Chapitre 16
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Haruto
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 16 : L’Hôtel Abyss
──────
1.
D
U
M
P
¤
À peine eus-je lu le Message d’outre-tombe que mes souvenirs me revinrent en trombe.
Première partie.
La chambre, après un moment plutôt chaud avec Ceres, la Veuve de huit pieds.
« Je ne comptais pas vous donner autant, mais… vous m’avez fait plaisir. »
« Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusée. J’ajouterai un supplément au prix de votre sœur. »
Ceres déposa la Pièce universelle étincelante dans ma main.
Je gloussai tout le chemin jusqu’au bureau de Gros Dick, puis on me coupa la tête.
Deuxième partie.
Le Joker SSR, Le Dieu du sac renversé. Mon studio dans les bas-fonds.
« Youhou ! »
« Tout ça, ce sont des Pièces universelles ? Venir dans un autre monde, c’est le meilleur choix que j’aie jamais fait ! »
Je sortis les Pièces universelles du sac et les embrassai encore et encore.
Ensuite, je transportai Arbel dans le passage souterrain en affichant un sourire idiot, et on me massacra.
Exactement.
Lors de ma première comme de ma deuxième partie, cette femme était venue me chercher environ trois heures après que j’avais mis la main sur les Pièces universelles.
Les pièces du puzzle s’emboîtèrent dans ma tête.
Je m’étais trompé depuis le début.
Ce n’était pas Ceres qui m’avait vendu. Et ce n’était pas non plus le Khala sacré d’Isis.
La faucheuse était venue après que j’avais obtenu les Pièces universelles.
Et le Message d’outre-tombe que j’avais reçu disait : « Jette les Pièces universelles. »
« Putain, j’étais censé me faire tabasser parce que je ne savais pas ?! »
Il n’y avait pas de piège plus parfaitement cruel.
Les Pièces universelles étaient dans cette égout immonde, et elles annonçaient ma mort ?
Ma vie allait partir en vrille, et pour survivre, j’étais censé ne pas les ramasser ?
Même si une centaine de Lee Dae-ho ruinés me fonçaient dessus avec des battes, j’essaierais quand même de voler une base.
C’était une blague ?
« Pfiou… »
Je me forçai à me calmer.
Je ne connaissais toujours pas le mécanisme exact.
Toucher les Pièces universelles suffisait-il à me mettre en danger ? Ou quelqu’un pouvait-il me repérer simplement en se trouvant à proximité ?
J’espérais que ce n’était pas la deuxième option.
Malgré tout, ce n’était pas si catastrophique.
Si je lui attribuais une note logique, objective et quantifiable, la situation était dans la moyenne.
Mais si j’avais continué à ignorer que les Pièces universelles équivalaient à un billet pour l’au-delà, faute d’avoir reçu le Message d’outre-tombe ?
Pour le dire gentiment…
« Waouh ! Des Pièces universelles ! Je vais enfin pouvoir manger un bon repas chaud ! » Tranche. « Merde ! Qui m’a balancé ?! »
J’aurais pu me faire avoir comme ça quatre fois, à peu près.
Mais je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort.
Arbel arriverait dans mon studio dans une semaine.
Arbel était en pleine saison, et la fraîcheur comptait. Trois jours après la livraison, elle serait fichue.
Pour au moins maintenir son fil de vie jusqu’à son arrivée, je devais gagner de l’argent et trouver Isis.
« D’abord, faisons le point. »
Les artefacts passaient en premier.
Estomac robuste. Œil de Laplace.
Ils étaient toujours sur le Présentoir à artefacts après mon retour dans le passé.
Jokers.
Pile ou face de vérité (2/3), Coupon de langage honorifique (1/1), Copie du Sūtra du Son des Insectes du Dharma merveilleux (1/1), Talisman de protection contre les malheurs (4/5).
À part les Chapagetti et les cigarettes, mes provisions modernes étaient intactes. Mais le Héros et mon manteau Armani, que je n’avais pas rangés dans mon inventaire, avaient disparu.
Il ne me restait que 12 points.
Après avoir acheté le manteau symbole du Fixeur, rechargé le Héros et fait le plein de ses balles, autant dire que je serais à zéro.
« Ça me rend dingue. »
La situation désastreuse m’étouffait.
Mais je me rappelai le sac de Pièces universelles qui avait brillé dans cette pièce, et cette folle furieuse qui avait osé découper Arbel en deux sous mes yeux.
Un feu de vengeance inextinguible s’embrasa dans ma poitrine.
