Chapitre 35
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Haruto
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ La vie d’un accro au gacha dans Fusionpunk ◈
Chapitre 35 : Un fixeur pour les affaires clandestines (2)
──────
1.
« Hé, sors et attends dehors. »
À la vue des bas, l’expression de Yiming changea du tout au tout.
« Rowan, tu as mangé ? »
« Pas encore. »
« C’est l’heure du déjeuner. Viens boire un verre avec moi. »
« Un repas avec le Maître de l’encens ? J’en suis honoré, vraiment honoré. »
C’était bon signe.
Peut-être que c’était pareil dans toutes les cultures, mais dans cette ville, inviter quelqu’un à manger ne voulait pas simplement dire lui remplir l’estomac.
Réfléchissez un peu.
Pour quelqu’un comme Yiming, offrir un repas sans perdre la face…
Dans une ville où tout ce qui avait ne serait-ce qu’un semblant de classe coûtait une fortune, cela signifiait qu’il m’offrait un repas d’au moins 50 000 Bios.
En tant qu’homme, je pouvais comprendre ce que ressentait Yiming.
Si j’avais eu des bas que la directrice Ceres avait retirés elle-même, j’aurais moi aussi pu offrir un repas de folie à quelqu’un.
Je suivis discrètement Yiming jusqu’à un salon privé.
« Mets-toi à l’aise. Tu veux encore à boire ? »
« Oui, monsieur ! »
« Voilà ! Les grands héros doivent tenir l’alcool ! »
La pièce ressemblait à un salon privé dans un restaurant chinois chic.
En voyant le plateau tournant, j’eus envie de crevettes au piment et de nouilles à la sauce aux haricots noirs.
« Au fait… c’est vraiment authentique, hein ? »
« Bien sûr. Tu peux vérifier toi-même. »
Yiming avait l’air à moitié en transe.
Les yeux brûlants, comme s’il examinait une œuvre d’art, il caressa avec soin les bas que je lui avais offerts un peu plus tôt.
« La transparence est… hmm. Exquise. Il y a un léger fil tiré au niveau du mollet et… ah… l’odeur citronnée de Ceres se mêle subtilement à celle de la sueur. Parfait. C’est indéniablement authentique. Et de première qualité, en plus. »
« … »
J’en avais la chair de poule.
Était-ce ce que ressentait un poisson en voyant quelqu’un caresser tendrement le ver accroché à son hameçon ?
Je ne m’attendais pas à ce qu’il les aime à ce point.
Bientôt, la table se couvrit de plats.
Du porc Dongpo, du poulet ivre mariné au vin de Shaoxing et à l’alcool médicinal avant d’être refroidi, un bouddha saute par-dessus le mur mijoté avec de l’aileron de requin et des matsutakés, et bien d’autres choses encore.
Waouh ! Un vrai festin, ça faisait une éternité !
Le repas était encore plus luxueux que prévu.
Finalement, pas besoin de crevettes au piment !
« Petit frère Rowan, mangeons. »
« Merci pour le repas ! »
Il m’avait même promu au rang de petit frère.
À quel point Yiming m’aimait-il, au juste ?
« Petit frère, j’ai bien reçu ton cadeau. Alors, qu’est-ce que tu voulais me demander ? »
« Rien de bien important. Je souhaite simplement entretenir de bonnes relations avec vous, Maître de l’encens. »
« De bonnes relations ? »
Bon, alors.
Voyons pourquoi j’avais fait tout ce chemin, pourquoi j’avais mariné des crabes venimeux avec Sunming, et quel rapport tout cela avait avec l’arrêt du Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Yiming s’était allié à la directrice Gisela pour transformer le cadavre de Ceres en « jouet », tandis que Gisela pouvait éliminer ses rivales et faire avancer le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Ça ne voulait pas dire qu’ils étaient amis.
Leurs intérêts convergeaient, c’est tout.
*Yiming a probablement encore les documents que je lui ai donnés.*
*Hmm, une assurance.*
*C’est ça. Gisela pourrait recevoir les documents et se mettre à avoir d’autres idées. Si ça tourne mal, il la dénoncera sans doute à Overnus. Tant qu’elle ne les aura pas, Gisela continuera à coopérer avec Yiming.*
*Mais même si Gisela les récupère et crie à la trahison, pourront-ils prouver que dame Ceres a divulgué les informations ?*
*Oui. Il y a un filigrane.*
*Pourquoi faire quelque chose d’aussi risqué… ?*
Quoi qu’il en soit,
Gisela ne pouvait pas s’en prendre immédiatement à Ceres, faute de preuves.
