Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans Fusionpunk ◈
Chapitre 22 : La Veuve de huit pieds (2)
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1.
Un restaurant luxueux du district D-1.
Je retrouvais Ceres, avec qui j’avais passé la nuit après avoir vendu le cadavre d’Arbel, lors de ma première partie.
Je n’étais pas arrivé là sans y mettre le prix.
J’avais investi quatre jours d’efforts, l’argent gagné pendant ce temps et chaque bribe d’information récoltée dans un repas en tête-à-tête avec elle.
Comme un gros dépensier acharné qui bossait sur des chantiers pour une streameuse.
Bien sûr, ce qu’il espérait et ce que je voulais, moi, n’avait pas grand-chose à voir.
Vraiment pas.
Quoi qu’il en soit, c’était un investissement froidement calculé.
Si j’avais évité Ceres lors de ma deuxième partie, c’était parce que je l’avais prise pour une balance.
Ensuite, j’avais estimé n’avoir rien à lui offrir sans le cadavre d’Arbel en guise de tribut.
Qu’est-ce qu’un mage, au juste ?
Contrairement aux gens normaux comme moi, ils étaient tous complètement cinglés à leur façon.
Même si elle m’avait témoigné un peu de sympathie, organiser une rencontre en risquant ma vie me mettait franchement mal à l’aise.
Mais après tout ce que j’avais vécu, j’avais changé d’avis.
J’étais assez faible pour devoir intégrer « bien mourir » à ma stratégie.
Et si ça tournait mal ?
Activer l’effet d’Indulgence dérisoire ! « Pardonne une erreur ou une faute commise envers un être clairement plus puissant que soi. »
Fin du tour !
Ça devrait aller.
« Mignon petit garçon. Tu sais quoi ? Ce moment m’est très précieux. Bien trop pour que tu te permettes de l’interrompre. »
Ceres s’essuya tranquillement la bouche avec une serviette.
Franchement, quand une femme… Non, quand une personne faisait deux mètres quarante, le moindre de ses gestes avait forcément l’air un peu ridicule.
« Mais, en considération de ton courage admirable… »
Pourtant, lorsque Ceres posa la serviette tachée de rouge à lèvres, je ressentis tout autre chose.
« Je vais t’accorder une minute. »
J’avais la trouille. Mes genoux tremblaient.
C’était comme partager une table avec une bête sauvage qui aurait appris les bonnes manières.
En même temps, c’était logique.
Ce que j’avais appris sur elle en traînant dans le marché noir, ce n’était pas seulement qu’elle louait chaque jour son restaurant préféré à dix heures du matin pour y prendre un brunch.
La Veuve de huit pieds, Ceres Cassian.
L’une des onze directrices à la tête du Développement des ressources du Crépuscule.
Une mage qui maniait la magie liée à la mort, âgée d’au moins deux cent cinquante ans, estimait-on.
Son rang exact était inconnu.
Mais on estimait qu’elle était au moins de quatrième rang.
Ceres était un monstre du labyrinthe qui régnait sur la Nécropole, où la vie et la mort s’entremêlaient.
J’avalai discrètement ma salive, en essayant d’avoir l’air aussi calme que possible.
« Que se passera-t-il si je ne parviens pas à vous convaincre en une minute, directrice ? »
« Qui sait ? Là, tout de suite, j’ai envie de t’arracher tes jolis yeux, de te castrer et de te vendre au quartier des sodomites. »
W-Waouh. Quel goût !
Voilà une sacrée blague !
« Ha ha. Vous comptez aussi envoyer vos deux gardes du corps au quartier des sodomites ? »
« … »
Ceres sourit à ma blague pour briser la glace.
Je priai pour que l’ambiance vire aux grands éclats de rire et aux joyeux « oh oh oh ».
Mais le sourire de Ceres ne fut qu’une large fente qui lui déformait la bouche, comme du fromage pourri.
Ne fais pas ça…
C’est vraiment flippant.
Ça marche vraiment, cette capacité ? Indulgence dérisoire ?!
J’avais du mal à imaginer cette femme me dire : « Bon, ça arrive. Rentre bien chez toi ! »
J’avais tout de même une raison de garder confiance.
Lors de ma première partie comme cette fois-ci, Ceres avait prononcé les mêmes mots dès qu’elle m’avait vu.
« Tu as de beaux yeux. Des yeux fous. »
En repensant à ma première partie…
« Je ne t’ai pas adressé la parole à l’ossuaire à cause de ta sœur. À l’époque, c’est toi que j’avais remarqué en premier. »
Elle m’avait aussi dit ça.
