Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 18 : Usine à champignons
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1.
Joker.
Un objet à usage unique obtenu dans la Boîte aléatoire de Jokers.
Il coûtait la bagatelle de 30 pt par tirage, mais ses effets méritaient vraiment qu’on l’appelle « une carte qui change le destin ».
Pour prendre un exemple concret, si je n’avais pas eu le Talisman de protection contre les malheurs au début de cette boucle, j’aurais commencé dans la peau de Shanks à cause de la Pénalité de mort [ Manchot ].
Mais surtout, voilà le plus important.
Les Jokers avaient été conçus par le « gacha » de ma fenêtre de statut.
« … »
« Bon pour une suite de l’Hôtel Abyss »
Alors, c’était quoi, ce truc ?
Un enfant illégitime que ma fenêtre de statut aurait eu en me trompant ?
Alors que je restais planté là, perplexe, Areng et Akitt s’approchèrent prudemment.
« Guts, au juste, qu’est-ce que tu es ? »
« Je n’ai jamais vu le personnel d’un hôtel se comporter comme ça. »
« Ils ont pris ton parti sans hésiter. »
Akitt et Areng avaient été mes compagnons dans la boucle précédente, mais après avoir régressé, nous étions pratiquement des inconnus.
Malgré ça, ils se montraient bizarrement familiers avec moi.
« Hmm. »
Je savais exactement de quoi il s’agissait.
La technique du « laisse-moi en profiter aussi ».
Les gens faisaient ça dès qu’ils apprenaient que quelqu’un avait fait fortune grâce à un investissement.
C’était vraiment si inhabituel ? Je jetai un coup d’œil autour de moi.
Les fixeurs rassemblés en petits groupes dans le hall me dévisageaient.
Putain.
Je ne voulais pas attirer autant l’attention.
On me recherchait, et je n’avais même pas pris la peine de me déguiser aujourd’hui.
J’avais cessé de m’en soucier quand j’avais compris qu’ils ne me pistaient pas à mon visage.
Et puis, l’effacer était chiant.
Bref.
Le plus flippant, c’était que l’employé de l’hôtel m’avait même offert un Joker en compensation, devant tout le monde.
Toutes les voix autour de moi se transformèrent soudain en : « Ce bâtard a un pactole » et « On n’a qu’à le tuer et le dépouiller ».
Si on avait été dans les bidonvilles, j’aurais renversé la situation et je les aurais détroussés.
Mais on était dans un hôtel.
Il devait y avoir des fixeurs redoutables de toutes sortes ici.
Je commençais à flipper un peu.
Tout en gardant un œil sur les gens autour de nous, je montrai le bon à Areng.
Il fallait d’abord que je découvre ce que c’était.
« Au fait, c’est quoi, ça ? Le truc qu’on m’a donné tout à l’heure. »
« Oh, ça ? Ça arrive parfois. C’est pas une carte de visite vierge ? »
« Une carte de visite vierge ? »
Areng haussa les épaules, comme si ça n’avait rien d’extraordinaire.
« Une carte de visite sans rien d’écrit dessus. J’ai entendu dire que les employés de l’hôtel en distribuaient parfois. Moi, j’en ai jamais eu. »
Il n’y avait rien d’écrit dessus ?
Je baissai de nouveau les yeux vers le bon.
Fond blanc, bordure dorée, détails en relief. Il avait l’air vraiment luxueux.
Quel que soit l’angle, c’était un bon d’hébergement au design raffiné.
« Concentre-toi. Ne fais pas que jeter un coup d’œil. Regarde bien. »
« Pourquoi ? Il y a quelque chose dessus ? »
Areng prit le bon, l’examina sous toutes les coutures, puis déclara :
« C’est une carte de visite vierge. »
« Je t’ai dit de regarder de plus près. Essaie de le voir comme une image magique. »
« Allez, te fous pas de moi. »
Akitt me donna la même réponse.
Pour tous les autres, ce bon avait l’air vierge.
Voilà pourquoi, malgré son apparence évidente de bon d’hébergement, on l’appelait une carte de visite.
