Chapitre 51
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans Fusionpunk ◈
Chapitre 51 : Un nouveau départ
──────
1.
Ceres se tenait simplement là.
Les restes des fils dorés flottaient derrière elle comme du pollen.
Li Cheng avait apparemment aussi du talent pour la mise en scène.
Quoi de mieux qu’un tel tableau pour un climax ?
Ceres me regarda, puis baissa les yeux vers Yiming, qui avait rendu son dernier souffle dans mes bras.
« … »
Impossible de deviner ce qu’elle pensait à son expression.
Ceres avait toujours eu le visage presque impassible, un vrai masque de poker.
Malgré tout, je voyais bien que ses sentiments étaient mêlés.
Après un long silence, alors que Ceres s’apprêtait à parler, quelqu’un d’autre le rompit.
« Ceres Cassian. »
Putain, quelle frayeur.
Un spectre à tête de carpe sortit la tête de la mare de sang.
La carpe ouvrait et refermait la bouche en parlant d’une voix androgyne.
C’était le sort de surveillance du Chef de la maison de la Famille de la Carpe dorée, le Poisson des eaux troubles ?
« C’est un… »
Mais Ceres agita simplement la main,
et il disparut sans un bruit.
Ceres poussa un long soupir.
« Je… ne te comprends vraiment pas. »
Réfléchissons calmement un instant.
En termes purement quantitatifs, Ceres m’avait beaucoup apporté.
Elle m’avait réconforté quand j’étais au plus bas, épuisé et misérable, et elle m’avait enseigné la magie.
Grâce à son aide, j’avais pu faire capoter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule sans encombre.
Si je n’avais pas gagné sa confiance dans cette ville infernale, je ne serais jamais allé aussi loin.
Je comprenais aussi ses agissements.
Dans cette boucle, mes mouvements avaient un peu ressemblé à ceux d’un informateur, non ?
Ceres semblait également avoir des liens avec le faux Progéniteur…
De son point de vue, elle m’avait recruté comme espion, et voilà que je m’étais allié à Yiming pour lui dérober le faux Progéniteur.
Pourtant, elle ne s’était pas débarrassée de moi sur-le-champ.
Elle avait essayé de me comprendre jusqu’au bout, même si j’avais l’air d’un traître évident.
Elle avait tenté de me protéger de la Famille de la Carpe dorée, qui voulait ma mort.
Jusqu’au tout dernier instant.
Elle m’avait donné une chance, en me disant que si je lui avouais la vérité, elle passerait l’éponge et prendrait mon parti.
Si elle m’avait finalement abandonné, c’était parce que j’avais laissé passer cette occasion à cause de la pénalité.
Et après avoir appris que j’avais une sœur aînée malade, elle avait même veillé sur Arbel.
Comme la Voie premium n’était pas encore terminée, elle avait forcément tenu sa promesse.
Je le reconnaissais.
Franchement, je ne m’attendais pas à ce que Maman Ceres en fasse autant pour moi.
Notre relation n’avait jamais reposé sur une confiance solide ni sur des liens étroits.
Je m’étais rapproché d’elle avec l’intention de me servir d’elle,
et Ceres s’était volontiers servie de moi aussi.
Cette étrange tension entre nous, à bien y réfléchir, n’était qu’un sous-produit de nos intérêts mutuels. Des miettes.
« Tant mieux, alors. Yiming, celui que tu voulais éliminer, est mort. J’ai donc fait ce que tu m’avais demandé, non ? »
Et pourtant, si je lui parlais avec tant de sarcasme,
c’était peut-être, paradoxalement, parce que je m’appuyais sur elle émotionnellement.
En y repensant, ça m’énervait un peu.
J’ai levé ton Commandement, alors on en reste là ? Hein ?
Même le fidèle escort-boy Cedric avait fini par atteindre la puberté.
Les sourcils droits de Ceres tressaillirent.
Elle inspira, puis prit la parole en réprimant une colère sourde.
« Arrête tes conneries et viens avec moi. »
« Où ça ? »
« Tu comptes rester ici ? Que tu restes ou que tu retournes à Aden, tu vas mourir. »
Ceres m’attrapa le poignet.
Ses doigts étaient fins comme d’habitude, mais je sentis une urgence inhabituelle dans sa prise.
« Tu vas me sauver ? »
Ceres se retourna brusquement et me lança d’un ton sec :
« Oui, espèce d’idiot ! Tu sais seulement ce que tu as fait ? »
Hmm.
Elle allait quand même me sauver.
D’accord.
Cedric se sentait déjà un peu moins blessé.
Si elle m’offrait ensuite son numéro spécial mère-fille, je m’en remettrais probablement complètement.
« … Je suis désolé. »
Mais je ne pouvais pas la suivre, maintenant.
Je retirai doucement ma main de la sienne.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Yiming-hyung n’en savait rien, mais…
Il avait déclenché l’Écho de la Mort avec ses derniers mots, prononcés juste avant de mourir.
