Chapitre 184
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 184 : Libération
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S’il pouvait endurer la pseudo-mort, une chose semblable à la mort, mais bien plus facile que de mourir pour de bon ; s’il pouvait continuer ainsi, s’il en était capable.
Il avait un manuel vivant sous les yeux, qui lui montrait chaque mouvement en détail.
Alors oui, c’était une bonne chose. Épée démoniaque, Esprit maléfique, peu importait son nom : pour Enkrid, c’était une aubaine.
« Réfléchis à la raison pour laquelle tu écartes le pied gauche, là. »
Il avait même un professeur pour lui expliquer ce manuel, mouvement après mouvement.
C’était donc tout naturel.
Enkrid apprit l’escrime comme du coton humide qui absorbe l’eau. Non, il se l’inculquait d’abord au corps et remettait la compréhension à plus tard.
C’était ainsi qu’il avait entraîné son Sens de l’esquive.
Est-ce que je dois vraiment comprendre d’abord ?
Quand il ne comprenait pas, il pouvait s’y retrouver avec son corps. Répéter, graver le mouvement en lui, puis chercher à le comprendre ensuite.
« Quoi qu’on en dise, tu es vraiment cinglé. »
Ruagarne le déclara avec une admiration sincère, en plein entraînement. Enkrid n’y prêta pas attention.
Il était entièrement absorbé par l’escrime.
À vrai dire, il vivait un moment merveilleux.
Pourquoi avait-il appris l’Escrime à l’épée du Style de Vallen, au juste ?
À cause d’une soif qui s’était éveillée en lui.
Il voulait apprendre de vraies techniques, une vraie escrime, et acquérir des bases qui lui permettraient de continuer à avancer.
« Commence par les bases ! »
Tous ses professeurs, tous ses instructeurs, tous ceux à qui il avait donné ses pièces d’argent le lui avaient répété.
Ce n’était pas qu’il n’aimait pas ça, ni qu’il pensait que c’était une erreur.
C’était simplement que…
C’est amusant.
Comme n’importe qui, il voulait simplement voir ce qui venait après.
Alors Enkrid continua à reprendre son épée encore et encore, le sourire aux lèvres. Un sourire lumineux. Pur et sans défaut.
« Pour être honnête, tu commences à me faire peur. »
Ruagarne avait parlé.
« Je suis d’accord. Ça me donne des frissons. »
Finn abonda dans son sens, tandis que Kraiss demeurait étonnamment calme.
« Il a toujours été comme ça, mais là, il est pire que d’habitude. »
Kraiss avait vu Enkrid faire des choses insensées un nombre incalculable de fois. Au moins, il souriait ; c’était déjà mieux.
N’était-ce pas préférable à le voir manier son épée sans un mot, le visage impassible, jusqu’à se fendre les paumes ?
Quant à saisir une Épée démoniaque et à subir une pseudo-mort, Kraiss ne pouvait même pas s’y résoudre en rêve.
Mais si c’est le Chef d’escouade, il devrait pouvoir endurer ça sans problème.
La pensée lui traversa l’esprit. Son instinct et son discernement réunis : Kraiss avait compris l’essentiel.
Tant qu’il éprouvait la joie de progresser, Enkrid pouvait transformer la douleur de la mort en effort.
Il s’y enfonça davantage. Dans son épée, en lui-même, dans l’escrime.
Une épée était un outil pour tuer.
L’escrime, une méthode pour abattre son adversaire.
« Les pieds, la taille, la posture : tout sert au mouvement suivant. Réfléchis. »
Avec les conseils de Ruagarne en plus, Enkrid continua à réfléchir et à frapper.
Pour retrouver cet excellent manuel, il tenait sans relâche l’épée infestée par l’Esprit maléfique.
Parfois, à peine mort, il ouvrait la main et la saisissait de nouveau dans la foulée.
Après plusieurs centaines de répétitions,
l’Esprit maléfique sembla hésiter.
Avait-il bien vu ? Était-ce vraiment arrivé ?
Enkrid en doutait. Il était déjà étrange que l’être qui se jetait habituellement sur lui ne l’attaque pas aussitôt.
