Chapitre 185
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 185 : Tu as tabassé les gamins ?
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La hiérarchie des Cultistes ressemblait à celle d’un temple ordinaire.
Pape, puis cardinal, évêque, prêtre et, en dessous, fidèle.
Parfois, des moines s’intercalaient entre les prêtres et les fidèles.
En général, quand on parlait de grand prêtre ou de prêtre supérieur, on désignait un évêque ou un dignitaire de rang plus élevé.
Cet homme blond était un évêque.
Il occupait également une autre fonction publique, et pas des moindres. Il faisait donc partie des arbres les plus robustes issus des graines semées par les Cultistes.
« Alors, tu veux dire que vous avez échoué à cause d’un simple chef de peloton ? »
« Oui. »
À la réponse du prêtre de rang inférieur, l’évêque fronça les sourcils. Son beau visage se déforma en une grimace féroce.
Quelle absurdité.
Comment une colonie de Gnolls pouvait-elle s’effondrer à cause d’un seul chef de peloton ?
« Ce n’est pas un membre d’un ordre de chevalerie qui est intervenu et s’en est mêlé ? »
« Non, Monseigneur. »
« En effet, ça n’aurait aucun sens. »
L’évêque le dit lui-même, puis secoua la tête.
Le royaume de Naurillia avait-il vraiment les moyens d’envoyer ici des membres d’un ordre de chevalerie ou des troupes ?
Pas le moins du monde.
Il avait déjà des piles de problèmes à régler. Non, des piles qu’il était tout bonnement impossible d’éliminer.
Sur tout le territoire du royaume, des bandits appelés les Lames Noires sévissaient.
À l’ouest se trouvait une cité de pillards, fondée par des colons des marches qui s’étaient ligués.
À l’est, un pays gouverné par un boucher humain les provoquait chaque fois qu’il en avait l’occasion.
Cela aurait été bien si tout s’était arrêté là, mais les problèmes débordaient de toutes parts comme une crue.
Par exemple, la lutte de pouvoir entre la noblesse et la royauté.
En fin de compte, tout cela découlait de la scission entre les royalistes et les nobles.
La puissance du royaume était divisée.
Voilà pourquoi les étrangers commençaient à montrer le bout de leur nez, pour voir s’il y avait quelque chose à prendre.
Azpen, au nord, avait provoqué le royaume, et cette fois, il semblait avoir reçu un sacré coup.
N’était-ce pas excessif, tout de même ?
Aux yeux de l’évêque, si. Naurillia avait retiré une partie des troupes stationnées au sud et à l’ouest pour écraser Azpen. Certes, elle n’avait pas eu le choix.
Si elle avait laissé faire, elle aurait perdu toute la plaine de la Perle Verte, au nord.
L’évêque s’était pourtant attendu à ce que Naurillia tienne à peine bon et maintienne le statu quo. Au lieu de cela, le royaume avait remporté une victoire majeure.
Quoi qu’il en soit, il avait épuisé ses forces à arrêter Azpen.
Alors qu’il était à bout de souffle, la cité de pillards de l’ouest s’était elle aussi discrètement avancée.
Et ce royaume de bouchers humains, au sud-est, ne s’était-il pas manifesté à son tour ?
Et les bandits des Lames Noires ? Allaient-ils rester plantés là à regarder ?
En plus de tout cela, le royaume n’avait pas réussi à contenir l’agitation des Créatures démoniaques dans le sud. Une sombre menace s’étendait donc sur la région, à ce qu’il avait entendu.
Il avait également appris que des réfugiés arrivaient en files interminables.
Mais tout serait-il réglé une fois Azpen repoussé ?
Et les conflits entre les autres cités ?
Si Azpen se retirait, que resterait-il ?
La Perle Verte, d’abord. Et les routes commerciales qui s’ouvriraient dans toutes les directions.
Ensuite, tous se disputeraient les restes, chacun cherchant à s’emparer d’une plus grosse part tout en jaugeant celle des autres.
Le royaume, qui aurait dû jouer les médiateurs, serait à sec ; il ne pourrait guère les arrêter.
C’était à peine croyable que l’endroit ne se soit pas encore effondré.
C’était précisément pour cela que l’évêque se trouvait ici.
Il y avait tant de failles, tant de choses à dévorer, tant de pourriture.
Comment pouvait-on détourner les yeux d’un morceau de viande aussi tentant ?
La Sainte Secte de la Terre Maudite ne s’était pas installée ici sans raison.
Et tout l’argent et les marchandises qu’ils avaient investis dans la région jusqu’à présent ?
