Chapitre 208
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 208 : Les murs, c’est du pipeau
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« De la cavalerie, une unité détachée et un groupe en capes ternes. »
Jaxon exécuta l’ordre d’Enkrid à la lettre.
Après avoir repéré les troupes en arrière, il en marqua l’emplacement avec précision sur la carte militaire.
Ses indications étaient propres, ordonnées, presque dignes d’un peintre.
En d’autres termes, elles étaient claires et faciles à comprendre.
C’était ce qu’Enkrid venait de résumer à voix haute.
Une partie de la cavalerie tenue en réserve, une force détachée à l’allure féroce, forte d’environ une compagnie, et enfin cinq silhouettes encapuchonnées.
Si seuls cinq individus avaient attiré l’attention de Jaxon, c’est qu’ils n’étaient pas ordinaires.
Sixième Sens et instinct.
Ce n’était qu’une intuition, mais elle venait de Jaxon ; Enkrid ne la négligea donc pas.
« Qu’en penses-tu ? »
Les bras croisés, Enkrid s’adressa à Jaxon, qui venait de revenir.
Jaxon époussetait son armure.
Une petite tape souleva un nuage de poussière, qui retomba au sol.
Il faisait encore chaud. La fraîcheur n’était pas pour tout de suite, pourtant Jaxon ne transpirait pas du tout.
Était-ce vraiment si facile pour lui, ou faisait-il simplement semblant d’être détendu ? Enkrid laissa cette pensée de côté et attendit sa réponse.
« Je crois que ce sont des mages. »
Cinq mages.
Martai avait préparé bien plus que prévu.
Quelle était donc la meilleure chose à faire ? Il n’en savait rien. Enkrid se tourna vers Kraiss.
« Bien. À ton avis, quelle est la meilleure suite à donner ? »
Il posait la question parce qu’il ne savait pas, mais gardait un ton assuré. Quand on ne sait pas, on met la pression sur ses subordonnés. C’était ce qu’il avait appris.
« Tu crois qu’on perdrait si on sortait nous battre ? »
Grands Yeux prit la parole à sa place.
Enkrid évalua le niveau de l’ennemi, ce qu’il avait vu et appris, ainsi que les forces de son camp.
Il ne pensait pas qu’ils perdraient.
Ils avaient même pris soin de ne pas révéler leur véritable puissance dès le début.
Audin ne s’était pas battu sérieusement, et Enkrid n’avait pas pris la peine de transformer une « tape » en « gifle ».
« Toute cette configuration a été pensée dès le départ pour une bataille en règle. Si on s’enlise dans des combats de rue à l’intérieur des murs, les pertes seront absurdes. »
Les yeux de Kraiss brillèrent. Enkrid comprit et se mit en mouvement. La décision appartenait au commandant du bataillon. L’idée que le moment était venu d’engager toutes leurs forces n’était que leur propre jugement.
De l’extérieur, on aurait dit qu’ils ouvraient la porte et chargeaient en infériorité numérique.
« Je vais faire mon rapport. »
Enkrid se hâta aussitôt vers le poste de commandement et s’adressa à Marcus.
« Ça promet d’être amusant, fiancé. »
Le commandant de compagnie elfe, qui écoutait non loin de là, lui attribua ce titre à sa guise. Étrangement, personne ne la corrigea.
Peut-être s’y étaient-ils tous habitués, car ils laissèrent simplement passer.
Le commandant de la 1re compagnie, les autres officiers, et même le lieutenant du commandant de bataillon l’entendirent et n’y prêtèrent aucune attention.
Le lieutenant faisait aussi office de scribe et écrivait à toute vitesse. Un instant, Enkrid se demanda si le mot « fiancé » allait se retrouver dans le compte rendu. Une pensée fugace, rien de plus.
Pas étonnant que tout le monde l’ait ignoré.
On discutait de choses bien plus importantes que d’étranges surnoms.
« Nous nous occuperons de la force détachée à l’arrière. »
Le capitaine de l’Unité de défense de la frontière prit la parole le premier. Il s’avança avec détermination.
Marcus ne fut pas en reste. Le commandant de bataillon donna l’ordre avec un large sourire.
« Ouvrez la porte. »
En le regardant, Enkrid se posa une question.
De son point de vue, elle allait de soi.
Même avec toute leur confiance, n’allaient-ils pas trop loin ?
