Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans Fusionpunk ◈
Chapitre 30 : Objectif : le prix Nobel de la paix (2)
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1.
Dans ce monde, le vin était un luxe dont les gens ordinaires ne pouvaient même pas rêver.
La logique était simple.
Un vignoble couvert de grappes dans un monde exigu qui abritait toute l’humanité ?
C’était déjà une installation extravagante en soi.
Même à Aden, on le classait parmi les produits de luxe. À la Nécropole, inutile de préciser que c’était le cas.
« C’est un bon vin. Goûte. Ah, comment tu t’appelles ? »
« Cedric. »
Autrement dit, Ceres m’avait invité chez elle et m’avait servi du vin.
Elle me traitait donc en invité de marque.
C’était étrange.
C’était la première fois, toutes itérations confondues, que Ceres se comportait ainsi.
D’habitude, elle me sortait : « Tu as de beaux yeux. Des yeux de taré. »
Était-ce à cause de ma Compréhension de la Mort ?
Était-ce lié à l’arbre de compétences du nécromancien ?
« Si tu as fait tout ce chemin, c’est que tu avais une raison. Qu’est-ce qui t’amène ? »
« Avant ça, j’aimerais savoir pourquoi tu voulais m’engager. »
« À la table des négociations, c’est à la partie désavantagée de dévoiler ses cartes en premier. »
« Hmm, pas faux. »
Je finirais bien par le découvrir.
Pour l’instant, je devais me concentrer sur la situation présente.
« Je suis venu te faire une offre que tu ne peux pas refuser. Mais d’abord, si on instaurait un peu de confiance ? »
« De confiance ? »
Ceres était d’une méfiance maladive.
Il fallait que je dissipe ses soupçons avant qu’on puisse discuter.
J’invoquai un assistant.
« Faites venir votre chauffeur, Julien. Je vais vous montrer quelque chose d’intéressant. »
Intriguée par cette demande inattendue, Ceres appuya sur le bouton de l’interphone.
« Vous m’avez demandé, directrice ? »
La suite m’était familière.
« Je n’ai pas donné le nom de Julien à une chèvre pour la baiser, directrice ! Absolument pas ! Vous doutez de ma loyauté ?! »
« …Oui, cette réaction est bien trop suspecte… »
Julien, le baiseur de chèvres dont le fétichisme immonde avait été révélé, fut effacé d’un seul geste de Ceres.
« Cedric, c’est ça ? C’est impressionnant que tu aies découvert les écarts de conduite d’un de mes employés, mais… tu es venu uniquement pour ça ? »
« Non. Disons que c’est un acompte pour gagner ta confiance. »
« Et ? »
« J’ai l’intention d’arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule. »
J’allai droit au but.
« Tu as divulgué des secrets de l’entreprise parce que tu voulais, toi aussi, arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule, directrice Ceres. »
C’était une déclaration pour le moins choquante.
Pourtant, Ceres resta calme. Ma révélation ne lui arracha même pas un tressaillement.
Si je n’avais pas connu l’avenir, j’aurais pu croire que je m’étais trompé.
« Continue. »
Je poursuivis sans hésiter.
« Tu as transmis les documents à Yiming, de la Famille Xuan, en espérant que les Produits pharmaceutiques Overnus interviennent, mais… ce salaud t’a trahie. Il t’a dénoncée à la directrice Gisela. »
Une fois de plus, l’expression de Ceres ne changea pas.
Au lieu de répondre, elle tira lentement une cigarette de son étui et souffla un long nuage de fumée.
La trace de rouge à lèvres sur le filtre avait quelque chose de sensuel.
« Pfiou… Et alors ? »
« Je ne sais pas si les autres membres du conseil sont au courant, mais Gisela, elle, l’est sûrement. D’ici peu, tous les deux vont s’allier et s’en prendre à toi, directrice Ceres. »
« Ahahaha ! Ces deux-là ? S’en prendre à moi ? »
Ceres éclata de rire.
Un rire d’incrédulité totale.
Hé ! Ce n’est pas le moment de rire, putain !
Tu vas vraiment crever !!!
Je commençai à m’inquiéter.
Ceres voulait arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Je comptais profiter de cet élan pour me faciliter un peu la tâche dans cette itération.
Mais il y avait un problème de taille.
La moitié de tout ça relevait du pari.
