Chapitre 186
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 186 : Ce mensonge est blanc.
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Après le départ d’Enkrid, Rem — ou plutôt, tous ceux qui l’entouraient — se remirent à travailler sérieusement, pour la première fois depuis longtemps.
Au lieu de s’en prendre aux soldats qui passaient, Rem consacrait davantage de temps à manier sa hache tout seul.
Il faisait presque de vrais efforts. Il transpirait sans arrêt.
Ragna en faisait autant.
Audin aussi.
Tous, sauf Jaxon. Comme il passait beaucoup plus de temps à l’extérieur des baraquements, il ne se joignait à eux que de temps en temps.
Et les combats d’entraînement à la vie ou à la mort se poursuivirent.
C’était vraiment brutal.
« Bon sang. »
Tous les soldats qui les regardaient claquèrent la langue.
Voir Rem, Ragna, Audin et même le commandant de compagnie elfe se jeter dans la mêlée avait de quoi frustrer les soldats. Le désespoir leur tapotait l’épaule.
Y en avait-il un seul capable de les regarder, de serrer les dents et de jurer qu’il les rattraperait ?
« Ces enfoirés sont cinglés ? »
Même Torres, des Étrangleurs de la Frontière, fronça les sourcils.
« Ce n’est pas juste décourageant. Ça les écrase. »
Sa plainte devint bientôt celle de tout le baraquement.
Qui pouvait vraiment continuer à croire qu’en maniant une épée tous les jours, il finirait par leur ressembler ?
Le commandant de compagnie elfe n’était pas en reste.
« Tu te débrouilles plutôt bien. »
Rem lui-même le lui dit. Et elle était bien plus que « plutôt douée ». À l’exception de Will, on aurait pu croire qu’elle avait le niveau d’une écuyère.
Comment quelqu’un d’aussi talentueux pouvait-il n’être que commandant de compagnie ?
Cela dit, des gens de ce niveau servaient aussi comme simples membres d’escouade ; le commandant de compagnie elfe était donc plutôt bien loti.
Ce chaos-là était précisément la raison pour laquelle le commandant de bataillon leur avait attribué un terrain d’entraînement à part.
Le commandant de compagnie elfe l’avait d’ailleurs proposé elle-même.
« L’ambiance dans les baraquements semble s’être un peu dégradée. »
Après ce bref rapport, le nouveau terrain d’entraînement fut aménagé sans attendre.
C’était logique. L’engouement pour l’entraînement qu’Enkrid avait autrefois suscité s’était éteint avant même qu’on s’en aperçoive.
Même si quelqu’un avait essayé de le faire disparaître de force, un tel effondrement n’aurait pas été facile. Quelques séances de combat particulièrement intenses y étaient pourtant parvenues.
De tels monstres existaient en ce monde.
Et à cause de ces monstres, une lourde vague de morosité se répandit dans les baraquements.
Avant, il traînait sur sa couchette. Pour de vrai.
Ce Ragna était un génie parmi les génies.
Comment pouvait-on manier une épée avec autant de tranchant depuis une posture qui semblait complètement brisée ?
Torres tenta discrètement de reproduire le mouvement et s’étala de tout son long.
Impossible de l’imiter en se contentant de regarder.
Et puis, il y avait Rem.
Non seulement il avait mauvais caractère, mais il maniait aussi ses haches comme un vrai salaud.
Il abattait tour à tour les deux haches qu’il tenait en main, et son tout premier coup paraissait déjà difficile à parer.
Et que dire de cette montagne de muscles qui bloquait toutes ses attaques ?
« Mon frère, je vous en prie, allez au paradis ! »
Il parlait d’une voix douce, mais tenait sans cesse des propos qui donnaient l’impression qu’il allait tuer quelqu’un. Et ce n’était pas tout.
Même à mains nues, il n’était pas en reste. Il lui arrivait de prendre une massue, mais sa spécialité, c’était le combat à mains nues.