Au moment où une Pièce universelle atterrirait dans ma main, cette boucle prendrait fin.
Kisara Yagyu arriverait ici dans environ trois heures.
Une Exécutrice.
Les chiens de chasse du Bureau de l’administration du Paradis, chargés de protéger l’ordre d’Aden.
On les comptait parmi les plus puissants de l’humanité.
Il valait mieux ne pas se frotter à eux, mais si ça arrivait, autant avaler du cyanure.
Le problème, c’était que dès que la redoutable Exécutrice Kisara débarquerait dans la Nécropole, elle tenterait de tuer Arbel et moi.
Ma mort ne comptait pas vraiment.
Mais si Arbel mourait la première et que la boucle se terminait, puis que je rencontrais Kisara et que le point de sauvegarde était mis à jour ?
Ce serait une catastrophe absolue.
Je ne pouvais pas perdre ma chère poupée !!!
Vous savez combien de boulot j’avais abattu pour elle jusqu’ici ?!
Et Yiming resterait mort, en plus.
Ma relation avec Ceres serait toujours en ruines, elle aussi.
Cette fois, Kisara arriverait peut-être même avant trois heures.
Je devais passer à la boucle suivante au plus vite.
« Ha. »
Ceres eut un rire sans joie.
Un petit soupir, presque moqueur envers elle-même.
« Je ne comprends pas. Pourquoi tu m’en veux ? »
« Je ne t’en veux pas. »
« Si. Là, tout de suite. »
Non… En réalité, je n’étais pas en colère.
J’étais un peu à cran, mais je n’éprouvais aucune rancœur particulière envers Maman Ceres.
J’étais juste un peu déçu, c’est tout.
« Tu crois que je peux agir comme bon me semble, en fonction de ma situation ? Tu penses que j’aurais dû sauver Yiming ? Ce sale nécrophile qui n’arrêtait pas d’essayer de me descendre ? »
Ceres se mordit la lèvre inférieure et se justifia :
« Très bien. Imaginons que j’aie sauvé Yiming, comme tu le voulais. Imaginons que Ceres Cassian, directrice du Développement des ressources du Crépuscule, ait sauvé le Maître de l’encens Yiming de la Famille Xuan, qui allait être purgé. Et après ? Tu crois que je suis un dieu ? »
Ceres enchaîna sans me laisser le temps de répondre.
« C’est toi qui as trahi ma confiance en premier. Malgré ça, j’ai essayé de te protéger ! Je savais que tu m’avais trahie, mais je t’ai quand même laissé une dernière chance de t’expliquer ! Il te suffisait de dire une seule chose ! C’est toi qui as gâché cette chance ! »
Pour une raison ou une autre, elle avait l’air plus petite que toutes les Ceres que j’avais vues jusque-là.
Comme une enfant réprimandée par ses parents, qui ne savait plus quoi faire.
Attends.
Cette situation me disait quelque chose, d’une manière étrange.
#Regrets #Angoisse #Obsession
Ces mots me traversèrent l’esprit.
Allez, c’était impossible.
Notre Maman Ceres n’était pas ce genre de personnage.
Avait-elle promis de prendre soin d’Arbel parce qu’elle avait secrètement un cœur tendre ?
Oui, c’était possible.
Avait-elle pris un nouveau risque politique pour sauver le traître Cedric ?
C’était un peu inattendu, mais…
Oui, c’était possible.
Mais que Ceres perde son sang-froid et soit au bord des larmes parce qu’elle croyait que je la détestais ?
Ça faisait beaucoup trop fantasme d’otaku.
Ceres avait toujours été impitoyable.
« Alors tu vas protéger ta misérable fierté et mourir ? Tu crois que tu auras l’air cool en mourant comme un abruti ? »
Quand je faisais la moue en disant : « Hng… je boude »,
elle aurait dû répondre : « Alors crève », au lieu de me demander désespérément : « Tu crois que tu auras l’air cool en mourant comme un abruti ? »
Hmm…
Ça me gênait un peu de jouer avec les sentiments de quelqu’un comme ça.
Maman Ceres.
Je vais juste vérifier une chose, puis, à la prochaine boucle, on pourra convenir qu’il n’y a pas de rancune entre nous.
« Hoo… »
Je fermai les yeux.
Quand je les rouvris, mon regard exprimait à la perfection la tristesse limpide d’un faon.
Résignation et pardon reposaient sur mes lèvres à peine entrouvertes.
« Ceres, je suis désolé. »
« Quoi ? »
« Je n’ai pas été honnête. Mais… il y a vraiment des choses que je ne peux pas te dire. »
Ceres plissa les yeux.
« Je sais que tu as beaucoup sacrifié pour moi. Je sais que tu me considérais comme quelqu’un de spécial. »
« Toi… »
« Je sais que c’est vraiment gonflé de te demander ça, mais… prends soin de ma sœur, s’il te plaît. »
Les joues de Ceres se crispèrent.