« Je vais laisser passer pour cette fois, mais attends un peu la prochaine. »
Je mettrais sans aucun doute la main sur une sorte d’appli d’hypnose.
S’il existait un Coupon de langage honorifique, il devait bien y avoir une appli pour réécrire le bon sens, non ?
Fais-toi belle et attends-moi.
Je lui montrerais jusqu’où pouvait tomber la dignité humaine…
« Non, attends. »
Alors que je me préparais au pire, je remarquai une contradiction de taille dans cette partie.
1) Les Pièces universelles servaient d’émetteur, selon un principe inconnu.
2) J’avais besoin des Pièces universelles pour soigner Arbel.
Ces deux conditions réunies soulevaient une question importante.
Q : Si je soignais Arbel avec les Pièces universelles, est-ce que cette folle furieuse rappliquerait aussi ?
R : Ah.
Voilà le problème.
Si Arbel était elle aussi une cible et que les Pièces universelles permettaient de la localiser…
Ça ne rendait pas les soins pratiquement impossibles ?
Malgré tout, Arbel avait trop de valeur pour que je l’abandonne.
Combien d’efforts avais-je déjà investis dans ce boulet ? Je n’allais pas jeter l’éponge maintenant.
Pas question !
Arbel était simplement sous-évaluée pour le moment. Ses fondamentaux laissaient présager une énorme remontée.
Elle était un fragment de mon idéal.
Dans ce cas, je continuerais à renforcer ma position et je la garderais pour toujours.
Mes objectifs pour cette partie étaient donc…
1) Farmer des points. Si possible, farmer aussi des succès qui rapportaient des coupons d’artefact.
2) Soigner Arbel jusqu’à son réveil, puis recueillir des informations sur cette folle furieuse.
3) Si possible, soigner Arbel avec les Pièces universelles et vérifier si la folle furieuse rappliquait.
Voilà mes trois objectifs.
« Allez, putain, on y va. »
Il me restait quatre morts gratuites.
2.
Le début fut identique à celui de la partie précédente.
D’abord, j’achetai le manteau avec les points qu’il me restait, puis je rechargeai le Héros et ses munitions.
Je traînai dans les ruelles des bas-fonds, détroussant les détrousseurs pour me constituer un capital de départ.
« Vous inscrire comme fixeur de rang 9 ? »
« Oui. »
« Nom ? »
« Guts. »
« Cinq mille Bios. »
« Tenez. »
« Beau manteau. »
Je m’inscrivis ensuite comme fixeur de rang 9.
Je changeai même un peu de nom pour coller à mon style de jeu cette fois-ci.
John Wick me semblait un peu faiblard, tout compte fait.
Bang !
« C’EST ÇA, LA DÉMOCRATIE !!!! »
« C’est quoi, ce bordel ?! »
« Ça faisait longtemps ! Vous jouez toujours au poker, tous les deux ? »
Je pris la tête du Bureau des profits en faisant une entrée fracassante digne d’un manuel.
Naturellement, Akitt et Areng ne se souvenaient pas de moi et se montrèrent d’abord hostiles.
Bang !
« Bon, à partir d’aujourd’hui, vous êtes mes petits employés. »
« Oui, oui. On fera tout ce que vous voudrez… »
« Patron, qu’est-ce qu’on fait, maintenant… ? »
Face à la puissance de feu écrasante du Héros, ils se couchèrent et me reconnurent comme leur chef.
Jusque-là, tout s’était déroulé comme lors de la partie précédente, mais à partir de maintenant, les choses allaient changer.
Cette fois, je ne me concentrerais pas sur les petits boulots obtenus par des combines.
« On va dans les Failles. »
« L-les Failles ? On a une montagne de contrats de sous-traitance qui nous attend. Pourquoi y aller alors qu’on a du boulot facile et tranquille ? »
« Patron Guts ! Ces endroits-là, c’est pour les vrais pros ou les types qui crèveront de faim demain ! »
« Waouh… Tu as parfaitement cerné le problème. »
C’était un avis parfaitement raisonnable.
Moi non plus, je n’avais pas envie d’y aller.
J’avais entendu dire que les Failles étaient extrêmement dangereuses, même si les récompenses étaient intéressantes. Je n’y avais donc jamais mis les pieds.
Mais, d’un autre côté, c’étaient des champs de neige vierges que je n’avais encore jamais foulés.
Chaque pas dans la neige croquante serait sûrement l’occasion de relever des défis et de farmer des succès.
J’avais besoin de points pour faire des tirages.