Pour Enkrid, c’était précisément la seule chose qu’il ne voulait pas voir.
« Ne faisons pas ça. Faisons chacun de notre mieux dans notre rôle. »
Chacun son rôle. Si celui de l’Esprit maléfique était de déchirer l’esprit de quiconque tenait l’épée, il devait s’en acquitter de son mieux.
Il ne voulait surtout pas le voir hésiter.
Puisqu’Enkrid le lui demandait avec tant de sincérité, l’Esprit maléfique accomplit son devoir.
Il attaquait. Ils combattaient. Enkrid s’entraînait à l’escrime. Il apprenait, mémorisait, pratiquait, méditait et repassait les mouvements en revue.
Puis il reprenait l’épée.
Et recommençait le cycle.
S’il savait se servir correctement de son corps et pouvait exécuter exactement ce qu’il visualisait,
alors il ne lui resterait plus qu’à comprendre les mouvements.
Une fois qu’il avait mémorisé tout un style d’escrime, il lui suffisait d’écouter l’interprétation de Ruagarne, mouvement par mouvement, pour tout comprendre facilement.
Si l’homme qui avait créé l’Épée démoniaque et y avait enfermé un Esprit maléfique avait vu ça, il se serait probablement tenu la nuque, mais c’était ainsi que le monde fonctionnait.
Les choses ne suivaient jamais uniquement les intentions ou les prévisions.
« Beau travail. »
L’Esprit maléfique avait la poitrine tranchée et le cou sectionné. Une lueur bleue vacillait entre des morceaux de métal. On aurait dit qu’il essayait de parler.
Enkrid l’observa en silence.
Alors l’Esprit maléfique de l’épée déclara :
« Merci. »
Pourquoi le remerciait-il ?
L’Esprit maléfique commença à raconter son histoire. Elle était assez longue.
« En bref. »
Enkrid ne voulait pas l’entendre. L’Esprit maléfique s’interrompit. Sa lueur bleue faiblit encore. N’ayant pas le choix, il se montra bref et direct.
« J’ai été enfermé injustement. Et mon escrime est inachevée, elle n’en représente que la moitié. Le vœu de toute ma vie était de trouver l’autre moitié. »
Comment un simple épéiste avait-il pu devenir un Esprit maléfique ? Il avait fallu du pouvoir, des sorts, de la sorcellerie, ce genre de choses. Mais avant tout, il fallait que celui qui deviendrait une âme vengeresse nourrisse un souhait profond.
Le souhait de l’Esprit maléfique ressemblait à celui d’Enkrid.
L’un rêvait de devenir chevalier.
C’est l’escrime perdue de ma famille.
L’autre voulait restaurer son art de l’épée comme il se devait.
Dans leur désespoir, ils se ressemblaient.
Enkrid hocha la tête.
Cela signifiait qu’il s’en chargerait si l’occasion se présentait. Il était déjà occupé à poursuivre son propre rêve. Il ne pouvait pas porter aussi celui d’un autre sur ses épaules.
À l’instant de disparaître, la lueur bleue jaillit puis s’éteignit. Une silhouette humaine indistincte apparut et dit :
« Et ne nous rencontrons plus jamais. »
L’Esprit maléfique en avait assez. Vraiment assez. Il ne voulait plus jamais revoir quelqu’un comme lui. Il le pensait du fond du cœur.
Bien sûr, ils ne se reverraient jamais.
L’un partirait au loin, tandis que le réceptacle qui contenait l’Esprit maléfique serait effacé.
L’autre resterait sur cette terre.
L’âme qui avait été un Esprit maléfique en était ravie.
« Sérieusement, ne nous rencontrons plus jamais. »
Il répéta la même phrase une dernière fois.
Enkrid pencha la tête. C’était lui qui avait été tourmenté, alors pourquoi l’autre disait-il ça ?
« Le nom de ma famille, c’est… »
Il n’entendit pas les derniers mots. L’énergie de l’Esprit maléfique se dispersa. Tout autour d’eux se mit à s’effondrer. Au-delà de ce monde en ruine, Enkrid aperçut des visages familiers. Lorsqu’il quitta ce monde mental, l’Esprit maléfique de l’épée disparut.