Je n’avais aucune idée de l’importance qu’elle accordait à l’arrêt du Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
Pour moi, c’était lié à mon objectif de toute une vie : mettre Arbel dans un costume de bunny girl réversible…
Mais pour Ceres, c’était peut-être juste une bonne chose si ça marchait, sans que ce soit très grave si ça échouait.
Lors de l’itération précédente, le seul « effort » qu’elle avait fait pour arrêter le projet avait consisté à divulguer des informations.
On n’y pouvait rien.
Ceres ignorait que sa vie en dépendait directement.
Je devais la pousser à prendre les choses plus au sérieux.
« Bien sûr, je sais que tu es forte, directrice Ceres, mais… ils se sont préparés, eux aussi. »
« Hmm, ils ont préparé du poison ou quelque chose du genre ? »
Je sursautai.
Ceres était-elle déjà au courant du poison informe ?
« Pourquoi tu fais cette tête ? Tout le monde sait que la Famille Xuan utilise du poison. »
Donc, c’était la famille Tang du Sichuan.
Alors, putain, quoi ? Tu le savais, mais tu as quand même continué à t’empiffrer de n’importe quoi jusqu’à te faire tuer ?
« Alors, c’est quoi, cette offre ? »
« Oui, arrêtons le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule ensemble, accumulons du bon karma et atteignons le nirvana. »
Ceres écrasa sa cigarette tout en réfléchissant.
« Merci de m’avoir apporté des informations intéressantes, mais je refuse. »
Après y avoir réfléchi, elle rejeta ma proposition.
« Il y a trois raisons. D’abord, je n’ai aucune raison de croire sur parole quelqu’un que j’ai rencontré aujourd’hui pour la première fois. Tu as l’air d’avoir glané des informations utiles quelque part, mais tu n’as que des paroles. Aucune preuve pour les étayer. »
« Ensuite, j’aimerais arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule si je le peux, mais je ne suis pas assez désespérée pour affronter de front Développement des ressources du Crépuscule. »
« Et enfin, même si je voulais arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule… pourquoi aurais-je besoin de toi comme partenaire ? »
Waouh. Bonne question.
Si elle avait utilisé son cerveau pour éviter de manger ce qu’elle trouvait par terre, maman Ceres aurait peut-être survécu à l’itération précédente.
Rhaaa !!! C’est tellement frustrant, putain !!!
Pourquoi tu prends cet air suffisant ? Tu vas crever à jouer les durs, espèce de salope !
Lui dire : « J’ai vu l’avenir ! Tu vas vraiment mourir ! », ce serait la pire chose à faire.
Cette affirmation même manquait de crédibilité et allait à l’encontre des règles du genre.
Un régresseur qui déballe son pouvoir de régression incroyablement utile et révèle l’avenir à tout son entourage ?
Ça ne se termine jamais bien.
Soit on me torturerait jusqu’à ce que je hurle : « Je ne connais que les deux prochaines semaines ! », soit on me transformerait en cerveau dans un bocal.
À la place, je dis :
« Alors, en échange de ton aide pour arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule, je briserai ton Commandement. »
Il me suffisait de lui tendre une carotte.
« Qu’est-ce que tu es ? »
À ces mots, Ceres perdit son air détendu et devint féroce.
Une pression m’écrasa le cœur.
Une présence écrasante.
Ses yeux reflétaient de l’hostilité et de la méfiance.
J’eus la bouche sèche.
« Je m’appelle Cedric. Je suis le fils aîné de la Maison du comte Montraven, chassé d’Aden. L’homme qui mettra fin à tes jeux de domination. Et un candidat au prix Nobel de la paix. »
J’en avais une vague idée.
Ce que j’avais vu à travers le monocle, c’étaient des complexes ou des faits que quelqu’un voulait désespérément cacher.
À ses yeux, j’étais un individu suspect qui avait aussitôt percé l’un de ses secrets à jour et lui avait proposé une solution.
« Je comprends que tu cherches secrètement un moyen de briser un Commandement. Je me trompe ? »
Autrement dit, ça ne ferait que me rendre encore plus mystérieux à ses yeux.
Dès notre première rencontre, j’avais révélé les agissements de son chauffeur.
J’avais parlé du Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule et réduit la liste des traîtres potentiels.
J’avais même deviné son désir de briser le Commandement qu’elle gardait secret.
