Chapitre 21
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Haruto
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 21 : La Veuve de huit pieds
──────
1.
Pourquoi les herbivores vivent-ils en troupeau ?
Parce qu’ils sont faibles.
Un mâle vraiment fort et courageux ne vit pas en troupeau.
Jusqu’à présent, j’avais trop compté sur les autres.
Pour être honnête, le simple fait d’être parti chercher Akitt et Areng prouvait ma faiblesse.
Comme on s’était plutôt bien entendus lors de la précédente partie, j’avais essayé de m’appuyer sur eux sans la moindre raison.
Ce lien. Ce désir pitoyable de me reposer sur les autres. C’était ça qui avait fait de moi un tartare de Cedric.
Mais cette fois, c’était différent !
« Je ne croirai plus jamais à une connerie comme l’amitié ! »
J’avais moi-même rompu ce lien bancal. J’étais plus fort, à présent.
Comme ce ninja renégat de Konoha qui avait exterminé tout son clan.
« L’Œil de Laplace peut éveiller le Mangekyō, ou un truc du genre ? »
「Œil de Laplace」 : Désolé.
« Ah. »
Dommage.
Bref, j’avais remis mes idées en place tout en digérant mon Chapagetti.
Il était temps de choisir mon style de jeu pour la quatrième partie.
Pour commencer, revenons sur la troisième.
La troisième partie avait établi un nouveau record mondial de retraite express.
Ce coup-là, j’étais mort en une journée, les organes écrasés et les membres tranchés, sans même avoir eu le temps de toucher Arbel.
Mais qu’est-ce que j’y avais gagné ?
Bien plus que pendant la deuxième partie, où je m’étais obstiné à survivre.
J’avais remporté la coquette somme de 92 points, ce qui avait porté mon total à 104.
J’avais obtenu gratuitement un « Bon pour une suite de l’Hôtel Abyss » et gagné le titre d’Évaluateur de champignons toxiques.
Bien sûr, j’avais un peu l’impression d’avoir exploité une faille, mais je ne culpabilisais pas.
Parce que j’avais une contre-argumentation parfaitement rationnelle : « C’est donc normal qu’une samouraï cinglée me traque dès le début, dans ce trou à rats de Nécropole ? »
Enfin bref.
Même en passant le même temps, on pouvait obtenir des résultats aussi différents.
Bien choisir son parcours.
Et gagner des points efficacement en variant son style de jeu, c’était crucial.
Alors, que devais-je viser pour cette quatrième partie ?
La troisième partie m’avait fait comprendre une chose jusqu’au plus profond de mon être.
« Je suis !!! Faible !!!! »
Ça me sembla juste ; je tombai à genoux, me couvris le visage des deux mains et hurlai.
Je n’étais pas seulement plus faible que cette samouraï cinglée.
J’étais une putain de merde dans tout cet univers.
J’avais tiré un revolver et paradé comme Ikkaku après avoir débloqué son Bankai.
Quelle humiliation.
J’avais fait confiance à une arme à feu moderne et m’étais inquiété que d’autres types fassent de moi leur petit chef de rien du tout !
Ça n’allait pas.
Dans cette ville, les faibles servaient de punching-balls, de larbins et de jouets sexuels aux forts.
Même si j’échappais à la samouraï cinglée et que je soignais Arbel, quelqu’un finirait par me la piquer.
« Je suis catégoriquement contre le NTR ! »
J’allais devenir plus fort.
Je devais devenir plus fort.
Plus fort que je ne l’étais maintenant.
Même si des épreuves aussi dures que la pierre me réduisaient en miettes.
Même si je devais endurer des efforts à m’en briser les os et la douleur de muscles déchirés.
« Boutique, ON. »
Dans cette optique, j’ouvris la fenêtre de statut.
Après avoir renouvelé mon manteau, Héros et les munitions de Héros, il me restait 95 points.
De quoi faire trois tirages de Joker.
Une partie de moi voulait les garder pour les fonctions de la fenêtre de statut qui se débloqueraient plus tard, mais…
Était-ce vraiment le moment d’économiser ?
Je devais d’abord essayer tout ce que je pouvais faire à chaque partie.
« Hé hé, héhé… Héhé… »
J’étais déprimé une seconde plus tôt, mais la simple idée de lancer un gacha suffisait déjà à m’exciter !
C’était pour ça que je m’étais donné tant de mal à gagner des points !
Boum-tchak, boum-boum-tchak !
[Points utilisés : 95 pt => 65 pt]
« … »
L’animation blanche qui douchait mon enthousiasme signifiait un rang C.