« Tu as gagné. »
La voix de Ruagarne retentit. Enkrid était revenu à la réalité. Il hocha la tête.
« C’était dangereux ? »
Ruagarne le demanda de nouveau. Enkrid secoua la tête.
Ce n’était pas dangereux. Une fois à l’intérieur, il n’y avait plus que l’escrime.
C’était un duel de lecture. La victoire ne dépendait pas de la force brute. Il devait vaincre son adversaire par l’escrime elle-même.
Il avait saisi cette épée bien plus de cent fois, mais n’avait pas pris la peine de compter.
Plus d’une journée entière s’était écoulée.
Le voile gris disparut sans un bruit. À sa disparition, Esther releva la tête et fixa Enkrid d’un regard noir.
Pas de doute. Elle le fusillait du regard.
Esther était stupéfaite. Comment avait-il fait ça ?
Chasser un Esprit maléfique à l’aide d’un pouvoir divin ou de sorts, c’était une chose. Le purifier et le libérer par la seule force de son corps, c’en était une autre.
Même les mages les plus remarquables peinent à accomplir ça.
Esther était désormais une panthère, mais elle avait autrefois été une mage dotée d’un Monde des sorts, ainsi qu’une sorcière.
De son point de vue, ce qu’Enkrid venait de faire n’avait aucun sens.
C’était pour cela que la scène la stupéfiait et la fascinait.
Comment peut-il faire ça ?
En vérité, l’âme avait été purifiée parce qu’Enkrid avait pratiqué l’escrime jusqu’à l’épuisement total, au point d’en avoir les nerfs à vif, et parce que l’Esprit maléfique lui avait transmis son rêve. Mais Esther ne pouvait pas le savoir.
Encore sous le choc, Esther cligna des yeux à plusieurs reprises. Enkrid s’en aperçut.
« Quoi ? Tu as faim ? »
Il agita la main en parlant. Esther renifla, incrédule, puis se recoucha. Elle décida que tout cela n’était qu’une suite de coïncidences.
Même en cherchant plus loin, elle n’obtiendrait pas de réponse, de toute façon.
Enkrid regarda Esther et l’admira en silence.
Pour une panthère, elle avait vraiment tout un éventail d’expressions. C’était amusant à regarder.
Même maintenant, son regard semblait stupéfait ; quand il lui avait demandé si elle avait faim, il aurait juré y déceler une pointe de mépris.
Enkrid pouffa et s’assit. Ses jambes ne tremblaient pas, mais il avait manié son épée toute la journée, sans s’arrêter une seule fois, et il avait subi une pseudo-mort en esprit.
Prétendre qu’il n’était pas fatigué aurait été un mensonge.
Tout de même…
Kraiss avait raison.
N’avait-il pas dit que c’était comme ramasser des pièces de cuivre tombées par terre ?
C’était exactement ce qu’Enkrid ressentait. Il croyait ramasser du cuivre, mais ce qu’il trouvait, c’était de l’or.
Il avait appris un nouveau style d’escrime. Jusqu’où cela l’avait-il fait progresser ?
Difficile à mesurer. Tout dépendait du critère choisi. Mais au lieu de devenir arrogant, il avait gagné un peu d’assurance.
Le système de grades militaires de Naurillia ne signifie rien.
Au bout du compte, il lui fallait Rem. Et s’il allait s’écraser contre sa hache pour lui laisser quelques égratignures sur la joue ?
Un objectif limpide.
« Dormons et repartons après. »
Enkrid le proposa. Ça semblait raisonnable. Le voile gris avait disparu, il n’y avait aucun danger ni insecte volant, et l’endroit était parfait pour y passer une journée. Il faisait assez frais et l’air n’était pas humide.
Le groupe y passa donc la nuit.
Enkrid dormit et rêva. L’Esprit maléfique apparut de nouveau dans son rêve.
« Croisons le fer encore une fois. »
Il le dit. Enkrid hocha la tête et remporta facilement le combat, une fois encore.
Tout mouvement commençait par la compréhension, mais qu’arrivait-il si l’on avait tout mémorisé ? Si l’adversaire ne faisait que répéter des gestes appris par cœur, il n’y avait aucune raison de perdre.
