Chapitre 6
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 6 : La vie dans le caniveau (3)
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1.
Jusqu’ici, j’avais été trop occupé à patauger.
On m’avait largué du jour au lendemain dans la Nécropole, et je m’étais demandé encore et encore : était-ce vraiment un abandon ?
Mais quand Arbel, blessée, m’avait rejoint, la situation s’était éclaircie.
La Maison du comte Montraven avait été attaquée.
Personne ne viendrait me sauver si je restais planté là à attendre.
Cette ville pourrie, ce marécage, m’engloutirait jusqu’au fond de sa vase.
« Ça n’arrivera pas. »
Je survivrais par tous les moyens nécessaires.
Je retournerais à la Cité-Arche.
Je récupérerais les deux cents millions de Bios que j’avais laissés en dépôt au casino et retrouverais ma vie de débauche et de plaisir dans cet autre monde.
Pour qui me prenaient-ils ?
Pour un homme qui s’était relevé après douze liquidations et avait amassé quatre-vingts milliards.
Pour un homme qui était revenu à la vie, putain, dans un autre monde, trois jours après la liquidation de sa vie.
Les seules choses capables de m’arrêter, c’étaient le président de la Réserve fédérale et le compte Twitter du président des États-Unis.
Comme ni l’un ni l’autre n’existaient dans ce monde, on pouvait dire que personne n’oserait se mettre en travers de mon chemin.
Enfin bref.
« Je ferais mieux d’y aller, non ? »
Je m’étirai pour détendre mon dos raide après avoir dormi à même le sol, puis enfilai mon manteau.
C’était mon premier jour au bureau de fixeurs auquel Paul, l’employé de la mairie, m’avait présenté.
Arbel dormait comme une morte sur le lit crasseux, sous une bâche et des chiffons.
Quand elle dormait sans faire un bruit, la bouche fermée, elle ressemblait à une poupée.
Pour l’instant, elle était plutôt un boulet.
Une mage de premier rang qui financerait un jour ma vie de débauche.
Mais elle me donnait du fil à retordre.
« Arbel, tu sais qu’une tenue de bunny girl ne suffira pas, hein ? »
Il te faut au minimum une tenue de bunny girl inversée.
2.
Le bureau de fixeurs de Gros Dick ressemblait davantage à une agence d’intérim qu’à un bureau de fixeurs.
La pièce empestait la vieille sueur masculine et la fumée de cigarette.
C’était un bureau miteux, sans la moindre trace de professionnalisme ou d’expérience.
« Bonjour !!!! Nouvelle recrue, James Bond, au rapport ! Je salue les grands frères qui règnent sur la Nécropole !!!! »
Dès que j’entrai, je leur lançai une salutation assourdissante et fis une excellente première impression.
« Ouais, James. Bienvenue chez Gros Dick. Moi, c’est Ron, le contremaître. »
« Moi, c’est Gros, rang huit. Lui, c’est Dick. Pareil, rang huit. »
« Rang huit… ! Snif, vous croyez qu’un bleu comme moi pourra devenir un vrai fixeur comme vous, un jour ? »
« Bien sûr ! On va te tracer la route, James. Fais-nous confiance et suis le mouvement. »
Gros et Dick me donnèrent de bonnes tapes sur les épaules en riant.
Quels noms de merde.
Mon pseudonyme, en revanche, avait une sacrée classe.
James Bond.
Le grand agent spécial britannique d’élite.
J’avais toujours aimé la Grande-Bretagne.
Les gentlemen, les nobles et ce pays qui avait offert au monde le plus grand nombre de jours de l’Indépendance.
C’était aussi le pays de mon philosophe préféré, Nietzsche.
« Mais quel roturier a un nom de famille ? »
« Ce n’est pas mon vrai nom ! Je l’ai emprunté à quelqu’un que j’admire ! Vous me permettriez de prendre le nom de James Gros Dick ? »
« Bwahahaha ! Non, non. Évite, ça va être compliqué. Enfin bref, t’as décroché une sacrée bonne occasion, gamin. Apprends le métier et tu ne crèveras pas de faim avant de mourir de vieillesse. »
« Ouah ! Un boulot à vie ! C’est vraiment autre chose, les métiers qualifiés ! »
J’avais le don de me fondre naturellement dans les chantiers.