Tu vois ?
C’était pour ça que les petits investisseurs ne pouvaient pas battre les institutions.
La qualité et la quantité de leurs informations n’avaient rien à voir.
Ceres pinça les lèvres, agacée.
« Tu me fais chier. Le Commandement d’un mage ne peut jamais être brisé. Tu me prends pour une idiote ? »
Waouh, quel putain de soulagement.
Le pire aurait été que Ceres ne considère même pas son Commandement comme une affaire sérieuse.
Mais cette remarque me rassura pour de bon.
« Tu ne m’as pas tué sur-le-champ après m’avoir entendu dire ça parce que tu veux t’accrocher au moindre espoir, pas vrai ? »
« … »
Briser son Commandement était une affaire sérieuse pour Ceres.
« Je te le garantis. Je briserai ton Commandement, quoi qu’il en coûte. Bien sûr, pas d’avance. Si tu comptes me menacer et me forcer d’une manière ou d’une autre, abandonne tout de suite. Je me tuerai sur-le-champ. »
Après un long silence,
Ceres me fixa droit dans les yeux, puis prit la parole.
« D’accord. Je vais accepter de me faire avoir. Mais si tu essaies de m’embobiner avec ta langue bien pendue… »
« Castre-moi et envoie-moi au quartier des bordels pour hommes. »
La touche finale parfaite.
« Marché conclu ? »
Ceres saisit la main que je lui tendais.
« Le quartier des bordels pour hommes ne suffira pas. »
« Qu’est-ce qui va m’arriver ? »
« Je te ferai regretter d’être né. »
Hmm, une phrase que le président de la Fed répétait souvent.
…Mais c’était quoi, au juste, le Commandement de Ceres ?
2.
Quoi qu’il en soit, j’avais réussi à former un front commun avec Ceres pour arrêter le Projet Z de Développement des ressources du Crépuscule.
À présent, c’était à son tour de satisfaire ma curiosité.
« Je peux poser ma question, maintenant ? Pourquoi voulais-tu m’engager quand on s’est rencontrés ? On ne se connaissait pas du tout. »
Ça m’intriguait sincèrement depuis le début.
Tout à l’heure, elle avait dit qu’elle aimait mes yeux.
Mais cette itération était clairement différente.
Ce n’était pas : « Ton CV et ton entretien m’ont tous les deux impressionnée, mais… » Elle m’avait engagé sur-le-champ.
Et elle n’avait même pas essayé de m’arracher les yeux.
« Parce que tu as des dispositions pour la magie. »
« Pour la branche de la mort, peut-être ? »
« Oui. »
« Tant mieux. Je ne l’ai jamais dit à personne, mais depuis tout petit, je rêve de devenir nécromancien. »
Ceres me lança nonchalamment une question.
« Tu veux apprendre ? »
« Vraiment ? »
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Vraiment ? Je venais à peine de poser les bases et c’était aussi facile ?
C’était un événement de changement de classe de mage pour Cedric, le putain de fixeur de rang 9 tout pourri ?
« Je suis curieuse, personnellement. Je veux voir jusqu’où tu peux aller. »
Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion.
« Je vais t’apprendre un sort de rang zéro, tout simple. »
« Pas de la magie inférieure, mais de la vraie magie ! Je peux vraiment apprendre un truc pareil ? »
« Tu es noble, tu dois donc avoir des circuits de mana. »
« Je n’ai aucun talent. Je ne sais lancer aucun sort. Je ne peux même pas utiliser la magie inférieure. »
J’avais déjà essayé à mon arrivée dans ce monde.
Mais la magie ne se lançait pas comme ça, en ayant des circuits et du mana, puis en appuyant sur un bouton.
On m’avait dit qu’il fallait commencer par sentir le flux du mana…
J’avais abandonné au bout de deux jours.
Pour moi, c’était aussi absurde que de me demander de sentir le sang qui circulait dans mes veines.
« Ça arrive. Moi non plus, je ne peux absolument pas maîtriser les branches opposées à mes dispositions. Tu connais les trois éléments de la magie ? »
« L’esprit, la technique et le corps ? Plus ou moins. Comme la théorie de la virginité esprit-technique-corps. »
« C’est ça. »
« D’abord, le corps. »
Aussi grandiose que soit la magie, tout commençait au bout du compte par le corps humain.