« Je vais porter plainte auprès du Service de surveillance financière ! Espèce d’enfoiré ! Comment tu peux me faire ça ?! »
C’était une blague ?
Il savait combien je m’étais défoncé pour gagner ces points ?!
Ça représentait trente champignons toxiques, bordel !!!
Je lui avais fidèlement remis tous les points que j’avais gagnés ! C’était pas un comportement exemplaire, ça ?!
「Indulgence dérisoire」
- Rang : C
- Description : Prenez un air pitoyable et présentez ce coupon. Le plus mignonnement possible. Souriez.
- Effet : Vous êtes pardonné une fois pour une erreur ou une faute commise envers un être manifestement plus fort que vous.
- Remarque : À usage unique.
Et l’effet était tout aussi pourri.
« Tant pis. Je lance tout de suite le suivant. »
Boum-tak ! Boum-boum-tak ! Boum-tak !
Le gacha suivant affichait une animation bleue : rang R.
« Je dois encore râler ? »
D’après mon expérience, le bleu avait au moins une valeur non négligeable.
Le Talisman de protection contre les malheurs, qui avait des effets vraiment utiles, n’était-il pas lui aussi de rang R ?
Flap.
Une fine feuille de papier tomba dans ma paume.
「Ticket perdu」
- Rang : R
- Description : Hein ? Je l’ai bien utilisé… Non ? Enfin, ça arrive parfois.
- Effet : Permet de dupliquer un Joker à usage unique déjà utilisé.
- Remarque : Ne s’applique qu’aux Jokers « à usage unique ». Le Ticket perdu ne peut pas être dupliqué. À usage unique.
« Oh ! »
L’effet n’était pas mal.
Le Ticket perdu élargirait considérablement non seulement mes possibilités immédiates, mais aussi celles qui s’offriraient à moi à l’avenir.
Prenons l’Exemplaire du Sūtra du Son des Insectes du Dharma merveilleux, par exemple.
Même s’il s’agissait d’un Joker SSR de haut rang, je n’avais pas pu m’en servir : impossible d’évaluer son effet ou les risques, et il était à usage unique.
Mais si je l’utilisais comme un râle d’agonie à la fin d’une partie complètement foutue, puis que je me servais du Ticket perdu pour l’utiliser une fois de plus à la partie suivante ?
La deuxième utilisation aurait bien plus de valeur.
Peut-être que le larbin invoqué par le Sūtra du Son des Insectes du Dharma merveilleux pourrait même battre la samouraï cinglée ?
Mais sérieusement, qu’est-ce que ça invoque, ce truc ?
« Ce serait sympa si ça invoquait des tentacules. »
Ma colère retomba soudain.
Apparemment, je n’étais en colère que jusqu’au rang R.
« Bon, ça, c’était bien. Continue comme ça, d’accord ? »
[Points utilisés : 35 pt => 5 pt]
Boum-boum-tak ! Boum-boum-tak ! Boum-tak !
Mes encouragements sincères n’y changèrent rien. Cette fois, l’animation était verte : rang UC.
« Pff… »
Je n’avais même plus la force de me mettre en colère.
Écoute-moi, petit fenêtre de statut.
Je ne veux pas continuer à crever dans cette ville de merde.
Je suis censé draguer Arbel en tenue de bunny girl inversée tout en mangeant un bingsu à la mangue pomme.
« Voyons au moins ce que c’est. »
Tac.
Ce qui tomba dans ma paume était un monocle.
C’était l’un des symboles du gentleman britannique, un accessoire raciste conçu pour se coincer dans l’orbite, donc impossible à porter pour les Asiatiques de l’Est.
「Monocle d’exhumation」
- Rang : UC
- Description : « Non, Votre Honneur, c’est vrai que j’ai tué quelqu’un à l’époque. »
- Effet : Pour le mois écoulé, permet de voir jusqu’à trois événements que la cible veut le plus cacher.
- Remarque : Vous ne pouvez voir que les actes dont la cible a conscience. Utilisations restantes : 3.
« Hmm. Cet objet ne me sert absolument à rien. »
Mais combien de personnes à part moi, Cedric, avaient vécu sans avoir la moindre honte devant le Ciel ?
Ça pourrait probablement servir quelque part.
Je devais absolument l’utiliser sur Arbel !
Un mois des pires hontes d’Arbel ? Impossible de passer à côté.
Je cessai de fuir la réalité.
« Putain… »
Mais à part Arbel, où pourrais-je bien m’en servir ? À quoi bon connaître le passé caché de quelqu’un si je n’avais aucune preuve ?
Je ne pouvais donc pas devenir plus fort ? C’était ça, la limite de progression d’un Cedric une étoile depuis la naissance ?