Une fois mon capital de départ dilapidé, il n’y avait pas mieux pour grapiller du fric et remplir mon estomac.
Ce n’était pas compliqué.
Il suffisait d’être bruyant et plein d’énergie, de lécher les bottes au bon moment et, quand venait mon tour, de me porter volontaire et d’agir vite.
Mon petit numéro de vedette aguicheuse avait vite réchauffé l’ambiance.
« Bleu, t’as du matériel ? »
« Non, chef ! »
« Gros, trouve-lui de l’équipement. »
« Oui, chef. Bleu, attends un instant. »
« Je peux le faire ! »
« Détends-toi. Tu sais où se trouve quoi que ce soit ? »
Gros, dont la carrure imposante justifiait bien le surnom, fouilla dans une armoire au coin du bureau.
Il en sortit une hachette de la taille d’un avant-bras et une ceinture munie de plusieurs attaches.
« Le type qui était là avant toi est mort et a laissé ça derrière lui. C’est à toi, maintenant, bleu. »
D’un geste assuré, Gros m’attacha la ceinture autour de la taille et fixa la hachette dans son étui en cuir.
« Chef… ! Quel cadeau émouvant… ! »
« Ne rends pas ça gênant. C’est rien. »
C’était donc le kit de débutant du fixeur ?
Tout était usé, comme du matériel distribué au camp d’entraînement, mais pour quelqu’un qui n’avait pas un sou, c’était une bénédiction.
Non, même si on m’avait recommandé à eux, était-ce normal d’être aussi sympa avec quelqu’un qu’on venait de rencontrer ?
Était-ce ça, le lien étroit qui unissait les gens tout en bas de l’échelle ?
Je regrette d’avoir pensé que vos noms étaient pourris !
« Ah, et j’ai failli oublier le plus important. »
En souriant, Gros posa un manteau sur mes épaules.
C’était un long manteau en cuir mat qui m’arrivait aux chevilles et pesait son poids.
Pas l’idéal pour se déplacer, mais il avait un avantage.
Il avait une putain de classe.
« Bon sang, c’est peut-être parce que notre bleu a une bonne tête. T’as vraiment la classe, putain ! »
« Un fixeur, ça porte un long manteau ! Tu pourrais aller direct sur un chantier, maintenant ! »
Les longs manteaux étaient donc la règle absolue chez les fixeurs de la Nécropole.
C’était comme les ouvriers du bâtiment, qui n’étaient reconnus comme des vrais que s’ils buvaient du café en canette Let’s Be et mangeaient du pain à la crème Pleine Lune ?[1]
« Alors, on va tabasser des monstres ? »
Je posai la question en caressant le manche de ma hache.
Je m’étais déjà préparé à entrer dans les failles dont j’avais entendu parler et à combattre des monstres jusqu’à la mort, mais le simple fait d’avoir une arme me rassurait beaucoup.
« Voilà qui est motivé ! Mais c’est ton premier jour, bleu. Même si on t’a recommandé, il faut te tester. »
« Un test ? »
« Ne sois pas trop déçu. Nous aussi, on risque notre peau. T’inquiète, on va t’emmener sur le boulot le plus sûr et le plus facile possible. »
« Je ne suis pas déçu du tout ! Mais il existe des boulots faciles et sans danger ? C’est le rêve. »
« On appelle ça un boulot en sous-main. Un des avantages à diriger un bureau, j’imagine. Voyons voir… »
Le contremaître fouilla dans une pile de papiers en désordre, puis sourit.
« Ouais, celui-là est parfait ! »
Un boulot en sous-main…
Ça m’intriguait, maintenant.
Tout le monde savait qu’ajouter « sous » devant un mot le rendait meilleur.
Les exemples ne manquaient pas.
Un soutien fiable, des arrangements en coulisses sans frais, des pots-de-vin propres et sans tracas.
Quoi d’autre ? Le compte privé d’une beauté inaccessible ?
2.
Nous quittâmes le secteur B, où se trouvait le bureau, et nous dirigeâmes vers le quartier D-9, au cœur du secteur D.
Contrairement au centre de la Nécropole, avec ses grandes artères bien tracées, les rues devenaient immédiatement déroutantes dès qu’on s’engageait dans les ruelles bondées.
Les bâtiments s’entremêlaient comme un gigantesque organisme vivant.