« Hé, tu veux regarder ça aussi ? »
Une idée me vint et je sortis la Pile ou face de vérité.
« Ça ressemble à quoi, pour toi ? »
« À une pièce ? »
« Tu arrives à lire ce qui est écrit sur chaque face ? »
« … Y a rien d’écrit dessus. C’est juste une pièce ordinaire. »
Pour moi, TRUE et FALSE étaient gravés sur les deux faces.
Bon, je comprenais comment ça marchait.
J’étais le seul à pouvoir reconnaître les Jokers et utiliser leurs effets.
J’étais le seul au monde à savoir qu’ils existaient.
Évidemment.
Dans les histoires de régression et de transmigration, il fallait bien avoir un petit monopole comme ça !
« Hmm. »
Mais cet hôtel était aussi une faille.
Il servait même de plaque tournante pour d’autres failles.
Et si cette prétendue suite était en réalité une faille de Profondeur 6 ? Je n’aurais plus qu’à utiliser le ticket et à crever.
Non.
L’hôtel traitait ses clients comme des rois. Alors, ça devrait aller, non ?
« Enfin, je suis sûr que ça me servira quelque part. »
Je n’avais pas le temps de réfléchir trop longtemps.
J’avais déjà perdu beaucoup trop de temps.
Je glissai soigneusement le bon d’hôtel dans la poche de poitrine de ma veste.
2.
Après ce petit incident avec le figurant anonyme,
nous entamâmes les démarches pour entrer dans l’Usine à champignons.
Comme l’extérieur de l’hôtel, la plupart des formalités ressemblaient à celles d’un vrai enregistrement.
Nous nous rendîmes d’abord au comptoir d’accueil, tenu par une employée chèvre.
« Trois personnes pour l’Usine à champignons. »
À noter qu’il n’y avait pas de frais pour les failles de Profondeur 2 ou moins.
Sans un mot, l’employée découvrit ses dents jaunes en un grand sourire et nous tendit une clé en laiton.
« Waouh, Guts, t’as la cote. Cette employée t’a carrément lancé un sourire aguicheur ! »
« Guts est beau gosse, après tout. »
« Fermez-la. »
« Hé hé hé. Pas la peine d’être gêné. »
Peut-être que le fait de m’avoir vu tenir tête à Sunming les avait impressionnés.
Ou peut-être que le traitement de faveur que m’avait accordé le personnel de l’hôtel leur avait paru extraordinaire.
À moins qu’ils aient décidé qu’après s’être brouillés avec le fixeur de grade 7 Sunming, leur meilleure chance de survie était de se mettre dans mes bonnes grâces.
Akitt et Areng se montraient excessivement amicaux.
Je voyais clair dans leur jeu, mais ça ne me déplaisait pas.
Pour eux, c’était notre première rencontre, mais j’avais une semaine de souvenirs avec eux.
Cette familiarité me semblait naturelle.
Nous prîmes la clé et nous dirigeâmes vers l’ascenseur.
D’après le scénario, l’hôtel lui-même était une faille qui avait fait irruption dans la réalité, mais aussi un carrefour menant à d’autres failles.
Chaque étage était une faille.
Le règlement disait :
27) Montez dans l’ascenseur un groupe à la fois, selon les instructions du personnel.
28) L’ascenseur peut accueillir cinq personnes.
La file d’attente était longue, mais il y avait huit ascenseurs.
Dès qu’un groupe montait, un autre ascenseur arrivait sans délai. Nous pûmes donc embarquer aussitôt.
Ding.
Quand nous entrâmes dans l’ascenseur antique, une employée se tenait devant les boutons.
Sans surprise, le panneau en comptait des centaines.
Je n’en fus pas particulièrement étonné.
Après tout, tout le monde savait que l’intérieur d’un hôtel de légende urbaine était l’Hôtel de Hilbert.
« L’Usine à champignons. »
Quand je montrai la clé, l’employée chèvre sourit encore et appuya sur un bouton.