Cet endroit était tout indiqué pour devenir une nouvelle Terre Maudite. Il pouvait même devenir une terre sacrée.
Une partie de ces préparatifs avait été réduite à néant, et cela le rendait furieux.
À cause d’un simple chef de peloton ?
Combien de kronas avait-on dépensés pour ces préparatifs, déjà ?
Bien plus que quelques pièces d’or. Et l’équipement dont ils avaient doté les Gnolls ?
Les kronas investis par les Cultistes étaient directement tombés entre les mains du village des Pionniers. En guise de compensation, Enkrid avait reçu une récompense en argent.
Plus exactement, Kraiss s’était occupé de l’affaire en jouant les intermédiaires et avait encaissé la somme.
L’évêque n’en savait rien.
Il était simplement mécontent.
Que faire ? Il réfléchit un instant.
Après tout, ce n’était qu’un chef de peloton.
Avait-il eu de la chance ?
À vrai dire, personne de leur côté n’avait vu Enkrid se battre.
Quelques Créatures démoniaques avaient survécu, mais les Gnolls n’allaient pas transmettre de rapport.
Alors, la chance. Plus il y pensait, plus cette explication lui semblait plausible.
Le mur avait été solide, un fidèle infiltré en premier avait probablement été capturé par hasard, puis, en réglant ce problème, l’identité du prêtre avait elle aussi été découverte.
Et ensuite, par un autre heureux hasard, les lieux avaient déjà été aménagés comme en prévision d’un siège.
…Tout de même, il y avait un peu trop de coïncidences, non ?
Il devait quand même avoir un peu de talent.
Malgré tout, la conclusion restait la même : il avait eu de la chance.
Alors…
Parce qu’il avait eu de la chance une fois, allait-il en avoir toute sa vie ?
Probablement pas.
« Envoie un fidèle doué pour l’assassinat. »
Quand quelque chose posait problème, on le maîtrisait. C’était ainsi que l’évêque procédait.
Bien sûr, il n’eut jamais de nouvelles de l’assassinat d’Enkrid.
De toute façon, l’évêque ne se souciait pas d’en recevoir.
Il se contenta de préparer la suite.
S’il avait appartenu au royaume, quel aurait été son plus gros problème ?
Ni les Lames Noires, ni la progression des Créatures démoniaques, ni même les nations voisines qui claquaient des mâchoires comme une meute de loups.
Le plus gros problème du royaume, ce seraient les Cultistes.
Et parmi ceux qu’ils appelaient Cultistes, lui-même était au cœur de toute la région.
L’évêque prépara son prochain coup. Il oublia vite Enkrid.
Il arrivait parfois que des gens comme lui surgissent et accomplissent des choses stupéfiantes. Parfois, ils n’étaient que des soldats ordinaires, mais cela ne durait jamais.
Il avait survécu au milieu d’un millier de Créatures démoniaques ? Soit, appelons ça une chance inouïe. Et alors ? Que ferait-il lors de la prochaine crise ? De toute façon, il finirait bien par mourir.
L’évêque l’ignora donc.
* * *
La Garde-frontière était toujours la Garde-frontière. Rien n’avait changé.
« Vous voilà de retour, monsieur ? »
Non, quelque chose avait changé.
L’attitude des gens était différente.
Les soldats ne traitaient plus Enkrid de la même façon.
Un soldat de garde à la porte extérieure le salua avec raideur.
Enkrid lui rendit son salut d’un signe de tête négligent, puis aperçut un visage familier.
« Vous êtes venu m’accueillir ? »
C’était le commandant de compagnie elfe. Sur son ton habituel, il reprit la plaisanterie d’Enkrid en la poussant encore plus loin.
« Mon époux est arrivé, alors je me devais de venir. Si mon fiancé revenait avec quelque chose en moins, ce serait embêtant. Et si c’était une partie particulièrement importante, je devrais renoncer à l’un des plaisirs de la vie. »
N’était-ce pas un peu exagéré ? se demanda Enkrid tandis que l’elfe poursuivait sans esquisser le moindre sourire.
« Si vous aviez perdu vos bras, je ne pourrais pas vous prendre dans les miens. Mais ils ont l’air en parfait état, alors je pense que tout va bien. »
Tout en parlant, il promena son regard sur le corps d’Enkrid. Quelque chose avait changé.
L’instinct de l’elfe était aiguisé.
« Je dois aller faire mon rapport au commandant de bataillon. »
« Allez-y. »
L’elfe acquiesça à la réponse d’Enkrid et reprit son chemin. Il semblait avoir une affaire à régler dehors.
