Chapitre 13
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans le Fusionpunk ◈
Chapitre 13 : Je suis un professionnel expérimenté (2)
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1.
Les médecins étaient une denrée extrêmement rare à la Nécropole.
Réfléchissez un peu. Cette cité orpheline, seule et sans rivale sous le ciel comme sur la terre, avait-elle vraiment été bâtie pour former des professionnels hautement qualifiés ?
Le pire, c’était que Produits pharmaceutiques Overnus, cette mégacorporation corrompue, malfaisante et solidement implantée, raflait même les quelques médecins du coin pour les embaucher comme chercheurs.
Avec assez d’argent, on pouvait en engager un comme médecin personnel. Pour la plupart des citoyens, cependant, ce luxe était inaccessible.
L’offre était très loin de satisfaire la demande.
Les remèdes de grand-mère, les antidouleurs et les médecins sans licence comblaient le vide.
Les médecins sans licence.
Rien que le nom n’inspirait pas vraiment confiance, mais je n’avais pas le choix.
Les centres de soins officiels coûtaient toujours plus cher que les cabinets indépendants.
Je n’avais pas le temps d’économiser alors qu’Arbel serait à moitié morte et étalée dans la maison une semaine plus tard.
« Grande sœur, les cabinets indépendants offrent un service correct, de nos jours. J’ai fait remplacer le pare-chocs de ma voiture dans un garage indépendant, moi aussi. »
Je portai Arbel, enveloppée dans une couverture, sur mon dos et entrai dans le secteur C.
À peine arrivé, je fus assailli par des odeurs d’huile, d’épices et d’opium sucré.
Le secteur C avait une atmosphère particulièrement inspirée de la Chine, même pour cette ville.
Produits pharmaceutiques Overnus y avait beaucoup d’influence, et les trois familles qui contrôlaient la société avaient des racines profondément orientales.
Leurs emblèmes en disaient long : un dragon rouge, une tortue noire et une carpe dorée.
Des lanternes rouges étaient suspendues partout. L’opium était la drogue la plus consommée, et le bruit des tuiles de mah-jong qu’on mélangeait résonnait de tous côtés.
« Riichi ! La vraie partie commence maintenant ! »
« Ahahaha ! Voyons… Riichi, pinfu, dora… Ça fait un mangan ! Ah, ahaha ! »
« Raaah ! Merde, je sentais que j’allais me faire avoir si je défaussais celle-là ! »
Ah, moi aussi, j’avais envie de jouer au mah-jong.
Le bruit d’une tuile qu’on abat était vraiment addictif.
« Hé, mon pote, si tu te la fais, laisse-moi participer aussi. Je te paierai, alors… Urk ! »
« Où est-ce que tu regardes ? »
Je continuai d’avancer en cassant le nez de tous les connards qui essayaient de draguer Arbel.
Je me dirigeais vers la rue de l’Aquarium, dans le district C-19, où les médecins sans licence avaient installé leurs cabinets.
La rue de l’Aquarium était nettement plus propre que le reste du secteur C. De lourdes portes de fer bordaient les deux côtés de la rue.
« C’est quoi, ces portes ? Des abris anti-bombes ? »
Des lumières faiblardes clignotaient au-dessus des portes de fer toutes simples.
Cabinet d’ostéopathie Tangping, hôpital spécialisé en circuits artificiels, cabinet d’acupuncture du Brûle-parfum, boutique de médecine traditionnelle. Des enseignes de médecins sans licence de toutes les spécialités.
L’endroit avait l’air sinistre, comme s’il allait vous annoncer au réveil d’une appendicectomie : « On vous a retiré les cornées et les reins en cadeau ! »
Je ne pouvais pas confier le corps d’Arbel à des gens pareils à la légère.
Surtout pas à un médecin homme.
« Des médecins sans licence ? Il y a un cabinet appelé Isis. Je vous le recommande. »
« C’est plusieurs fois plus cher qu’ailleurs, mais quand on m’a tranché le poignet, ils me l’ont réparé en un rien de temps, monsieur. »
« Et surtout, le médecin est une femme, et elle est canon… Hé hé hé. »
Akitt m’avait recommandé un cabinet dans le coin.
« Isis, Isis, Isis… »
Je l’avais trouvé. Le cabinet Isis.
Pan pan pan.
« Client ! Client ! »
Après avoir frappé plusieurs fois à la porte de fer, j’entendis du mouvement à l’intérieur. Puis une voix s’éleva de l’autre côté.
