Chapitre bonus grâce à '@Bubarian' pour son abonnement au palier 'Sorrow' sur Ko-fi. La fin de la veille, le début de la tempête
Comme si elle devait durer éternellement, l'obscurité finit par se dissiper et le matin arriva.
Je frottai mes paupières fatiguées, n'ayant pas fermé l'œil de la nuit.
« Haaam… »
Avec un bâillement teinté de somnolence, je portai une Deathweed à mes lèvres.
C'est alors que la toile de la tente s'ouvrit et que quelqu'un en sortit.
« Ugh… Désolé, le gamin… Je ne t'ai pas entendu te réveiller… Hein ? »
Des cheveux argentés qui conservaient leur éclat même au réveil.
Des yeux rouges ensommeillés.
C'était Margaret.
Elle se figea en plein mouvement quand nos regards se croisèrent, une expression confuse sur le visage.
Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, puis scruta les environs comme pour essayer de comprendre la situation.
J'allumai calmement la Deathweed, ignorant son trouble.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
-Clic…
Une étincelle enflamma l'herbe et un panache de fumée s'éleva.
Alors que je tirais une bouffée profonde, Margaret finit par parler, la voix chargée d'étonnement.
« …Ne me dis pas que tu es resté debout toute la nuit à monter la garde ? »
« Ce n'était pas vraiment par choix. »
Je tirai une nouvelle bouffée de Deathweed, le ton neutre.
Margaret me fixa, les sourcils froncés par l'incrédulité.
« Mais… Nous avons des activités aujourd'hui… ! Tu ne penses pas que c'est trop pour ton corps de faire une nuit blanche ?! »
« Je n'arrivais pas à dormir… Insomnie, je suppose. C'est assez pénible, en fait. »
« Insomnie… ? »
Margaret plissa les yeux, intriguée par cette nouvelle information.
« Insomnie… qu'est-ce que c'est… »
« Hé, espèce de maniaque ! Pourquoi tu ne m'as pas réveillé pour mon tour de garde ?! »
Le Golden Boy sortit de la tente en trombe avant que Margaret ne puisse terminer sa question.
Je lui adressai un pouce levé mentalement.
Bon timing, Golden Boy.
La dernière chose dont j'avais besoin, c'était d'une nouvelle série de questions alors que j'étais aussi épuisé.
Les yeux du Golden Boy, encore embrumés par le sommeil, se posèrent sur moi, et son visage refléta l'étonnement de Margaret.
« Pas possible… Tu as fait tout le tour de garde tout seul ? »
« C'est… arrivé comme ça. »
« Mec… Je suis vraiment désolé ! Grâce à toi, j'ai dormi comme une souche. »
Le Golden Boy se gratta la tête, les cheveux en bataille, l'air penaud.
Je fis un geste de la main pour balayer ses remerciements, sans grand intérêt.
« Va juste réveiller Violet. Il est presque l'heure de se rassembler. »
« Ok, attends. »
Le Golden Boy ouvrit à nouveau la toile de la tente.
Violet était recroquevillée dans son sac de couchage dans un coin, profondément endormie.
Elle était exactement dans la même position que celle où je l'avais laissée quelques heures plus tôt.
Le Golden Boy eut un sourire malicieux à la vue de la jeune fille endormie.
Il prit une profonde inspiration et…
« DEBOUT LÀ-DEDANS !!!! »
« Eek ? ! »
Sa voix tonitruante résonna dans la clairière.
Je me pris le visage dans les mains, laissant échapper un soupir las.
C'est vrai… Lui confier cette tâche était une erreur…
***
Violet rêvait.
Un rêve étrange et déroutant.
Le ciel bleu d'encre scintillait d'une lumière éthérée, et l'air était empli d'un parfum doux et terreux.
Des feuilles pourpres dansaient avec grâce dans la brise légère, et un feu de camp crépitait joyeusement à proximité.
Une scène d'automne pittoresque.
Et assis au milieu de ce décor se trouvait un garçon.
-Ça a dû faire mal…
-…Et être solitaire.
Elle vit son visage, ses cheveux sombres encadrant des yeux perçants.