« D’un point de vue normal, ça ressemble à un suicide. Pas vrai ? »
La différence de forces était flagrante. Engager une mêlée chaotique contre un adversaire de cette envergure relevait de la folie. En temps normal, du point de vue stratégique et tactique, on aurait traité d’idiot un commandant qui tenterait le coup.
Marcus fixa Enkrid droit dans les yeux.
Puis il demanda :
« Tu crois ? »
En guise de réponse, une autre question. Enkrid secoua la tête.
« Non. »
Pourquoi l’aurait-il cru ?
Rem, Ragna, Audin et Jaxon.
Même si l’ennemi était plus nombreux, Enkrid n’avait pas peur.
Il était plus facile de combattre en terrain découvert, où amis et ennemis étaient bien distincts, que de tout transformer en combat de rue.
Non pas que les combats de rue l’auraient beaucoup gêné non plus.
Mais surtout,
Je ne crois pas qu’on va perdre.
Cette pensée lui vint en premier.
Enkrid savait comparer les forces et lire le cours d’une bataille. Bien sûr que oui.
S’il n’avait même pas su faire ça, il n’aurait jamais survécu aussi longtemps.
« Nous leur avons donné notre nom et leur avons demandé de se retirer, mais ils sont restés. Je pense qu’il est temps de leur montrer. »
Marcus prononça ces mots avec un doux sourire. Le moment où Enkrid avait déclaré son nom l’avait visiblement marqué, puisqu’il ne cessait d’y revenir.
Enkrid hocha la tête.
« Je prendrai la tête. »
La place dont il avait toujours rêvé : le front du champ de bataille.
À présent, il avait le droit de s’y tenir.
Plus personne ne l’en empêchait.
L’épée à la main, Enkrid franchit le premier la porte ouverte.
Son camp aurait pu montrer de l’inquiétude, mais…
« J’ai entendu dire que les fauteurs de troubles sortaient les premiers ? »
« Alors, tout va bien. »
Personne ne montra de peur. L’ennemi chargeait ainsi uniquement parce qu’il ignorait la vérité.
Si Martai les avait affrontés sur un véritable champ de bataille auparavant, la simple existence de la Compagnie des Fous aurait dû changer sa stratégie.
Pourtant, l’armée de Martai restait calme. Leur réaction était absurde, comme s’ils disaient : « Allez-y, divertissez-nous. »
D’une certaine manière, cela signifiait que Marcus les avait bien dupés.
Kraiss y vit au moins une victoire politique.
Ou une victoire de la ruse.
Ça avait marché : ils avaient répandu des histoires qui exagéraient certains aspects de leur puissance — en particulier les exploits de la Compagnie des Fous — tout en les minimisant sur d’autres.
Peu importait, au fond. Ce qui comptait, c’était la victoire, qu’elle soit politique ou obtenue par la ruse.
« Alors, pourquoi on n’a pas foncé de front dès le début ? J’ai failli mourir d’ennui à force d’attendre. »
Rem posa la question en avançant. Kraiss passa en revue dans sa tête ce qu’il aurait pu répondre.
La destruction des armes de siège avait été imprévue, mais ensuite, pourquoi avoir choisi de provoquer l’ennemi au lieu de frapper ses lignes de ravitaillement et de l’épuiser ?
Pour quelle autre raison ?
Parce qu’il faut en finir d’un seul coup.
Si le combat s’éternisait, le camp le moins nombreux serait désavantagé.
En plus, les nobles des environs soutenaient l’ennemi, tandis que leur camp venait de réduire en cendres une branche entière des Lames Noires.
Qui savait quel tour les Lames Noires pourraient leur jouer ?
Et ne venaient-ils pas de rouer de coups la Sainte Secte de la Terre Maudite, elle aussi ?
En somme, ils avaient giflé tour à tour, et sans ménagement, tous les groupes qui les haïssaient.
Il n’y avait donc rien à gagner à laisser le conflit s’éterniser. Plus la bataille durerait, plus leurs faiblesses se révéleraient.
Kraiss l’avait lui aussi imaginé ainsi dès le début.
Tout régler en une seule bataille.
Pour cela, l’ennemi devait concentrer toute son attention sur eux. Il fallait l’irriter, le pousser à perdre son sang-froid et à leur foncer dessus.
On pouvait sans doute appeler ça une stratégie proche de la guerre psychologique.
