Chapitre 225
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 225 : Des yeux qui ne changent pas
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« En rang ! »
Enkrid n’était pas le seul à se réjouir de la situation. Kraiss s’interposa.
Non, dès qu’il vit Enkrid arriver, il cria sans la moindre peur.
Malgré cela, tous les autres continuaient de fixer Enkrid.
Leurs yeux étaient pleins de questions.
Par réflexe, Enkrid croisa chacun de leurs regards.
La gigantesque métisse semblait lui dire des yeux :
« Tiens ta promesse. Affronte-moi encore. »
Lame Hirondelle prit une posture presque provocante. Il haussa les épaules et ricana, comme si Enkrid ne comptait pas.
Une provocation grossière.
« Je suis venu régler une vieille dette. »
Le fils du comte Molsen parlait sur un ton autoritaire, comme s’il était tout naturel qu’il passe en premier.
Enfin, l’épéiste à la rapière qui avait sucé le sang de la Compagnie marchande Rockfreed comme un moustique promena son regard sur Enkrid, de la tête aux pieds.
Il avait l’air profondément stupéfait.
Non, il ne cherchait même pas à le cacher. Il n’essayait pas du tout.
Il le dit tout haut :
« C’est pas vrai. Tu es vraiment devenu plus fort. Je pensais que même si tu mourais et revenais des dizaines de fois, ça ne suffirait toujours pas. »
C’était vrai.
Enkrid avait sacrifié sa vie des centaines de fois pour en arriver là.
Il ne s’agissait pas simplement de mourir et de survivre. Il était littéralement mort des centaines de fois pour atteindre ce point.
Bien sûr, personne ne pouvait le savoir.
À présent, c’était au tour d’Enkrid de réfléchir.
Qui devrais-je affronter en premier ?
« En rang, quoi ? Hé, j’ai entendu dire que tu avais affronté cette femme hier. Je suis surpris que tu aies survécu. »
C’était Lame Hirondelle. Il affichait un sourire exaspérant. Le genre de visage qu’on n’aimait pas dès le premier regard.
Mais ce n’était pas l’important.
Sa posture, ses bras abaissés, chaque détail témoignait de son habileté.
Il se tenait de façon à voir tout le monde d’un coup d’œil, les mains placées de manière à pouvoir dégainer à tout instant.
Enkrid trouva, une fois de plus, étrange de remarquer tout cela à présent.
« Méditer. »
Réfléchir, puis réfléchir encore.
C’était peut-être le mot juste.
Cela lui était venu en repassant sans cesse les paroles d’Audin dans sa tête.
« Peu m’importe qui ce sera. »
Enkrid répondit après avoir pris sa décision.
« … Tu veux dire que tu es sûr de pouvoir battre n’importe qui ! »
Comment s’appelait-il déjà ? Enkrid venait de l’entendre, mais le nom lui échappait.
« Ah, pardon, comment vous appelez-vous déjà ? Le fils du comte ? »
À peine Enkrid eut-il posé la question qu’Edin Molsen devint rouge de colère.
Pour vraiment provoquer quelqu’un, il fallait être sincère.
Ce n’était pas comme la maladroite pique de Lame Hirondelle. Enkrid avait réellement oublié son nom.
Il avait tant à récolter qu’il était occupé à tout absorber.
« Quoi ? »
Edin affichait non seulement de l’incrédulité, mais aussi de la fureur, et il se fichait bien qu’on le regarde.
« Je vais t’apprendre les bonnes manières. »
Edin s’avança.
« Non, j’ai dit : en rang. »
Kraiss, qui semblait avoir laissé sa peur à l’auberge, reprit la parole. La colère d’Edin se tourna vers le soldat de l’escouade de Grands Yeux.
« Si tu tiens à mourir, remets-toi en travers de mon chemin, soldat. »
Face aux paroles arrogantes d’Edin, Kraiss haussa les épaules et répondit :
« Ça va poser problème si on continue ici. Vous bloquez la route qu’empruntent les chariots de la compagnie marchande et les passants. »
« Très bien. Je vais te tuer. »
Edin se tourna vers Kraiss, furieux. Il porta la main à son épée et la tira. Srring, le métal racla contre le fourreau, puis, juste après ce bruit, une voix retentit :
« Rem ! Rem ! Capitaine ! Capitaine ! »
Kraiss cria en reculant, puis se réfugia précipitamment derrière Rem, qui se trouvait à proximité. L’épée d’Edin s’immobilisa.
