Chapitre 92
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Traducteur/Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 92 : 14. Le silence du Roi (10)
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* * *
Au moment où les épées se rencontrèrent, des étincelles jaillirent, mais le son ne parvint que bien plus tard. Ses nerfs visuels réagissaient plus vite que son ouïe.
Cela signifiait que leur combat occupait désormais l'infime instant où les signaux traversaient ses nerfs.
Il ne pouvait pas bouger après avoir vu le coup. Il devait prédire le mouvement suivant avant même de le voir et agir en premier.
Le délai créé par cet instant de perception et de jugement combinés allait bientôt devenir le tournant décisif entre la victoire et la défaite.
-Clanggg !!
Ce n'est qu'à cet instant que le bruit du premier choc parvint à ses oreilles. Ivan grinça des dents et se déplaça.
L'escrime était un concours de mouvements. Chaque collision entraînait un recul, le geste de l'adversaire, d'innombrables embranchements possibles, et un long combat pour en extraire la réponse correcte.
C'est seulement alors qu'Ivan le réalisa.
Alors, c'était cela, ce que les gens appelaient l'art de l'épée.
Jusqu'à présent, chaque échange de lames qu'il avait livré n'était qu'une imitation, noyée dans le simple fait de manier une arme.
Il s'était contenté d'apprendre, mécaniquement, les vérités complexes établies par d'autres pour les copier à l'identique. C'est pourquoi, maintenant qu'il jugeait, choisissait et propulsait sa lame par lui-même, il apprenait enfin la véritable maîtrise martiale.
-Clang !!
Ce qu'il avait toujours considéré comme son seul atout, le fait d'avoir « de bons yeux », avait peut-être été une malédiction.
Car il n'avait jamais eu besoin de comprendre quoi que ce soit par lui-même ni de progresser au-delà. Il s'était arrêté à l'imitation des réponses laissées par ceux qui l'avaient précédé.
C'était comme une limite de croissance. Peu importe la nourriture qu'on donnait aux herbes ou aux arbres, il y avait toujours une limite à leur développement.
Sa capacité exceptionnelle à apprendre avait elle-même restreint ses limites. À l'instant où il faisait face à la réponse de quelqu'un d'autre, il l'avait peut-être prise pour l'unique solution.
Ce n'est que maintenant qu'Ivan pouvait comprendre les mots d'Adel lorsqu'elle louait l'épée.
Accumuler les années et tendre la main vers le ciel.
Même si c'était inaccessible. Même si ce n'était qu'une notion vague qu'il n'atteindrait peut-être jamais de toute sa vie. Pourtant, le désirer.
Ne pas reconnaître ses limites. Ou même si on les reconnaissait, ne pas les accepter. Et ainsi, pendant toute une vie.
Offrir une vie entière et jeter cette existence face à un défi.
La liberté.
C'était l'Idéal d'Adel. C'était sa vie. Alors même que d'innombrables vies étaient fauchées dans les horreurs de la guerre, son épée avait fendu l'air en chantant la liberté.
Alors ce jour-là, dans la forêt sombre du Front Nord, le chemin tracé par la lame qu'elle maniait seule...
C'était un réconfort pour les vivants, un requiem pour les morts, une méditation pour elle-même et une aspiration à la liberté.
Tout comme l'épée du Héros symbolisait l'espoir, son épée symbolisait la liberté. C'était cela, établir un Idéal.
Pouvait-il l'atteindre ?
Ce lourdaud, qui venait à peine d'éveiller le véritable sens de la maîtrise martiale, pouvait-il accomplir cette longue épreuve consistant à établir un Idéal et à forger l'essence même de l'escrime ?
Pouvait-il se tenir côte à côte avec les géants d'une ère ancienne qui avaient marché avant lui ?
Ivan mania son épée en silence et sombra peu à peu dans une réflexion de plus en plus profonde.
* * *
Il tient le coup.
Adel esquissa un large sourire et porta une estocade. Leurs lames se rencontrèrent. Plus elle devenait rapide, plus elle multipliait les feintes et les coups mortels, plus il les affrontait de front et la suivait.
Ce gamin était en train de grandir.
Cette sensation fit brûler Adel d'impatience.
C'était comme regarder un dragon éclore de son œuf, ou bien... comme voir la première pousse déployer ses feuilles.
Au fil des longues années, les quelques disciples qu'elle avait formés avaient toujours été ainsi.
Comme était radieux ce premier pas fait par ceux qui grandissaient, par ceux qui se développaient.