Et cette fois, il avait aussi acquis un peu plus de compréhension.
Le pied gauche s’écartait pour préparer l’estocade après avoir fendu le crâne.
Et tordre le poignet pour s’adapter aux dizaines d’esquives ou de parades de l’ennemi permettait de porter un coup selon une trajectoire imprévisible.
Les bases s’enchaînaient les unes aux autres pour former un seul mouvement fluide. Voilà ce qu’était l’escrime.
Tandis qu’il y repensait, tout le rêve se déchira et le Batelier apparut soudain dans le vide.
Il ne disait rien. Ne manifestait aucune intention.
Il avait seulement l’air lésé.
Tu détournes ma malédiction pour en faire autre chose ?
On aurait presque dit qu’il voulait dire ça.
Enkrid posa légèrement la main sur sa hanche droite et lui adressa un salut militaire en guise d’excuse.
Quand il ouvrit les yeux, il était de nouveau dans la grotte.
Quel rêve absurde.
« Tu dors si tranquillement. »
À son réveil, Ruagarne lui avait dit cela.
« Tu n’as pas dormi ? »
« Si. »
Ruagarne observa Enkrid un instant, puis lui demanda :
« Tu comptes vraiment devenir chevalier, hein ? Toi ? »
Inutile de répondre. Enkrid hocha la tête.
« D’accord. »
Ruagarne poursuivit d’un ton égal :
« Il faut vraiment que ce soit dans ce pays ? »
La question qu’elle ajouta avait du poids, mais Enkrid ne put pas lui en demander davantage. Aussitôt après, Ruagarne se détourna comme si elle n’avait rien à ajouter.
Ce n’était pas une question, mais un conseil. Enkrid le savait et n’insista pas.
Ce pays.
Enfant, il ne comprenait pas la notion de pays.
En grandissant, il avait appris qu’être chevalier, lié par des serments de loyauté, ne correspondait pas au rêve qu’il avait nourri.
Existait-il alors une autre voie ?
Ce n’était pas encore le moment de s’en inquiéter.
Quand le moment viendra, à cet instant-là…
Son cœur lui montrerait la voie, et il emprunterait le bon chemin.
C’était ainsi qu’il avait vécu jusqu’ici. On pouvait appeler ça de la conviction ou de l’entêtement.
« Allons-y. »
Enkrid venait à peine de le dire que…
« Oh ! »
Kraiss s’exclama, surpris.
« Il y a un compartiment caché sous le coffre ! »
Kraiss leva les yeux et croisa le regard d’Enkrid en parlant.
Quoi qu’ait voulu Dolph, une chose était claire : il adorait jouer des tours aux gens.
Vider le coffre, attirer l’attention avec une lettre, enfermer quelqu’un dans un donjon avec une Épée démoniaque, puis ne donner à nouveau un trésor qu’à ceux qui avaient l’œil vif.
« Des pièces d’or antiques ! »
Ils avaient trouvé quelque chose de précieux. Depuis longtemps, la monnaie impériale s’était imposée.
La pièce de cuivre impériale, la pièce d’argent impériale et la pièce d’or impériale suivaient l’étalon de la Krona.
Ce système monétaire était établi depuis plus de cent ans. Naturellement, quand on parlait de Krona, on désignait la monnaie impériale.
Et voilà qu’ils venaient de découvrir une monnaie d’avant cette époque, venue d’un temps à mi-chemin entre l’histoire et la légende.
Elles n’étaient pas absolument inestimables, mais, entre les mains du bon acheteur, elles pouvaient valoir dix fois le poids équivalent en or ordinaire.
Il y en avait plus de dix.
Chacune avait la taille d’une paume ; elles étaient loin d’être petites. La bourse pesait lourd.
« On partage. »
Enkrid le déclara. Kraiss prit un air accablé, puis hocha la tête.
Il en glissa même quelques-unes dans la main de Ruagarne lorsqu’elle affirma ne pas en vouloir.
« On prend ça aussi, hein ? »
Kraiss posa la question comme si la réponse allait de soi.