Yiming observait la situation et gardait les preuves pour lui.
Et Ceres avait une faiblesse gênante qui lui liait les mains.
Le premier engrenage capable de débloquer la situation, c’était Yiming.
Par exemple, si Yiming informait Produits pharmaceutiques Overnus du Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule…
Overnus mettrait un terme au Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Au minimum, le projet serait suspendu.
C’était ce que m’avait dit Ceres.
Alors, que je trouve un moyen de faire pression sur lui ou que je m’y prenne autrement, il me fallait d’abord approcher Yiming si je voulais qu’il agisse différemment de la fois précédente.
Et le moyen le plus naturel de l’approcher, c’était…
« Vous pourriez m’engager comme votre zuobi ? »
Zuobi signifiait littéralement « bras gauche ».
C’était une forme d’emploi particulière, très répandue notamment chez les trois familles d’Overnus, qui tenaient énormément aux apparences.
Les affaires trop personnelles pour être confiées à son bras droit sans perdre la face.
Un fixeur chargé de ces sales besognes clandestines.
Sunming, son demi-frère, avait été le zuobi de Yiming.
Le faible de Yiming pour Ceres était réel.
Et ce type était encore plus pervers que je ne l’avais imaginé.
Rien ne l’empêchait d’avoir plusieurs zuobi. Je me dis donc que je pouvais remplacer Sunming comme son « bras gauche ».
Yiming se gargarisait de baijiu avant de renifler.
« Sunming. Tu t’en es débarrassé ? »
« Quoi ? »
Mon cœur rata un battement.
Putain, c’était quoi ça ?
Ce crétin n’était donc pas si stupide ? Il avait compris aussi vite ?
« Je veux dire, j’ai perdu le contact avec lui du jour au lendemain. Et puis tu débarques au bon moment en me demandant de faire de toi mon bras gauche. »
Sunming avait disparu la veille seulement.
Je pensais que ça ne paraîtrait pas encore bizarre.
Alors, même s’il avait l’air d’un bon à rien, un cadre de la Famille Xuan devait quand même avoir un minimum de jugeote ?
Je gardai un visage impassible. Yiming agita la main.
« Peu importe. C’était mon demi-frère, mais il ne servait qu’à faire des courses. »
« Désolé, mais je ne vois pas ce que vous voulez dire. »
« Oublie ça. Ça ne te regarde pas. »
Oh, il prenait ça vachement bien.
En même temps, s’il avait tenu à son demi-frère, il ne l’aurait pas laissé végéter comme un simple fixeur de grade sept.
« Petit frère, reprends ce que tu disais. Si je fais de toi mon zuobi, qu’est-ce que tu peux m’apporter ? »
« Comme aujourd’hui, je peux continuer à vous apporter des “cadeaux”. »
Les yeux de Yiming s’écarquillèrent tandis qu’il se servait un bouddha saute par-dessus le mur.
Son regard perçant se troubla et ses joues rougirent.
« Explique. Explique-moi plus en détail. Tu veux dire que tu vas continuer à m’apporter des bas ? Ceux que madame Ceres a portés ? »
« Bien sûr. »
« Hé hé hé, comment tu te les procures, bordel ? J’ai essayé plusieurs fois, mais ce n’était pas facile. »
Tu avais déjà essayé ?
Julien les avait peut-être toutes piquées avant que tu aies pu en obtenir ?
« Et ce n’est pas tout. Je peux me procurer des choses encore plus… hé hé… que ce que je vous ai apporté aujourd’hui. »
« D-des choses encore plus… hé hé ? »
« Je veux dire, quelque chose d’un peu plus osé. »
Yiming déglutit avec difficulté.
On aurait dit que son intelligence diminuait à vue d’œil.
« Alors… tu peux aussi avoir des talons hauts ? Déjà portés. »
« … »
Je n’étais pas quelqu’un de bien compliqué, mais ce type était transparent comme de l’eau de roche.
Après l’avoir fait patienter exprès, je souris.
« …Vous préférez quelle couleur ? »
« Rouges ! J’aime le rouge ! Tu peux vraiment en avoir ? Vraiment ?! Hahahaha ! Petit frère Rowan, à partir d’aujourd’hui, tu es mon zuobi ! »
« Xièxiè, grand frère ! Alors, laisse ton bras gauche t’offrir un verre. »
« Parfait ! Remplis-moi ça ! »
Je conclus l’affaire avec Yiming, tout sourire.
