Chapitre 4
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 4 : La vie dans le caniveau
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1.
Une voix nasillarde résonna dans les haut-parleurs installés dans toute la ville.
« Travailleurs de la Nécropole, avez-vous bien dormi cette nuit ? Une nouvelle matinée pleine de vie s’est levée. Il est actuellement cinq heures du matin, l’heure idéale pour attraper une pioche et partir au travail. »
« Pour vous encourager à entamer cette journée avec vigueur, nous vous proposons aujourd’hui “Ô, travail !” »
« Le travail, c’est super, le travail, c’est super, nous sommes, nous sommes les porte-étendards du travail ! »
J’ouvris les yeux en grand.
Sans hésiter, je pouvais affirmer que c’était pire qu’un réveil militaire.
« Putain… Ça m’a réveillé d’un coup… »
Je me redressai d’un bond sur le lit dur et vérifiai d’abord mes doigts et mes orteils.
L’isolation de cette pièce de planque, qui me rappelait les logements ouvriers britanniques de la révolution industrielle, protégeait à peine du vent et de la pluie.
Je devais vérifier que je n’avais pas gelé pendant la nuit ou commencé à souffrir d’engelures.
Je regrettai de m’être moqué des appartements de Hong Kong sur YouTube, en les traitant de poulaillers et tout le reste.
À côté de cet endroit, c’étaient des hôtels cinq étoiles pour poules.
Quand mes mains et mes pieds se réchauffèrent un peu, je retrouvai les sensations que le froid m’avait engourdies pendant la nuit.
« Ouf… »
Je coinçai une de mes précieuses cigarettes entre mes lèvres et allumai la dernière.
La fumée âcre me piqua les yeux tandis qu’un sentiment indescriptiblement merdique montait lentement en moi.
« Alors, ce n’était pas un rêve. »
La planque où l’on m’avait abandonné à l’aide d’un dispositif magique se trouvait dans un bidonville de la Nécropole.
Mais au juste, qu’était-ce que la Nécropole ?
Aden était une Cité-Arche construite pour se protéger de la Poussière noire et des bêtes, mais l’humanité ne s’était pas contentée de ses remparts.
Elle avait érigé toutes les défenses imaginables à l’extérieur des murs, également.
Elle avait transplanté des arbres géants sacrés dont les feuilles n’étaient pas tombées depuis des milliers d’années.
Elle avait installé des armes de siège sur d’immenses îles et les avait fait flotter dans les airs.
Elle avait construit des labyrinthes où les bêtes se dévoraient et s’entretuaient.
Elle avait creusé autour des remparts des douves gigantesques, profondes comme des canyons.
Les douves au nord des murs étaient devenues le berceau de la Nécropole.
Avec le temps, l’eau accumulée dans les douves s’était évaporée. Les bêtes qui rôdaient près des remparts avaient été éliminées, et les alentours avaient été aménagés.
Le résultat : une ville merveilleuse où la lie de la société s’entassait et pourrissait.
« Arbel, espèce de sale garce. »
On pouvait parfois se faire de fausses idées.
Est-ce qu’elle avait vraiment dû me balancer dans un endroit pareil juste parce que je l’avais embrassée ?
Enfin, on disait que les humains étaient capables de s’adapter à tout.
Une semaine s’était écoulée depuis qu’on m’avait abandonné dans cette planque de poulailler. J’avais réussi à survivre, au moins.
Mais un autre problème, bien plus grave, se posait.
Grrrrou.
« J’ai faim. J’ai soif. J’ai froid… »
Les réserves de nourriture de la planque étaient maigres.
Quatre biscuits compressés qu’il fallait garder trois minutes dans la bouche avant de parvenir à les avaler.
Trois bouteilles d’eau au goût de désinfectant.
J’avais tout fini depuis belle lurette.
Il n’y avait pas d’application de livraison de repas et je n’avais pas une seule pièce.
Si je voulais vivre, il fallait que je sorte gagner de l’argent.
« Est-ce que je peux vraiment sortir ? »
Pourtant, à part quelques coups d’œil dehors de temps en temps, j’étais resté enfermé pendant une semaine.
À cause d’une éventualité.
Et si cet exil n’avait pas été organisé par Albert et Arbel, mais résultait d’une véritable attaque ?
Et si on ne m’avait pas abandonné, mais éjecté en urgence ?
