Chapitre 8
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 8 : La vie dans le caniveau (5)
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1.
À Nécropole, la hauteur faisait le statut.
Sa densité de population effroyable avait divisé les espaces résidentiels en classes verticales.
La qualité de vie variait selon que l’on habitait sous terre, au premier étage ou au deuxième.
Voilà pourquoi les prix des logements doublaient à chaque volée de marches gravie.
Le nombre de personnes qui vivaient sous vos pieds définissait votre statut.
Tout en haut de cette hiérarchie se trouvait la Maison suspendue.
Pas un immeuble bondé à la surface, où les gens s’entassaient comme des germes de soja dans un bocal, mais une résidence creusée à flanc de falaise et accrochée là comme une bernacle.
Il fallait naturellement une fortune astronomique pour réaliser un tel exploit, avec ascenseur privé en prime.
Seule l’élite de cette ville pouvait posséder un penthouse de ce genre.
« Hmm. Pas mal. »
Devant les baies vitrées de la Maison suspendue, je contemplai le paysage nocturne de Nécropole.
Une brume verte s’écoulait en un seul fleuve, tandis que des lumières filtraient entre ses nappes.
Un misérable amas de lumières, allumées par des éphémères qui se brûlaient à survivre un jour de plus.
Quand j’en faisais partie, cet endroit m’avait semblé n’être qu’un enfer. De si haut, il n’était plus qu’un joli décor.
« À quoi pensez-vous ? »
Une voix douce.
Un menton pointu se posa sur le sommet de mon crâne.
Une poitrine d’une incroyable douceur m’enveloppa le cou et les épaules comme un oreiller de voyage.
Après un bref silence, je répondis :
« Je me disais que les gens ressemblaient à des fourmis. »
« Voilà une drôle d’impression. »
Un léger rire résonna au-dessus de ma tête.
La chaleur s’éloigna.
Quand je me retournai, la plus grande femme que j’aie jamais vue se tenait devant moi.
La propriétaire de ce penthouse, une directrice du Développement des ressources du Crépuscule et une mage.
Ceres Cassian.
Alors, qu’est-ce que je foutais là ?
« Je vais acheter votre cadavre. Mais il y a trop de monde dans le coin. »
« Pardon ? »
« Votre cadavre est “spécial”, n’est-ce pas ? Venez dans mon atelier. Je vous paierai bien. »
La femme que j’avais rencontrée devant l’ossuaire m’avait invité dans son atelier.
À vrai dire, je n’avais pas envie de vendre le corps sans savoir quelle réaction en chaîne cela pouvait déclencher.
Je n’avais pas non plus envie d’accepter son invitation.
Mais j’aurais eu tort de prendre cette invitation au pied de la lettre.
C’était une directrice d’une grande entreprise.
Une directrice d’une entreprise terrifiante qui achetait légalement des cadavres en gros dans ce monde qui puait la décomposition.
Je n’avais pas vraiment le choix : « J’y vais gentiment tant qu’elle me le demande » ou « J’y vais en cadavre », non ?
« C’est un honneur d’être invité ! »
« Comme vous êtes enthousiaste, jeune homme. »
J’acceptai donc son invitation de bon gré.
Absolument.
Je le jure.
Je n’avais pas accepté parce que Ceres était mince et belle, qu’elle avait des seins aussi gros que ma tête et que…
Je voulais savoir ce que ça faisait de coucher avec une femme de près de deux mètres cinquante.
Quoi qu’il en soit, je ne m’attendais pas à ce que ça tourne comme ça.
« J’ai presque terminé l’examen. Un cadavre de mage de premier rang. Vous transportez vraiment un sacré trésor. »
« Il vaut vraiment si cher ? »
« Assez pour que je n’aie pas envie que les autres directeurs me le prennent. »
« Ah, c’est pour ça que vous vouliez traiter directement avec moi. »
« On peut appeler ça de la politique d’entreprise. »
Je me mis aussitôt à lui passer de la pommade.
« Même une personne aussi impressionnante que vous a ses soucis. »
« Vous avez la langue bien pendue. »
Cette invitation m’avait pris par surprise.
Malgré tout, j’avais le sentiment que si je m’y prenais bien, cela pourrait m’ouvrir de belles perspectives.
« Le seul détail décevant… c’est que les circuits de mana sont très abîmés. »
Tss.
C’était le genre de truc : « Sur les photos, il n’y avait pas une égratignure, mais on voit bien qu’il a servi » ?
Pas mal.
« Je peux baisser un peu le prix. »
Ceres écarquilla les yeux, puis éclata de rire.
« Inutile. Mais avant de vous payer… vous pourriez me dire où vous avez trouvé ce cadavre ? »
Son ton était tout à fait naturel, presque désinvolte.
Mais je sentis l’adrénaline me monter au sang.
On y était.
Le premier embranchement.
Il y avait de grandes chances que cette question décide de mon avenir.