Audin était un maître en arts martiaux.
Sur le précédent champ de bataille, il avait brisé les vertèbres des ennemis comme des tiges de maïs, et les avait cassées comme des brindilles.
« Puissiez-vous rejoindre le Seigneur ! »
C’était un combattant terriblement doué.
Ensuite venait Jaxon, le regard fou, qui ne disait pas un mot en maniant son épée.
Et pour finir, le commandant de compagnie elfe clôturait le spectacle.
Les regarder sapait le moral des soldats.
Ces gens-là n’avaient jamais vraiment suivi d’entraînement, et pourtant leur talent était éblouissant. Un talent si éclatant qu’il faisait presque mal aux yeux.
Puis Enkrid revint.
Entre-temps, Rem avait aiguisé son tranchant au fil des combats d’entraînement à la vie ou à la mort. Pour passer à l’étape suivante, pour s’offrir un lendemain meilleur, il avait manié sa hache avec sérieux pour la première fois depuis longtemps.
Même avant ces combats, il était convaincu de pouvoir battre une écuyère comme Aisia. Non, convaincu de pouvoir la tuer.
La technique appelée Volonté, utilisée par les écuyers, n’était toujours qu’une façon de maîtriser son corps ; au minimum, il ne se ferait donc pas mettre hors de combat sans rien pouvoir faire.
Même si l’une de ces rares écuyères d’exception se présentait, il ne gagnerait peut-être pas facilement, mais il ne tomberait pas raide mort après un seul coup.
Et voilà que Rem avait vraiment aiguisé son tranchant. Il avait véritablement fait des efforts pour s’améliorer.
Ragna aussi. Au point qu’il ne convenait plus du tout de le traiter de paresseux.
Matin et soir, il tenait son épée, la faisait tournoyer et s’abîmait dans ses pensées. Il ne somnolait pas. Il méditait vraiment.
Et pourtant.
« Le rythme ne se brise toujours pas ? »
Rem était à moitié sérieux. S’il devenait tout à fait sérieux, l’un d’eux mourrait avant la fin. Pour un combat d’entraînement, il aurait fallu s’arrêter là.
Et pourtant.
« Encore un peu. »
L’épée d’Enkrid s’abattit droit du haut vers le bas, visant le sommet de sa tête. Rem la frappa de sa hache, et la lame s’inclina vers le sol.
Cette fois, elle ressemblait moins à un serpent qu’à un rapace. À un faucon planant dans les airs avant de fondre sur sa proie.
Au milieu de son mouvement, l’épée accéléra brusquement et tenta de sortir du champ de vision de Rem.
Il en saisit la trace de justesse et para une nouvelle fois.
Clang !
« Putain. »
Rem sourit sans même s’en rendre compte. Quand avait-il ressenti ça pour la dernière fois en s’entraînant avec son propre chef d’escouade ?
Avant, c’était amusant, bien sûr. Mais juste amusant.
Le genre de plaisir qu’on éprouvait en dansant sur un air entraînant.
Mais maintenant ?
À son esprit combatif s’ajouta une exaltation grandissante.
Il voulait en ressentir davantage.
« Encore un peu. »
Au début, Rem avait bougé sa hache pour jauger le niveau d’Enkrid. Puis l’écart s’était réduit peu à peu.
Selon les critères établis au départ par Rem et Ragna, ils étaient passés d’un combat d’échauffement sans rien risquer à un combat où ils risquaient la moitié de leur vie.
Furtif.
Une ouverture apparut tandis que Rem croisait ses haches. Il pensait avoir tout bloqué, mais une estocade se glissa par une minuscule brèche et lui effleura la joue.
Une éraflure. Rien qu’une éraflure.
Mais il n’avait pas réussi à la bloquer. Les lèvres de Rem se tordirent étrangement. Il s’amusait tellement qu’il avait l’impression de devenir fou.