Autrement dit, et si l’histoire d’« attaque » racontée par Albert était vraie, et que je devais vraiment cacher mon identité ?
Je devais envisager que des poursuivants puissent me tomber dessus à tout moment.
Si je me baladais dehors sans réfléchir, mon identité risquait d’être découverte, et il était impossible de mesurer les conséquences.
Mais je ne pouvais pas mourir de faim.
Il fallait que je sorte et que je me débrouille.
« Y a pas des mamans à Cedric, au lieu des mamans à chat… ? »
Alors que je déplorais cette vie mouvementée qui venait de se transformer en jeu de survie, une phrase de cette émission matinale assommante me parvint.
« Nous passons à présent à une annonce concernant les rations alimentaires. Des rations gratuites sont distribuées aux travailleurs à l’hôtel de ville. Nous vous invitons à en profiter. Nous répétons… »
Putain ! Il y avait vraiment des mamans à Cedric !
Je n’avais pas de temps à perdre.
« À manger ! »
J’attrapai un manteau en loques, le tirai sur ma tête et courus dans la rue.
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::: Nouvelle zone découverte (NOUVEAU !) :::
Des bâtiments de verre et d’acier.
Des déchets qui pleuvaient sans fin du ciel.
De la vapeur épaisse et un smog vert sombre et trouble.
Des citoyens pleins de vie reprenaient le chemin du travail pour pouvoir vivre demain !
Voici le dépotoir où la Cité-Arche abandonne ses rebuts, et la ligne de front de l’expansion territoriale de l’humanité.
La Nécropole.
Oh, faites attention à vos poumons.
Un smog toxique recouvre en permanence la Nécropole.
CONSEIL
- La viande de fée est une spécialité de la Nécropole ! N’hésitez pas à y goûter !
- Méfiez-vous des gestes de bonté sans raison. Il y a de fortes chances qu’on ne vous souhaite pas la bienvenue.
- Les fixeurs tuent les vagabonds pour passer le temps. Quel passe-temps charmant. À la Nécropole, les cadavres sont une excellente source d’argent de poche.
- Fouillez soigneusement les décharges. Vous pourriez y trouver un repas convenable.
- Si vous vous rendez dans une clinique d’augmentation, vérifiez toujours qu’elle est agréée par l’hôtel de ville ! Les effets secondaires des cliniques clandestines sont graves !
2.
Je tirai mon manteau assez bas pour cacher mon visage et me dirigeai vers l’hôtel de ville en quittant les bidonvilles.
Je n’eus pas de mal à trouver mon chemin.
La Nécropole avait été bâtie dans des douves. Toute la ville s’étirait en ligne droite, comme un sandwich coincé entre des falaises.
Il me suffisait de suivre l’avenue centrale en direction de l’hôtel de ville.
Des bâtiments s’élevaient de façon anarchique des deux côtés de l’avenue, sans tenir compte des coefficients d’emprise au sol ni des limites de surface constructible, formant un véritable labyrinthe. Le long des parois des douves, j’aperçus même des constructions creusées à même la falaise et agrippées à son flanc comme des bernacles.
À ses endroits les plus étroits, les douves faisaient moins de cent mètres de large. Ils semblaient donc utiliser le moindre espace disponible.
Le désordre et le chaos posaient problème, mais…
La densité de population était encore pire.
« C’est la ligne une ou quoi… ? »
La Cité-Arche avait apparemment décidé de faire comme Séoul et de lui envoyer ses ordures et ses rebuts humains.
Le syndrome NIMBY.
Un sérieux problème de société.
C’était vraiment un univers dystopique de fantasy sombre fusionpunk.
Combien de genres ce monde avait-il mélangés, au juste ?
Les rues bondées étaient noyées dans une lueur vert trouble et dans l’éclat des enseignes tape-à-l’œil.
Puis, une odeur de nourriture d’un réalisme brutal s’invita dans ce décor irréel.
Je m’arrêtai.
Une rangée de débits de boisson et d’étals de rue longeait un côté de la route. On aurait dit un marché nocturne chinois.
Des voix bruyantes se mêlaient à la vapeur qui rampait au ras du sol.