Comme était beau ce courage, cette volonté atteignant un nouvel horizon qu'ils n'avaient jamais connu et n'avaient même jamais osé imaginer.
L'escrime d'Ivan ressemblait à celle d'Adel. C'était naturel. Il avait de bons yeux. C'était le genre de gamin capable d'imiter son escrime, de la saisir en un instant et de l'utiliser telle quelle.
Et donc, en cet instant.
-Kaaang !!!
Chaque fois qu'une technique d'escrime qu'elle ne connaissait pas jaillissait en fragments, un sourire plus profond s'étirait sur les lèvres d'Adel.
Cet homme qui n'était pas un chevalier mais un soldat, qui s'était considéré comme rien de plus qu'une arme.
Cet homme qui n'avait fait que répéter des entrées et des sorties comme un appareil magitech précis.
Maintenant, à le voir faire un pas de lui-même et suivre sa propre voie, Adel tremblait.
« Tu vois ça ? John, tu vois ça aussi ? »
Elle savait qu'il ne l'entendrait pas. Leur combat avait déjà dépassé le domaine où la conversation pouvait exister au sein de l'instant de perception.
En ce moment, la seule conversation entre eux deux était le fracas de l'acier et le son de l'impact qui suivait lentement.
Et pourtant, alors que leurs épées s'entrechoquaient, alors que lame contre lame se rencontraient encore et encore.
Adel croyait, à travers ce dialogue d'acier, qu'il ressentait la même chose qu'elle.
« C'est la route qui mène à la fin de la maîtrise martiale ! »
* * *
Tous les sens abandonnés dans le processus d'aiguisage de ses instincts de combat avaient créé une étrange synesthésie.
Les pétales qui tombaient lui apparaissaient comme de la neige, et les acclamations étouffées comme le bruit d'un vent tranchant.
Le stade sous un ciel clair disparut, et bientôt, ils se retrouvèrent tous deux au bord du Front Nord, se faisant face et échangeant des coups.
« Espèce d'idiot. »
Adel abaissa son épée et rit. Sa voix portait un léger reproche, mais dessous gisait une immense satisfaction.
« N'étais-tu pas terriblement en retard ? John, si tu l'as compris au moment où tu l'as vu, alors dès l'instant où tu l'as réalisé, c'est là que tu aurais dû arriver. »
« Mes excuses. »
Un léger sourire était apparu aux coins des lèvres d'Ivan également.
Bloquant son épée ébréchée contre celle d'Adel, il fit un pas vers elle.
« Que puis-je y faire ? Mon talent est limité. »
« Même maintenant ? »
« À partir de maintenant, je vais devoir le découvrir. »
« C'est suffisant. »
Clang, l'épée d'acier, poussée depuis longtemps au-delà de ses limites de durabilité, se brisa et vola au loin. Ivan la lâcha sans regret.
C'était un champ de bataille. Autour d'eux, le sol était jonché de cadavres et d'armes abandonnées.
Ivan n'eut aucun mal à ramasser une hache parmi eux.
« Qu'as-tu pris ? »
« Une hache. Soixante-treize centimètres, douze centimètres de largeur de lame. Elle pèse un peu moins de deux kilogrammes. »
« Une arme agile et robuste. Viens. »
Il n'y avait pas besoin de réponse. L'assaut d'Ivan changea. Contrairement à une épée, une hache n'était pas une arme qui traçait des lignes.
Chaque coup convergeait en courbes. C'était une puissance féroce concentrée uniquement sur la coupe et la fente.
Et chacun de ces assauts se transformait en une longue rotation sous la lame d'Adel, comme une tempête frappant la terre.
« Alors c'est la méthode d'Einar. »
« Oui. »
« Et ensuite ? »
« Lance et bouclier. »
Ivan lança la hache, puis, à l'instant où il détourna son regard, balaya le sol et saisit son armement suivant. Une lance d'infanterie courte et un bouclier rond marqué par une longue entaille.
Une fois de plus, la nature de son assaut changea. Il marqua un point, balaya avec le bouclier, puis marqua un autre point, chaque coup étant solide tout en restant tranchant.
« Alors c'est celle de Gilles Ver. Tu l'as bien apprise. C'est gênant à affronter. »
« En as-tu une autre ? »
Il en avait. Sans répondre, Ivan prit une dague. Il imita la méthode d'attaque d'Enrika, rapide, secrète et mortelle.
Une limite qu'il avait cru ne jamais pouvoir dépasser se brisa soudainement avec un déclic, comme des chaînes entrelacées qui se libéraient. Oui, alors une personne pouvait bouger encore plus vite à partir de là. C'était une nouvelle réalisation.