L’excitation déferla avec une telle force qu’elle lui remua le cerveau. Il avait l’impression que quelque chose de nouveau jaillissait de tout son corps.
Le Cœur de la Force surhumaine s’activa de lui-même et lui réchauffa tout le corps.
Son cœur battait à tout rompre tandis qu’il balançait sa hache avec violence.
Le passage de « risquer la moitié de sa vie » à « risquer sa vie entière » ne prit qu’un instant.
À cet instant, le regard d’Enkrid se brouilla et son épée tomba au sol comme un cerf-volant dont la ficelle avait été coupée.
Rem fut sous le choc.
« Putain ! »
Il n’avait pas le temps de ramener sa hache. À ce rythme, il allait fendre le crâne de son chef d’escouade et en voir les cervelles.
Un interstice entre deux interstices, la durée d’un battement de paupières.
Clang !
Une épée jaillit et bloqua la trajectoire de la hache.
Puis deux mains s’abattirent et agrippèrent son avant-bras noueux.
Enfin, une grosse main saisit son poignet gauche, qui s’apprêtait à bouger par réflexe.
Ragna, Jaxon et Audin, dans cet ordre.
« Tu comptais le tuer dès que tu l’as vu ? »
« … Putain, tuer qui ? J’allais m’arrêter tout seul, proprement et sans traîner. Pourquoi tu te mets en travers de mon chemin et tu fais tout un plat ? »
De la frime. Tout le monde le savait. Et tout le monde avait compris aussi. Ragna, Audin et Jaxon avaient tous vu la scène.
Leur chef d’escouade avait changé.
Il était revenu à un niveau qu’aucun d’eux n’avait imaginé.
Des coups d’épée sans la moindre hésitation, un affrontement calculé, et même une coordination physique hors pair. Sans parler des changements dans sa vitesse de réaction et ses déplacements.
Jaxon comprit d’un coup d’œil ce qui rendait tout cela possible.
« Le Sens de l’esquive. »
Il en était profondément satisfait. Surtout, Enkrid l’avait bel et bien maîtrisé.
Jaxon hocha la tête.
Ragna, lui, avait remarqué autre chose.
« Une épée affinée. »
Devait-il parler d’escrime ? La qualité de l’escrime d’Enkrid avait changé. Sa manière de manier l’épée, la forme même de sa réflexion : ce n’était pas un petit changement.
« Il a fusionné ses points forts avec l’escrime. »
Cela voulait dire qu’il n’avait pas appris en suivant aveuglément les instructions. Il avait compris et assimilé correctement.
En seulement deux mois ?
Même si la Grenouille lui avait tout enseigné pendant leur voyage, était-ce vraiment possible ?
Ragna savait mieux que quiconque que son chef d’escouade avait changé, et qu’il continuerait à changer.
Ce dont Enkrid avait besoin, c’était d’un talent pour maîtriser son corps, et voilà que les éléments nécessaires commençaient à s’accumuler.
Ragna avait l’œil pour ce genre de choses.
Mais tout de même, c’était autre chose.
Parmi eux tous, seul Audin comprenait parfaitement la condition physique d’Enkrid.
« Voilà qui me réjouit, mon frère chef d’escouade. »
Son corps était dans un état vraiment satisfaisant. Son degré d’entraînement, ses capacités physiques transformées.
Et sur quoi tout cela reposait-il ?
Quelle était la base qui lui avait permis d’apprendre cette technique de frère errant, le Sens de l’esquive ?
« La Technique d’isolement. »
Chez les prêtres, on appelait moines ceux qui se consacraient à l’entraînement physique. La Technique d’isolement était une méthode affinée à partir de ces disciplines corporelles.
Le corps d’Enkrid avait été façonné de cette manière.
« Et il a dû atteindre le Corps renouvelé, lui aussi. »
La récupération explosive était l’une des raisons pour lesquelles on remodelait le corps.
C’était un autre moment profondément réjouissant.