Très bien.
Premier objectif atteint.
« Petit frère Rowan, tu savais ? La plus jolie partie du corps d’une femme, ce sont ses pieds. Les chevilles doivent être fines, évidemment. La longueur des orteils, leur forme et leurs proportions comptent aussi. »
« Ah bon ? »
« Je vais t’expliquer, pour ton bien. Les bas, c’est quatre points. Ils sont fins et épousent parfaitement la forme des pieds, ce qui leur donne une grande valeur pour les collectionneurs. »
« J-je vois. »
« Les chaussettes… malheureusement, c’est trois points. Elles couvrent les pieds, mais leurs contours ressortent moins. »
« On ne voit pas très bien leur forme dans les chaussures non plus. »
« Hum ! Les talons hauts, c’est cinq points, cinq ! Le charme, c’est justement de ne pas les voir clairement ! Ça te fait imaginer en secret la ligne qui va des orteils au talon. Et leur odeur concentrée à l’intérieur n’a rien à envier aux matsutakés. Et puis il y a aussi… »
J’avais compris.
Arrête, espèce de connard.
2.
Le temps passa vite.
Faisons un petit retour sur ce qui s’était passé entre-temps.
À peine avais-je obtenu le poste de zuobi de Yiming que je filai voir Maman Ceres.
« Tu veux encore des bas ? Tu en as pris à Ines hier. »
« Ah, oui. Je l’ai vue, justement. Votre fille est très jolie. »
« …Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
« Non, ce n’est pas ça. J’ai promis à Yiming un abonnement premium. Je vous serais reconnaissant de m’en donner autant que possible. »
« …Tss. Les hommes. »
« Et si ce n’est pas trop indiscret, j’aimerais aussi des talons hauts rouges. Déjà portés. Deux paires, ce serait encore mieux. »
« C’est extrêmement indiscret. Pourquoi ne pas dire tout simplement que tu veux t’en servir ? »
« Vous vous méprenez. J’aime les filles lapines. »
Ceres me regarda avec une expression qui dépassait le mépris pour frôler l’incrédulité, mais elle me les donna quand même.
Je les emballai aussitôt comme un cadeau et les envoyai à Yiming.
« Ooooh ! Petit frère Rowan ! Tu les as vraiment apportés ! Quel homme capable, quel homme capable ! »
« Argh, Maître de l’encens… ça n’a vraiment pas été facile. »
« Gah ! Et modeste, en plus ! Si mon petit frère est aussi capable, comment veux-tu que je garde la face en tant que grand frère ? Hé ! Arrête de m’appeler Maître de l’encens. Appelle-moi grand frère ! »
Je posai les bases pour tisser avec lui des guanxi plus solides.
Septième jour.
« …Cedric. »
Comme toujours, Arbel arriva à l’aube, sans faillir.
« Ha, pourquoi suis-je aussi content de te voir à chaque fois ? »
« … ? »
Un point d’interrogation presque visible au-dessus de la tête, Arbel s’affala.
Je la pris dans mes bras et l’emmenai aussitôt à Isis pour la faire soigner.
En fait, Ceres et Ines, la mère et la fille qui avaient soigné mon œil, maîtrisaient toutes deux la magie de guérison.
La magie associée à la mort correspondait naturellement à celle associée à la vie.
Peut-être l’auraient-elles aussi soignée gratuitement.
Mais je ne faisais pas entièrement confiance à la mère et à la fille.
Après tout, ma confiance irréfléchie en Akitt et Areng m’avait valu de mourir.
Elles risquaient de voir Arbel, de se laisser tenter et de me faire hurler « Aïe ! Je meurs ! », mais dans un tout autre sens.
Comment dire ?
Je traitais Ceres comme l’héroïne prostituée d’une vieille histoire.
Je lui donnais mon corps, mais pas mon cœur.
C’était ça, le professionnalisme.
« Arbel ! Smack… smack ! Bisou ! »
« Beurk… beurrrk… »
« Bon sang ! Je me décarcasse pour te garder en vie. Sors et va travailler ! Arrête de traîner au lit toute la journée ! »
« … »
Bref.
J’installai Arbel dans mon nouvel appartement, couvris chaque jour ses joues ridiculement adorables de baisers, puis partis travailler.