« Comme ça. »
Kraiss ne prit pas la peine d’expliquer à Rem. Enkrid avait compris en quelques mots, mais expliquer les choses à Rem aurait pris trop de temps. Un homme devait savoir garder certaines paroles pour lui.
C’est tout moi.
Kraiss marmonna intérieurement.
Surtout, rien ne changerait même si Rem le savait.
« Merde. »
Rem esquissa un sourire et s’avança. Il comprenait pourquoi Grands Yeux retenait ses paroles, mais cela ne l’agaçait pas. Tout ce qui comptait, c’était qu’il allait enfin pouvoir manier sa hache.
Kraiss avait confiance en ses compagnons d’escouade. Il croyait que leur force deviendrait écrasante.
Pas vrai ?
Malgré tout, une pointe d’inquiétude monta en lui. Il n’y pouvait rien. C’était dans sa nature.
Marcus était pareil.
Il s’était armé et avait pris place parmi l’infanterie. En tant que commandant, il restait en arrière avec sa garde, mais il était tout de même au milieu des fantassins.
Marcus observa le champ de bataille avec les yeux d’un commandant.
La façon dont Enkrid tiendrait le front déciderait de bien des choses dans cette bataille.
Il le sentait dans sa tête comme dans sa chair.
C’est étourdissant.
Mais que pouvaient-ils faire d’autre ? C’était la meilleure option.
« Je tremble. »
Marcus sursauta un instant, croyant que son lieutenant avait lu dans ses pensées.
Il n’en laissa rien paraître et répondit simplement, toujours aussi calme :
« Ah oui ? »
« Ça va aller ? »
« Bien sûr. »
Il répondit avec une assurance absolue. Un commandant devait d’abord afficher sa confiance.
Puis Marcus vit le gros des forces ennemies avancer en formation.
« En avant ! »
Au cri de leur chef de tête, la première unité se mit en marche d’un seul mouvement.
Après un pas,
« Hah ! »
Leur cri de guerre retentit à l’unisson. L’air en fut ébranlé. On aurait dit que la poussière elle-même roulait vers eux.
Leur ardeur guerrière ne fit plus qu’un. Elle transperça et secoua l’esprit des soldats. Telle était la force de troupes régulières entraînées.
Cela ne signifiait pas pour autant que les soldats réguliers de la Garde-frontière étaient des proies faciles.
Eux aussi étaient des vétérans endurcis, qui avaient survécu aux batailles dans les montagnes, dans les rivières, contre les Créatures démoniaques et contre Azpen.
Marcus n’avait même pas besoin d’intervenir.
« Toutes les troupes ! »
C’était le commandant de la 3e compagnie. L’avait-on choisi pour sa voix ? Sans doute pas, mais son tonnerre sembla porter jusqu’au dernier soldat.
« En avant ! »
À cet ordre net, le gros de leurs troupes s’avança lui aussi.
Un pas.
« Hah ! »
Ils répondirent de la même façon, faisant monter leur moral d’un cran. À l’écart, Enkrid et la Compagnie des Fous continuaient d’avancer.
On les voyait marcher d’un pas décontracté dans l’espace séparant les deux armées qui se faisaient désormais face.
C’était le moment précédant la charge, celui où la mêlée chaotique devenait inévitable.
Une agitation éclata sur le front ennemi.
Plus précisément, quelque chose fonçait dans l’espace qui séparait les deux camps.
Le moment était inattendu, mais tactiquement brillant.
Une attaque lancée alors que les deux camps s’évaluaient encore.
Bien sûr, le groupe d’Enkrid avait lui aussi profité de cette confrontation immobile pour avancer.
Boum-boum-boum-boum !
Le sol se mit à gronder. La terre trembla sous les vibrations, et des silhouettes surgirent à l’origine du bruit.
Une cavalerie légère, des chevaux dont la tête et les épaules étaient protégées par des plaques de fer.
Leurs lances apparurent d’abord à travers la poussière.
Boum-boum-boum-boum !
Le fracas des chevaux lancés au galop leur vrilla les oreilles. À Marcus aussi. Enkrid et ses hommes l’entendirent naturellement.
Si la charge atteignait le gros de leurs troupes, les dégâts seraient considérables. Ils commenceraient la bataille en perdant déjà du terrain.
À leur tête chevauchait le commandant des Forces sans insigne.
Marcus avait bien sûr gardé à l’esprit la position de la cavalerie. Il avait continuellement envoyé des éclaireurs dans cette direction pour la surveiller.