Ceres attendait clairement quelque chose de moi.
Si j’avais vraiment du potentiel, ne pouvais-je pas la servir et le faire éclore ?
« Je voudrais travailler pour vous comme homme à tout faire, Dame Ceres. »
« Ah oui ? Pourquoi ? »
« Parce que vous êtes belle. »
« Merci. Il te reste vingt-huit secondes. »
Pourquoi ?!
Ça se passait bien, la première fois !
Tu avais dit que je te plaisais !
Tu avais dit qu’en me plongeant dans la folie, je pourrais devenir comme toi !
Avant qu’il ne soit trop tard, je devais activer Indulgence dérisoire et mettre fin au tour !
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「Monocle d’exhumation」
- Effet : permet d’entrevoir jusqu’à trois événements du mois écoulé que la cible souhaite le plus cacher.
- Remarque : seuls les actes dont la cible a conscience sont visibles. Utilisations restantes : 2.
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Voilà ce qui se serait passé si je n’avais pas eu le Monocle d’exhumation.
« Hm. Voilà qui est inattendu. »
« Vingt-deux secondes… »
« Dire qu’une directrice du Développement des ressources du Crépuscule juge aussi mal les gens. »
« Julien. Veuillez raccompagner ce petit garçon. »
« Bien, directrice. »
Julien s’avança pour me « raccompagner ».
Son costume sur mesure et son visage impassible lui donnaient l’allure parfaite d’un chien de garde modèle.
Du moins… en apparence.
Même Cedric n’avait pas pu s’empêcher de vomir en découvrant le secret de cet enfoiré.
« Je ne voudrais pas d’un homme à tout faire qui collectionne soigneusement les bas dont sa patronne se débarrasse. »
« Quoi ? »
Ceres plissa les yeux.
Julien, qui avait tout d’un directeur d’école de majordomes, trébucha de façon spectaculaire.
« Quoi d’autre ? Ah… Est-ce que je dois vraiment le dire ? »
« Continue. »
Julien leva les yeux au ciel et se rua sur moi, paniqué.
« Silence !!!!!!!!!!!!! Espèce de vermine !!!!!!!!!!!! N’ose pas insulter ma loyauté avec ta langue fourbe !!!!!!!! »
Bon sang, vieux. Pas la peine de réagir comme ça juste parce que j’ai tapé dans le mille.
« Ça suffit. »
Au geste de Ceres, le corps de Julien se figea.
À la place, il se mit à la supplier désespérément.
« Dame Ceres !!! Ma loyauté vient d’une révérence et d’un respect plus purs que la neige… ! »
« C’est des conneries. Elle vient d’un désir et d’une luxure aussi noirs que l’encre. »
« Espèce de salaud !!!!!!!!! »
Ceres baissa la main qu’elle avait levée, le visage parfaitement impassible, puis me demanda :
« Autre chose ? »
« Ce salaud baise des chèvres, et il a appelé la sienne Ceres. »
J’étais sincèrement choqué.
Les amateurs de chèvres existaient donc vraiment.
Dès que j’avais obtenu le Monocle d’exhumation, j’avais prévu de salir la réputation du bras droit de Ceres pour prendre sa place…
… mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit tombé aussi profond dans l’abîme.
Ceres inspira lentement, puis demanda à voix basse :
« … Autre chose ? »
J’enfonçai le clou.
« Il l’a encore baisée hier. »
« … »
Le regard de Ceres se refroidit.
Ses yeux m’avaient toujours paru sans vie, vaguement dans le vague et inquiétants. À présent, même leur faible lueur avait disparu.
« Arrêtez ! Arrêtez ! Dame Ceres ! Ce ne sont que des calomnies ! Des mensonges ! »
Il était si paniqué que son démenti ressemblait davantage à une crise d’épilepsie.
Ses cris désespérés me donnèrent presque pitié de lui.
Mais je n’avais rien inventé.
Franchement, Ceres aurait peut-être pardonné l’histoire des bas.
Mais pourquoi avait-il fallu qu’il donne le nom de sa patronne à une chèvre avant de coucher avec elle ?
« C’est absurde ! Vous doutez de ma loyauté à cause des calomnies d’un étranger que vous avez rencontré aujourd’hui ? Je vous sers comme secrétaire personnel depuis trois ans ! Ma loyauté vaut plus que ma vie ! »
À vrai dire, je m’attendais à ce que Ceres l’interroge avec sa magie, ou au moins qu’elle mène une enquête.
Mais sa réponse à ses protestations désespérées fut simple.