Les lignées se développaient au fil du temps et de l’histoire qui s’accumulaient.
Les circuits de mana innés qui y étaient tissés comptaient plus que tout.
Même pour un même sort, les effets pouvaient être radicalement différents selon la forme des circuits de chacun.
C’était pour ça que des circuits artificiels grossiers permettaient de pratiquer la magie inférieure, mais jamais d’atteindre le niveau de la vraie magie.
« Au moins, tu es sur la ligne de départ. En tant que noble, tu dois venir d’une bonne famille de mages. »
Ensuite venait la technique.
Ce terme désignait la technique et la finesse, mais il s’appliquait exactement de la même manière à la théorie esprit-technique-corps des mages.
« La magie est un escalier vers l’ascension, un miracle accompli par le savoir. Elle n’est jamais le fruit du hasard. Aussi excellentes que soient la lignée et la constitution de quelqu’un, si la raison ne peut pas les maîtriser, c’est comme mettre un enfant sur un cheval de qualité. »
« Même avec le même mana et des circuits de qualité identique, la technique peut faire la différence entre un mage de rang zéro et un mage de rang deux. »
Le piano était un exemple facile à comprendre.
Même si le clavier et l’accordage étaient identiques, un pianiste et une personne ordinaire ne jouaient pas du tout dans la même catégorie.
Enfin venait l’esprit.
L’esprit, c’était le cœur, autrement dit le paysage mental.
« La magie consiste à imposer son propre monde au monde. Mais le moi est si petit. »
« Si le monde réel est un océan, le monde qu’un individu peut contenir n’est qu’une goutte d’eau. »
« Pour troubler la surface avec cette seule goutte et créer des vagues… il faut un moi d’une puissance écrasante. »
« Il faut projeter sur le monde un paysage mental résolu et vivant. »
Je connaissais la théorie.
C’était aussi pour ça que les mages étaient complètement cinglés.
Réfléchis-y.
Ils étaient capables de sauter dans le vide sans parachute en s’imaginant, sans le moindre doute, qu’ils volaient.
Ils pouvaient plonger la main dans du métal en fusion et se dire : « C’est froid. »
« Alors, on essaie un petit test d’aptitude ? »
Ceres se leva et me couvrit les yeux de sa main.
Sa main était fraîche et dégageait toujours un parfum de citron vivifiant.
Quelque chose de doux se pressa contre l’arrière de ma tête.
« Oh. »
On n’était pas si proches que ça dans cette itération, si ?
Pas que ça me dérange !
« À partir de maintenant, pendant une minute, je vais te montrer la “mort”. »
« Quoi ? »
À peine eus-je posé la question, glacé par ces mots…
Mes cinq sens disparurent, comme si quelqu’un avait coupé le courant.
D’abord l’odorat, l’ouïe, la vue et le toucher, puis même mon sens de l’orientation.
J’avais l’impression d’avoir été expulsé de la réalité et exilé dans un abîme lointain.
Avant même que je m’en rende compte, j’avais été plongé dans des ténèbres absolues.
Mes pensées tournaient en rond sans servir à rien et je sentais mon existence devenir minuscule, minuscule et insignifiante.
« Quoi ? Je suis mort ? »
C’était cet endroit.
L’endroit où j’étais allé avant de régresser.
M’avait-elle brisé la nuque par-derrière ?
Ça n’avait aucun sens. Les Résultats de l’itération n’étaient pas apparus.
Alors que je paniquais un instant, ma vision s’éclaircit.
« Alors, c’était comment ? »
Ceres souriait devant mon visage abasourdi.
« C’est toi qui me l’as demandé, alors ne viens pas m’en vouloir. »
Elle arborait un sourire triomphant, comme si elle venait de remettre à sa place un chiot trop insolent.
C’était donc ça, me montrer le paysage mental de la mort ?
C’était ce que je venais de voir ?
« Ouais, eh bien… c’était un sacré spectacle. Ça veut dire que je peux utiliser la magie, maintenant ? »
À ma réponse,
pour la première fois depuis ma rencontre avec Ceres,
je découvris qu’elle pouvait faire cette tête-là.
« …??? »
Sa bouche s’entrouvrit légèrement, lui donnant l’air hébété, presque idiot.
Notes de bas de page :
La famille Tang du Sichuan est un archétype courant dans les récits d’arts martiaux, associé aux poisons.
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