Elle entendit sa voix, calme et posée, mais teintée d'un léger tremblement. Elle sentit les gouttes de pluie fraîches tomber sur sa peau.
Le garçon caressait sa joue, des larmes coulant sur son visage.
Violet était confuse.
Elle essaya de cacher sa cicatrice, son corps tremblant de peur.
Les gens changeaient toujours quand ils la voyaient.
-Dégoûtant…
-Reste loin de moi, monstre !
-Un… Un monstre… !
Même ceux qui avaient été gentils avec elle au début avaient fini par se détourner.
Elle ne comprenait pas pourquoi.
Tout ce qu'elle savait, c'est que cela avait un rapport avec la cicatrice sur son visage.
-Oh là là, oh là là… Une survivante.
-N'aie pas peur. Je ne te tuerai pas. Au lieu de ça…
-Je vais t'infliger un sort pire que la mort.
Le jour où sa vie avait changé pour toujours.
Le jour où elle avait tout perdu dans un incendie, le jour où elle avait été maudite par un être monstrueux.
« … »
La malédiction était absolue, ou du moins, c'est ce qu'elle avait toujours cru.
Tous ceux qui avaient vu sa cicatrice avaient succombé à ses effets.
Certains plus subtilement que d'autres, mais ils finissaient tous par la prendre en horreur.
C'était comme ça, toujours.
Ou du moins, c'est comme ça que ça aurait dû être…
-Tout va bien… Je vais bien.
-…Pas du tout. Tu n'es pas dégoûtante du tout.
Le garçon dans son rêve était différent.
Il avait regardé sa cicatrice, l'avait touchée, et pourtant… il n'avait pas reculé de dégoût.
Il n'avait montré aucune trace de répulsion.
Il avait caressé sa joue avec une tendresse qu'elle n'avait jamais connue, son toucher dégageant une chaleur réconfortante qui se propageait dans tout son corps.
Violet s'était appuyée contre son toucher, attirée par lui comme un papillon par une flamme.
Sa chaleur avait chassé le froid qui s'était installé au plus profond de ses os.
Elle avait été si submergée par cette sensation inconnue, par le sentiment d'un contact humain après des années de solitude, qu'elle avait fondu en larmes.
Elle ne savait pas pourquoi elle pleurait.
Elle ne pouvait pas contrôler le torrent d'émotions qui déferlait en elle.
La chaleur de son contact, le premier qu'elle ressentait depuis que sa famille avait péri dans l'incendie, depuis qu'elle avait été maudite…
C'était trop pour elle.
Elle s'était accrochée à sa main, cherchant désespérément du réconfort dans son contact.
Et il était resté avec elle, la tenant serrée contre lui, jusqu'à ce que ses larmes s'apaisent et qu'elle sombre dans le sommeil.
« … »
Ça devait être un rêve, avait-elle pensé.
C'était trop beau pour être vrai, trop irréel.
Juste un aperçu fugace d'une vie qu'elle ne pourrait jamais avoir.
…C'était le cas, jusqu'à ce qu'une voix tonitruante brise l'illusion.
« DEBOUT LÀ-DEDANS !!!! »
« Eek ? ! »
Le cri soudain la fit sursauter.
Violet se redressa en haletant, le cœur battant la chamade.
« Euh… euh… ? »
« Allez, grosse dormeuse. Debout ! »
Sa vision se clarifia et elle vit un garçon aux cheveux blonds en bataille qui lui souriait.
C'était le Golden Boy, l'un de ses camarades de classe.
« …Tu ne pouvais pas me réveiller un peu plus… doucement… ? »
« C'est la seule façon qui marche ! »
Le Golden Boy gloussa, et Violet aperçut un autre garçon debout derrière lui.
Il marchait vers eux, l'expression indéchiffrable.
« Tu es enfin réveillée. »
« … »
Le souffle de Violet se coupa lorsqu'elle reconnut le garçon de son rêve.
Raiden Lishite.
