Chapitre 5
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 5 : La vie dans le caniveau (2)
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1.
J’étais né avec un sale tempérament et j’avais passé ma vie à courir après les envies qui m’étaient venues avec.
Ça avait tout de même ses avantages.
J’avais appris à garder mon sang-froid et à ne pas ciller devant grand-chose.
Même moi, il m’arrivait d’être pris au dépourvu.
Par exemple, quand ma grande sœur, contre qui je jurais de me venger il y a encore un instant, avait rampé jusque dans ma chambre, à moitié morte.
« Hé. »
« … »
Je tapotai doucement sa joue moelleuse, mais elle ne bougea pas.
Je la déposai en hâte sur le lit et la recouvris d’une couverture qui ressemblait à un vieux chiffon.
Le lit était trop étroit, même pour une seule personne. Je m’assis donc par terre et me frottai le visage de mes mains sèches.
« L’attaque était donc bien réelle ? »
Tout semblait l’indiquer.
Arbel avait dû semer ses poursuivants et réussir à ramper jusqu’à la planque.
Avant de m’embrouiller encore plus les idées, je devais faire quelque chose.
« Arbel, ne bouge pas, d’accord ? Et ne te mets pas à lancer de la magie tout à coup. Je ne vais rien faire de bizarre. »
Pour commencer, je lui retirai ses vêtements.
Si elle avait été consciente, elle m’aurait coupé en deux. Mais déshabiller et toucher quelqu’un pour lui prodiguer les premiers soins vous dégageait de toute responsabilité, même aux yeux de la loi.
Son corps était chaud comme une bouillotte, mais ses vêtements trempés de sueur refroidirent vite.
Je la retournai et l’examinai sous toutes les coutures.
« Elle a l’air d’aller bien ? »
À part quelques égratignures, sa peau était lisse comme de la porcelaine.
Lisse partout.
Vraiment partout.
« C’est appréciable. »
Je voulais dire qu’elle n’avait pas de blessure visible.
Soit la régénération monstrueuse des mages l’avait déjà soignée,
soit elle avait subi des blessures internes plutôt que de simples blessures superficielles.
La deuxième possibilité était sans doute la plus probable, mais un profane comme moi n’allait pas trouver la réponse en la regardant.
Pour l’examiner correctement, il me faudrait un médecin ou un prêtre.
Mais des médecins ? Des prêtres ? Dans cette foutue ville ?
Le adorable petit Cedric devait bouffer des croquettes à base de cafards parce qu’il n’y avait rien d’autre à manger.
« Ha… voilà que je me retrouve avec un poids mort, en plus. »
Un soupir me monta du fond de la poitrine.
Elle n’était pas censée être une magical girl aux oreilles de lapin de premier rang… ?
Ce n’était pas elle qui était venue me sauver… ?
« Je devrais juste l’abandonner. »
Arbel n’était pas ma vraie sœur, et ce n’était pas comme si on s’entendait bien.
Pour être honnête, je ne pensais pas qu’elle se soit battue pour me protéger.
Son père était mort, alors elle avait probablement perdu la tête et foncé dans le tas.
J’avais déjà du mal à m’occuper de moi. Il fallait en plus que je traîne un sac de sable cloué au lit, rongé par la maladie ?
Mes chances de survie allaient s’effondrer comme une bougie rouge interminable sur un graphique boursier.
Ce n’était pas une exagération du genre : « Oh, je vais mourir. » J’allais vraiment crever !
Regardez l’état de cette ville !
J’avais déjà connu la mort.
La douleur, l’angoisse, la terreur.
Cette sensation d’impuissance, ma vie qui s’éparpillait peu à peu, sans raison.
Ensuite, mon identité s’était retrouvée plongée dans un vide absolu, lentement broyée et usée.
C’était une sensation atroce que je ne voulais plus jamais ressentir.
Malgré tout…
« Bon, je peux toujours essayer de faire ce que je peux. »
Honnêtement, si ça avait été un grand frère ou un petit frère avec les jambes poilues, je l’aurais abandonné. Mais Arbel était douce, duveteuse et mignonne.
C’était aussi ma grande sœur, et une mage.
Et surtout, une mage de premier rang. Elle pouvait devenir le capital de départ de ma vie de casino bienheureuse.
C’était l’occasion d’acheter au plus bas.
J’enveloppai soigneusement le corps nu d’Arbel dans la couverture.
« Arbel, tu vas devoir me rembourser plus tard. »
Je vais prendre ça pour ton accord concernant le cosplay de bunny girl, d’accord ?
La joue que je piquai du bout du doigt était incroyablement douce, elle aussi.