Si je trouvais un gobelin assis sur un trésor, je lui demanderais : « Putain, tu l’as trouvé où, tout cet or ? »
S’il ne répondait pas correctement, je lui arracherais les ongles des mains et des pieds, puis les dents, avant de lui demander : « T’es têtu, hein ? Tu comptes toujours pas parler ? »
« C’est ma sœur aînée. Je ne connais pas toute l’histoire non plus, mais un jour, ma famille a été attaquée sans prévenir. Ma sœur a été blessée pendant l’attaque. »
« Votre famille ? Vous… »
« Oui. Je suis le fils aîné de la Maison du comte Montraven. »
À ce stade, mentir maladroitement n’aurait servi à rien.
Plutôt que de bredouiller jusqu’à ce qu’on m’arrache les ongles des mains et des pieds, puis les dents, je pariai que Ceres n’avait rien à voir avec les assaillants et lui racontai la vérité.
Après lui en avoir donné les grandes lignes, je demandai :
« Vous savez quelque chose sur cette attaque, par hasard ? »
Ceres se tapota la joue du bout des doigts, comme si elle réfléchissait.
« Qui sait ? Je n’ai pas vraiment affaire à Aden. La dernière fois que j’y suis allée, c’était il y a trois ans. C’est aussi la première fois que j’entends parler de la Maison du comte Montraven. Elle devait être sacrément déchue. »
Non mais, on était vraiment si mal en point ?
On était vraiment des inconnus complets.
« Enfin, c’était intéressant. Et je garderai cette affaire pour moi. En échange… »
« Oui, je garderai aussi cette transaction secrète jusqu’à ma tombe. Ces directeurs pourris ne sauront jamais que vous avez fait une si belle trouvaille, Lady Ceres. »
« Vous comprenez vite, dites donc. Je devrais vous ajouter un petit pourboire. »
Ceres sourit, puis finit par sortir son portefeuille.
Ce n’est qu’alors qu’elle me demanda de garder le silence.
Je compris instinctivement.
Si j’avais mal joué mon coup, elle n’aurait jamais sorti son portefeuille.
« Alors, qu’est-ce qui vous ferait plaisir en guise de compensation ? »
On y était.
Le deuxième embranchement.
J’avais ma petite idée là-dessus.
Ceres s’était montrée favorable envers moi depuis le début.
Même ses caresses m’avaient paru subtilement naturelles.
Ce n’était qu’une brise légère, qui pouvait signifier quelque chose ou rien du tout…
Mais le courant, lui, avait tout d’un remous entre un homme et une femme, juste avant que les choses ne dérapent.
« Je pourrais prendre un verre avec vous, Lady Ceres ? Tous les deux, dans un endroit à l’abri des regards. »
Ceres écarquilla de nouveau les yeux.
« Oh ? Mais quel petit effronté. »
Elle le dit, mais n’avait pas l’air mécontente du tout.
Je ne manquai pas la sensualité étrange qui emplissait ses yeux étroits.
Encore juste.
C’était ainsi qu’on obtenait la meilleure récompense.
Je savais très bien à quel point une femme pouvait se montrer généreuse avec un homme qui la satisfaisait.
Pendant la liquidation de ma onzième partie, j’avais travaillé dans un bar à hôtesses, à Gangnam.[1]
Et puis…
Je ne pouvais pas non plus ignorer une chose qui piquait ma curiosité.
Elle mesurait deux mètres quarante. Et pourtant, c’était une beauté séduisante.
J’en venais même à douter qu’elle fût de la même espèce que moi.
Quand est-ce que j’aurais une autre occasion pareille ?
« Si vous n’avez pas envie de boire tout de suite, on peut commencer par prendre une douche. »
« Hein ? Ah, ah ? On devrait… ? »
« Venez par ici. »
Je lui pris le poignet et l’entraînai vers la douche.
Après nous être joyeusement chatouillés avec de la mousse sous la douche…
« A-attendez. On devrait éteindre la lumière ? »
« Pourquoi l’éteindre, alors que ce serait du gâchis ? Je veux graver votre beau corps dans ma mémoire, Lady Ceres. »
Cette nuit-là,
on fut deux bêtes en rut, putain.
2.
Après cette frénésie, la chambre était un peu plus humide.
Ceres remit en ordre ses cheveux trempés de sueur et glissa une cigarette entre ses lèvres.
Je compris l’allusion et lui tendis une flamme. Elle expira la fumée avec adresse.
« Pfiou. Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé un si bon moment. Vous étiez bien meilleur que mon mari. »
« Pardon ? »
Attendez, qu’est-ce qu’elle venait de dire ?
« J’ai dit que vous étiez bien meilleur que mon mari. »
Son mari ? Cette femme était mariée ?
Mon cœur s’effondra.
Elle aurait dû me le dire plus tôt !
Si j’avais su qu’elle était mariée, le côté interdit aurait doublé le shoot de dopamine !