« Tu t'es endormie sur cette chaise hier soir. Je t'ai déplacée dans ta tente… »
« Attends, tu étais réveillée hier soir, Violet ? »
« Ouais, elle est sortie un moment à l'aube. »
« Waouh, une roturière qui a une audience privée avec le fils du Duc… Comme c'est terrifiant. »
« La ferme. »
Violet les fixa, l'esprit en ébullition.
Une audience privée avec Raiden Lishite… ?
Mais c'était un rêve… ?
« É-était-ce… un rêve… ? »
« Un rêve… ? De quoi tu parles ? »
« R-rien ! »
Raiden fronça les sourcils, les yeux remplis d'inquiétude.
Violet agita les mains pour balayer la question, les joues en feu.
« Hmph, si tu le dis. »
Il n'insista pas, à son grand soulagement.
Alors qu'elle essayait de calmer son cœur qui battait à tout rompre, Raiden reprit la parole.
« Allez, lève-toi. Il est presque l'heure de se rassembler. »
« … »
Son regard s'attarda un instant sur ses bandages, et Violet sentit une secousse parcourir son corps.
Elle savait qu'il ne regardait pas les bandages eux-mêmes, mais ce qui se trouvait en dessous.
La cicatrice maudite cachée sous le tissu blanc.
…Il savait.
La réalisation la frappa comme un coup de foudre.
Les événements de la nuit dernière n'étaient pas un rêve.
La façon dont elle s'était effondrée devant lui, s'accrochant à lui comme une enfant… tout était réel.
Mais au lieu de se sentir heureuse qu'il y ait quelqu'un qui ne soit pas affecté par sa malédiction, elle ne ressentit qu'une vague de honte.
« ….!! »
Ses joues brûlaient d'embarras.
« Qu'est-ce qui t'a pris… ? »
« Ne fais pas attention à elle. »
Le Golden Boy et Raiden échangèrent des regards amusés, laissant Violet se vautrer dans sa propre mortification.
***
Pendant ce temps, de l'autre côté de l'île…
Les bruits de la bataille s'étaient éteints depuis longtemps, remplacés par un silence étrange.
La clairière était une scène de dévastation totale.
Les arbres étaient déracinés, le sol jonché de débris, et l'air épais de fumée.
On aurait dit qu'une catastrophe naturelle avait balayé la forêt.
« Eh bien… Le matin est arrivé. »
Le vieil homme se tenait au milieu de la clairière ravagée, sa voix n'était qu'un murmure.
Ses vêtements étaient couverts de terre et de cendres.
Il épousseta la poussière avec un air désintéressé et observa les environs.
Une vingtaine de chevaliers noirs étaient agenouillés devant lui, attendant ses ordres.
« Heh heh… Ça a pris plus de temps que prévu. Ces jeunes d'aujourd'hui sont plutôt résistants, n'est-ce pas ? »
« Maître, nous rentrons maintenant ? » demanda l'un des chevaliers, la voix étouffée par son casque.
« Oui, nous ne pouvons plus rester ici. Les restrictions commencent à faire effet. »
Le vieil homme leva la main, ses doigts se désagrégeant lentement en poussière.
Il lança quelque chose qu'il tenait à l'un des chevaliers, une pointe de regret dans la voix.
« J'aurais aimé m'amuser un peu avec ces étudiants, mais ce jeune homme m'a pris trop de temps… Enfin, je suppose que c'était assez divertissant. »
« Et les ordres que vous nous avez donnés… ? »
« Exécutez-les comme prévu. Je ne m'attends pas à ce que vous les tuiez tous avec vos forces restantes, mais essayez de causer autant de chaos et de destruction que possible. »
« Oui, Maître. »
Le vieil homme n'attendit pas de réponse. Il se tourna et disparut dans un tourbillon de sa robe sombre.
Le chevalier fixa l'endroit où son maître se tenait, puis tira son épée.
Les autres chevaliers suivirent son exemple, dégainant leurs armes.
« Il est temps de distribuer la mort, soldats. »
Le chevalier qui semblait être leur chef souleva l'objet que le vieil homme lui avait donné et l'attacha à la pointe de sa lance.
C'était…
La tête tranchée du Professeur Lucas, ses yeux fixant le vide.
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