« Waouh, elle t’a encore souri. »
« Sérieusement, Guts, t’as toujours été aussi séduisant ? Pourquoi tu bosses comme fixeur ? Démissionne et deviens le roi de la nuit. »
Akitt et Areng gloussèrent en en faisant des tonnes.
Je fronçai les sourcils.
« Arrêtez vos conneries. »
« Allez, au fond, ça te plaît. »
« Je sais que ce sont des Bêtes, mais les employées de l’hôtel ont de jolis visages. Et leurs corps aussi, wouah… À ma place, j’essaierais d’en séduire une et… »
« Quoi ? C’est ton truc, ça ? »
Je découvrais avec horreur les goûts inhumains d’Areng, dont je n’avais rien su dans la boucle précédente.
La Nécropole était donc vraiment différente en tout point ?
Même pour rire, c’était tordu.
Qu’est-ce que ça pouvait faire, qu’elles aient un beau corps ? Elles avaient une tête de chèvre !
Le genre de produit dont personne ne voulait, rejeté aussi bien par les fans de poilus que par les amateurs d’humains.
Alors que je contemplais avec horreur l’abîme des goûts d’Areng,
Ding !
Nous arrivâmes bientôt à l’étage de l’Usine à champignons.
Quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, au lieu d’un couloir d’hôtel bien rangé, un immense intérieur d’usine nous accueillit.
Une bouffée d’air chaud et humide nous enveloppa.
Elle portait une odeur de mousse mêlée à l’étrange relent de poisson d’une terre de granit décomposée et en putréfaction.
« C’est flippant. »
« C’est une faille, quoi. »
L’Usine à champignons était, comme son nom l’indiquait, l’intérieur d’une usine.
Le plafond était si haut que la notion même de plafond semblait absurde, et l’endroit était d’une taille irréaliste.
À en juger par les énormes fourneaux, c’était une fonderie ?
Il était évident que rien ne fonctionnait pour l’instant.
Les lumières étaient éteintes ; seule brillait la lueur phosphorescente des chapeaux de champignons éparpillés dans toute l’usine.
Des champignons et de la mousse avaient colonisé jusqu’au sommet des machines en acier rouillé.
Une éco-apocalypse, version champignons.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Après être sorti de l’ascenseur, je continuai à regarder derrière moi jusqu’à ce que les portes se referment.
Comme l’indiquait le règlement, elles disparurent comme par magie dès qu’elles furent complètement closes.
Les ascenseurs de l’hôtel déposaient au hasard les clients enregistrés dans des failles, puis disparaissaient sur place.
Pour sortir, il nous faudrait trouver une issue, placée au hasard quelque part dans la faille.
Ding !
Une notification apparut.
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::: Nouvelle zone découverte (NOUVEAU !) :::
Une vie bleue s’épanouit sur un cimetière d’acier rouillé.
Une vaste colonie de champignons recouvre des machines à l’arrêt et des fourneaux éteints.
Vous êtes dans la faille « Profondeur 1 : Usine à champignons ».
Attention à ne pas y rester trop longtemps.
Vous pourriez vous aussi rejoindre la colonie.
CONSEIL
- La règle ici, c’est : « Les gens sont des champignons. »
- Ne restez jamais dans l’usine pendant 24 heures ou plus.
- L’Usine à champignons est l’endroit idéal pour obtenir de la Viande de fée.
- Il est très difficile de distinguer les champignons toxiques des champignons comestibles.
::: Défi (NOUVEAU !) :::
- Entrer dans une faille par l’hôtel +1 pt
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J’avais déjà gagné 4 Points depuis le début de la boucle.
Comme je suivais un style de jeu que je n’avais encore jamais essayé, les Points de défi s’accumulaient bien.
La fenêtre de statut, qui me donnait même des conseils assez précis, était rassurante.
« On s’y met tout de suite ? »
À partir de là, ce qu’on devait faire était simple.
Tuer des Bêtes.
C’était le moyen le plus rapide de gagner de l’argent.
Pourquoi entrer dans une faille rapportait-il de l’argent ?
Pourquoi Aden continuait-elle d’envoyer des fixeurs dans des failles qui broyaient les humains ?