Il n’était donc pas venu l’accueillir, finalement. Ce n’était qu’une coïncidence.
Enkrid salua militairement l’elfe qui s’éloignait, puis se détourna. Il marchait vite : il avait clairement quelque part où aller.
Comme prévu, une coïncidence.
Aucune chance qu’il soit vraiment venu l’accueillir.
Ce n’était pas quelqu’un qui n’avait rien à faire.
Une fois qu’il entra dans la ville, Esther disparut.
« Je devrais y aller, moi aussi ? »
« Non. »
Il congédia également Kraiss ; seul Finn resta avec lui.
Finn se plongea dans ses pensées en silence, puis prit soudain la parole. Sa voix avait une force étrange.
« J’ai pris ma décision. »
« …À propos de quoi ? »
« Je renonce à te mettre à terre. »
…Il visait toujours cet objectif ?
« À la place, je vais m’intéresser à Audin. »
Les yeux de Finn brillèrent. Enkrid secoua la tête en son for intérieur.
Lui, passe encore, mais Audin ?
Ce dernier ne se contentait pas d’être absorbé par la religion. Il utilisait la puissance divine. Autrement dit, c’était un prêtre.
Bien sûr, être prêtre ne signifiait pas qu’on ne pouvait ni se marier ni fréquenter des femmes.
Mais Audin ?
Ce gros ours coucherait vraiment avec une femme ?
Enkrid se contenta de hocher la tête en silence.
« Le Chef d’escouade séduisant est hors de ma portée. »
Finn lâcha cette absurdité et s’éloigna d’un pas décidé.
« Vous ne veniez pas faire votre rapport avec moi ? »
Apparemment, non. Laissé seul, Enkrid se dirigea vers le bureau de Marcus.
Il entra et le salua avec raideur. Marcus l’observa en silence, puis prit la parole.
« J’ai déjà reçu des nouvelles. Mais les rapports se contredisent. »
Des rapports contradictoires ?
« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. »
Ce qu’il ignorait, il l’ignorait. Des conjectures inutiles n’engendraient que des paroles inutiles.
Il avait entendu dire que le village des Pionniers les contacterait.
Marcus posa le menton sur sa main.
« Le village des Pionniers affirme qu’il donnera votre nom au mur, que vous avez abattu un millier de Gnolls, et ainsi de suite. »
Ils allaient vraiment donner son nom au mur ?
Il doutait qu’ils le fassent officiellement, mais le chef du village, Doitchi Fullman, et l’artisan avaient tous deux parlé sérieusement.
Puisque cela figurait dans un rapport officiel, c’était certain.
Ils étaient tous fous.
« L’autre rapport vient d’un commandant des forces du vicomte Bantara. Il dit qu’on aurait plutôt dénombré une cinquantaine de Gnolls tués et nous a demandé de vous avertir de ne pas exagérer vos exploits. Alors, dites-moi, chef de peloton : lequel des deux est vrai ? »
Enkrid répondit aussitôt.
« Croyez ce que vous voulez. »
S’il leur disait quoi croire, le croiraient-ils vraiment ?
Ses paroles avaient-elles un tel poids ?
Marcus était commandant de bataillon, l’officier responsable de la ville. Il devait donc déjà connaître la réponse.
Surtout, ses yeux le disaient déjà. Son visage était fermé, un peu las, mais ses yeux souriaient.
« C’est donc ça ? »
« Oui, monsieur. »
Marcus scruta la réponse calme d’Enkrid. D’où sortait donc un homme pareil ?
« Toujours chevalier ? »
« Oui. »
« Je vois. »
Que cherchait-il exactement à dire ?
« J’ai vu des Cultistes. »
Quoi qu’il en soit, il devait signaler l’essentiel. Le village des Pionniers n’était pas loin de la Garde-frontière, et la présence de Cultistes était une affaire sensible.
« Ces salauds. »
Marcus exprima son avis, puis retira la main qui soutenait son menton et but une gorgée de thé.
Le thé froid lui coula dans la gorge.
Un millier de Gnolls.
Pas tout seul, d’un seul coup, non. Même un combattant de classe écuyer aurait du mal, n’est-ce pas ?
Il n’en était pas certain, mais c’était le jugement de Marcus. Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas ignorer la puissance d’Enkrid. Dès le début, il avait laissé les paroles des forces du vicomte Bantara lui passer au-dessus de la tête.
Marcus connaissait Enkrid.
Bien sûr, il était difficile de croire qu’Enkrid avait réellement décimé une immense colonie.