Enfin, Rem fut celui qui s’émerveilla le plus.
« Quand est-ce qu’il en est arrivé là ? »
La question lui revint en tête.
Le fou qui avait réclamé un combat d’entraînement dès leur première rencontre était désormais un fou doué, lui aussi.
Il avait parfaitement évolué pour devenir un cinglé certifié.
C’était stupéfiant. Rien que stupéfiant.
Rem adorait ça.
Importait-il de savoir comment Enkrid s’était amélioré ?
« Non. »
Ça n’avait aucune importance.
Ce qui comptait, c’était que ça promettait de belles choses. Et pour la suite aussi.
Même si on leur avait attribué un terrain d’entraînement à part, il n’était pas fermé de tous côtés.
La clôture était pleine de trous et ne dépassait guère la poitrine d’un adulte. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien cacher ?
Tout au plus, elle marquait une limite.
Certains franchirent cette limite pour regarder le combat d’entraînement.
Des soldats démoralisés, qui avaient déjà perdu toute motivation.
Vengeance était du nombre.
« Ces enfoirés de monstres. »
Le Peloton des Fous, Rem compris, était vraiment un groupe de monstres.
En regardant Enkrid à la tête de ce groupe, Vengeance ne comprenait pas comment cet homme pouvait tenir debout là.
C’est ainsi qu’Enkrid revint.
Et Vengeance le vit.
Il vit Enkrid tenir tête à Rem sans lui céder un seul pas.
Il savait d’où Enkrid était parti. Comme il l’avait détesté, il pouvait même dire qu’il le savait mieux que quiconque.
Enkrid avait vraiment été un soldat quelconque. Un soldat de basse extraction. C’est ainsi qu’on le décrivait.
« Un vieil homme sans talent. »
Et maintenant, qu’en était-il ?
Vengeance ne savait pas ce qui différait des anciens combats. De tout son être, il sentait seulement que l’atmosphère n’avait plus rien à voir, à chaque instant.
Rem et Enkrid.
Les membres du Peloton des Fous autour d’eux.
Et surtout, ce qu’il ressentait lui-même.
Tout était différent. Terriblement différent.
Même la façon dont Enkrid s’effondra à la fin.
Vengeance comprit que son esprit brisé n’avait été qu’un feu de camp dont l’étincelle s’était brièvement éteinte.
« Moi aussi, je peux le faire. »
C’était étrange. Quand il regardait Rem, Ragna ou Audin, il ne voyait que des monstres. Mais lorsqu’il regardait Enkrid, il voulait lui ressembler.
Il voulait se tenir sur la même ligne que lui, à ses côtés.
Était-ce parce qu’il avait observé les efforts d’Enkrid tout ce temps ? Ou simplement parce qu’il le connaissait mieux ?
Il n’en savait rien. Vengeance ne se posait pas ce genre de questions.
Il ne lui restait que le désir.
« Aujourd’hui, entraînement spécial. »
« Oui ! »
L’escouade de Vengeance, qui observait la scène non loin de là, répondit d’une seule voix.
Vengeance n’était pas le seul.
Tous les soldats étaient pareils. Dans le cœur de ceux qui avaient regardé Enkrid combattre, un feu appelé motivation s’était allumé.
Dès le lendemain, une étrange fièvre de l’entraînement s’empara des baraquements, sans doute inévitablement.
Le jour de son retour, Enkrid s’entraîna contre Rem.
« On dirait que tu en as trop fait. Tu ne t’y es pas encore habitué. »
Si ses yeux s’étaient révulsés et ses forces l’avaient abandonné, c’était parce qu’il avait abusé du Cœur de la Force surhumaine.
Cela dit, Rem s’était jeté sur lui avec sérieux.
« Je finirai par m’y habituer si je continue à l’utiliser, non ? »
Rem le dit, mais n’en était pas certain lui-même. En réalité, à part lui, quelqu’un avait-il jamais vraiment maîtrisé cette technique ?