« … »
La tête entre les mains, une inspiration géniale me traversa comme Nietzsche.
« … Attends. »
Je pourrais peut-être en faire bon usage.
2.
Quatrième partie, quatrième jour.
Si le secteur C était un Chinatown, le secteur D ressemblait à une immense zone industrielle.
Pas une zone industrielle propre et bien ordonnée. Plutôt un quartier d’usines de l’époque de la révolution industrielle, où les réglementations et le droit du travail pouvaient aller se faire foutre.
J’imaginais que le secteur D était la principale raison pour laquelle l’air de la Nécropole était plus pollué que celui de l’Inde.
Les moteurs grondaient partout comme des cœurs qui battent, tandis que de la fumée noire s’élevait dans le ciel comme du cola.
Non, sérieusement.
J’avais les yeux qui piquaient rien qu’en restant immobile.
Mais personne ne s’en plaignait ouvertement.
Je me contentais de geindre intérieurement : « Bouhou ;_; Cedric a mal aux yeux », sans avoir l’intention de hurler : « Braves gens ! Ne devrions-nous pas protéger notre environnement ?! »
Le Développement des ressources du Crépuscule, l’un des deux géants du monde des affaires de la Nécropole, était de facto propriétaire du secteur D.
Même si la Nécropole avait des militants écologistes, ils pourrissaient probablement déjà dans un tas d’ordures.
Enfin bref.
J’étais resté près du secteur C durant les deuxième et troisième parties. Ça faisait donc un moment que je n’étais pas allé aussi loin dans le secteur D.
Je me demandai si l’oncle Ron allait bien.
« Tu n’as toujours pas compris la leçon, Guts. »
Je me giflai.
Après avoir reçu cette leçon amère, je continuais à attendre quelque chose des gens.
Ma destination était le district D-1.
Le district où se trouvait le siège du Développement des ressources du Crépuscule.
Je traversai une foule d’ouvriers vêtus de tenues de travail crasseuses.
Je me faufilai dans d’étroites ruelles où la boue, rendue plus collante qu’ailleurs par les huiles usagées, faisait floc-floc sous mes chaussures.
Dès que je mis les pieds dans le district D-1, je restai un instant sans voix.
« C’est incroyable. »
Je repensai au Magicien d’Oz (1939), tristement célèbre pour les mauvais traitements infligés à ses jeunes acteurs.
La saturation du paysage changeait d’un seul pas.
La brume verdâtre qui flottait toujours, pareille à une mer de nuages, entre les immenses douves semblables à des canyons avait disparu.
À la place, un ciel limpide et transparent s’étendait au-dessus de moi, d’une pureté inimaginable.
Même l’air qui emplissait mes poumons était aussi vivifiant qu’une promenade en forêt. Comme dans l’Œil de Sol.
Un boulevard propre, pavé de briques intactes, s’étendait devant moi ; des arbres aux feuilles vertes bordaient la rue par endroits. Des oiseaux gazouillaient partout.
Et, pour couronner ce paysage artificiel…
Sous un rayon de soleil sacré, le siège du Développement des ressources du Crépuscule ressemblait à un gigantesque autel bâti avec d’innombrables os blanchis.
Je n’avais pas été transporté dans une autre dimension au beau milieu de la Nécropole.
C’était un miracle acheté au monde à coups de contrats.
Combien de Pièces universelles leur fallait-il dépenser chaque année pour s’offrir un miracle pareil ?
« Hum. »
Assez joué les ploucs émerveillés.
J’étais dans le district D-1. Si la sécurité m’attrapait, moi, un inconnu venu d’ailleurs, elle me tabasserait à mort avant de me transformer en « ressource ».
Je vérifiai mon reflet dans une vitrine.
Une mallette à la main, un monocle sur l’œil, un costume impeccable sous un long manteau Armani.
J’avais l’air d’un parfait dandy de Savile Row, la rue de la mode britannique.
Évidemment. J’avais passé trois jours à me tuer à la tâche dans l’Usine à champignons pour pouvoir à peine m’offrir ces fringues.
Elles n’étaient pas faites sur mesure, bien sûr. J’avais écumé sans relâche le marché noir pour trouver des vêtements à ma taille et en bon état.
« Arbel va tomber raide dingue de moi. »
Je devrais peut-être répéter ?
Je passai la main dans mes cheveux lissés en arrière à la pommade et marmonnai :
« Retirez vos sales pattes. Vous croyez vraiment pouvoir vérifier mes papiers ? »
Cedric n’avait peut-être aucun talent, mais il avait un physique avantageux.
