai perdu. »
Le Berger laissa retomber son bras. La pointe de l’épée qu’il tenait toucha le sol.
Son expression était vide. Il avait presque l’air soulagé.
Enkrid sut que cette journée était terminée.
Les deux lunes brillaient toujours sur eux.
Parmi leurs longues ombres, celle d’Enkrid paraissait désormais plus grande. Les lunes avaient bougé, et les ombres aussi.
Enkrid murmura en lui-même.
Alors, voilà ce qu’est la Volonté.
Ce n’était pas tout. Juste une infime partie.
Tout ce qu’il pouvait faire, c’était le « Refus ».
Et pourtant.
« Je vais devenir fou. »
Il avait l’impression de pouvoir mourir de joie.
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