2.
« Un médecin ? Pourquoi tu demandes ça ici ? »
L’employé de la mairie, qui m’avait témoigné un peu de gentillesse pendant la distribution de nourriture du jour, tenait une cigarette de travers entre ses lèvres et avait l’air agacé.
« Quelqu’un est malade chez moi. Comme vous le savez, je ne suis pas à Nécropole depuis longtemps. »
« Et alors ? »
« La mairie n’aurait pas un programme d’aide médicale ou quelque chose comme ça ? »
« Quelqu’un est malade chez toi, alors tu veux que la mairie t’envoie un médecin ? Fous-moi la paix. »
Je m’étais donc trompé d’endroit ?
C’était la seule bouée de sauvetage à laquelle je pouvais m’accrocher, mais sa réaction était glaciale.
On aurait dit la plus jolie fille du lycée après qu’elle avait accordé un peu d’attention à un pauvre loser, et qu’il s’était mis à la draguer.
Je ne parle pas d’expérience.
« C’est quelqu’un de ta famille qui est malade, c’est ça ? Gravement ? »
« Ça peut lui arriver d’un jour à l’autre. »
« Tss. C’est moche. Mais non, il n’y a rien de ce genre. Tu crois vraiment qu’il y aurait ça ? »
L’employé de la mairie, bourru mais étonnamment compatissant, secoua la tête.
« Cette ville n’a pas de prêtres non plus. Tu crois que le Saint-Siège enverrait des prêtres dans un trou à rats pareil ? »
« Et des médecins ? »
« Un vrai médecin, tu n’en as pas les moyens. Vers Aquarium Street, dans le secteur C, il doit y avoir des médecins sans licence qui exercent. »
Comme s’il se rappelait que j’étais venu chercher des rations aujourd’hui, l’employé de la mairie claqua la langue.
« Essaie sur la place à côté de la mairie. Tu devrais y trouver du boulot. »
« Merci ! »
« Il va falloir bosser dur. Ces charlatans n’ont aucune compétence, mais ils te font payer une fortune. »
« Oui, monsieur ! »
J’avais espéré obtenir davantage en prenant mon air le plus pitoyable possible, mais il n’était visiblement pas si facile à berner.
C’était déjà bien plus que suffisant.
En sortant, je débouchai sur une place où pas même un brin de mauvaise herbe ne poussait. Le spectacle était sinistre.
« Quoi, c’est Jobcropolis… ? »
L’ambiance était exactement celle des marchés du travail journalier de Joseonjok, chaotiques et crasseux, que j’avais vus dans des films.[1]
Au milieu de la foule compacte se dressait un panneau d’affichage, pareil à une pierre tombale.
Des offres imprimées tachées d’huile pendaient en lambeaux à un panneau grossier fait de tôles rouillées.
- Développement des ressources du Crépuscule : ouvriers recherchés pour une mine de charbon. Salaire hebdomadaire : 15 000. Repas non fournis. Apporter son propre équipement. -
- Coopérative de l’Ossuaire : porteurs de cadavres recherchés. Salaire hebdomadaire : 8 000 Bios. -
- Boucherie du Crapaud : préparateurs de viande de fée recherchés. Salaire hebdomadaire : 6 000. Rapidité et expérience souhaitées. -
- Employés recherchés pour un bain public à vapeur. Salaire hebdomadaire : 50 000 et plus. Logement et repas fournis. Présentation soignée. Hommes acceptés. -
« Pourquoi le salaire hebdomadaire est-il si bas ? »
À part la dernière annonce, on ne gagnait que des clopinettes.
Même un ouvrier d’usine dans la Cité-Arche pouvait toucher 100 000 Bios par mois.
Les salaires étaient pires que je ne l’avais imaginé.
C’était parce qu’il y avait trop de monde et qu’ils pouvaient donc sous-payer les gens ?
« Ha… »
J’eus de nouveau mal au ventre.
J’avais 200 millions de Bios au casino.
Avec cet argent, j’aurais pu faire le tour de Nécropole comme un empereur.
Comment une situation aussi merdique pouvait-elle seulement exister ?
Quoi qu’il en soit, j’avais besoin d’argent tout de suite.
Je laissai tomber les offres hebdomadaires et me tournai vers celles pour les journaliers.
Peut-être parce que beaucoup de gens étaient dans la même situation que moi, le panneau des offres à la journée était encore plus bondé.