« Viande de fée fraîche ! »
« Putain… Il faut que je me tire de ce coin au plus vite. Ce quartier est vraiment merdique. »
« Gagne assez aujourd’hui, vis aujourd’hui. Gagne assez aujourd’hui, vis aujourd’hui. Gagne assez aujourd’hui, vis aujourd’hui… »
« Patron ! Encore un verre ! Tu vois pas que mon verre est vide, connasse ? »
« Pourquoi y a autant de trucs là-dedans, aujourd’hui ? »
L’hôtel de ville se trouvait dans cette direction, de toute façon. Je m’avançai donc dans le marché comme hypnotisé.
Des gens de toutes sortes s’empiffraient avec avidité.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Je fronçai les sourcils.
Aucun de ces aliments n’avait l’air ne serait-ce qu’un peu normal.
Sur les étals, des rats écorchés avaient encore la tête attachée au corps.
Des morceaux de viande étiquetés « viande de fée » pendaient à des crochets, dégoulinant de sang.
Ici, il semblait tout à fait normal de retirer avec les doigts des mégots de cigarette et des éclats de verre d’un ragoût avant de le manger.
Le spectacle était absolument écœurant.
Mais…
Grrrrou.
Mon estomac, qui n’avait rien avalé d’autre que de l’eau depuis trois jours, frémit à l’odeur de nourriture.
… En regardant de plus près, certaines choses avaient l’air acceptables.
Il y avait d’étranges crustacés appelés crabes plats des égouts.
Il y avait aussi des poissons bizarres, entiers, qui ressemblaient à des créatures des abysses et avaient été frits dans l’huile.
Les prix allaient de quelques centaines à cinq mille Bios.
Même la tête de mouton à la vapeur, qui avait l’air la plus chère, ne coûtait pas plus de dix mille Bios.
Le prix d’un cocktail d’huîtres suffirait à nourrir correctement quelqu’un pendant un mois.
Mais sans le moindre sou, tout cela était hors de portée.
« Vous faites goûter gratuitement ? »
« Quoi ? Dégage, petit mendiant. »
Évidemment que non.
Je tournai les talons, déçu, et repris la route vers l’hôtel de ville.
Une grande foule faisait déjà la queue devant le bâtiment.
« Excusez-moi. C’est bien la file pour les rations alimentaires ? »
« Dégage, minus, à moins que tu veuilles mourir. »
Hmm. On dirait que j’étais au bon endroit.
La faim rendait les gens méchants.
Les gens dans la file avaient l’air si misérables que je fus convaincu que ceux que j’avais vus tout à l’heure dans les débits de boisson formaient la classe moyenne de cette ville.
Après environ deux heures d’attente, mon tour arriva enfin.
L’employé de l’hôtel de ville me lança nonchalamment une ration alimentaire enveloppée dans du papier bon marché.
« Voilà. Au suivant. »
« Merci. »
Elle pesait plus lourd que prévu. J’avais l’impression de porter une brique emballée.
« Hé. »
Une voix grave m’arrêta alors que je baissais la tête pour m’éloigner.
C’était l’employé de l’hôtel de ville qui venait de me jeter la ration.
« Moi ? »
« Ouais, toi. Celui avec le manteau. »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« C’est la première fois que tu viens dans cette ville, pas vrai ? Ça se voit tout de suite. »
Putain.
J’étais content que personne ne vérifie ma pièce d’identité, et voilà que je me faisais repérer comme ça ?
« Tss. C’est la merde, mais tiens bon. Ne te promène pas avec ça à découvert, tu te feras dépouiller. Cache-la bien. Sers-toi de ça pour te couvrir et dormir quand il fait froid. »
L’employé me lança, en plus de la ration, ce qui ressemblait à une bâche imperméable bon marché.
C’était donc ça, l’humanité ?
La Nécropole n’était peut-être pas si dure que ça, après tout.
« Merci !!! »
Suivant le conseil de l’employé, j’enveloppai soigneusement la ration dans la bâche et rentrai chez moi.
Je recueillis aussi un peu d’eau accumulée dans une gouttière.
C’était répugnant, mais je n’avais pas le choix.
Je laisserais les impuretés se déposer avant de la boire.
En rentrant, ma demeure me parut encore plus petite qu’avant.
Rien n’indiquait qu’Albert était venu ou reparti.
Ce n’était pas important pour l’instant.
« À manger. À manger !!! »
J’avais passé trois jours entiers sans rien avaler d’autre que de l’eau.