Il parlait évidemment de l’épée plantée dans le sol.
Avant même qu’il ait fini sa phrase, Enkrid se tenait déjà devant l’épée.
Le fou à l’épée avait été libéré et était parti dans un autre monde, un monde des âmes situé au-delà de la réalité.
Que restait-il alors ?
« À première vue, elle a l’air chère. »
Kraiss l’avait dit.
Enkrid saisit l’épée d’une main et la retira d’un seul geste fluide, presque par la force brute. Peut-être parce qu’il avait souvent utilisé le Cœur de la Force surhumaine, il se sentait plus fort qu’avant.
L’épée qu’il avait retirée était sale, mais son âme était encore intacte. S’il préservait bien la lame et l’aiguisait, elle pourrait servir.
Il la prit en main et la fit tournoyer quelques fois. Son équilibre était convenable, mais la poignée et le pommeau demandaient beaucoup de travail.
« Voilà une force digne d’un titre de Grenouille d’honneur. »
Ruagarne le félicita sur un ton très grenouille.
« Tu vas la vendre ? Non, tu ne vas pas la vendre, hein ? »
Kraiss posa la question.
« Je ne la vendrai pas. »
Ses deux épées étaient de toute façon en piteux état.
Enkrid et ses compagnons remballèrent leurs affaires et prirent enfin le chemin du retour pour de bon.
Les Bêtes magiques et les Créatures démoniaques n’avaient toujours rien de rare.
Peut-être à cause des répercussions de la grande colonie, ils ne trouvèrent même pas le moindre bandit ordinaire, malgré leurs recherches.
Finn se rétablit à une vitesse inhabituelle et, sur la route, demanda parfois à Enkrid de s’entraîner au combat. Ils ne pouvaient pas se battre sérieusement ; ils avançaient donc lentement, se contentant de s’affronter à mains nues, en jouant à lire les mouvements de l’autre.
Après avoir appris un nouvel art de l’épée, Enkrid avait acquis deux fois plus d’expérience ; Finn ne remporta donc pas un seul combat.
Puis Ruagarne s’en alla.
« Bon, j’y vais. »
« À la prochaine. »
Les adieux furent sobres. Kraiss lui fit signe de la main et Finn lui adressa un hochement de tête brusque.
Esther l’ignora. Ruagarne ne semblait pas particulièrement triste non plus. Elle se contenta de se détourner.
Enkrid regarda la Grenouille solitaire s’éloigner, puis se détourna à son tour, comme s’il avait déjà oublié qu’il pourrait regretter son départ.
« Elle est vraiment partie comme ça. »
« C’est déjà étonnant qu’elle soit restée aussi longtemps. »
C’est à cause de vous, Chef d’escouade, pensa Kraiss, avant de lâcher, bref et direct :
« Séduisant. »
« Arrête. »
C’était le surnom qu’il détestait le plus entendre. Toujours à parler de « séduisant » par-ci, de « séduisant » par-là.
« Séduisant. »
Kraiss le répéta en plissant les yeux. Enkrid ne se retint pas.
« La clé de poignet du style Ael Karaz. C’est bien de connaître ça. »
Sur ces mots, il lui tordit violemment le poignet.
« Gyaaaak ! »
Le cri de Kraiss s’éleva dans le ciel d’été.
Sans autre incident, le groupe regagna la Garde-frontière.
Et Enkrid et ses compagnons revinrent enfin en ville.
Les hauts gradés qui avaient dépêché le Cultiste — autrement dit le prêtre envoyé par la Sainte Secte de la Terre Maudite — reçurent un rapport absurde.
* * *
« Ça a échoué ? »
C’était l’évêque responsable du diocèse, le supérieur direct du prêtre.
Tout le monde l’aurait trouvé beau, avec ses épais sourcils blonds.
Sa robe blanche brodée d’or ne faisait que rehausser son allure.
Le visage incrédule, il demanda de nouveau :
« Un ordre de chevalerie est intervenu ? »
Ce n’était pas le cas.
« Quoi ? Un chef d’escouade ? Une panthère ? »
Apprendre qui avait fait échouer la mission rendait la chose encore plus absurde.
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