Quand je baissais la voix et prenais un ton arrogant, je ressemblais vraiment à un aristocrate.
Oh, c’est vrai. Cedric était effectivement un aristocrate.
Je l’avais oublié parce que c’était un putain de faible.
« Parfait. Allons-y. »
Je m’étais renseigné à l’avance, alors j’avançai sans hésiter.
Après quelques rues, je trouvai un restaurant luxueux, gardé à l’entrée par deux hommes.
[Le Jardin]
Le Jardin.
Je connaissais un peu le français. Ça voulait dire « le jardin ».
Comme son nom l’indiquait, du lierre vert recouvrait les murs de briques rouges à l’extérieur.
Dans cette ville, les plantes vertes étaient plus luxueuses que les statues de marbre.
« Veuillez vous arrêter. »
Alors que j’essayais d’entrer comme si de rien n’était, un des gardes aux lunettes de soleil noires me poussa l’épaule pour m’arrêter.
Ce n’était probablement pas un garde du restaurant, mais un garde du corps.
Ces lunettes de soleil et ce costume me semblaient étrangement familiers.
« L’accès au-delà de ce point est actuellement réservé au personnel autorisé au préalable… »
« Retirez vos sales pattes. J’ai rendez-vous. »
Ma voix glaciale fit hésiter le garde du corps.
« Je vous prie de m’excuser. Toutefois, la procédure nous oblige à vous demander le motif de votre visite et votre identité avant de vous laisser passer. »
« Et alors ? »
« Pourriez-vous me présenter vos papiers… »
« Vous vous prenez pour qui ? Vous êtes assez important pour que je vous donne mon identité en personne ? »
Les gens se laissaient facilement impressionner par les apparences.
Je le répétai, mais bien habillé, Cedric avait indéniablement l’air d’un aristocrate, même de loin.
Ce n’était pas comme si je m’étais maquillé en clown pour faire un scandale sans raison.
« C-c’est possible, mais nous n’avons pas été informés d’un autre rendez-vous, alors, la procédure… »
« Votre nom. »
« Pardon ? »
« Si vous voulez connaître mon nom, donnez-moi d’abord le vôtre. »
Tout juste débarbouillé aux bains et habillé de fringues voyantes et rutilantes, le garde du corps avait les épaules si voûtées qu’il en devenait presque pitoyable.
Je ne lui laissai pas le temps de respirer et insistai :
« Je ne suis pas complètement sans cœur. Je veillerai à ce que votre nom soit gravé sur votre pierre tombale. »
Quand je glissai une main sous mon manteau, le visage du garde du corps vira aussitôt au gris.
En vérité, je m’apprêtais à sortir l’Indulgence dérisoire de mon inventaire en cas de pépin, mais…
On était où, déjà ? À la Nécropole.
Il avait dû croire que sa vie était en danger.
Des gouttes de sueur froide perlèrent sur son visage et il s’inclina poliment.
« Veuillez m’excuser de ne pas vous avoir reconnu. Je vous en prie, entrez. »
« Bien. Continuez comme ça. »
« Oui, monsieur ! »
Tss, tss. Voilà pourquoi il fallait avoir du cran.
Refuser un contrôle à un poste de sécurité ?
À sa place, j’aurais tiré un coup de semonce et récolté quelques jours de congé supplémentaires.
Ding dong.
L’intérieur du restaurant était aussi luxueux que sa façade.
Comment dire ?
Comme un restaurant britannique centenaire où un serveur raciste ne vous installerait jamais près de la fenêtre si vous étiez asiatique, même s’il restait des tables libres.
Les tables étaient vides parce que le restaurant avait été réservé.
Deux personnes occupaient les places près des fenêtres, auxquelles aucun Asiatique n’aurait jamais pu prétendre.
L’une était une secrétaire particulière qui se tenait derrière, en costume.
L’autre était une belle femme assise en train de manger.
Avant que la secrétaire, décontenancée, ne parvienne à bredouiller quoi que ce soit, je tirai une chaise et m’y installai.
« Vous devriez sans doute virer les deux gardes à l’entrée. Ils sont nuls à leur boulot. »
Je m’assis en face de Ceres Cassian, directrice et mage au Développement des ressources du Crépuscule.
« Tu as de bons yeux. Des yeux de cinglé. »
Elle posa la fourchette dont elle s’était servie pour extraire un escargot de sa coquille, puis sourit de toutes ses dents.
Notes :
« NTR » est l’abréviation d’un genre qui évoque la trahison amoureuse ou le cocufiage. L’Œil de Sol est une boisson coréenne à base de bourgeons de pin.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>