La savoir dans un lit bien chaud plutôt que dans une petite chambre glaciale me soulageait beaucoup.
Pendant ce temps, mes guanxi avec Yiming se renforçaient peu à peu.
Bien sûr, même après avoir marqué des points avec les bas et les talons hauts, ce ne fut pas facile.
En réalité, j’étais quelqu’un d’introverti, moi.
« Bon sang ! Grand frère ! Un nul comme moi ne pourra jamais te battre au mah-jong ! »
« Hahahaha ! Rowan, écoute-moi bien. Le mah-jong, ce n’est pas que de la chance. Il faut du talent, savoir jouer au mental et lire la table ! »
« Comme prévu, grand frère ! »
Je le laissais gagner aux jeux d’argent.
« Hé, espèce de rustre ! Tu n’as donc aucun respect pour tes aînés ? Comment oses-tu prendre ta cuillère avant ton grand frère ? »
« J-je suis désolé ! Je craignais qu’il y ait du poison dans la nourriture… »
« Quoi ? »
« Si un humble fixeur comme moi mourait, ce ne serait pas grave. Mais s’il arrivait quoi que ce soit au Maître de l’encens de la Famille Xuan, Produits pharmaceutiques Overnus serait fini ! »
« Espèce de petit… »
Je lui servais de goûteur attitré.
« Hé ! Pourquoi cette beuverie est-elle aussi morne ? Pour mettre un peu d’ambiance, je vais vous chanter une chanson incroyable ! »
« Bien sûr ! On t’écoute ! »
« J’aime la place Tian’anmen à Pékin, le soleil se lève sur Tian’anmen… »[1]
« Quelle belle mélodie ! Bravo ! »
Je mettais de l’ambiance dans les soirées arrosées.
« Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu serres mes chaussures dans tes bras ? »
« Le temps s’est rafraîchi, ces derniers jours. Je les réchauffais contre moi parce que je craignais que vous ayez froid aux pieds. »
« Hé, Rowan. Je t’ai dit d’arrêter. Tu crois que je ne vois pas à quel point tu essaies de me flatter ? »
« Grand frère, ne pleure pas. Les larmes d’un homme n’ont rien à faire ici. »
« Espèce de salaud… Non, j’ai juste reçu de la poussière dans l’œil… »
Je sortis une célèbre combine de fayot à la Toyotomi.
Et aujourd’hui, enfin, le dixième jour tant attendu.
« Rowan… Je… Je peux avoir l’air dur à l’extérieur… mais au fond, j’ai le cœur tendre. »
« Grand frère, tu as trop bu. »
« Je… Je n’ai jamais voulu vivre comme ça… J’ai juste continué à vivre et, je ne sais comment, j’en suis arrivé là… »
Yiming vida son verre, les yeux rougis.
Je posai fermement la main sur son épaule et lui répondis d’un ton grave :
« Nietzsche, le philosophe que j’admire, a dit : celui qui porte la couronne doit en supporter le poids. »
« … »
« Te voir souffrir comme ça, grand frère. Et te voir surmonter tout ça à chaque fois. C’est pour ça que je suis fier d’être ton zuobi. »
Une grosse larme roula sur la joue de Yiming.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Q-qu’est-ce qui pourrait bien ne pas aller… C’est comme d’habitude. »
« Tu vas même mentir à ton petit frère ? »
« Non, non ! Ce n’est pas ça… »
« Dites-moi, je vous en prie. Je sais que ce n’est pas quelque chose d’ordinaire. C’est la première fois que je vous vois souffrir ainsi depuis que je travaille pour vous. »
« … »
« S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire, je veux vous aider. »
Après un instant d’hésitation, Yiming prit la parole.
« …Il y a quelque chose que je veux te montrer. »
Ouais, ouais.
Il était temps, putain.
Je le sentais.
La deuxième phase commençait.
Temps restant avant le lancement du Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Cinq jours.
Notes :
[1] « J’aime la place Tian’anmen à Pékin » : une célèbre chanson patriotique chinoise pour enfants qui fait l’éloge de Tian’anmen et de Mao, d’où l’enthousiasme de Yiming.
La combine de fayot à la Toyotomi fait référence à la légende selon laquelle Toyotomi Hideyoshi aurait réchauffé les sandales d’Oda Nobunaga contre sa poitrine pour s’attirer ses faveurs.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>