Apparemment, non. Et Enkrid était le premier à l’assimiler aussi bien, au lieu de se contenter de l’imiter.
Le lendemain, il s’entraîna contre Ragna.
« Où as-tu appris cette posture d’épée ? »
« Auprès d’un Esprit maléfique de passage. »
Ce n’était pas faux.
Puis Jaxon se joignit lui aussi aux combats d’entraînement, ce qui était rare.
Audin lui enseigna une nouvelle clé de bras.
Enkrid était heureux d’avoir des gens comme eux pour s’entraîner dès son retour.
Comme c’était agréable. Continuer à manier son épée et à lancer son corps dans le mouvement, sans jamais s’arrêter.
Avancer vers une nouvelle version de soi-même.
Même sans revivre la journée, il pouvait encore apprendre quelque chose.
« Fiancé ? »
Le commandant de compagnie elfe vint elle aussi. Naturellement, les combats d’entraînement se poursuivirent.
Ce ne fut qu’alors qu’il s’en rendit compte. Une épée à la main, le commandant de compagnie n’avait rien à envier à Rem.
« Maintenant que nous avons aussi le même rang, quand est-ce qu’on célèbre la cérémonie ? »
Quand est-ce que ces plaisanteries d’elfe allaient cesser ?
Il n’avait pourtant pas l’intention de répondre. Il n’y avait aucune raison de le faire.
C’était devenu son quotidien.
Esther dormit deux jours entiers d’affilée, puis ne vint se blottir contre lui qu’une fois tous les deux jours.
Il n’avait aucune idée de ce que signifiait ce changement.
Kraiss vendit comme il se devait les quelques pièces d’or ancien qu’ils avaient obtenues cette fois-ci.
En outre, le Village des Pionniers acheta à bon prix les armes et l’équipement récupérés sur les gnolls.
Avec tout ça, ils se retrouvèrent plutôt riches en kronas.
Au milieu de tous ces combats d’entraînement, Enkrid rendit visite au forgeron.
« Cassée ? L’armure aussi ? »
L’armure était déchirée et entaillée à l’extérieur, et même la cotte de mailles intérieure avait de nombreux anneaux brisés. Bref, elle était complètement fichue.
Les épées s’étaient brisées. Leur âme était endommagée. Impossible de les réparer. Il les avait tout de même apportées, au cas où on pourrait au moins les fondre et les réutiliser.
« Deux épées ? »
« C’est comme ça. »
Il avait abattu des centaines de gnolls. C’était déjà une chance que les dégâts s’arrêtent là.
« Vous avez une cotte de mailles de rechange ? »
demanda Enkrid. Le forgeron poussa un soupir, puis hocha la tête.
« Pas pour l’instant, mais je vais en fabriquer une. On a reçu pas mal de bon fer ces derniers temps. »
À ces mots, Enkrid hocha la tête et lui tendit une épée.
Celle qu’on appelait l’Épée démoniaque.
« Aiguisez-moi cette lame. »
Le forgeron l’examina, puis dit :
« Ce n’est pas une arme ordinaire, hein ? Seulement la lame ? »
« Non. Remplacez aussi le pommeau et la poignée. L’équilibre me semble légèrement faussé. »
Le forgeron hocha la tête.
La lame elle-même était excellente, mais le reste était en piteux état.
« On a reçu du beau cuir de cerf. Je vais en enrouler autour de la poignée. »
Il acceptait de s’en charger. Enkrid hocha la tête. Après avoir payé un prix raisonnable, il s’en alla, puis passa dans une boutique de viande séchée et en acheta quelques morceaux. Le soir ne tarda pas à tomber.
« Tu n’en reprends pas ? »
« Il est temps d’y aller. »
Il ne pouvait pas demander au forgeron de lui fabriquer une épée en plus de tout le reste ; il comptait donc s’en procurer une auprès des marchands qui venaient en ville.