- Développement des ressources du Crépuscule : ouvriers recherchés pour une usine de tri des déchets recyclables. Salaire journalier : 2 000. Combinaisons de protection non fournies. Tri de déchets toxiques inclus. -
- Cheolsan : collecteurs de matériaux dans les décharges, notamment ferraille et verre. 1 500 par tranche de 10 kg. Déjeuner fourni. -
- Overnus Pharmaceuticals : participants recherchés pour des essais cliniques de médicaments. 10 000 par séance, sept séances. Aucun retrait avant la fin de la période contractuelle. -
Le salaire était meilleur, mais les emplois semblaient plus dangereux.
Et les entreprises dont le nom se terminait par « Co., Ltd. » semblaient offrir de meilleures conditions à plusieurs égards.
C’étaient les grosses corporations du coin ?
J’avais appris quelque chose.
Après avoir tout examiné attentivement, je me dirigeai vers le panneau juste à côté.
Et là…
« Hein ? »
Bien qu’il se trouvât juste à côté de l’autre, l’ambiance était étrangement différente.
Déjà, il y avait beaucoup moins de monde que devant le panneau précédent, tellement bondé qu’on ne pouvait pas s’en approcher.
Mais surtout, les demandeurs d’emploi avaient une tout autre allure.
Un homme portait un fedora enfoncé jusqu’aux yeux et un manteau élégant, comme un mafieux à l’italienne.
Un autre, musclé, devait mesurer au moins un mètre quatre-vingt-dix.
Des gens mieux habillés se tenaient là, les bras croisés.
- Gang de la Porte Nord : achat de fées à l’« Usine à champignons ». 8 000 par fée. Le double pour une capture vivante. -
- Overnus Pharmaceuticals : demande d’extermination au deuxième sous-sol de l’« Hôtel ». Fixeurs de rang 7 ou supérieur. Indemnité en cas de décès. -
- Demande publique de la mairie : entretien des « Vieilles Égouts ». Rémunération selon les spécimens. Voir le barème. -
Je compris.
Ce panneau-là était réservé aux fixeurs.
« Des fixeurs… »
À ma connaissance, les fixeurs n’avaient rien de spécial.
On les payait pour régler des problèmes.
Ils avaient trouvé un nom chic, mais ce n’étaient que des mercenaires.
« Attends une minute. »
Cedric n’avait ni talent ni prédisposition, mais il était tout de même de sang noble.
Ce corps avait au moins des circuits de mana.
À eux seuls, les circuits de mana amélioraient considérablement les capacités physiques.
Cedric était peut-être traité comme un moins que rien parmi les nobles, mais ne pouvait-il pas avoir les capacités de combat d’un fixeur de rang 9 ?
À voir les annonces, leur travail consistait surtout à entrer dans des brèches et à cogner des monstres. J’avais moi-même un peu d’expérience de la chasse.
« Hmm. »
Ça restait dangereux.
Celui qui me poursuivait, dont j’ignorais l’identité, la cible et les motivations, était peut-être encore à mes trousses.
Sans parler d’un bon à rien comme moi, Arbel était vivante. Ils pourraient aussi suivre sa trace.
Il valait mieux éviter d’attirer l’attention si possible, mais…
« Très bien. J’ai pris ma décision. »
Quand on n’avait rien, il fallait risquer quelque chose.
Quand on n’avait pas assez de capital de départ, on empruntait. Et si ça ne suffisait toujours pas, on se lançait dans les contrats à terme.
C’était comme ça qu’on changeait sa situation.
Si je ne choisissais que des options sûres dans ma situation actuelle, je coulerais comme un navire prenant l’eau.
3.
« Un fixeur ? Toi ? »
« Oui. »
L’employé de la mairie me dévisagea quand je revins dix minutes plus tard, puis claqua la langue.
« Tu comptes t’y prendre comment ? »
« Il suffit de s’inscrire pour le rang 9, non ? »
« Les frais s’élèvent à 5 000 Bios, petit con. T’as autant de fric ? »
« Ah. »
C’était quoi, cette connerie ?
C’était comme payer cinquante mille wons pour obtenir un document dans une administration !
« Patron, faites-moi confiance, juste cette fois. »
« Hé, merde. Qui tu traites de patron ? Dégage ! »
Je pris mon air le plus pitoyable.
Puis je tombai à genoux et m’accrochai à son pantalon.
« J’ai un petit frère qui se meurt de maladie à la maison. Si je ne peux pas travailler, il va mourir. Tenez, laissez-moi vous cirer les chaussures. »
Je soufflai de l’air chaud sur les chaussures de l’employé de la mairie et les frottai vigoureusement avec l’ourlet de mes vêtements.
S’il me disait de les lécher, je le ferais.
La fierté, ça remplissait l’assiette ?