Parce que les failles regorgeaient de ressources.
Une Bête de Profondeur 1 ne lâchait pas beaucoup d’Or de placer.
Mais les failles de faible Profondeur étaient moins contaminées par la Poussière noire ; on pouvait donc manger les Bêtes.
Dans la Nécropole, où la nourriture était si rare que les blocs de cafards constituaient un aliment de base, l’Usine à champignons était une excellente source de Viande de fée.
« Guts, j’en ai trouvé une. Là-bas. C’est une Fée champignon. »
« Ah ouais ? Où ça ? Fais voir. »
Mmm… Mmm… Mmm…
Pas très loin.
À couvert, nous observâmes la mascotte de l’Usine à champignons : la Fée champignon.
« Hmm. Elle est vraiment dégueulasse. »
Ce n’était pas une métaphore.
Je ne faisais que décrire ce que je voyais.
Comme ça s’appelait une Fée champignon, je m’étais attendu à un champignon orange ou à un champignon cornu, un truc du genre, qui sautillait mignonnement.
Mais en vrai, ça ressemblait à un énorme champignon de Paris, auquel on aurait collé des membres musclés.
« Putain, c’est ça, la Viande de fée que j’ai mangée ? »
« Mmm, un délice bien ferme. »
« Si on ne sort pas d’ici avant 24 heures, on se transforme en ça, nous aussi ? »
« Ah, ça devrait aller. Les failles de Profondeur 1 ont plein de sorties. »
Mon estomac se retourna brusquement.
C’était vraiment dégueulasse.
En plus, des gémissements étouffés résonnaient tout autour de nous.
Mmm… Mmm… Mmm…
Mmm… Mmm… Mmm…
On aurait dit des vieux en pleine coloscopie sous sédatifs, ce qui rendait le tout deux fois plus répugnant.
Mais à part leur apparence répugnante, elles n’avaient pas l’air très dangereuses.
Elles traînaient les pieds en avançant lentement.
Et surtout, leurs gémissements étaient pitoyables.
Je ne pouvais pas économiser mes balles et les massacrer sans même utiliser Héros ?
« Ce truc est vraiment dangereux ? »
« Bien sûr que oui, Guts. Honnêtement, je crois que je vais me pisser dessus. Je suis venu seulement parce que je pensais que tu saurais quoi faire. »
Je retroussai mes manches et ramassai la machette que j’avais prise au Bureau des profits.
« Regardez bien, bande de bâtards. Je passe devant. »
Même sans Héros, j’avais l’Œil de Laplace.
J’étais un dieu des contres, capable de transformer même Rock Lee en parfait inconnu.
Je me dirigeai d’un pas décidé vers la Fée champignon.
« Fais attention ! »
« À quoi ? Attendez un peu. Ce soir, on mange de la salade de champignons. »
« Fais vraiment attention ! Elles ne sont pas particulièrement rapides et se déplacent lentement, mais elles sont incroyablement fortes. Si l’une d’elles attrape ne serait-ce que le bas de tes vêtements… Enfin, regarde là-bas. »
Areng désigna un coin entre les équipements de l’usine.
Je plissai les yeux et regardai dans la direction qu’il indiquait.
Entre des étagères couvertes de champignons, on aurait dit qu’il y avait un ballon de gym.
« Beurk. »
Dès que je vis mieux, mon estomac se révulsa.
Un cadavre aux membres et au torse repliés en boule, d’où jaillissaient des champignons.
Un spectacle grotesque qui aurait fait le bonheur des amateurs de Best Gore.
Qu’est-ce que ces trucs faisaient aux gens pour que leurs corps finissent par ressembler à des victimes de machines industrielles ?
Je me retournai.
« Hé, elles ont l’ouïe fine ? »
« Je crois pas qu’elles entendent les sons. »
« Vraiment ? Ça tombe bien. »
Je sortis Héros.
Autant utiliser le flingue.
Notes :
L’Hôtel de Hilbert est une expérience de pensée portant sur un hôtel infini, ce qui correspond aux étages et aux boutons d’ascenseur apparemment sans fin de l’établissement.
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