Rien que de penser au SSR que j’avais dû jeter avant d’avoir pu en profiter comme il se devait, j’en grinçais encore des dents…
[ 7 7 7 ]
[ JACKPOT !!!! ]
[ FÉLICITATIONS !!!! ]
[ SUPER SUPER RARE !!!!! ]
Quelle montée d’adrénaline…
« Fermez-la et prenez votre équipement. »
« Je veux pas y aller ! Je veux pas y aller ! »
« Bouhouhou ! Maman ! Maaamaaan ! »
Ils opposèrent une légère résistance, mais devant le canon d’une arme, tous les hommes étaient égaux.
Nous prîmes seulement l’équipement de base et partîmes aussitôt.
« Pourquoi on doit aller dans les Failles… ? »
« Je veux pas mourir… Bouhouhou… »
« Arrête de pleurer ! Je te ferai des Chapagetti plus tard. »
Alors, qu’est-ce que les Failles ?
Les zones recouvertes de Poussière noire subissaient de terribles distorsions.
Le temps et les lois de la physique se déformaient, tandis que les lois de la providence et de l’ordre humain s’effondraient dans un chaos total. On appelait cela le Vide.
C’était à cause du Vide que l’humanité se regroupait dans les Cités-Arches ou dans les villes développées au-delà des murailles.
Le Vide était un endroit où même un mage assez compétent se transformait en m a g e.
Mais il arrivait que des singularités se forment dans le Vide. De nouveaux mondes clos où s’appliquaient des règles différentes du reste du monde.
C’étaient les Failles.
C’était compliqué, mais je voyais ça à peu près comme ça.
« Vide = Terrain non implémenté plein de bugs. Si des joueurs y entrent, ils se font NULL. Parfois, des vétérans en sueur s’y aventurent quand même. »
« Faille = Donjon de campagne avec ses propres règles. Tuer des monstres et farmer du fric. Un paradis pour les fixeurs qui veulent farmer. »
Il existait plusieurs façons d’entrer dans une Faille, mais pour l’instant, je me dirigeais vers un hôtel du district C-18.
Oui.
Un hôtel.
3.
Si le secteur C était une Cité fortifiée de Kowloon malchanceuse, le district C-18 se résumait en une phrase.
« L’Hôtel Abyss. »
Une tour hôtelière de vingt-cinq étages dominait le centre du district et créait un étrange décalage. Tous les commerces du quartier s’étaient développés autour de ce monument imposant.
De grands bureaux où se retrouvaient les fixeurs de haut rang.
Des ateliers qui fabriquaient, vendaient et amélioraient des artefacts.
Des fonderies qui raffinaient l’or de placer, le matériau utilisé pour couler les Pièces universelles.
Des agences de Développement des ressources du Crépuscule qui géraient les biens des morts, les cadavres, le butin et tout le reste.
Car l’Hôtel Abyss n’était pas un simple établissement d’hébergement. C’était une plaque tournante qui abritait des portails vers des centaines de Failles !
Horror Hotel était vraiment un chef-d’œuvre, mais…
« Arrêtez de mélanger les genres, bordel. À ce rythme, une Galerie va finir par débarquer. »
« Pardon ? »
« Quoi ? »
« Ah, rien. »
Je tapotai gentiment la tête d’Akitt et continuai vers l’hôtel.
Plus nous nous rapprochions du gratte-ciel, plus les rues se remplissaient de fixeurs qui avaient clairement l’air coriaces.
Ils avaient tous un regard redoutable et un équipement impressionnant ; surtout, ils étaient impeccables.
Il y avait même une femme qui déambulait dans un qipao tape-à-l’œil.
Je détournai les yeux.
Une femme qui pouvait se promener sans se faire agresser dans cette ville de violeurs, avec un qipao qui dévoilait ses cuisses ?
Elle devait appartenir à l’une des trois familles qui dirigeaient les Produits pharmaceutiques Overnus, être une mage ou être la meilleure gagneuse d’un bordel où une file de losers en manque attendait son tour.
Si j’essayais de la draguer, je serais en train d’embrasser Arbel à pleine bouche trois secondes plus tard.
Et, comme de juste, une carpe dorée, symbole de la Famille de la Carpe d’Or, était brodée sur l’ourlet flottant de sa jupe.
« … Hum. »
Je rentrai les épaules pour ne pas avoir l’air trop arrogant, baissai humblement les yeux et poursuivis mon chemin.
J’arrivai finalement à l’entrée d’un hôtel de style occidental, qui jurait complètement avec l’atmosphère chinoise du secteur C.