Ses yeux tremblèrent violemment.
« Ne te moque pas de moi. Tu crois que je vais seulement ciller parce que tu joues la comédie ? »
Les veines bleues ressortaient sur le poing serré de Ceres.
Une intention meurtrière qu’elle ne parvenait pas à dissimuler, et une agitation plus profonde encore.
Je fermai les yeux, feignant d’avoir accepté mon sort.
« Tue-moi, s’il te plaît. »
« … »
« Si je dois mourir, je veux que ce soit de ta main, Ceres. Je… »
Je lui adressai même un sourire amer.
« … suis un traître. »
Au moins, je ne mentais pas.
Et maintenant, j’avais vraiment besoin de mourir rapidement.
La réponse de Ceres fut…
« Tu joues cette comédie puérile parce que tu crois que je n’en suis pas capable ? »
Une fureur absolue.
Ffff.
Du mana noir jaillit dans la main de Ceres.
Sa densité dépassait de très loin celle de tout le mana que j’avais vu jusque-là.
« Alors meurs. »
Crac !!!
Ceres balança légèrement le bras.
Ce simple mouvement broya l’espace lui-même.
Comme mâchés par les mâchoires d’un immense monstre invisible, tous les éléments présents dans cet espace disparurent sans laisser de trace.
Le projecteur qui s’y trouvait quelques instants plus tôt, le mur de briques, et même la pluie qui tombait.
Tout disparut.
Pour être précis…
Ce n’était pas moi qui avais disparu, mais l’espace juste à côté de l’endroit où je me tenais.
« … Pourquoi est-ce que… je fais ça… »
Et pourtant, Ceres, qui venait de lancer cette attaque terrifiante, baissa la tête et marmonna d’une voix faible.
Sa main, qui ne savait où aller, tremblait.
Ceres me tourna le dos.
Ses épaules voûtées avaient l’air particulièrement pitoyables.
Sa silhouette se transforma en mirage de chaleur, puis s’effaça.
« Crève. Va mourir quelque part où je ne te verrai pas, Cedric. »
Sa voix brisée flotta dans l’air, puis se dissipa.
J’attendis au cas où elle reviendrait pour me tuer, mais…
« … »
Non. Sérieusement ?
Elle m’avait laissé vivre ?
On pouvait dire que l’attachement de Ceres à Cedric dépassait mes attentes ?
J’en avais moi-même douté à moitié.
Mais le constater de mes propres yeux me laissa bouche bée.
« Bref… c’est vraiment, vraiment, vraiment la fin. »
Quoi qu’il en soit, j’avais tiré jusqu’à la dernière miette d’information avant de passer à la boucle suivante.
Il ne me restait plus qu’à m’en servir et à foncer vers une fin heureuse.
« Non. »
Il me restait encore quelque chose à faire.
.
.
.
Un peu plus tard.
Je me tenais devant le cadavre de Yiming.
« Hoo… »
Plus j’avais vécu une mort de près, plus la Sentence de mort pouvait la reproduire fidèlement.
Et, en ce moment, je profitais des effets de la Fièvre premium.
Autrement dit, chaque mort était en elle-même un super événement d’amélioration pour Cedric.
Mon corps luisait d’huile.
Je m’étais versé dessus une bouteille d’essence pour briquet Zippo achetée dans la boutique du Vieux Monde.
« Putain… mais c’est vraiment la bonne chose à faire ? »
Ça avait l’air incroyablement douloureux.
Non.
Assez de pensées lâches.
Je devais mettre Arbel en tenue de bunny girl, non ?
Et je devais encore assister au jeu de rôle de Maman Ceres en deux rôles, toute seule.
« Grand frère, veille sur moi !!!!! »
En pensant à Yiming, qui était resté vaillant jusqu’au bout,
je raffermis mon cœur vacillant.
« Tout ça, c’est pour la fin heureuse !!!! »
Je serrai le briquet dans ma main.
« El Psy Kongroo. »
2.
La magie.
C’était l’art de peindre ses délires sur les lois immuables du monde.
Pour nier la froide réalité, il fallait une obsession plus brûlante et plus profonde qu’elle.
Quelque chose de trop immense pour être maîtrisé, qui parfois engloutissait même la raison.
La seule ancre qui nous retenait au monde.
Le nom respectable qu’on lui donnait était le Mandat du Ciel.
« … Cedric. »
Ceres prit dans ses bras un cadavre carbonisé.
Ses épaules se mirent lentement à trembler, comme si elles allaient se briser.
C’était pour cette raison que le Mandat du Ciel ne pouvait pas être une noble mission.
Un manque terrible. Ou une faim bestiale. Ou un désir tortueux, sans fin.
Une malédiction éternelle.
Notes :
« El Psy Kongroo » est une formule absurde récurrente de Steins;Gate, utilisée ici comme référence dramatique à la culture populaire.
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