Des planches reliaient des escaliers et des rambardes en fer construits au hasard.
Les briques, tachées par le smog vert, luisaient de reflets arc-en-ciel graisseux sous les lampes au mercure.
« C’est vraiment sans danger ? »
« Quoi donc ? »
« S’il y a un incendie, tout le monde ne va pas y passer ? »
« De toute façon, les gens meurent. »
Oups ! J’avais fait une erreur.
Il me manquait encore le bon état d’esprit de la Nécropole.
« Voilà le quartier D-9. C’était un coin résidentiel plutôt correct, mais Développement des ressources du Crépuscule l’a racheté il y a quelques mois et a envoyé des avis d’expulsion. »
« Ah, c’est pour ça qu’il n’y a personne. Waouh ! Vous savez vraiment tout, chef. »
Je répondis d’un ton enjoué, mais un léger frisson me parcourut l’échine.
Pouvais-je vraiment être certain que toute cette gentillesse était désintéressée ?
Ils m’avaient soudainement emmené dans un endroit désert. C’était forcément suspect.
Mais s’ils avaient eu de mauvaises intentions, ils n’auraient pas eu besoin de me donner ne serait-ce qu’une arme de base.
Je misais simplement sur le fait que je n’irais jamais de l’avant si je refusais le moindre risque.
« Ne sois pas si tendu. C’est vraiment rien. »
« Alors, c’est quoi, exactement, ce boulot en sous-main… ? »
Clac !
Un bruit soudain retentit sur le côté de la ruelle.
Je fus le seul à sursauter et à porter la main à mon arme.
Les trois autres étaient parfaitement détendus.
Qu’est-ce que c’était ? C’était quoi, ce putain de bruit ?
« Ça tombe à pic. »
« Bleu ! On y va ! »
« Oui, chef ! »
Et puis merde. J’en savais rien.
S’ils me disaient de sauter, je sautais. D’abord, on fonce ; ensuite, on discute.
« Notre bleu sait courir ! »
« Le laisse pas filer ! C’est notre boulot ! »
Au début, le fuyard réussit à s’échapper en profitant du terrain, mais il manquait d’endurance.
Il ne tarda pas à haleter violemment et à s’effondrer par terre.
Ce n’est qu’alors que je pus le voir de près.
C’était une personne sans-abri dépenaillée, vêtue de guenilles.
Hum.
C’était de loin la personne sans-abri la plus sale que j’aie jamais vue.
« S-salauds ! Pourquoi vous me faites ça ?! »
La personne se releva d’un bond et se mit à hurler.
Ses yeux brillaient de peur et de haine.
Une dague rouillée scintillait dans sa main.
« Hé hé, celle-là a du répondant. »
« Bien ! Les vagabonds n’ont plus de cran, ces derniers temps, c’est même plus drôle de les tabasser. »
« Hé, rangez vos outils. Celle-là est pour le bleu. Bleu, t’es échauffé, hein ? »
Les trois qui m’avaient rejoint éclatèrent de rire.
C’était donc ça, la proie ?
« C’est juste une personne sans-abri, non ? »
« Exact. Un vagabond qui traîne encore dans le coin alors que l’ordre d’expulsion est tombé depuis belle lurette. Une boîte aussi grosse que Développement des ressources du Crépuscule ne peut pas se permettre de traîner dehors et de tabasser les gens un par un, pas vrai ? Alors elle sous-traite ça par des boulots en sous-main. »
Le fin mot de l’histoire derrière ce boulot en sous-main venait d’être révélé.
En gros, c’était du nettoyage humain.
La personne sans-abri cria comme si elle avait été lésée.
« M-merde… J’habitais ici avant ! Je vais aller où, si je pars ?! »
« Trouve-toi un logement ! Tu crois que les autres paient un loyer tous les mois parce qu’ils sont idiots ? »
« Faites comme si vous m’aviez pas vu, bande d’enculés ! »
« Tss, si ça ne dépendait que de nous, on aurait peut-être pu. Mais tu es le punching-ball du test de notre bleu. »
Ah. Je comprenais, maintenant.
Je comprenais parfaitement.
« Bon, bleu ! À toi. Donne-moi la hache pour l’instant. Tu peux gérer ça à mains nues, non ? »
« Bleu, fais de ton mieux ! On teste tes capacités ! Te contente pas de le tuer. Montre-nous ce que tu sais faire, compris ? »
C’était donc dans ce genre de monde que je vivais.