« Vraiment ? Alors, tue-toi. »
« Pardon ? »
« Tu as dit que ta loyauté envers moi valait plus que ta vie. Tue-toi ici et maintenant. »
« M-mais… Dame Ceres ! Je ne voulais pas dire ça… »
« Si tu ne peux pas tenir parole, tu n’aurais pas dû la donner. »
Sans lui poser d’autres questions, Ceres leva légèrement la main, comme pour appeler un serveur.
« À table. »
Julien blêmit.
« Dame Ceres !!! Je vous assure… »
Julien, le secrétaire personnel qui baisait des chèvres, disparut.
Son explication, qui frisait le hurlement, s’interrompit comme si on avait coupé une cassette en plein milieu.
Comme s’il n’avait jamais été là.
Le silence soudain me donna la chair de poule.
J’aurais moins eu peur si Julien avait été déchiqueté ou si le restaurant avait été couvert de sang.
Alors voilà la magie de quelqu’un de quatrième rang ou plus ? Il y avait seulement un moyen d’y réagir ?
Une sueur froide me coula sur le front.
Mais… son précédent homme à tout faire avait disparu.
Qui allait me passer le relais, maintenant ?
« Ouf. »
Je pris naturellement une cigarette pour Ceres quand elle en sortit une de son étui.
« Je ne baise pas les chèvres. »
Ceres eut un rire creux et expira une bouffée de fumée.
« Tu sembles assez capable pour te permettre une telle audace. Tu veux devenir mon homme à tout faire ? »
« Oui. »
« Quel est ton grade ? »
« Je suis Guts, un fixeur de grade 9 du Bureau des profits. Je me suis lancé il y a peu. »
« Grade 9 ? »
Une faible lueur apparut dans les yeux de Ceres.
« Après tout, la violence n’est pas le seul critère de compétence. »
De son point de vue, j’étais un grade 9 qui avait découvert les méfaits d’un secrétaire dont elle ignorait tout. Évidemment que ça l’intéressait.
C’était aussi une preuve de compétence.
« Tu sais conduire ? »
« Oui ! »
« Bien. Julien conduisait. Tu devrais être assez utile au volant. »
Génial !!!
J’avais utilisé le monocle pour approcher Ceres parce que je voulais essayer une nouvelle route et un nouveau style de jeu.
À mes yeux, impossible de s’en sortir en partant de tout en bas sans rien.
Il y avait un dicton : si tu dois être un domestique, sers un grand seigneur.
D’abord, je prendrais directement en charge ses affaires clandestines, gagnerais sa confiance et sa faveur, me glisserais dans son lit et finirais entretenu par elle !
Je ferais éclore mon potentiel sous les jupes chaleureuses de Ceres !
C’était le plan pour cette partie.
Mais je n’aurais jamais cru décrocher un aussi gros lot qu’un poste de chauffeur !
« Je ferai de mon mieux ! »
Je m’inclinai à quatre-vingt-dix degrés.
« Avant ça, je dois vérifier quelque chose. »
« Donnez-moi vos ordres. »
« Quand je choisis un homme à tout faire, l’obéissance est ce que je privilégie. Vu ma position, je ne sais jamais quel genre de personne malintentionnée peut venir m’approcher. »
« Si vous me dites d’aboyer, j’aboierai. Si vous me dites de vous montrer mon ventre, je le ferai. »
« Ah oui ? »
Ceres se leva et s’approcha.
Elle tenait une longue fourchette à la pointe fine.
Celle-là même dont elle s’était servie un peu plus tôt pour sortir des escargots de leur coquille.
Elle me caressa la joue et murmura d’une voix douce :
« Tu peux vraiment m’obéir quoi que je fasse ? »
« Bien sûr. Je ne suis pas un vaurien comme Julien, qui se contente de faire le malin. »
Je répondis aussitôt, mais…
Ah, merde… Pourquoi est-ce que je le sens mal ?
« Alors, voyons si tu sais bien obéir. »
La fourchette dans la main de Ceres s’approcha lentement de mon œil.
Sa pointe acérée brillait au soleil.
Ah, arrête de plaisanter. C’est pas drôle. Tu plaisantes, hein ? On fait un numéro de catch, c’est ça ? Tu n’es pas sérieuse, hein ?
Tu vas t’arrêter juste devant, pas vrai ?
« Qui t’a envoyé ? »
« Pardon ? »
Floc.
Un bruit humide retentit.
« … Hein ?! »
Putain de… Cinglée !!! T’es complètement tarée ?!!!
Comment tu peux planter une fourchette dans l’œil de quelqu’un ?!!!
