Chapitre 7
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ A Gacha Addict's Life in Fusionpunk ◈
Chapitre 7 : La vie dans le caniveau (4)
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1.
Aujourd’hui, sept personnes étaient mortes dans les ruelles du quartier D-9.
Six sans-abri.
Et moi, le faible d’hier.
Cedric, le fils débauché d’un comte, était mort, et James Bond, un pauvre faible, était né à nouveau.
« Petit dernier, t’es un vrai mec, maintenant. T’as perdu ta virginité, hein ? »
« Ce gamin, c’est du sérieux, je te le dis. Fouish, fouish, bam ! Apprends-moi ça, moi aussi. »
« Je le savais depuis le début. Un type aussi poli ne peut pas être mauvais dans son boulot. »
« On voulait juste te tester, mais t’en as eu trois à toi tout seul. Beau boulot, James. »
Big et Dick passèrent un bras autour de mes épaules et me décoiffèrent affectueusement.
« Ah, tout s’explique. Ce corps s’est Éveillé. »
« Éveillé à quoi ? »
« Peut-être ai-je percé l’essence de la loi du plus fort qui dévore le plus faible ? »
« Ce salaud arrive même à rendre cool les mots compliqués ! »
Je relevai le menton et répondis d’un ton arrogant.
Je l’avais bien mérité.
La moitié des sacs que nous traînions était remplie par mes soins.
Frotte, frooooooote.
On pouvait vraiment les traîner comme ça ?
Le sang poisseux s’étalait sous les sacs, comme si quelqu’un en avait peint le sol, mais pas un passant ne leur accorda le moindre regard.
… Je n’étais toujours pas habitué à la vie hors de la Cité-Arche.
Ce coin-là avait son côté sauvage, mais ici, c’était carrément un enfer inhumain.
Vu sous cet angle, le comportement de Big, Dick et Ron avait beaucoup plus de sens.
Les gens qui vivaient dans des mondes différents étaient différents.
Un enfant soldat armé d’une AK-47 dans un pays africain en pleine guerre civile partageait-il les valeurs d’un lycéen coréen qui séchait les cours du soir pour jouer à LoL ?
« Petit dernier ! Tu viens direct à la fête de bienvenue, hein ? »
« C’est vous qui m’invitez ? »
« Petit con ! Tu crois que je vais te faire payer et passer pour un radin ? »
« Carrément, je viens ! »
J’arrêtai de me prendre la tête avec ces questions compliquées.
Il y avait de la bouffe gratuite qui m’attendait !
Nous balançâmes les sacs dans le bureau et prîmes la direction du quartier des restaurants.
C’était le marché où j’étais passé la dernière fois, en avalant ma salive tout du long.
« Petit dernier, t’es déjà venu au marché ? »
« Oui ! Mais je n’avais fait que regarder ! J’avais jamais vu un marché aussi grand ! »
« C’est le marché de Hongshen, la meilleure rue gastronomique de notre ville. »
Nous évitâmes la foule et nous installâmes à un étal.
C’était un minuscule stand de rue, avec seulement un comptoir devant les plaques de cuisson.
À côté de nous, une tête de cochon posée sur la table nous souriait avec bonhomie.
« Patron ! Quatre bols de soupe de riz à la viande bien chaude ! Et quatre bières ! C’est la fête de bienvenue du nouveau, alors si vous lésinez sur la viande, je vous tue de mes mains ! »
« Oui, monsieur ! »
« Apportez d’abord les bières ! »
Les bouteilles arrivèrent décapsulées, la mousse bouillonnant à leur goulot.
De la bière !
J’écarquillai les yeux. Ça faisait combien de temps que je n’avais pas bu d’alcool ?
« James ! C’est toi la vedette aujourd’hui, alors propose un toast. »
« Alors, je choisis “Avocat” ! »
« Avocat ? C’est quoi, ce toast ? »
« Ça veut dire : “Fraternité éternelle ! Amitié virile !” »
« Ha ha ha ! Notre petit dernier a de la classe ! »
« Je le lance ! Avocat ! »
« Avocat !!!!! »
Tchin !
Les goulots s’entrechoquèrent, et la mousse pétilla sous les lumières troubles.
Glou, glou. L’odeur vive de l’orge me prit à la gorge avant de descendre.
Froid et pétillant.
L’alcool s’infiltra dans chaque recoin de mon corps, imbibé de pauvreté, de labeur et d’épuisement, comme une pluie bienvenue.
