Chapitre 49
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 49 : Grand frère (2)
──────
Tel un taureau furieux, Yiming fonça droit devant.
Rowan était faible en comparaison, mais parvint tant bien que mal à combler les brèches.
Nous repoussions les jiangshi dos à dos, comme Zhang Fei et Guan Yu.[1]
Bien sûr, j’étais Guan Yu. J’étais le plus peureux et le plus faible des deux.
« Si nous rejoignons l’extrémité est du secteur F, nous trouverons un monte-charge relié à Aden. Nous irons là-bas et quitterons la Nécropole. »
« Ça me va, grand frère ! Allons à la Maison-Bleue ! »
Nous n’avions qu’un seul objectif.
Fuir vers Aden.
Oui, oui, je savais.
Cette partie était fichue de toute façon.
Maman Ceres avait promis de s’occuper d’Arbel, alors je ne craignais pas trop d’être contraint de terminer la partie…
Même si, par miracle, nous parvenions à rejoindre Aden après tout ça, Dormammu recommencerait dans quelques jours.
En toute logique, en tant que régresseur, j’aurais dû me dire :
« Ha, cette partie a échoué ? (Sourire amer.) »
« La prochaine sera différente. (Détermination solennelle.) »
Ensuite, j’aurais pu me coller une cigarette au bec, prendre une pose classe et mourir.
Mais…
« Rowan ! Je passe devant ! »
« Oui, grand frère ! Je te suis ! »
Comment aurais-je pu abandonner ?
Grand frère Yiming n’avait pas encore renoncé, et moi, j’étais censé dire : « Tant pis, on recommencera au prochain tour » ?
Est-ce que je pouvais encore me prétendre un homme avec deux couilles ?
Je ne voulais pas être aussi pathétique.
Même si un retour à la case départ m’attendait.
Je brûlerais ma vie aux côtés de Yiming, dans cette partie, jusqu’au bout.
Alors nous avançâmes, encore et encore.
Du quartier des bouchers au quartier résidentiel, où s’entassaient des maisons semblables à des cages.
Du quartier résidentiel à l’allée des prêteurs sur gages, bordée de boutiques de prêt sur gages.
De l’allée des prêteurs sur gages à la rue du Chaudron de fer, où les herboristes préparaient des élixirs.
Nous avions rejoint la place du secteur C depuis la rue du Chaudron de fer.
Mais alors…
Dring, dring, dring, dring.
Comme pour prouver qu’ils étaient bien des Chinetoques, les salauds de la Famille de la Carpe dorée nous envoyaient des vagues humaines à répétition, comme l’armée communiste chinoise.
« Grand frère Yiming ! Il en arrive encore ! »
« Putain, encore ? La cinquième vague commence à faire mal. »
« C’est vraiment nécessaire ? »
« Ces salauds de la Carpe dorée ont décroché le gros lot. Ils ont un prétexte, et l’occasion de découper en toute légalité un Maître de l’encens de la Famille Xuan. »
J’ignorais quel mécanisme faisait bouger ces jiangshi, ou qui les contrôlait.
Mais à ce stade, je percevais clairement leur objectif.
« Hah… Hah… ! »
Une guerre d’usure.
Plus précisément, l’usure de Yiming.
Yiming avait foncé partout comme un train fou, mais son souffle était déjà devenu rauque.
La sueur lui ruisselait du front comme la pluie, et il était visiblement plus lent qu’avant.
« Grand frère, ça va ?! »
« Espèce de petit con ! Je ne suis pas fatigué. Je n’ai même pas encore montré toute ma force. J’en ai encore sous le pied ! »
« Waouh… C’est bien digne de grand frère Yiming ! Mais sois honnête, s’il te plaît ! »
« En fait, je suis un peu fatigué ! »
La situation ne jouait pas en notre faveur.
Yiming avait beau doser ses coups de poing, c’était comme utiliser un canon pour tuer des moustiques.
Comme voir sa fortune fondre lentement à cause des frais dérisoires d’un casino.
La dépense forcée l’épuisait peu à peu.
Dring, dring, dring, dring, dring.
Je regardai les jiangshi, dont les rangs ne semblaient pas diminuer le moins du monde.
Je regardai les têtes de carpe qui continuaient à nous observer depuis les flaques d’eau stagnante disséminées partout.
Était-ce ça, la terreur de la Nécropole ?
Même un mage de deuxième rang ne pouvait-il pas défier la ville elle-même ?