« Nous sommes fermés pour aujourd’hui. »
« C’est une urgence. Elle est à deux doigts de mourir. »
Un bref silence suivit.
Clic.
Un judas s’ouvrit entre les épaisses portes de fer.
Des yeux verts, encadrés de lourdes paupières doubles, m’observèrent à travers la grille.
« Montrez-moi la patiente. »
« Oui, madame. »
« Mon cabinet coûte cher. »
« J’ai apporté de quoi payer. »
« Montrez-moi. »
« Voilà. »
Je retirai la capuche d’Arbel pour lui montrer son état, puis fis tinter la bourse remplie de pièces d’or.
« Éloignez-vous d’un pas de la porte. »
Clic.
Clac. Clic, clic.
La porte s’ouvrit au son d’une multitude de verrous qu’on déverrouillait.
« Entrez. »
Après une rapide vérification, j’entrai. L’intérieur ressemblait davantage à une boutique d’antiquités encombrée de bric-à-brac qu’à un cabinet médical.
La faible odeur de désinfectant, sous les lumières tamisées, était la seule chose qui évoquait vaguement un lieu de soins.
Mais selon les critères de la Nécropole, c’était tout de même le gratin.
Le mobilier qui ressemblait à du bric-à-brac était neuf, et l’éclairage tamisé donnait à l’endroit une atmosphère étonnamment douillette.
La médecin sans licence verrouilla la porte dès mon entrée.
Lorsqu’elle se retourna…
« Bonjour… »
Ma salutation se brisa en plein milieu.
Des cheveux vert foncé, légèrement bouclés. Des yeux ensommeillés, mi-clos, comme si tout l’ennuyait dans ce monde.
Un col roulé sous une blouse blanche froissée.
Elle dégageait un air intelligent et décadent, étrangement séduisant.
Mais ce n’était pas le symbole de la maternité qui se balançait sous son pull qui me poussa à l’observer de près.
Quand Akitt m’avait recommandé cette médecin sans licence, il m’avait dit :
« Au fait, je te préviens, grand frère. Ne cherche jamais des noises aux médecins sans licence de la Nécropole. »
« Ils ont leur propre Guilde des médecins sans licence. Si tu touches à l’un d’eux, un ordre d’extermination tombe aussitôt. »
« Les tueurs à gages te traqueront sans relâche jusqu’à ce que tu sois mort. »
Mais même sans guilde, cette femme ne devait pas avoir grand-chose à craindre.
Cette aura, cette présence qui pesait sur moi…
Cette médecin sans licence était probablement une mage.
Un cauchemar de ma dernière partie me revint soudain en mémoire.
La mage Ceres m’avait poignardé dans le dos, là aussi.
Pourquoi y avait-il autant de mages, alors qu’ils étaient censés être rares ?
« Payez d’abord la consultation. Vingt mille Bios. Le traitement et les médicaments seront facturés à part. »
Je commençai soudain à m’inquiéter.
2.
La femme qui s’était présentée sous le nom d’Isis allongea Arbel sur la table d’examen.
La salle ne correspondait en rien à l’image que je me faisais d’un hôpital ou d’un cabinet médical.
Plusieurs aquariums étaient empilés comme des blocs autour de la table où reposait Arbel. Des poissons rouges colorés et des poissons tropicaux flottaient dans chacun d’eux, ouvrant et fermant la bouche.
Isis palpa le corps d’Arbel tout en parlant.
« C’est une mage. De premier palier, en plus. Ses circuits de mana sont complètement détruits. Comment est-ce arrivé ? »
Objectivement, il y avait peu de chances qu’Isis devienne une variable dangereuse.
Combien de fois pouvait-on tomber sur une coïncidence pareille ?
Mais, peut-être parce qu’une mage m’avait dénoncé lors de ma dernière partie, l’idée de montrer Arbel à l’une d’elles me mettait profondément mal à l’aise.
Devais-je encore chercher une autre médecin compétente ?
Comme j’hésitais à répondre, Isis me pressa d’un ton légèrement irrité.
« Parlez. De toute façon, un Commandement m’interdit de divulguer des informations sur mes patients. »
« Un Commandement… ? »
« Vous amenez une mage comme patiente sans savoir ce que sont les Commandements ? »
« Ah. »
Je m’en souvins.
Un Commandement était une sorte de pacte qu’un mage du premier palier ou supérieur pouvait conclure avec le monde.
Le mage s’imposait un tabou, une règle ou un serment.
Et le monde lui accordait un pouvoir proportionnel à la valeur et au poids de son engagement… ou quelque chose comme ça.