Je fis quelques pas légers sur la pointe des pieds.
Le corps de Cedric était vraiment excellent.
Léger et rapide. Même ce fichu manteau en cuir, pourtant lourd, ne me gênait pas du tout.
« T-t’approche pas… Je vais te planter ça en plein ventre… ! Aah ! »
Le bas de mon manteau flotta comme un lourd étendard.
J’esquivai le coup de couteau lancé à l’aveuglette et avançai ma main gauche.
Clac !
Je ne donnai qu’un petit jab, mais le corps de la personne sans-abri fut projeté en arrière dans un bruit sourd.
Elle perdit l’équilibre et se mit à balancer désespérément son couteau ; j’esquivai les coups sans difficulté.
Clac !
J’enchaînai d’un direct du droit, en y mettant tout mon poids, en plein visage.
« Gah ! »
Un coup parfaitement net.
La personne sans-abri lâcha la dague et roula lamentablement sur le sol.
« Ouah ! Bleu ! »
Je sentis leur surprise derrière moi.
Bon, même s’ils étaient de rang huit, ils n’avaient probablement pas de circuits de mana et n’étaient que des rang neuf avec un peu d’expérience.
Les techniques de combat développées par la science moderne devaient leur sembler magiques.
« Hic, hhk… »
Le sang coulait du nez de la personne sans-abri comme d’un robinet grand ouvert.
Avec un saignement pareil, son os nasal devait être en miettes.
« Urk ! Uurk ! P-pitié… Aidez-moi… »
Elle leva vers moi ses yeux pleins de terreur.
« Tss, on pourrait pas la vendre à un bordel au lieu de la tuer ? Ces gémissements… c’est pas banal. »
« Hé, espèce de salaud. Dis pas des trucs aussi dégueulasses. »
« Oh, je plaisantais, chef. »
« Bleu, finis-en. Réduis-la en viande hachée ! »
« Non ! Non !!!! Pitié ! Pitié ! »
Sous les lampes au mercure qui clignotaient, les cris et les rires résonnèrent sourdement.
« … »
Tout en retirant silencieusement une dent de mon poing, je me posai la question.
Ces trois-là, qui avaient plaisanté grassement avec moi quelques instants plus tôt.
Ces trois-là, qui avaient pris soin d’un inconnu comme moi en m’appelant « bleu ».
Étaient-ils de bonnes personnes ?
Ces trois-là, qui riaient et plaisantaient devant les derniers cris d’une personne faible, impuissante, étendue au sol.
Étaient-ils de mauvaises personnes ?
Et cette personne sans-abri, dont le nez s’était enfoncé d’un seul coup de poing et qui me suppliait à présent de lui laisser la vie sauve ?
Et moi, qui m’apprêtais à battre quelqu’un à mort pour passer un test ?
Non, ça ne rimait à rien.
Toutes ces questions ne rimaient à rien.
Alors, qu’est-ce qui comptait ?
Je réussirais ce test avec la note maximale.
Je ne les laisserais pas me prendre pour un faible imbécile qui avait pitié des rats.
Mes amis de Gros Dick m’accepteraient comme l’un des leurs, et je me rapprocherais d’un pas de mon objectif.
Un pas de plus vers les deux cents millions de Bios et Arbel en bunny girl inversée.
« Chef, passez-moi la hache ! Je vais en finir proprement ! »
« Pourquoi ? Tu veux pas le faire à coups de poing ? Tu veux pas sentir le contact ? »
« Regardez-moi ça ! Cette ordure m’a coupé le poing avec sa dent ! J’ai peur d’attraper une maladie ! »
« Bwahahaha ! On va pas laisser notre bleu tomber malade ! Tu te laveras le poing à l’alcool au dîner d’équipe, plus tard ! »
Quel genre de monde m’attendait désormais.
Tant que je ne l’oubliais pas, ça suffisait.
Au moins, je ne serais pas celui qui se ferait bouffer.
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::: Succès (NOUVEAU !) :::
- Premier meurtre +1 pt
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Notes :
[1] Let’s Be et Pleine Lune : café en canette et petits pains emballés à la crème coréens, un duo typique des pauses sur les chantiers.
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