Et pourtant, la cavalerie surgissait de l’autre côté.
C’étaient donc les hommes indiqués sur la carte tactique de la Compagnie des Fous.
L’une des dagues cachées que l’ennemi avait gardées en réserve.
Cette dague fonçait sur le gros de leurs troupes, et la Compagnie des Fous se trouvait sur sa trajectoire.
« Ils vont se faire piétiner ! »
s’écria le lieutenant.
Marcus se dit que ce salaud trouvait toujours le moyen de dire tout haut ce qu’il s’apprêtait à dire. Bien sûr, Marcus ne l’avait formulé que dans sa tête.
Un commandant ne devait jamais semer l’inquiétude parmi ses hommes.
Boum-boum-boum-boum !
La cavalerie allait à une vitesse terrifiante. Les fantassins placés devant cette charge n’étaient guère plus que des branches pourries. Au choc, ils se briseraient, éclateraient et seraient écrasés.
Marcus faisait confiance à Enkrid. Il croyait en la force de son unité.
Mais même face à la cavalerie ? Même face à une charge lancée à pleine puissance ?
Pourraient-ils vraiment l’arrêter ?
C’était une attaque initiale inattendue.
Ces salauds de Martai avaient sorti leur atout dès le début.
Ils venaient de prendre un sacré coup.
* * *
Le commandant des Forces du vicomte Bantara avait annoncé qu’il mènerait la charge en personne. Greg s’y était opposé, mais il n’avait eu aucune chance.
« Briser le moral de l’ennemi et lui couper l’élan dès le départ : voilà le fondement de la guerre. »
C’était la stratégie d’un homme à la tête de la cavalerie d’un noble, pas celle d’un vulgaire officier de ville.
Il jouait dans une autre catégorie qu’un capitaine d’infanterie de province.
Greg dut l’admettre.
Les paroles de cet homme étaient plus efficaces, plus pertinentes et plus meurtrières.
Le commandant des Forces du vicomte Bantara fit donc sortir sa cavalerie.
Cinquante cavaliers d’élite.
Ils n’étaient pas spécialisés dans les charges frontales, mais la cavalerie restait de la cavalerie.
D’ordinaire, elle harcelait les flancs ennemis. Aujourd’hui, elle affrontait de l’infanterie.
Même une charge directe les avantageait. C’était la nature même du combat entre cavalerie et infanterie. Ils utiliseraient également leurs longues armes pour contrer les piques ; le combat devrait donc tourner à leur avantage.
« Nous allons balayer le front de ces péquenots arrogants de la Garde-frontière. Des objections ? »
À ces mots du commandant, les cinquante cavaliers crièrent d’une seule voix :
« Aucune ! »
« En avant. »
Les chevaux renâclèrent.
Ils chargèrent après avoir calculé la distance exacte nécessaire à l’impact. Était-ce difficile ?
Non.
Tandis qu’il préparait les chevaux et se lançait en avant, le commandant pensa :
Crétin.
Était-ce lors de cette marche de renfort vers le Village des Pionniers ?
Le Mur d’Enkrid ? Mon cul.
Il avait pris sa décision à ce moment-là. S’il croisait ce fanfaron, il l’écraserait.
Au début, il avait prévu de ne lui couper que la moitié de la langue.
À présent, il semblait qu’il allait plutôt lui trancher la tête.
Leurs chevaux portaient une armure légère, les cavaliers évitaient les équipements lourds et leur arme de prédilection était la guisarme. On les surnommait les cavaliers à la lance.
Ils fixaient les hampes de leurs lances le long du flanc et de la selle, puis tranchaient les rangs d’infanterie de côté en passant. Ajoutez à cela la vitesse de la cavalerie, et le fil de la lame devenait terrifiant.
C’était leur spécialité : courir, trancher, massacrer.
Les moins de dix fantassins plantés au milieu, devant eux, n’étaient donc qu’un amuse-gueule.
Leur véritable cible était le gros des forces ennemies.
Ils fendraient le front ennemi d’un seul balayage enflammé.
Le commandant était grisé d’excitation. L’exaltation suivit. Il était à cheval, l’ennemi à pied.
L’avantage était évident. Il galopait sur un champ de bataille où la victoire lui tendait les bras. Comment ne pas s’exciter ?
Le sang bouillonnant et le cœur battant, le commandant rugit :
« Les murs, c’est du pipeau ! »
C’était la voix qui venait du plus profond de son cœur.
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