« Si vous ne me faites pas confiance, sortez. »
Isis avait l’air complètement excédée.
« Alors, un instant. »
C’était justement pour ce genre de situation que j’avais ça.
Je n’étais pas du genre à garder des potions en réserve après un combat de boss.
Je glissai la main sous mon manteau et sortis la Pièce universelle pile ou face de vérité de mon inventaire.
« La médecin sans licence Isis a un Commandement qui lui interdit de divulguer des informations sur ses patients. »
Après avoir posé ma question, je fis sauter la pièce d’un coup de pouce.
VRAI était inscrit sur une face, FAUX sur l’autre.
Ping !
Je la rattrapai dans ma paume et vérifiai le résultat.
VRAI.
C’était bien comme ça qu’il fallait s’en servir, non ?
[La déclaration d’« Isis Yozora » est vraie]
[Utilisations restantes de « Pile ou face de vérité » (2/3)]
L’objet était fiable !
Il était plutôt pratique.
« En vérité, je suis le fils aîné de la Maison du comte Montraven, et voici ma grande sœur. On nous a attaqués sans prévenir, et je crois qu’elle a été blessée pendant l’assaut. Et puis… »
Je racontai à Isis les grandes lignes de ce qui s’était passé.
C’était une bonne occasion.
Si j’étais certain qu’elle ne divulguerait rien, je pouvais lui expliquer la situation et lui soutirer des informations.
Je ne savais toujours pas qui avait attaqué le domaine ni pourquoi on s’en était pris à moi.
« Vous savez qui aurait pu attaquer notre maison, ou pourquoi ? »
« La Maison du comte Montraven ? Jamais entendu parler. »
Notre maison était vraiment insignifiante, putain.
« Alors… vous connaissez une folle qui porte des sabots en bois, se balade avec un katana, s’habille en tenue d’arts martiaux orientale et arbore un chapeau extravagant comme en portent les courtisanes ? D’après les circonstances, elle aurait attaqué notre domaine. »
Isis cessa d’examiner Arbel.
Puis elle me fixa droit dans les yeux, le visage parfaitement impénétrable.
Pourquoi me regardait-elle comme ça ?
J’avais posé une question qu’il ne fallait pas ?
« Je ne répondrai pas à ce genre de question. »
« Je vous dédommagerai. »
« Même si vous me payez, je ne peux pas. Je risquerais de rompre mon Commandement. »
« Comment ça ? »
« La personne dont vous parlez pourrait être une ancienne patiente. Même si je ne m’en rends pas compte. »
Ah, c’était donc comme ça que ça marchait ?
Les restrictions d’un Commandement semblaient assez strictes.
« Alors… qu’est-ce qui se passe quand on rompt un Commandement ? »
« … »
Isis leva le pouce.
« Pourquoi vous me faites un pouce levé, tout à coup… ? »
Puis elle le pointa vers la porte, derrière elle.
Elle me disait de dégager.
3.
Un peu plus tard.
« Vous pouvez entrer, maintenant. »
Quoi qu’elle ait fait, le teint d’Arbel était bien meilleur qu’avant.
Elle n’avait toutefois pas repris connaissance.
« J’ai écarté le danger immédiat. Je lui ai aussi fait une transfusion. Si vous l’aviez laissée dans cet état, elle serait morte en trois jours. »
Elle était presque médium.
Lors de ma dernière partie, Arbel était morte avant la fin du troisième jour.
Elle avait vraiment l’air compétente.
« Payez-moi, maintenant. »
Une cigarette aux lèvres, elle me tendit une facture griffonnée au stylo.
Après les poches de sang et une liste de médicaments aux noms imprononçables, venait une somme que je refusais de croire.
« Argh, deux cent mille Bios ? Vous ne vous fichez pas un peu de moi ? »
« Je vous ai dit que c’était cher. Ça comprend une semaine de médicaments. »
Je devais au moins connaître le prix du marché, à peu près.
C’était un marché encore plus pourri que celui des voitures d’occasion ou des composants informatiques.
La main tremblante, je lui tendis l’or.
Deux cent mille Bios, plus les vingt mille Bios de consultation.
Tout l’argent que j’avais gagné à la sueur de mon front pendant une semaine s’envola d’un coup. Il ne me restait que dix mille Bios.
Je voulais jouer au mah-jong avec ce qui me resterait !
Non, ça allait.
C’était pour ça que j’avais gagné cet argent, après tout.
Je n’avais qu’à faire payer jusqu’au dernier centime, avec les intérêts, à Arbel une fois qu’elle serait remise.