Il avait néanmoins dû accomplir des exploits d’une ampleur comparable.
Si Marcus l’avait vu de ses propres yeux, peut-être aurait-il pensé autrement, mais, honnêtement, n’importe qui aurait eu du mal à croire une telle histoire.
Voilà ce qu’Enkrid avait accompli.
Ce n’était pas parce que le commandant des forces du vicomte Bantara était un idiot, même s’il l’était à moitié, mais parce que l’affirmation elle-même était réellement difficile à croire.
Les habitants du village étaient sans doute grisés par la joie d’avoir survécu à un moment où la mort les avait frôlés.
Après avoir pesé le pour et le contre, Marcus prit la parole.
« Aimez-vous cette ville ? »
« Je ne la déteste pas. »
« Avez-vous une amante ? »
« Non. »
« Alors, peut-être… »
« J’aime les femmes. »
Les conversations avec les gens qui comprenaient vite étaient simples et agréables. Marcus acquiesça et déclara :
« À compter de maintenant, le peloton indépendant est promu au rang de compagnie. Vous en êtes désormais le commandant. »
« …Vraiment ? »
Il avait mené une mission à l’extérieur, puis était rentré. Si ses mérites étaient dûment reconnus, ce n’était pas rien.
Mais Marcus venait justement de dire que les rapports se contredisaient.
Et pourtant, il le nommait commandant de compagnie ?
« Mon peloton ne compte même pas dix hommes. »
« C’est maintenant une compagnie. »
Quel genre de compagnie comptait moins de dix soldats ?
« Ça a du sens ? »
« Je suis responsable de cette ville. Si je le décide, alors oui. »
Ça semblait forcé.
« Vous insultez votre supérieur du regard ? »
« Non, monsieur. »
Ça semblait toujours forcé.
« Rien n’est forcé. »
Telles étaient les paroles du commandant de bataillon. Que pouvait faire Enkrid ? Il ne lui restait qu’à hocher la tête.
Il acheva son rapport d’un salut réglementaire et se retourna.
« J’aimerais que vous aimiez cette ville. »
« Je ferai de mon mieux. »
La réponse parfaite du soldat modèle.
Il prit congé et se dirigea vers ses anciennes baraques.
« Te voilà ? »
Comment décrire ça ?
Même s’il était retourné au village où il était né, il ne pensait pas qu’il aurait ressenti la même chose.
C’était exactement ça. Il avait l’impression de rentrer chez lui. Rem se tenait là, comme toujours, une hache à la main. Une attente tranquille dans ses yeux poussa Enkrid à avancer.
C’étaient des yeux qui ne lui auraient pas permis de se reposer, ne serait-ce qu’un instant.
En même temps, quand s’était-il déjà reposé en rentrant ?
Le trajet du retour avait été paisible. Il s’était suffisamment reposé en chemin.
Enkrid regarda le visage de Rem.
Les égratignures que Rem avait avant son départ avaient disparu sans laisser de trace. À cette vue, son objectif lui revint en tête.
« On s’affronte ? »
Les mots lui échappèrent, son cœur battant déjà la chamade.
Rem eut un rictus, puis afficha un large sourire.
« Alors, tu as un peu progressé ? J’ai entendu dire que tu avais abattu quelques centaines de Créatures démoniaques. Que tu volais dans tous les sens, là-bas. Montre-moi ça. Voyons voir combien tu t’es amusé. »
Tout en parlant, Rem saisit sa hache à deux mains et fit un pas en avant.
Enkrid éprouva une étrange sensation.
Jusque-là, il n’avait jamais compris ce que signifiait ce pas, avant un combat.
Non, il n’avait pas été capable de le comprendre.
À présent, il savait.
Pied droit avancé d’un demi-pas, premier coup de hache porté depuis la gauche.
Le centre de gravité, le mouvement qui suivrait : Rem révélait tout naturellement. Il ne cherchait même pas à dissimuler ses intentions.
Qu’il sache ou non qu’Enkrid pouvait les lire, Rem plissa les yeux et le fixa.
« Il y a quelque chose qui cloche. »
Enkrid comprit qu’il ne se trouvait plus devant les baraques comme avant.
Avant que Rem ne réponde, Ragna et les autres sortirent l’un après l’autre.
Il n’y avait pas d’autres soldats dans les environs.
Non, en y regardant de plus près, il y avait un terrain d’entraînement.
Juste devant les baraques. Les alentours avaient été dégagés, et une petite clôture avait même été installée.