Il ouvrit cet horizon, puis passa à l'arme suivante. Puis à celle d'après.
Une masse, une hache d'armes, une épée longue et une dague, mélangeant parfois des tirs, parfois des lancers de couteaux.
Au moment où il eut épuisé la dernière arme en tête, Ivan s'arrêta juste devant Adel.
« Alors c'est ça ta patrie, John. »
« ... »
« C'est la seule patrie qui te vienne à l'esprit maintenant. Dans la courte vie d'un humain, tu as rempli trop d'années avec le champ de bataille. Les choses auxquelles tu t'accroches encore parce que tu ne peux pas les laisser partir, tu appelles cet endroit ta patrie. »
« ... »
« Je n'appellerai pas ton Idéal une patrie, John. Du moins, pas moi. Ta volonté n'est jamais une patrie. »
Adel sourit en brossant un pétale des cheveux d'Ivan.
« Je l'appellerai mémoire. Pas quelque chose que tu as échoué à laisser partir, mais quelque chose qui s'est accumulé avec toi. Laisse ta patrie pour plus tard. L'endroit où tu arriveras un jour et où tu t'installeras, où tu pourras enfin déposer tous tes fardeaux et te reposer, seulement alors je te dirai que tu es arrivé à la maison. Alors... »
Le temps passa.
Les pétales voletaient, et d'innombrables marques d'épée avaient été gravées sur le sol du stade, alignées comme une peinture abstraite.
Adel regarda tranquillement Ivan debout là en silence, puis leva les yeux vers le ciel.
C'était une journée claire. Le soleil d'été brillait sur eux.
Adel ferma son unique œil restant et murmura doucement.
« Sir Beolgreen. Je dois refuser votre demande. »
Puis, sans regret, elle jeta l'épée qu'elle avait encore en main. Elle tourna sur elle-même et inclina profondément la tête devant la foule stupéfaite.
« Moi, Edelplat Coenwulf du Conseil Privé de Kallion, j'admets ma défaite. Par la grâce du Seigneur, j'offre mon respect au vainqueur. »
Elle sortit du stade d'un pas léger. Lorsque le public finit par secouer sa stupeur et se leva en criant, le stade tonna derrière elle comme un tremblement de terre.
[L-Le vainqueur est !! Ivan Petrovich Yermof de la maison du Vicomte Yermof !!]
Accompagné de cette annonce choquante.
Thump, et en dessous vint un son plus bas, plus sourd. Le bruit de quelque chose de lourd qui s'effondre.
Oui, repose-toi. Ça en valait la peine.
Souriante, Adel reprit les pas qu'elle avait interrompus et laissa le couloir du tournoi derrière elle.
* * *
« Es-tu réveillé ?! Vanka, est-ce que tu me reconnais ?! »
« Oui, Votre Altesse. »
Au moment où Ivan ouvrit les yeux, Elizaveta se précipita et l'attrapa par le col. Il la fixa d'un regard vide.
Puis il tourna le regard et vérifia rapidement les environs. Une chambre d'infirmerie. Tard dans la nuit.
Les présences autour d'eux étaient... des gardes, très probablement.
Ce n'est qu'alors qu'Ivan se détendit et se rallongea.
« Qu'est-il arrivé au match ? »
« Tu... tu ne te souviens pas ? »
« Non, malheureusement. »
Tout ce dont il se souvenait, c'était de manier une épée en étant presque perdu dans l'oubli. Il avait un vague souvenir d'avoir entendu quelque chose de profondément embarrassant, mais il était difficile de se rappeler exactement ce que c'était.
Ses muscles hurlaient. Tout comme les articulations de chaque membre, et même les tendons qui avaient été poussés à leur limite et s'étaient raidis.
Le réseau nerveux accéléré par le mana semblait surchargé au point de se rompre. Les séquelles étaient presque aussi graves que lorsqu'il avait combattu les Sept Généraux Dragons. Ivan laissa échapper un rire sec.
Elle avait été une adversaire si forte.
Si forte que même s'il avait perdu, il n'aurait eu aucun regret.
« Tu as gagné. Vanka, tu as gagné. »
Et il fallut du temps à Ivan pour comprendre les mots d'Elizaveta. Contrairement à son habitude, il dut demander à nouveau.