« Alors, c’est tout ? »
« J’ai dit que j’avais écarté le danger immédiat. La cause du problème est toujours là. »
Sa réponse n’avait rien de rassurant.
« Il y a une brèche dans ses circuits de mana. En clair, ils ont court-circuité. Pour la guérir complètement, il faudra les reconstruire. Les circuits d’un mage sont aussi importants que les vaisseaux sanguins. »
Isis continua de m’expliquer une chose après l’autre.
Je ne comprenais même pas la moitié de ce qu’elle racontait, mais une chose était sûre.
L’état actuel d’Arbel ressemblait à…
Une morsure de crotale aux États-Unis, sans assurance maladie.
J’étais ! Dans ! La merde !
« Vous pourriez être honnête avec moi ? Vous me faites payer trop cher, pas vrai ? »
« Allez voir ailleurs. Il n’y a pas beaucoup de gens dans le coin capables de réparer correctement des circuits détruits. Ils vous diront probablement tous la même chose. Pour guérir complètement une blessure aussi grave, il vous faut une Pièce universelle. »
« Ce n’est pas comme si tous les chiens errants du coin en avaient une dans la gueule… »
Arbel, ce fardeau de femme.
Elle avait même survécu dans cet état, à moitié morte, ce qui rendait l’idée de l’abandonner encore plus pénible.
Haa… Est-ce que je n’avais pas d’autre choix que de jouer ma dernière carte ?
« Et si je vous proposais ça à la place du paiement ? »
Je déboutonnai ma chemise d’un air sérieux.
« Des expériences sur des humains ? Avec plaisir. »
« J’ai changé d’avis. »
Je reboutonnai ma chemise.
Isis pencha la tête, puis fronça les sourcils avec un temps de retard.
« Ne me dites pas que vous essayiez de me séduire avec cette tête maquillée comme ça ? »
« Je suis beau une fois que j’ai tout enlevé. »
« … »
Le mépris emplit les yeux d’Isis.
Ça n’avait pas marché du tout.
« Combien coûterait une guérison complète ? »
« Voyons… Apportez-moi une Pièce universelle. Je ferai l’opération pour cinq cent mille. Si vous n’en trouvez pas, je m’en procurerai une moi-même. Douze millions cinq cent mille Bios. »
« Quoi ? Une Pièce universelle coûte dix millions de Bios. »
« Peut-être à Aden. Essayez d’en trouver une à ce prix dans cette ville. Vous n’y arriverez probablement pas. »
J’étais en train de devenir fou.
Ce n’était pas la prime sur le kimchi, alors pourquoi y avait-il une prime de la Nécropole ?
Vingt pour cent, en plus ?
« Et pour stabiliser son état, vous devrez faire régler ses circuits une fois par semaine. Si vous êtes en retard, elle mourra. »
« Quoi ? »
« La prochaine fois, je le ferai pour deux cent mille, sans les frais de consultation. »
« … »
« Donnez-lui ses médicaments tous les matins. Emmenez-la et partez, maintenant. Je dois dormir. »
Elle me poussa dehors avant même que j’aie pu la supplier à genoux.
Bam.
La lourde porte de fer se referma derrière moi.
« En résumé… »
L’opération coûterait au minimum dix millions cinq cent mille Bios. Au maximum, douze millions cinq cent mille.
Et, d’ici là, deux cent mille Bios par semaine ?
Tout devint noir devant mes yeux.
Je me retins de justesse de retourner voir Isis pour lui demander : « Vous n’achèteriez pas une mage à moitié morte, par hasard ? »
Si je n’avais pas encore été accablé par la dette morale de l’avoir vendue lors de ma dernière partie, je l’aurais bradée à l’instant même.
« Arbel, quel genre de service interdit complètement dingue tu comptes rendre à ton petit frère pour coûter aussi cher ? »
« … »
Aucune réponse.
« Bon. Peu importe. On va faire comme ça. »
À ce rythme, en continuant à gagner de l’argent à la sueur de mon front, je pourrais faire environ deux cent mille Bios.
Juste assez pour maintenir le statu quo.
Le plus probable, c’était que je meure d’épuisement ou que je me fasse tailler en pièces par les lames des rebelles Akitt et Areng.
Une approche directe ne servirait à rien.
Il n’y avait qu’une façon de renverser la situation.
Obtenir un objet incroyable au Centre commercial de l’Ancien Monde, ou mettre la main sur un Joker capable de changer la donne.
[Points détenus : 132 pt]
C’est l’heure du gacha.
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