On aurait dit que nous étions tombés dans un piège de fourmilion.
Hum, franchement…
Grand frère Yiming avait l’air de ramer un peu trop pour un mage de deuxième rang…
« Oh ! »
Je coupai court à cette pensée.
Comment pouvais-je avoir des idées aussi irrespectueuses alors que grand frère Yiming brûlait de combativité ?
Je n’avais pas le choix.
Yiming avait risqué sa vie pour moi.
Alors lui offrir la mienne relevait autant de l’honneur que du devoir.
Vie embrasée, l’artefact que j’avais obtenu la dernière fois et qui m’accordait trois minutes de puissance en échange de mon espérance de vie.
Il était de rang SR, après tout.
Je devais au moins essayer de m’en servir une fois.
« Échange équivalent ! »
.
.
.
Mon champ de vision changea d’un coup, comme si quelqu’un venait de changer de chaîne à la télé.
Il n’y avait plus de jiangshi. Plus de bâtiments chinois désordonnés et entassés du secteur C.
« … Quoi ? »
Un monde vidé de ses couleurs.
Un silence oppressant.
Tout ce que je voyais était en noir et blanc.
Des cendres blanches tombaient du ciel comme de la neige.
Je regardai autour de moi.
Sur des collines interminables, formées par des amas de cendres…
D’innombrables bougies étaient plantées dans le sol comme des pierres tombales.
« C’est l’anniversaire de qui ? »
Les bougies étaient toutes dans des états différents.
Certaines avaient brûlé jusqu’à la mèche, noircies et réduites à leur seule forme. D’autres avaient fondu à moitié avant de se solidifier. Quelques-unes ne dégageaient qu’un mince filet de fumée.
Leur longueur et leur épaisseur variaient, mais elles avaient toutes un point commun.
Aucune n’était allumée.
Sauf une.
Fwoosh !
Au beau milieu de ce cimetière gris.
Une seule chose brillait dans ce monde sans couleur.
Une bougie allumée, plantée dans un chandelier doré.
Ding !
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Activation de « Vie embrasée ».
Vérification de l’espérance de vie restante.
▶ Espérance de vie restante : 58 ans.
[Sélectionnez la durée de vie à incinérer.]
【 Incinérer 7 ans 】
- Dépassez vos limites pendant un instant.
【 Incinérer 17 ans 】
- Obtenez la puissance nécessaire pour combler l’écart de rang.
【 Incinérer 57 ans 】
- Brûlez tout ce qu’il vous reste et créez un miracle.
※Avertissement※
- La durée de vie consommée sera définitivement retranchée de votre espérance de vie de base lors des prochaines parties.
- L’état « Cendres de l’âme » sera appliqué à la durée de vie consommée.
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La description de Vie embrasée indiquait que l’objet « ne pouvait pas être retiré ».
Je n’aurais jamais cru que chaque partie me donnerait une espérance de vie différente.
Mais ça ne m’inquiétait pas trop.
« Je peux la récupérer et rembourser ça ! »
Les mages pouvaient rallonger leur espérance de vie grâce aux Pièces universelles.
Quand même…
« C’est quoi, ces putains de Cendres de l’âme ? »
Je ne pourrais comprendre qu’en essayant.
Je devais m’en servir au moins une fois si je voulais pouvoir le faire à nouveau plus tard.
Et tant qu’à faire, autant estimer mes statistiques futures pendant que j’en avais l’occasion.
Il y avait trois options : sept ans, dix-sept ans ou cinquante-sept ans.
« Cinquante-sept ans, c’est trop, et sept ans, pas assez. Allez, dix-sept ans. »
Je choisis un nombre à la hauteur de la fraternité ardente de Yiming et moi.
Fwoooooosh !
La bougie brûla aussi intensément que le lien fraternel entre Yiming et moi, puis fondit à toute vitesse.
Dix-sept ans d’espérance de vie s’évanouirent en un instant.
Et en échange, dans mon corps…
« Oh ! Ooooooh !!!!! »
Un dieu descendit sur terre.
Du mana.
Un mana écrasant, indescriptible.
Un mana visqueux, semblable à du goudron, remplit les circuits de mana qui s’étaient desséchés comme frappés par la sécheresse.
La Gravure de la Sentence de mort chauffa comme si on y avait appliqué un fer rouge, puis s’étendit et prit racine.
Quand le processus s’acheva…
Dring, dring, dring.
« R-Rowan ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que tu as fait ? Ton mana, tout à coup… ? »
Mon corps et mon esprit étaient revenus à la réalité.