« N’ayez pas peur. Mon mari en colère ne va pas venir vous tuer. Il est déjà mort. »
« Ah. Je vois… »
« Je ne comptais pas vous donner autant, mais… vous m’avez divertie. »
Ceres gloussa en voyant ma mine déconfite, puis se dirigea vers un immense tableau accroché à l’un des murs de la chambre.
Elle le poussa sur le côté, révélant un énorme coffre-fort que même un voleur n’aurait pas osé emporter.
« J’ai passé un bon moment. Je vais ajouter des frais de service au prix de votre sœur. »
Elle composa le code et sortit du coffre une pièce d’or éblouissante.
Une pièce d’or valait cent mille Bios.
Pour une personne de son rang, la somme qu’elle me tendait était plutôt modeste.
Cependant…
« Non, une chose aussi précieuse… ! »
Une mystérieuse aura dorée s’en dégageait en douceur, comme si on l’avait saupoudrée de poussière de fée.
Ce n’était pas une pièce d’or ordinaire.
Cette pièce était…
la monnaie de réserve des Cités-Arches.
Celle qui permettait aux Cités-Arches, encerclées par la Poussière noire et les bêtes, de rester autosuffisantes.
Celle qui permettait aux mages d’échapper aux chaînes de la durée de vie et du vieillissement.
Celle qui expliquait pourquoi on envoyait sans cesse des fixeurs exterminer des bêtes.
La seule et unique monnaie qui permettait de commercer avec le Monde.
Une Pièce universelle.
« Hé hé. J’ai veillé à ce que vous soyez bien payé. »
J’avalai ma salive.
Une Pièce universelle s’échangeait contre environ dix millions de Bios.
Quatre-vingt-dix pour cent des habitants de Nécropole n’auraient jamais pu réunir une telle somme, même en travaillant toute leur vie.
« … »
Je luttai contre moi-même.
Une partie de moi avait envie de remuer la queue en disant : « Faites de moi votre gigolo ! Ouaf, ouaf, ouaf, ouaf, ouaf ! »
Mais je ne pouvais pas oublier.
Je jouais avec le feu.
Et le fossé entre nous était comme celui qui séparait un taudis au sous-sol d’une Maison suspendue, à des centaines de mètres au-dessus du sol.
Pour Ceres, la mage veuve, je n’étais qu’un petit chien servile qui léchait le beurre.
« Vous partez ? »
Regardez-moi ça.
Elle me faisait discrètement comprendre qu’il était temps de dégager.
« Ah, oui. Je travaille demain. »
« Où travaillez-vous ? »
« Ah, au bureau de Gros Dick. »
« Le bureau de Gros Dick… Bien. Je m’en souviendrai. Je vous enverrai des demandes de temps en temps. »
Pour aujourd’hui, je devais me contenter d’avoir fait forte impression.
« Je vous accompagne jusqu’à l’ascenseur. »
Nous traversâmes une longue galerie où étaient exposées des œuvres d’art et arrivâmes à l’entrée, où se trouvait l’ascenseur.
Quand elle tira sur le levier, la grille en laiton s’ouvrit.
« J’espère vous revoir. »
« Moi aussi. »
J’entrai dans l’ascenseur, appuyai sur le bouton et me retournai.
Je vis alors le sol de marbre luisant et les lumières qui éclairaient d’innombrables œuvres d’art.
Le luxe, le calme, l’air pur.
Tout ce qui manquait tout en bas.
J’en voulais, moi aussi.
Une fois encore, je n’avais pas envie de rentrer.
« Moi aussi, je veux vivre dans un endroit comme celui-ci. »
Mes véritables sentiments m’échappèrent.
« Vous savez ? »
Ceres s’était arrêtée et m’adressa un sourire lourd de sens.
« Si je vous ai abordé à l’ossuaire, ce n’était pas à cause de votre sœur. »
« Pardon ? »
« À l’époque, c’est vous que j’ai remarqué en premier. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire… ? »
Clac !
La grille en laiton se referma, nous séparant.
« Trouvez l’orgueil le plus laid en vous. »
Ses lèvres bougèrent.
« Devenez encore plus fou. Encore plus que maintenant, toujours plus. Laissez votre folie vous dévorer. Même si le monde vous montre du doigt, imposez votre entêtement. »
L’ascenseur descendit.
Je descendis.
Ceres s’éloigna de plus en plus.
« Si vous faites ça… »
Mais ses derniers mots, comme murmurés à mon oreille…
« Vous pourrez devenir comme moi, vous aussi. »
Résonnèrent clairement à mes oreilles.
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::: Succès (NOUVEAU !) :::
- Coucher avec une mage pour la première fois. +2pt
- Vendre son corps. +1pt
- Obtenir une Pièce universelle. +1pt
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Notes de bas de page :
[1] Gangnam : quartier huppé de Séoul réputé pour sa vie nocturne. Un bar à hôtesses emploie des hommes chargés de boire et de tenir compagnie à des clientes.
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