Des larmes me montèrent aux yeux pour une simple bière.
« Haaaaa ! C’est ça, putain !!! »
La soupe de riz à la viande arriva, tout juste servie dans des bols en bois.
Un amas de riz détrempé de bouillon baignait dans une soupe rouge vif qui semblait saturée d’huile pimentée.
Le tout était surmonté d’un tas de morceaux de viande dont je ne parvenais pas à identifier la provenance.
« Petit dernier, c’est ici qu’on fait la meilleure soupe de riz à la viande du marché de Hongshen. »
Il y avait aussi de la soupe de riz à la viande dans ce monde !
« Hah, hou… hou… »
Je me brûlai la bouche en engloutissant cuillerée après cuillerée.
La bonne bouffe était aussi une source de dopamine tout à fait respectable.
Je pouvais l’affirmer en toute confiance, après avoir goûté des spécialités du monde entier.
Honnêtement, la soupe en elle-même n’avait rien d’exceptionnel.
Le riz sentait le renfermé, comme s’il avait été moulu des années plus tôt.
Le bouillon épicé avait un goût si musqué et si fort que j’aurais cru qu’ils y avaient jeté des rognons de porc.
Ils ne faisaient que masquer ce goût avec l’odeur écrasante de l’huile pimentée.
« Hop, hah, hou… Sluuuurp ! »
« Petit dernier, mange moins vite. »
Mais pourquoi c’était si bon ?!
Trois étoiles.
Ça valait le coup de venir à Nécropole rien que pour en manger.
Pour quelqu’un qui avait survécu grâce à des biscuits compressés et des croquettes pour cafards, c’était un mets incomparable.
2.
« Ouah, je suis bien pompette. »
Après le dîner d’équipe, je titubai sur le chemin du retour.
Je tenais un bol de soupe de riz à la viande emballé dans une main.
Les gars me l’avaient préparé pour que je puisse m’occuper de mon petit frère.
Pourquoi avais-je présenté Arbel comme mon petit frère ?
Parce qu’Arbel était une beauté renversante, du genre à vous faire sortir les yeux des orbites.
Inutile de parcourir ce caniveau en criant à tout le monde : « J’ai un trésor chez moi ! »
« J’ai acheté de la soupe ! »
J’ouvris la porte, entrai dans la pièce sombre et écarquillai les yeux.
« Euh… ah… »
Avait-elle senti la soupe ? Arbel bougeait.
Arbel, qui n’avait fait que rester allongée comme un cadavre !
Je posai la soupe et m’approchai d’elle tandis qu’elle remuait sur le lit.
« Grande sœur, tu es un peu plus réveillée ? »
Ses cils frémirent, puis Arbel ouvrit les yeux.
Ses magnifiques yeux dorés roulèrent vers moi pour la première fois depuis un bon moment.
Son regard semblait toujours flou, mais elle avait repris conscience.
Un faible murmure s’échappa des lèvres gercées d’Arbel.
« Cedric… »
« Oui, c’est moi ! Cedric, ton petit frère, toujours dévoué à toi, grande sœur ! »
Comme on pouvait s’y attendre d’une mage !
Elle avait ouvert les yeux ! Ma pièce !
Peut-être qu’avoir laissé une mage se rétablir naturellement, plutôt que de la confier au charlatan de cette ville infernale, avait été la bonne stratégie parentale sans médocs, après tout.
« Je suis désolée… »
« Hé, t’as pas à t’excuser. Mais tu veux peut-être lire ça d’abord ? C’est le journal de soins que j’ai tenu. »
Ça allait me simplifier la vie.
C’était évident, mais entre un bagage sans conscience et une patiente capable de vous tenir compagnie, il y avait un monde.
Peut-être qu’après avoir vu les soins dévoués de son petit frère, elle me tiendrait compagnie d’une autre façon aussi.
Et Arbel avait assisté à l’attaque.
Je pourrais non seulement mieux comprendre notre situation, mais si elle se rétablissait sans problème, j’aurais un atout de taille.
J’avais entendu dire qu’une mage de premier rang était reconnue comme une réparatrice de grade 5 à elle seule.
« Tu veux d’abord un peu de soupe ? Attends là. Je te l’apporte. »
La main d’Arbel agrippa ma manche au moment où je me redressais.
« Maman… »
Sa voix n’était qu’un faible murmure.
« Maman, j’ai… mal… »
Des larmes limpides coulèrent des coins de ses yeux.