« … Pourquoi est-ce que tu m’agaces autant, des fois ? »
En marmonnant, Rem s’avança. Les deux hachettes à sa ceinture cliquetèrent. Toujours aussi décontracté, il reprit :
« Mais il a raison. Allons ailleurs. »
Sur ces mots, Rem balaya les environs du regard. Il s’adressait à tout le monde.
Puis il fut à son tour surpris.
Ce capitaine complètement dingue.
C’était à cause du comportement d’Enkrid. Pourquoi était-il aussi enthousiaste ? Rem savait bien pourquoi, mais là, ça ne faisait pas un peu trop ?
« Contre nous trois ? »
L’épéiste à la rapière avait posé la question.
Et c’était exactement ce qu’il avait compris.
Enkrid évaluait la distance qui le séparait du Demi-Géant, de l’épéiste à la rapière et de Lame Hirondelle.
Autrement dit, il se comportait comme s’il allait les affronter tous les trois en même temps.
À ce rythme-là, il ne mourra jamais de sa belle mort.
Rem l’ignorait, mais Enkrid avait déjà échoué un bon nombre de fois à mourir de sa belle mort.
« C’est de la gourmandise, mon frère. »
Audin parla derrière eux, et la pression meurtrière qui émanait d’Enkrid s’atténua un peu.
« Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ça vaille la peine d’abîmer la ville. »
L’épéiste à la rapière dit cela et recula d’un pas.
« Ça me va. »
Lame Hirondelle recula également, et le Demi-Géant relâcha silencieusement sa pression.
« … J’ai quand même un peu dégagé l’espace derrière l’auberge. »
C’était l’aubergiste Allen qui parlait. Peut-être était-ce l’instinct d’un marchand. À sa façon de lire l’ambiance, tous allaient probablement rester en ville.
Et aucun d’eux n’avait l’air du genre à s’accrocher à quelques kronas.
Ils avaient de quoi voir venir.
Ces derniers temps, la réputation de la Soupe au potiron de Vanessa et de ses tourtes aux herbes s’était répandue. Allen avait donc du mal à attirer les clients face à la concurrence.
Pour inverser la tendance, il avait choisi l’espace plutôt que la cuisine comme arme.
En bref, il avait aménagé derrière l’auberge un terrain d’entraînement plutôt correct.
« Parfait. »
Enkrid hocha la tête.
L’aubergiste Allen guida bientôt tout le monde jusqu’au terrain en leur disant de le suivre. Pendant qu’ils avançaient, Rem rejoignit Enkrid.
« Tu cherches à mourir ? Si tu as reçu un coup à la tête, tu devrais te reposer. »
« Au moins, je n’ai pas envie d’entendre ça de ta bouche. »
Kraiss, qui avait entendu leur échange, s’en mêla.
« Alors, capitaine ? »
Il voulait qu’Enkrid admette que son petit stratagème avait marché.
Enkrid devait bien le reconnaître.
Il avait ouvert des voies, semé des graines, et maintenant la récolte était abondante.
« Tu peux garder aussi la part de ce mois-ci. »
Il parlait du tribut de la Guilde de Gielpin.
Ce n’était pas rien. Il renonçait à ce qui comptait le plus dans la vie de Kraiss.
« Parfait. »
Alors qu’ils marchaient en échangeant des plaisanteries, Edin, qui était resté derrière jusqu’au bout, finit par exploser de rage.
« Bande de salauds ! Comment osez-vous traiter ainsi un noble du royaume ! »
S’il avait été un dragon, il aurait craché du feu.
Ah, j’ai oublié.
Enkrid le pensa, prit sa décision, puis déclara :
« Je vais commencer par le fils du comte. Vous pouvez y aller, si vous voulez. »
C’était le fils d’un noble, et pas de n’importe lequel, mais du comte Molsen, qu’on surnommait avec arrogance le Roi du Nord. Il méritait qu’on le traite comme il se doit.
« Espèce de salaud. Très bien, je vais te débarrasser de ton arrogance. »
Edin passa le premier, suivi de deux compagnons qui lui ressemblaient, puis de celui qui se tenait raide à l’arrière. Tous trois passèrent juste à côté du groupe d’Enkrid.
Quoi qu’il en soit, Enkrid était satisfait pour l’instant.