La simple idée que de la nourriture se trouvait juste devant moi me faisait saliver au point d’en avoir mal à la bouche.
« La ration offerte par le maire… Je ne l’oublierai jamais, tant que je vivrai… »
Au moment où je décollai l’emballage étrangement collant, le bout de mes doigts se raidit malgré moi.
Évidemment.
Je n’aurais pas dû m’attendre à ce qu’une ville qui suintait la dystopie distribue gratuitement de la nourriture correcte.
Mais…
« … C’est trop… »
C’était un bloc noir et luisant, à la texture de yokan.
Des morceaux étaient visibles à travers la masse opaque.
De longues antennes, des pattes velues, des carapaces chitineuses brillantes.
N’importe qui pouvait deviner les ingrédients de ce bloc protéiné.
« Espèce de sale garce !!!! »
Au moins, ils avaient assez bien broyé les cafards pour que les parasites installés à l’arrière de la file ne sachent pas ce qu’ils mangeaient !!!!
Boum boum boum boum !
« Ferme ta gueule ! »
Le voisin donna des coups de pied dans le mur pour protester, mais je ne parvins pas à contenir ma fureur.
« Putain ! Putain ! Putain ! »
Arbel, espèce de garce. Je me vengerai, sans faute.
Mon estomac vide se remplit de vengeance.
Tant que j’étais né humain, je préférais mourir plutôt que de rester en vie en mangeant un truc pareil.
Ce n’était pas une vie humaine. C’était une vie de porc.
.
.
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« … On dit que les cafards sont les cousins des crevettes. »
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::: Défi (NOUVEAU !) :::
- Goûtez la spécialité de la Nécropole : le bloc nutritif. +1 pt
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3.
Tard dans la nuit.
Je tenais mon ventre adorablement gonflé et me retournais dans le froid, sur le point de m’endormir, quand…
Clic.
J’entendis une serrure tourner.
Celle de ma porte d’entrée.
L’endroit était minuscule. Impossible que je me sois trompé.
Le sommeil s’envola et tous mes nerfs se tendirent.
Un poursuivant.
L’être sans visage dont je me méfiais sans cesse me hérissa les nerfs.
Mais, en même temps, l’espoir fleurit en moi.
Peut-être…
La personne derrière cette porte était peut-être Albert ou Arbel.
Peut-être étaient-ils venus me ramener, en se disant : « Il a assez réfléchi, maintenant. »
Quoi qu’il en soit, nous étions une famille. Est-ce qu’ils m’abandonneraient vraiment dans un endroit pareil ?
Crîîî !
La porte s’ouvrit dans un grincement qui donnait l’impression que ses gonds allaient céder.
Une pièce sombre, sans éclairage.
Une silhouette familière.
La personne qui entra n’était autre qu’Arbel, celle contre qui j’éprouvais tant de rancune.
Toi, justement, je te cherchais.
Mais la vengeance d’un gentleman n’était jamais trop tardive, même après dix ans.
« Grande sœur… ! J’ai vraiment beaucoup réfléchi… »
Je me figeai dans la posture où j’étais sur le point de tomber à genoux, les larmes aux yeux.
« … Ma sœur ? »
Arbel, immobile dans l’encadrement de la porte, n’avait visiblement pas l’air dans son état normal.
Ses vêtements étaient très froissés et déchirés, et des taches de sang séché la recouvraient par endroits.
Parmi ses yeux dorés, d’ordinaire si vifs et intelligents, le gauche ne semblait plus rien voir.
Elle avait l’air au bord du gouffre.
Comme une fleur de cerisier à la fin de sa vie.
« Cedric… »
Arbel prononça doucement mon nom, puis s’effondra comme si elle tombait en morceaux.
Bien rattrapée !
Si je ne m’étais pas précipité pour la retenir, elle se serait écrasée la tête la première sur le sol.
Je plissai les yeux en tenant Arbel dans mes bras.
Sa respiration était faible.
Une sueur froide abondante lui coulait sur le visage malgré le froid glacial.
Son corps, étonnamment petit et frêle, me sembla brûlant.
Avec les seules notions de garrot et de réanimation cardio-pulmonaire apprises pendant mes classes, je pouvais le dire.
« Quoi ? »
Arbel était en train de mourir.
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