La lumière disparut du regard d’Arbel, qui avait brillé si tristement, comme une bougie qu’on soufflait.
Sa main, qui tenait ma manche, retomba sans force.
Un silence horrible s’abattit sur la pièce exiguë.
« … Hé. »
Non, c’est pas vrai, hein ? C’est pas réel, hein ?
« Réveille-toi. Hé ! Hé ! »
Non, putain, te fous pas de moi !
Je lui tapotai les joues.
Aucune réaction.
Dans la pièce où mon souffle était visible, son corps, qui brûlait comme une fournaise, se refroidit à toute vitesse.
Ses pupilles, complètement vides, ressemblaient à de profonds puits noirs.
« Puuutain… »
Je ne pus retenir le juron qui m’échappa.
Ça me dégrisa en un instant.
3.
Arbel était morte.
Elle avait prononcé quatre derniers mots environ devant un petit frère qui lui était parfaitement étranger au fond.
« Haa… »
Bien sûr, je n’avais pas le cœur brisé par le chagrin.
Je n’avais pas tenté de sauver Arbel par simple bonté humaine ou compassion.
C’était quelqu’un qui m’aiderait si j’investissais en elle.
Je me sentais quand même vide, car je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle parte aussi inutilement.
Les investissements ratés laissaient toujours un goût amer.
Je commençai par envelopper Arbel bien serrée dans une couverture, puis je recouvris le tout d’une bâche.
« Puisses-tu renaître au paradis. »
Une cigarette entre les lèvres, je priai en silence pour l’âme de ma sœur pendant trois minutes.
C’était tout le deuil qu’Arbel pouvait espérer de moi.
Tout sentimentalisme supplémentaire aurait été un luxe.
« Hop. »
Je passai sur mon épaule la bâche qui contenait son corps.
Le corps d’Arbel était si léger qu’il me donnait l’impression d’être une ordure au fond de mon cœur.
Même dans une pièce froide, un cadavre finirait par pourrir.
Je devais m’en occuper avant que la situation ne dégénère dans cette pièce exiguë.
À Nécropole, il y avait un moyen pratique de se débarrasser d’un cadavre.
Le vendre au Développement des ressources du Crépuscule.
Le Développement des ressources du Crépuscule, avec Overnus Pharmaceuticals, était l’une des deux corporations qui se partageaient le contrôle de Nécropole.
On disait que des nécromanciens spécialisés dans la « mort » se tenaient derrière la société.
La magie nécromantique nécessitait des cadavres comme matériaux, alors la plupart des corps de Nécropole finissaient par là.
« Les vivants doivent vivre. »
Ne me prends pas pour un sans-cœur, Arbel.
De toute façon, je n’avais pas d’autre solution.
Je pouvais te balancer dans une décharge ou dépenser une fortune pour acheter un terrain et t’enterrer…
La première option ne rapportait rien, et la deuxième coûtait de l’argent.
Alors, qu’est-ce que j’étais censé faire d’autre ?
Autant la mettre en vente sur Carrot.
Le sac sur l’épaule, je pressai le pas.
L’endroit qui acceptait les cadavres était un ossuaire sous-traitant du Développement du Crépuscule.
À Nécropole, il était difficile de trouver un endroit sans foule, mais devant l’ossuaire, il y avait encore plus de monde que d’habitude.
Malgré son nom, personne ne pleurait les morts.
Dans leurs yeux inexpressifs, sans la moindre exception, je retrouvai les pupilles d’Arbel, devenues des puits sombres.
« Qu’est-ce que tu regardes, petit merdeux ? »
« C’est ici que je fais la queue pour vendre un cadavre ? »
« Mets-toi derrière moi. Si tu gruges la file, je te fourre aussi dans ce sac. »
« Ouais, merci. »
Alors, c’était bien la file.
« Tu viens vendre qui ? »
« Ma femme. Et toi ? »
« Pareil. Tu sais combien ils paient, en général ? »
« J’ai entendu dire que ça dépend de ce qu’ils comptent faire du corps. »
« En faire quoi ? »
« J’en sais rien. J’espère juste qu’ils paieront bien. »
La file était longue, alors je faisais la conversation pour glaner quelques infos.
Soudain, quelque chose se coinça dans ma gorge, comme une arête quand on mange du poisson cru en fines tranches.
Attends.
Ce qu’ils comptaient en faire ?
Une intuition tardive et inquiétante me traversa l’esprit.
À bien y réfléchir, Arbel était une mage.