Il s’était retrouvé sans rien, d’une certaine façon.
Enkrid sentait un vide à sa taille. Même s’il avait encore une épée courte, une épée de garde et des couteaux glissés là, il lui manquait quelque chose.
« Quel temps agréable. »
Mais l’atmosphère en ville n’était pas bonne. Il interrogea quelques marchands de passage et obtint rapidement une réponse.
« Des rumeurs disent qu’une bande de brigands s’en prendrait à la ville. D’autres racontent que des Créatures démoniaques affluent du sud. Et, en plus, un émissaire de la cité de l’Est serait venu proférer des menaces. »
Garde-Frontière était une ville militaire. Plus précisément, elle jouxtait Azpen.
Une bande de brigands qui s’en prenait à un endroit pareil ? À moins d’être complètement fous, c’était impossible.
Et pourtant, il y avait toujours des bandes de brigands assez démentes pour tenter le coup. Elles avaient déjà causé des problèmes pendant la guerre contre Azpen.
Quant aux problèmes liés aux Créatures démoniaques, ils ne manquaient jamais.
À l’est, d’ici ? Cela signifiait la Cité des Épées. Chercher la bagarre depuis là-bas était aussi une habitude.
Mais le fait que de telles rumeurs circulent finirait par poser problème.
On disait que lorsque les rumeurs sombres se répandaient, les enfants se multipliaient et les marchandises se raréfiaient.
Les habitants cessaient de sortir et restaient chez eux, tandis que les marchands venus de l’extérieur se faisaient plus rares.
La même chose s’était déjà produite quand les Créatures démoniaques étaient devenues trop nombreuses, et Garde-Frontière avait envoyé des troupes.
Enkrid avait participé à l’une de ces missions.
C’était là qu’il avait abattu une harpie. Il s’était senti bien en la frappant, avec une prise nette et satisfaisante.
Quoi qu’il en soit, de sombres rumeurs couraient, mais aucun ordre n’était encore venu d’en haut. Alors, peu importait.
« Ils s’en occuperont. »
Les commandants avaient leur part de responsabilités.
On l’avait nommé commandant de compagnie, mais ce n’était toujours pas officiel.
Autrement dit, c’était une décision unilatérale du commandant de bataillon.
Et des nobles qui le soutenaient.
Comment dire… cette ville regorgeait aussi d’enfoirés sournois qui avaient l’air d’avoir du sang bleu dans les veines.
Ça ne lui plaisait pas, mais ce n’était pas comme s’il pouvait tous les poignarder à mort dès qu’il en croisait un.
« Ce n’est pas comme si j’étais Rem. »
Évidemment, c’était impossible.
De retour aux baraquements, il aperçut Rem.
« Ouais, je ne pourrais pas vivre comme ce type. »
« T’as une drôle de tête. »
Rem avait presque autant de flair que Kraiss. Surtout quand quelqu’un l’insultait.
« Tu étais en train de parler sur mon dos en traversant le marché ? Non, tu m’as insulté dans ta tête. »
Parfois, le flair excessif de Rem faisait penser à Enkrid que ses instincts n’étaient vraiment pas une blague.
Enkrid agissait selon ses propres convictions.
Si un mensonge pouvait rassurer l’autre, alors ce mensonge pouvait être qualifié de blanc.
« Non. »
Il secoua la tête.
« Alors pourquoi je me sens vexé ? »
« Parce que tu as mauvais caractère. »
« J’ai l’impression que tu m’as encore insulté. »
« Non. »
Un endroit où l’instinct aiguisé et les mensonges tout blancs se croisaient sans cesse.
À présent, Enkrid avait l’impression d’être chez lui.
Le commandant de bataillon avait-il dit espérer qu’Enkrid finirait par aimer cette ville ?
Ce n’était pas un amour dévorant, mais il ne la détestait pas. Il le pensait sincèrement.
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