Tout le monde se dirigea en silence vers le terrain vague derrière l’auberge. Un bâtiment entier qui avait servi d’entrepôt avait été démoli, et le sol était recouvert de larges dalles de pierre bleue. Quelques chaises avaient aussi été disposées derrière. L’endroit avait tout d’un véritable terrain d’entraînement.
« Le fils du comte passe en premier ! Les autres, veuillez patienter ! »
Kraiss s’avança et cria comme un bonimenteur de cirque.
Enkrid s’attendait à ce que quelqu’un proteste, au moins un peu, mais personne ne le fit. Tous se contentèrent d’observer en silence.
Certains avaient les yeux pleins de curiosité, d’autres d’arrogance.
Enkrid se plaça face à Edin.
Edin leva son épée et la pointa devant lui.
« À toi de commencer ! »
Enkrid s’exécuta.
Il avança, un pas après l’autre, et réduisit la distance. Il ne dégaina même pas son épée.
« Tu me prends de haut ? »
Edin grinça des dents et cracha ces mots en abattant son épée.
Enkrid ne s’arrêta toujours pas.
Comment dire…
Il voulait que ceux qui regardaient comprennent.
Jusqu’où il pouvait aller.
Quelle était son épée.
Quel genre d’homme ils étaient venus voir.
D’un certain point de vue, c’était de la bravade inconsidérée. D’un autre, un courage sans bornes.
S’il atteignait son objectif, ce serait de l’audace.
Sinon, ce ne serait que de l’imprudence.
La confiance et l’arrogance ne tenaient qu’à un fil.
Et Enkrid affichait de la confiance, pas de l’arrogance.
Il suivit la lame qui s’abattait jusqu’au dernier instant, puis dégaina son épée de la main gauche.
Cling !
D’un seul mouvement, il frappa vers le haut et intercepta l’épée d’Edin non pas au milieu de la lame, mais près de la garde, sur le ricasso.
En se rapprochant de la poignée, il pouvait transmettre sa force plus facilement.
Boum.
Un son sourd retentit, trop étouffé pour un coup descendant aussi puissant.
Il plia les genoux et laissa la force glisser sur lui.
Puis, après avoir dévié le coup, il enchaîna sur une liaison.
Une fois les lames accrochées, le reste fut facile. Il avança loin sa jambe gauche pour réduire l’écart, pivota de la taille et lança son poing droit.
Paf !
La défense et l’attaque semblaient distinctes, mais elles s’étaient produites presque simultanément, donnant l’impression d’un seul geste.
« Ghh ! »
Même à travers plusieurs couches d’armure de cuir, le poing d’Enkrid était d’une lourdeur incroyable. C’était une arme.
Il avait assez de force pour surprendre intérieurement même la guerrière Demi-Géant.
Son entraînement musculaire n’avait pas été vain. Ce seul coup fit cracher quelque chose à Edin.
Edin Molsen était plus fort que lorsqu’il se tenait aux côtés de son père.
Mais…
Pas assez.
Sa véritable expérience du combat et bien d’autres aspects laissaient à désirer. Si l’affrontement s’était réduit à un échange d’épées et à une bataille de techniques, cela aurait pris du temps, mais il gérait mal les schémas irréguliers. Tel était le jugement d’Enkrid.
D’une certaine manière, c’était très grossier.
S’approcher à découvert, bloquer l’attaque adverse, puis décocher un coup de poing ?
S’il avait commis la moindre erreur, c’est Enkrid qui aurait perdu l’avantage.
Mais au combat, rien ne comptait plus que le résultat.
Laissant Edin effondré au sol, Enkrid releva la tête.
« Tu comptes rester là à regarder ? »
Puis il posa la question.
Plus précisément, il s’adressa au garde du corps d’Edin.
À cette question, le chevalier chargé de sa garde se rembrunit. Son regard se fit perçant.
Les dents serrées, le garde secoua la tête.
Il n’avait pas l’air du genre à éviter un combat. Il attendait peut-être simplement le bon moment ?
Peu importait.
Il restait bien d’autres adversaires à affronter.
* * *
L’épéiste à la rapière était véritablement stupéfait.
Il est devenu plus fort ?
Il y avait toujours un fossé entre un jugement fondé sur la posture et l’observation d’un véritable combat.
Enkrid avait de l’expérience, de l’audace et savait prendre plaisir à se battre.