« Ouf… »
Des cendres grises voltigèrent dans mon souffle pâle.
Un mana chargé de mort bouillonnait sans fin en moi, comme si un réacteur géant venait de se former dans mon corps.
Je le compris instinctivement.
Ah.
C’était donc ça ?
La vision d’un mage de premier rang ?
Et je compris autre chose.
Ce que je pouvais faire, maintenant.
« Grand frère, repose-toi un peu. »
Je fis un pas en avant.
La Sentence de mort imposait à sa cible la cause de décès issue du paysage mental que j’imaginais.
À première vue, ça ressemblait à une compétence complètement cheatée, mais le processus n’avait rien d’assez simple pour mériter ce qualificatif.
Comment allais-je les tuer ? Sous quelle forme allais-je les découper ? À quelle profondeur allais-je les poignarder ?
Je devais faire surgir chaque détail de cette image et le superposer à la réalité.
Mais à présent, c’était inutile.
Je n’avais qu’à préparer le résultat.
Je formai des mudras.
Le mana visqueux qui jaillissait de mon corps se dispersa dans le ciel.
Comme la rosée qui s’accumule au plafond, il se condensa et prit bientôt la forme d’un plat.
Vu d’en bas, on aurait dit une surface d’eau noire reflétant la terre.
Il ne me manquait qu’une chose.
Une incantation putain de classe.
Je pris une voix grave.
« Ô Dieu. Quelle ville laide. Sur cette terre sans couleur, seul le péché persiste. »
« Regardez, agneaux ignorants. Contemplez le poids des péchés que vous avez accumulés. »
Que Yiming me regarde avec des yeux ébahis ou non, je poursuivis mon incantation avec le sérieux d’un croque-mort récitant un requiem.
« Je suis Celui qui apporte la pluie. »
Parce qu’un homme n’a que quelques jours dans sa vie pour se tenir fièrement et réciter des phrases aussi classes.
« Vos âmes sans poids ne peuvent même pas supporter celui d’une seule goutte. »
« Acceptez-le. Et faites-vous écraser… »
« … Lamentation céleste. »
Lorsque mon incantation improvisée s’acheva,
le ciel se mit à pleurer.
D’épaisses gouttes d’un liquide noir comme le goudron tombèrent au sol.
Ploc. Ploc-ploc.
Au début, il n’y eut que quelques gouttes.
Le liquide noir n’avait pas l’air particulièrement dangereux. On aurait juste dit un truc qui ferait tomber les cheveux.
Mais dès que les gouttes touchèrent les jiangshi…
La cause de mort inscrite dans mon mana s’accomplit de force.
Crac ! SPLAT !
La mort infligée était ma première cause de décès : la chute.
Les jiangshi entassés les uns contre les autres furent écrasés et éclatèrent comme s’ils avaient été précipités du haut d’un gratte-ciel sur le bitume.
Shhhhhhh !
Puis s’abattit une pluie noire, assez violente pour effacer les couleurs du monde.
SPLAT ! Crac ! Crack !
La vague de jiangshi qui remplissait la ruelle s’effondra comme une rangée de dominos.
Le bruit de la chair et des os broyés se mêla à la pluie pour créer une harmonie aberrante.
Une chaîne de morts grotesque.
Des fleurs rouges éclosaient à travers les interstices entre les gouttes noires.
Elles s’ouvraient, fleurissaient, puis retombaient.
Le vacarme des cloches avait disparu.
Pas un jiangshi, pas un rat rampant sur le sol, pas même un bébé cafard.
Rien ne pouvait s’échapper.
Une fois l’averse noire passée sur la terre, il ne resta que la mort.
Zone nettoyée.
J’avais réussi, et ma poitrine était gonflée d’une putain de fierté.
Plus encore que les bonnets H de Maman Ceres.
« C’est ça… un vrai mage ? »
Était-ce vraiment là le pouvoir d’un simple humain ?
Au bout de trois minutes, la toute-puissance qui emplissait mon corps disparut.
Un vide indescriptible s’installa en moi.
Mais la situation était trop compliquée pour que je m’abandonne à ce genre de sentiments.
« J’ai dégagé la route, grand frère. Maintenant, on se tire. »
Je souris à Yiming en essayant de me remémorer toutes les sensations qui persistaient dans mes circuits de mana.
« Espèce de petit con ! Depuis quand tu caches tout ça à ton grand frère ?! »
Yiming, qui était resté bouche bée, me fit un pouce levé.