« J’ai entendu dire que le commandant de compagnie nous avait aménagé notre propre terrain d’entraînement. »
Kraiss était déjà arrivé et lui expliqua la situation. Le malin avait deviné ce qu’Enkrid pensait.
Pourquoi s’embêter ?
« J’ai un peu malmené ces types, et le commandant de compagnie a dit qu’on gênait l’entraînement des autres soldats. »
Rem parla d’un ton calme, mais toujours aussi ferme, et désigna derrière lui du pouce comme si de rien n’était.
« Même les barbares n’ont pas le droit de tuer leurs alliés dans le camp, alors il nous a dit de faire ça ici. »
Ragna, derrière lui, ajouta cette explication.
« Je crois que c’était à cause du bruit. Ils n’arrêtaient pas de faire un raffut. Pas moi. »
Jaxon y alla de sa remarque, en balayant le groupe d’un geste de la main.
« Hé hé. Voir nos frères si bien s’entendre était si réjouissant qu’il s’est peut-être inquiété en pensant que les autres frères soldats voudraient se joindre à nous. »
Audin prit lui aussi la parole. À les voir tous bavarder ainsi, on aurait dit qu’ils lui souhaitaient la bienvenue.
Le terrain d’entraînement… La véritable raison ne pouvait pas être celle qu’ils avançaient.
C’était donc une sorte de plaisanterie. Ils avaient commencé sous le nom d’Escouade des Fauteurs de troubles, puis étaient devenus le Peloton des Fous, et maintenant, ils se connaissaient assez bien pour se lancer ce genre de piques.
« Vous avez tabassé les gamins ? »
À ces mots, Rem fronça les sourcils.
« J’ai l’air du genre à tabasser des gens dès que je m’ennuie ? »
« …Ça faisait longtemps que personne ne m’avait cloué le bec comme ça, Rem. »
Il cognait des gens tous les jours ; qu’est-ce qu’il racontait ?
Rem se sentit à moitié offensé. Cette fois, ça ne s’était pas passé comme ça.
Il ne les avait pas frappés. Il s’était simplement concentré sur ses affrontements et avait écarté tout ce qui le gênait.
« Tu crois vraiment que je les ai tabassés ? »
Rem le foudroya du regard.
« Ouais. »
« Putain, bonne réponse. »
Rem eut un rictus.
C’était le signal. Dès que son sourire s’effaça, la force se concentra dans la pointe de son pied. La direction de son centre de gravité indiqua celle de son attaque.
L’art de l’épée n’était qu’un ensemble de techniques destinées à tuer.
Enkrid s’était forgé sur cette voie.
Clang !
La hache et l’épée s’entrechoquèrent. Un grondement métallique puissant retentit. La lame était émoussée, sans tranchant, mais plus solide que toutes les épées qu’il avait tenues jusque-là.
On l’avait appelée l’Épée démoniaque, mais elle n’était plus qu’une épée robuste — non, une arme de belle qualité.
Enkrid s’adapta vite à sa nouvelle épée.
Et pour cause.
Dès son retour, il était venu pour croiser le fer avec cette hache.
L’épée et la hache s’entrecroisèrent tandis que le jeu psychologique se poursuivait.
Puis la lame d’Enkrid, animée d’une vitesse de réflexes bien supérieure à celle d’autrefois, se courba comme un serpent.
C’était l’une des techniques secrètes de l’art de l’épée, fondée sur un coup de poignet.
Ting, ting, ting.
Lorsque la lame rebondit sur le tranchant de la hache et remonta en arc, Rem pencha la tête en arrière.
Dans le même temps, il redressa le tranchant de sa hache et lança un bref coup descendant.
Enkrid tourna la tête sur le côté.
Pique, pique.
C’est ainsi que des égratignures apparurent sur leurs deux joues.
Rem plissa les yeux et souffla par le nez.
Il était surpris, mais pour l’instant, il privilégia autre chose : son ardeur au combat et la pression qu’il exerçait.
Les yeux de Rem, brillants d’excitation, scintillèrent.
Bientôt, il tira la langue, lécha une goutte de sang qui coulait de sa bouche et lança :
« Putain, tu m’as surpris. »
Il le pensait vraiment.
Et tous ceux qui les observaient ouvrirent de grands yeux.
Enkrid échangeait des coups d’épée et de hache avec Rem sans se laisser repousser facilement.
Impossible de ne pas être choqué par une telle progression. Non, elle avait de quoi ébranler le ciel et la terre.
Ce bon à rien sans talent était revenu métamorphosé ? Chaque paire d’yeux semblait poser exactement la même question.
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