Après une longue lutte…
« Regarde-moi ce brillant. Tu le vois ? Je peux m’y regarder. »
« Haa… Bon, d’accord. T’es un petit enfoiré rusé, mais je ne peux pas te détester. »
« Alors… tant qu’on y est, je pourrais avoir une cigarette ? Je vous rembourserai aussi. »
« Tu as la moindre idée de ce que ça coûte ? »
Dans un rire sans joie, il me tendit une cigarette.
« Euh… vous auriez aussi du feu, s’il vous plaît ? »
« Tiens. »
« Merci ! »
Tchik.
Ouf. De la nicotine.
Ça faisait longtemps que la fumée ne m’avait pas rempli les poumons. La tête me tournait.
« Bon, ta situation a l’air désespérée, alors je vais te prêter l’argent. Je vais te le prêter, mais… »
« Merci, patron ! Ah, j’ai compris dès que je vous ai vu que vous aviez le cœur chaleureux du Petit Prince ! »
« Laisse-moi finir, abruti. Tu crois que les gens respirent de la poussière dans les mines et se tuent à la tâche dans les usines parce qu’ils sont stupides ? »
À vrai dire, ils n’avaient pas l’air particulièrement malins.
« C’est parce que c’est dangereux. On les appelle des fixeurs de rang 9, mais huit ou neuf fixeurs de rang 9 sur dix meurent dans le mois après être entrés dans une brèche. À ton avis, qui accepte un boulot aussi risqué ? Des gens qui vont mourir de faim demain, des malades en phase terminale, des drogués. C’est le terminus pour ceux qui sont au bout du rouleau. »
Il me tapota l’épaule.
« Tu viens d’arriver. Tu as aussi un proche malade. Si tu meurs, qui va s’occuper de lui ? Tu t’es déjà battu ? »
« Oui. »
« Ah bon ? »
« Je vais vous montrer. »
Sous son regard dubitatif, je pris ma garde et lançai quelques petits coups dans le vide.
« Hah ! Hah-hah-hah ! »
J’avais arrêté parce que je m’ennuyais, mais j’avais remporté la médaille d’argent à un tournoi de boxe junior quand j’étais plus jeune.
En plus, le corps de Cedric bougeait bien mieux que prévu.
C’était ça, le privilège d’être né noble avec des circuits de mana ?
Il était si agile que j’avais du mal à croire qu’il appartenait à quelqu’un qui avait passé des années à glander et à traîner dans les tavernes.
Il était aussi bon, voire meilleur, que moi à mon apogée.
« Oh, tu sais un peu te battre. »
« Ça suffit, patron ? »
Il avait peut-être vu assez de potentiel. L’employé croisa les bras et hocha la tête.
« Je vais te faire ta licence. Je vais aussi te mettre en contact avec un bureau de fixeurs que je connais. Va les voir. »
« Merci ! Je vous revaudrai ça, c’est sûr ! »
Je serrai le poing et m’inclinai profondément.
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Le lendemain, dans le bureau minable de fixeurs où l’employé de la mairie m’avait envoyé, je lançai : « Gros Dick. »
« Bonjour !!!! Nouvelle recrue James Bond au rapport ! Je salue les grands patrons qui règnent sur Nécropole !!!! »
« Hé. C’est toi, le bleu qu’on nous a envoyé ? »
« Oui, monsieur ! C’est ma première fois comme fixeur, alors je risque de manquer d’expérience, mais je vous servirai avec tout le sérieux dont je suis capable ! Les corvées ! Les tâches ingrates ! Balancez-moi tout ! »
« Ho ho, le bleu est plein d’entrain. Alors, euh… tu viens d’où ? »
« Du ventre de ma mère !!! »
« Bwahahaha ! Le bleu est marrant ! Hein ? Pourquoi tu me tripotes les bourrelets ? »
« Je vous tenais les flancs pour qu’ils ne se fendent pas de rire, chef d’équipe ! »
« Kahahaha !!! »
La vie tumultueuse de James Bond, fixeur de rang 9 dans cet autre monde, commençait maintenant !
Merde.
Gagner sa vie, c’était vraiment la galère.
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::: Défis (nouvellement terminés !) :::
- Obtenir une licence de fixeur de rang 9. +1 pt
- Rejoindre un bureau de fixeurs. +1 pt
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Notes de bas de page :
[1] Les Joseonjok sont des Coréens de Chine. Ici, l’expression évoque un marché du travail journalier chaotique et mal famé, pas un marché où l’on vend des chiens.
« Jobcropolis » combine « job » et « Nécropole » et désigne en plaisantant la place comme un marché de l’emploi.
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