Comment dire…
Il n’aurait jamais imaginé que ce type puisse autant changer.
Il avait progressé à une vitesse absurde.
Comment appeler ça, au juste ?
C’était comme une terre clairement dévastée qui, quand on la regardait de nouveau, s’était changée en prairie verdoyante.
« Incroyable. »
Un murmure lui échappa avant qu’il s’en rende compte.
Il avait beau chercher, Enkrid n’avait pas l’air d’un génie, et pourtant son habileté avait progressé à une vitesse anormale.
« Tu n’as pas fini d’être surpris. »
La guerrière à ses côtés prit la parole. Elle le dépassait de plusieurs têtes.
« Tu ne sais pas comment il était avant. »
« Seul le présent compte. »
Elle prononça ces mots, les yeux brillants. Qui était-elle, au juste ? Ce n’était pas une combattante ordinaire.
La guerrière laissa elle aussi paraître une sorte de question en regardant l’épéiste à la rapière.
Qu’est-ce que tu es, exactement ?
C’était tout.
Tous deux se désintéressèrent l’un de l’autre.
Non, ils ne pouvaient tout simplement pas s’en soucier pour l’instant.
Pour chacun d’eux, quelqu’un d’autre comptait davantage que la personne à côté.
L’épéiste à la rapière sentit la curiosité s’emparer de lui pour la première fois depuis longtemps.
On l’avait autrefois surnommé la réincarnation d’une Grenouille.
Il ne résistait pas à la moindre curiosité qui l’éveillait.
Alors, il avait envie de se battre. De croiser le fer et de jauger son adversaire.
Mais la guerrière s’avança la première.
« C’est mon tour, pas vrai ? »
Pas question.
« Ma sœur, pourquoi ne pas passer la journée à t’entraîner avec moi ? On dirait que notre frère, là-bas, a les mains qui le démangent. C’est ça, le problème. »
À ces mots d’Audin, l’épéiste surnommé Lame Hirondelle s’avança.
« Tu as l’œil, grand gaillard. »
Il avait raison. Ce combat avait fait bouillir le sang de Lame Hirondelle lui aussi.
Rien que le regarder donnait envie de le taillader.
« Tss, c’est exactement le genre que j’aime traîner par terre pour m’amuser, mais je vais céder ma place. »
Tels furent les mots qu’on entendit tandis que Lame Hirondelle se dirigeait vers le centre du terrain.
Ils ne s’adressaient probablement pas à lui.
Un salaud aux cheveux gris et au regard étrangement agaçant se tenait là.
Celui qui s’était avancé le premier et avait dit que son capitaine avait pris un coup à la tête.
Lui aussi a l’air facile à taillader.
Cette pensée en tête, il fit face à Enkrid.
« Tu te débrouilles bien à coups de poing ? »
« Je crois que je suis meilleur à l’épée. »
Écoute-moi ce salaud.
Lame Hirondelle cessa de sourire. Chez lui, l’extérieur et l’intérieur étaient naturellement à l’opposé.
Quand il souriait, il n’était pas heureux.
Quand son visage se durcissait, il éprouvait un plaisir intense.
Je devrais lui couper au moins un bras.
Ses yeux changeront, alors, non ?
Droites et honnêtes. Les yeux de son adversaire lui révélaient son tempérament.
Lame Hirondelle savait lire le tempérament de ses adversaires.
Il savait aussi le changer.
Quand ces yeux droits et limpides se noyaient dans la peur et cherchaient leur souffle, il en éprouvait du plaisir.
Cette seule pensée faisait monter l’excitation en lui.
J’ai envie de le taillader, là, tout de suite.
Il le pousserait à bout lentement, comme s’il préparait un plat. Pourvu qu’il ne s’effondre pas après quelques égratignures seulement.
Lame Hirondelle l’espérait sincèrement.
* * *
Le combat s’éternisa. Les coups bas s’enchaînèrent de part et d’autre.
À la fin, Lame Hirondelle avait entaillé le corps d’Enkrid à seize endroits.
Parmi ces blessures, celle au ventre aurait été fatale si elle l’avait touché un peu plus à côté.
Et pourtant…
« Bon sang, t’es incroyable. »
Le regard de son adversaire n’avait pas changé. Lame Hirondelle sourit.
Car cette situation ne lui plaisait pas, cette fois.
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