Le cadavre d’une mage ne se distinguait-il pas forcément des autres ?
Quelqu’un qui transportait le cadavre d’une mage n’avait-il pas l’air suspect ?
Dans le pire des cas, mon identité risquait-elle d’être révélée, ce qui permettrait à mes poursuivants de retrouver ma trace ?
Il semblait peu probable qu’ils me poursuivent jusqu’à cette ville oubliée de Dieu.
Mais s’ils l’avaient fait, le risque était trop grand.
Je ne pouvais pas oublier qu’ils étaient plus forts qu’Arbel.
« Putain. »
« Qu’est-ce qui t’arrive, tout à coup ? »
Je l’avais compris trop tard.
Que Cedric, justement, ait négligé un truc aussi évident…
Il semblait que même moi, j’avais perdu mon sang-froid un instant.
« Il faut que je parte. »
« Hé, je comprends ce que tu ressens, mais reste tranquillement dans la file. Les types comme toi qui s’en vont reviennent toujours dans les deux jours. »
« Hé, putain, dégage, enlève ta main ! Fais pas comme si on était potes, on vient juste de se rencontrer ! »
« Tss. Bon courage. »
Je fis volte-face pour partir en vitesse, mais une ombre me barra la route.
« Quel enfant adorable. »
La personne devant moi était une jeune femme.
Elle portait une robe à volants d’un noir profond, sans la moindre trace d’une autre couleur.
Un canotier à voile de tulle.
De tout près, ses yeux noirs, étrangement vides, plongèrent dans les miens.
Putain, mon cœur !
Tu pourrais mettre ton clignotant avant de te rabattre ?
Je trébuchai en reculant, effrayé. La femme sourit doucement et se redressa.
Mais… sa tête continuait de monter.
En voyant l’ombre immense qu’elle projetait sur moi, je compris enfin ce qui me paraissait étrange.
Ce n’était pas ma perception des distances qui était détraquée.
Elle devait mesurer au moins deux mètres quarante.
Elle était si gigantesque que j’aurais cru entendre ses pas faire poc, poc, poc.
Son aura particulière ne trompait pas.
Enfin, ça sautait aux yeux.
Dans cet enfer de revenants affamés, ce sourire et ce calme, cette allure élégante et cette présence dangereuse, impossible à décrire…
C’était une mage.
Les humains pouvaient donc dégager une telle présence.
Comme je restais figé, incapable de bouger, les assistants derrière elle crièrent :
« Comment oses-tu, rat, garder la tête haute ? Tu sais qui c’est ? »
« Voici lady Ceres Cassian, directrice du Développement des ressources du Crépuscule. »
« Je suis désolé ! Comment quelqu’un d’aussi insignifiant que moi a-t-il pu… Vous étiez tellement belle… »
Alors que j’allais ajouter un compliment bien senti et m’agenouiller devant elle, sa main me saisit le menton et me força à lever les yeux.
Une odeur artificielle de citron s’éleva de son poignet.
Son regard vague m’examina comme si elle pouvait voir à travers moi.
Sa voix humide me donna moi aussi le dos moite.
C’était quoi, cette vieille dame ?
« Tu as de bons yeux. Des yeux fous. »
Je ne savais pas pourquoi, mais pour l’instant, elle semblait plutôt bien disposée à mon égard.
Hmm, j’étais plutôt beau gosse.
Je n’avais jamais couché avec une femme de plus de deux mètres…
Ça ferait quoi ?
C’était peut-être une bonne occasion d’apprendre à la connaître, petit à petit.
« Vous êtes venu vendre un cadavre, n’est-ce pas ? Je l’achète. »
En la voyant tendre la main à un assistant comme pour lui réclamer de l’argent, je repris mes esprits.
Ce n’était pas le moment.
« Je suis désolé. Je suis bien venu vendre un cadavre, mais j’ai changé d’avis. Je ferai mon deuil autrement… »
« Mensonge. »
Ceres se pencha à nouveau jusqu’à ce que nos regards se croisent.
Les coins de sa bouche s’étirèrent à l’extrême, dans une grimace grotesquement large.
« Tu n’es pas le genre d’enfant à avoir des pensées aussi admirables. »
Puuutain…
Comment est-ce qu’elle savait…
Notes :
« Avocat » est une blague de toast : le mot coréen 변호사, qui signifie « avocat », est formé des premières syllabes de « inaltérable », « fraternité » et « amitié virile ».
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