::: Défis (NOUVEAU !) :::
- Utiliser une magie de premier rang. +5 pt
2.
« Rowan, petit con, comment tu as fait ça ? Ce n’était pas du niveau d’un mage de septième rang. C’était un artefact ? »
« Grand frère, j’ai aussi quelques cartes cachées. Mais je ne peux plus rien faire, maintenant. »
« D’accord ! Tu nous as sauvés, c’est tout ce qui compte ! »
Bien sûr, ça ne voulait pas dire que j’étais plus fort que grand frère Yiming.
Seulement qu’en raison de nos capacités respectives, Cedric pouvait bien mieux s’occuper d’écraser les faibles.
Quoi qu’il en soit, les obstacles avaient disparu, et nous n’avions plus besoin d’avancer à la vitesse d’une limace.
Nous atteignîmes ainsi la dernière étape de cette histoire.
Atlas, le célèbre terminal de monte-charge du secteur F.
Une charpente d’acier agrippée à la falaise.
Des câbles d’acier plus épais que la taille d’un homme adulte.
Ça ressemblait moins à un bâtiment…
qu’à la colonne vertébrale d’une créature mécanique géante parasitant la falaise.
Grondement. Grondement.
Le bruit de moteurs, quelque part, frappait les parois des douves et résonnait comme le tonnerre.
Des résidus bleus de mana se mêlaient à un smog étouffant, drapant le ciel au-dessus du secteur F de sa couleur si particulière.
Je levai les yeux vers ce spectacle grandiose, au point de me faire mal au cou.
« C’est putain d’incroyable. »
« Pas vrai ? »
Le ciel de la Nécropole était entièrement recouvert de Poussière noire.
Ça signifiait que le Vide était répandu partout dans le ciel.
Autrement dit, Atlas était le seul chemin vers Aden.
La Famille de la Carpe dorée le savait évidemment aussi.
« Vous avez fait un long chemin. Vous devez être fatigués. »
Un homme apparut comme s’il nous avait attendus.
Il portait un changpao impeccable.
Des carpes dorées étaient brodées en masse sur sa poitrine.
Un bel homme aux traits doux, avec un air mielleux.
Il avait franchement l’air d’un traître.
Il devait sans aucun doute gagner misérablement sa vie en escroquant des femmes innocentes.
« Ça faisait longtemps, Xuan Yiming. »
« Hé, Li Cheng. C’est vrai, ça fait un bail qu’on se connaît, non ? Laisse-nous partir tranquillement, juste cette fois. La prochaine fois qu’on se croisera, je t’accueillerai à bras ouverts. »
« Ce sera difficile. C’est vous qui vous êtes attaqués à mes biens. Heureusement, j’ai pu les récupérer, mais la situation a bien failli devenir très compliquée. »
Ding !
Une notification retentit.
[ L’effet Rencontre prédestinée s’active ! ]
[ Vous avez rencontré un personnage clé du scénario ! ]
Ah, je commençais à voir où tout ça nous menait.
C’était ce salaud qui avait abandonné le faux Progéniteur au sous-sol ?
Dans tous les cas, la notification avait dû apparaître parce qu’il était étroitement lié aux « poupées ».
Je savais à peu près qui étaient les dirigeants des Produits pharmaceutiques Overnus.
Li Cheng, le Bâton rouge de la Famille de la Carpe dorée.
Son nom m’était resté en tête parce qu’il sonnait bizarrement comme une blague sur ta mère.
Et un Bâton rouge, c’était…
Un dirigeant chargé de la force de combat d’une organisation.
« Je vais vous offrir une fin confortable, en souvenir du bon vieux temps. »
Li Cheng était la plus grande force de frappe de la Famille de la Carpe dorée.
Et il avait de grandes chances de devenir le boss final de cette Route Premium.
Un mage de troisième rang.
Notes :
[1] Zhang Fei et Guan Yu : frères jurés et célèbres guerriers du Roman des Trois Royaumes, symboles de camarades d’armes loyaux.
- « Dormammu » fait référence à Doctor Strange, où le nom évoque le fait d’être piégé dans une boucle temporelle répétitive.
- La Maison-Bleue était l’ancienne résidence présidentielle de la Corée du Sud. La suggestion soudaine de Cedric est volontairement absurde.
- « Bâton rouge » est un titre chinois de la mafia. La blague vulgaire du narrateur sur la sonorité du nom de Li Cheng ne se transpose pas directement en français.
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