Ma vue disparut sous la douleur d’une broche de fer qui raclait l’intérieur de mon crâne.
Des bruits humides se succédèrent. Un liquide poisseux me coulait sur la joue : des larmes, du sang ou du liquide vitré.
« A-attends, attends, attends ! Aaaah ! Pourquoi tu fais ça ?! Aaaah ! »
« Si tu me dis la vérité, je m’arrêterai à un seul œil. Tu me prends pour une idiote ? »
Avec l’œil qui me restait, je vis Ceres remuer la fourchette comme si elle sortait un escargot de sa coquille.
Cette salope me prenait pour une taupe ?
« Je sais déjà tout. Parle. Tu te sentiras mieux après. »
« … Grrr !!!!!!! »
« Pourquoi tu m’as approchée ? Et avec des informations intéressantes, en plus. »
Il n’y avait personne derrière moi, de toute façon.
Mais si je montrais le moindre signe de faiblesse, cette salope me ferait disparaître comme Julien.
Dans tous les cas, j’allais mourir.
Je serrai les dents, forçai mon œil à s’ouvrir et hurlai :
« Du fric ! Du fric ! Du fric ! Je suis venu pour me faire du fric ! J’ai démasqué un type qui baise des chèvres, alors pourquoi tu me plantes une fourchette dans l’œil, espèce de cinglée ?! »
Ah, j’aurais pas dû l’insulter.
« Hm~ »
Ceres retira la fourchette de mon orbite avec un petit ronronnement satisfait.
Un liquide rouge épais goutta sur le sol.
« Comme je le pensais, tu… »
Les lèvres de Ceres s’incurvèrent en un sourire.
Qu’elle sourît ou non, j’avais atrocement mal.
Ah, j’avais mal au crâne. J’avais mal à l’œil.
Merde. Merde. J’allais vomir. Cinglée de merde.
« Désolée, je me suis trompée. Approche. »
« Tu crois que ça peut se régler avec un “je me suis trompée”… Hein ? »
Quand sa main me caressa de nouveau l’œil, je retrouvai la vue.
À part une légère douleur, tout avait disparu, comme si on m’avait lavé à grande eau.
Une guérison ? Une régénération ? Comment avait-elle fait ça ?
Clac.
Ceres me lança quelque chose et je l’attrapai par réflexe.
Une lourde clé de voiture ornée d’élégants motifs argentés, ainsi que des pièces d’or.
Trois pièces d’or valant chacune cent mille Bios.
Je me sentais déjà un peu mieux.
« Va préparer la voiture. C’est ta compensation. »
« Oui ! »
« Hé hé, ça t’a fait mal ? »
« Non ! Quand on vit assez longtemps, on peut prendre un candidat à l’embauche pour une taupe ! »
Salope.
Est-ce vraiment le genre de chose qu’on dit après avoir crevé l’œil de quelqu’un avec une fourchette ?
Si elle croyait qu’un peu de monnaie de poche suffirait à calmer ma colère, elle se trompait.
Je n’oublierais jamais cette humiliation, Ceres. Je me vengerais.
À la Maison du comte Montraven, on rendait les faveurs avec des bunny girls et on décuplait les rancunes.
Je me servirais de son sale passé comme appât et la forcerais à m’obéir.
Je touchai le monocle.
Malgré ce que je disais, il ne s’agissait pas seulement de rancune personnelle.
Maintenant que j’étais officiellement son chauffeur, c’était aussi le moment idéal pour enquêter sur Ceres.
Quand on décrochait un boulot, il fallait dénicher les faiblesses de son patron pour lui soutirer tout ce qu’on pouvait, pas collectionner ses bas.
En route vers le garage du restaurant, après avoir reçu la clé de voiture, je braquai le monocle sur Ceres, qui avait repris son repas, aussi calme que si rien ne s’était passé.
[「Monocle d’exhumation」 Utilisations restantes (1/3)]
[Voici les événements que Ceres Cassian a le plus voulu cacher au cours du mois écoulé.]
1) Il y a deux jours, Ceres Cassian a cherché un moyen de briser un Commandement.
2) Il y a quatorze jours, Ceres Cassian a jeté toutes les chaussures à talons hauts de son dressing.
3) Il y a vingt-huit jours, Ceres Cassian a divulgué le plan du Projet Z du Développement des ressources du Crépuscule aux Produits pharmaceutiques Overnus. (Dispersion d’armes biologiques et chimiques dans la Nécropole, avec un bilan estimé à 250 000 morts.)
« … »
Pardon ?
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