« J'ai battu Adel... ? »
« Hehe, oui. Vanka. Tu as gagné. »
« Le résultat était-il... suffisamment écrasant ? »
Ce n'est qu'à ce moment qu'Elizaveta réalisa à quel point l'ordre qu'elle avait donné à Ivan avait été absurde. Grand Dieu, avait-elle vraiment ordonné à quelqu'un combattant le plus fort parmi les elfes de gagner de manière écrasante ?
En quoi était-ce différent de condamner l'Unité d'Annihilation à mort à l'époque ?
Elizaveta refoula les larmes qui montaient et parla d'une voix tremblante d'émotion.
« Oui. Vanka. Ta puissance était... suffisamment écrasante. Pour nous tous. Pour tout le monde. Je le jure, tu es la fierté de cette famille royale. »
« C'est suffisant. »
Ivan hocha la tête et se redressa. Ignorant les muscles et les os qui lui criaient de ne pas en faire trop. Il rajusta lentement ses vêtements.
« Vanka... ? »
« Mes excuses, mais mon travail n'est pas encore terminé, Votre Altesse. Y a-t-il quelque chose que Dmitry ou Pavel ont omis de rapporter à Votre Altesse ? »
« Hm ? Que veux-tu dire... ? »
« Je vais prendre mes responsabilités et les interroger sur ce point. Maintenant, il est temps de terminer le plan que Votre Altesse a préparé. »
« Hm ? Moi ? Le plan que j'ai préparé... ? »
« C'était censé être moi qui t'épousais, pourtant ? »
Elizaveta marmonna d'un air vide en fixant Ivan. Sans expression, Ivan finit de mettre son manteau et se leva.
Il avait l'air si calme qu'il était difficile de croire qu'il était allongé dans un lit quelques instants auparavant.
« A-Attends. Où vas-tu ? Que pourrais-tu faire de plus dans cet état ? »
« Je vais suivre les paroles que Votre Altesse a prononcées lors des inspections de l'Unité d'Annihilation. »
« Quoi... ? ! »
Les discours qu'elle avait faits lors des inspections de l'Unité d'Annihilation... ?
Elizaveta était une personne suffisamment intelligente. Comme si c'était arrivé hier, elle se souvint d'il y a dix ans.
Si c'étaient des mots qu'elle avait souvent prononcés en inspectant l'Unité d'Annihilation...
-Vous êtes la fierté de Krasilov !
Non, pas ça.
-Notre nation croit en vous ! !
Pas ça non plus.
C'était quelque chose d'un peu plus proche de ce qu'un gamin adolescent dirait... !
-Seule la mort arrêtera votre guerre sainte !
Ah.
Bon sang.
Elizaveta se prit le front et inclina la tête. C'est vrai, elle avait dit ça aussi. À l'époque, ça lui avait semblé vraiment cool.
Donc, si l'on prenait ces mots exactement comme ils étaient, et qu'on y pensait à l'envers.
À moins qu'il ne meure, l'opération ne s'arrêterait pas. C'était ce qu'Ivan voulait dire maintenant.
« L-La finale ! ? Qu'en est-il de la finale ? Si tu ne prends pas soin de ton corps, comment es-tu censé m'apporter une autre victoire écrasante en finale ! ? »
« Il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'à la finale, Votre Altesse. »
Ivan se tint debout et apaisa Elizaveta avec la patience d'un adulte.
En regardant son dos alors qu'il partait, Elizaveta se frappa la poitrine et gémit.
« Idiot... tu dois gagner le championnat pour réclamer le prix.... »
* * *
Après avoir quitté l'infirmerie et marché dans le couloir, Ivan s'arrêta lorsqu'il vit une ombre s'agiter à l'autre bout.
« Dmitry. »
« Oui, Senior ! »
L'ombre fit un signe de main vif.
Ivan reprit sa marche et passa devant lui. Dmitry se mit derrière lui.
« Des contacts ? »
« Exactement comme vous l'aviez prévu, Senior, oui. Deux invitations, une potion de soin de haute qualité trafiquée par quelqu'un, et un bâtard se faisant passer pour un prêtre de Tilles. »
« Et Pavel ? »
« Ce vieil homme attend au point de frappe. »
« Il n'est pas encore trop tard. »
Ivan fit signe d'un doigt. Dmitry plaça rapidement une fine enveloppe dans sa main. C'était une invitation scellée avec le blason du Duc Sheletif.
« Comme si vous pouviez être en retard, Senior. Le timing est exactement le bon. »
« Commençons. »
« À notre manière ? »
Ivan hocha la tête. Dmitry découvrit ses dents dans un léger sourire, puis disparut sous le mur de l'hôpital.
« À notre manière. »
À la manière de l'Unité d'Annihilation.
* * *
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