À peine eus-je franchi le hall que ma mâchoire tomba.
« Waouh. »
De l’extérieur, l’endroit avait déjà l’air chic.
Il n’était pas aussi haut que la résidence de Ceres, mais c’était tout de même un hôtel de plus de vingt étages.
Dans la Nécropole, où la plupart des bâtiments ne dépassaient pas cinq étages, il méritait bien son surnom de gratte-ciel à baiser.
Mais je n’aurais jamais imaginé que l’intérieur serait à ce point sorti d’un autre monde.
« Putain, c’est incroyable. »
Comme je regardais tout autour de moi, bouche bée, Areng me demanda avec prudence :
« Patron Guts, dites-moi pas que… c’est votre première fois dans un hôtel ? »
« Si. C’est incroyable. »
« Snif… Putain, on est foutus… »
Je les ignorai et observai le hall.
Était-ce vraiment la putain de Nécropole, et pas Londres, la ville chère à mon cœur ?
J’avais franchi une simple porte battante depuis le chaos du marché aux puces à l’extérieur, et le smog qui piquait la gorge ainsi que les cris bruyants avaient disparu.
À la place résonnait une douce musique classique.
Le parfum d’agrumes d’un diffuseur à l’huile de citron et l’odeur du cuir propre aux meubles bien entretenus.
Des ornements de laiton luisaient partout, tandis qu’un immense lustre pendait du haut plafond.
Ça me rappelait le bon vieux temps.
Un hôtel où j’avais séjourné pendant un voyage à Londres.
Avec, au rez-de-chaussée, un restaurant fort de cent cinquante ans d’histoire et un serveur raciste qui refusait d’installer des Asiatiques près de la fenêtre, même quand des tables étaient libres…
Le genre d’hôtel historique cinq étoiles, luxueux à souhait.
Bien sûr, la vue des fixeurs rassemblés sur les canapés me rappela que je n’étais pas en Angleterre.
Ding !
Une notification apparut.
======
::: Nouvelle zone découverte (NOUVEAU !) :::
Porte des Abysses.
La plus ancienne Faille de la Nécropole.
Bienvenue à l’Hôtel Abyss !
Des sols de marbre semblables à des miroirs.
La douce lumière d’un immense lustre qui scintille au-dessus de votre tête.
Un personnel accueillant, composé de vétérans bien formés.
Des chambres impeccables toute l’année, ainsi qu’une grande variété de commodités luxueuses !
Voici le dernier lieu de repos et le terminal de tous ceux qui partent dans les Failles.
Nos clients peuvent s’enregistrer librement, mais leur départ n’est pas garanti.
Bonne chance, cher client.
CONSEIL
- Veillez à respecter le règlement de l’hôtel. Il ne s’agit pas de simples recommandations.
======
La dernière phrase me fit soupirer.
« Un règlement ? Putain, ils mélangent vraiment tout. »
Quel genre de monde mélangeait les univers sans la moindre cohérence ?
Un monde assez répugnant pour donner envie de vomir à un accro aux mauvais romans comme moi.
« Areng, c’est quoi, ce règlement ? »
« Comme vous l’avez remarqué, c’est aussi une Faille avec ses propres règles. C’est une sorte de manuel qui liste ce qu’on n’a pas le droit de faire. »
« Où est-ce que je peux le lire ? »
« Là-bas, monsieur. »
Areng désigna le comptoir de conciergerie, sur un côté du hall.
« Mais le règlement n’a rien de particulier, alors vous n’avez pas vraiment besoin de le lire. »
« On va quand même y jeter un œil. »
Je pris l’un des livrets de règles entassés en pile.
Et là…
« … ? »
Je tressaillis en voyant l’employé assis au comptoir de conciergerie.
Un costume impeccable. Un badge de concierge.
Des lunettes posées sur l’arête longue et anguleuse de son nez. Des cornes recourbées vers l’arrière.
Des pupilles plates et rectangulaires, orientées à l’horizontale.
« … »
« … »
Comment avais-je pu ne pas le remarquer avant ?
C’était un hôtel. Naturellement, les employés se fondaient dans le décor.
Des chasseurs qui transportaient les bagages. Des réceptionnistes qui remettaient les clés au comptoir d’enregistrement.
Et même le concierge assis juste devant moi, la tête poliment baissée.
Ils avaient tous.
Des têtes de chèvre.
Notes :
« Il me restait quatre morts gratuites » parodie la célèbre déclaration de l’amiral Yi Sun-sin, qui disait qu’il lui restait encore douze navires.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>