Chapitre 90
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Traducteur/Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 90 : 14. Le silence du Roi (8)
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* * *
— Il a refusé toutes les fournitures ?
— Oui, Votre Grâce.
— A-t-il au moins vérifié de quoi il s'agissait ?
— Non, Votre Grâce. Apparemment, il les a refusées sans même les ouvrir.
— Hmm...
Le duc Sheletif esquissa un léger sourire alors qu'il était assis dans les tribunes.
Ce roturier avait rejeté sans la moindre hésitation des artefacts magiques coûteux, des objets qu'il n'aurait pu s'offrir même en travaillant jusqu'à l'épuisement pour le restant de ses jours.
Les cadeaux avaient été envoyés au nom du duc. N'importe qui doté d'un peu de bon sens se serait attendu à des objets luxueux, même sans les vérifier.
Ce n'étaient pas des trésors inestimables comme les héritages d'une maison noble, mais des armes et des armures introuvables sur le marché, des pièces qui n'apparaissaient qu'occasionnellement lors de ventes aux enchères et qui méritaient amplement le titre de chefs-d'œuvre.
Et il avait refusé de telles choses sans même y jeter un œil ?
— Soit il est complètement fou, soit il est très intelligent.
Dès l'instant où il accepterait le soutien du duc Sheletif, une forme de lien serait établie. Pas assez pour dire qu'ils étaient dans le même camp, mais accepter quelque chose impliquait toujours quelque chose en retour.
S'il perdait le tournoi et était éliminé, la Princesse n'aurait aucune raison de s'accrocher à ce roturier.
Au contraire, elle pourrait devenir méfiante. Elle pourrait penser qu'il avait promis aux nobles de perdre en échange d'argent et de cadeaux.
Refuser les présents maintenant pouvait donc être interprété comme une manière de protéger à la fois sa sécurité et sa valeur.
Bien sûr, il existait aussi des gens si fous de patriotisme que leurs yeux en étaient révulsés.
Eh bien, ces hommes-là étaient tous morts pendant la guerre.
Il fallait des sujets loyaux en ces temps chaotiques.
Les humains sont des créatures politiques. En temps de paix, quand la survie et le conflit ne sont plus urgents, les gens deviennent inévitablement des créatures politiques.
Le duc Sheletif hocha la tête.
Ses capacités martiales n'étaient pas mauvaises, et son esprit non plus. Il était le troisième fils d'une famille noble issue de mercenaires. Ce n'était pas un mauvais bougre à utiliser à sa pleine valeur, avant de s'en débarrasser sans y perdre quoi que ce soit.
Alors Elizaveta contrôlait vraiment une organisation de renseignement. Elle avait trouvé quelqu'un comme lui quelque part.
— Quand cet homme perdra, organisez un grand banquet. Faites-en un hommage aux efforts vaillants de cet homme de Krasilov.
— Oui, Votre Grâce.
Alors que le majordome en chef s'inclinait et se retirait, le duc Sheletif ajouta un mot en passant.
— Mais s'il gagne, tuez-le par tous les moyens nécessaires. Cette époque ne désire plus de héros.
Il n'y avait plus besoin de romances de troisième zone où un inconnu gagnait l'amour d'une Princesse par ses seuls exploits martiaux, pour ensuite inaugurer une ère de paix.
Le monde ne voulait pas que la lame d'une seule personne danse au-dessus de l'écrasante majorité du peuple.
Les contes héroïques captivaient facilement les masses, surtout lorsqu'ils étaient dramatiques et éblouissants.
Elizaveta possédait déjà suffisamment de richesse et d'influence. Si l'on y ajoutait la puissance martiale et le soutien populaire...
Ce ne serait que le retour d'une monarchie plus sûre que n'importe quel régime absolu du passé.
Cet homme, le dernier coup d'Elizaveta, devait être déraciné maintenant. Même s'il devenait un grand guerrier capable de vaincre l'elfe la plus forte.
Non, précisément parce qu'il le deviendrait.
Avant qu'il ne puisse pleinement s'épanouir.
* * *
[Sir Ivan Petrovich Yermof, de la maison du Vicomte Yermof, entre en lice !!]
Une armure de mauvaise qualité, sans même une finition correcte, cliquetait alors qu'il montait sur la plateforme, chaque pas lourd résonnant dans un fracas métallique.
[Tu es venu.]
Adel observa Ivan s'approcher, en faisant jouer ses doigts. Elle voulait dégainer son épée immédiatement et danser avec lui.
Finalement, Ivan posa fermement le pied sur la plateforme. Les deux chevaliers se regardèrent.
-Boooooo !!
Les huées de la foule continuaient. Aucun des deux chevaliers n'avait rendu hommage aux nobles ou à la famille royale.
Aucun n'avait levé sa visière pour montrer son visage, ni ne s'était incliné devant la famille royale. Ils se contentaient de s'observer.
Une elfe vêtue d'une splendide armure renforcée par le mana, et l'inconnu, troisième fils d'un noble de province.
Aucun ne bougea en premier. Les deux étranges duellistes dégainèrent lentement leurs épées et les levèrent.
-Shing.
Leurs lames s'élevèrent vers le ciel, puis s'inclinèrent de quinze degrés l'une vers l'autre et s'immobilisèrent.
Aucun n'offrit de courtoisie au souverain, à la nation ou au peuple. À cet instant, ils échangèrent un salut militaire entre eux seuls.
[Viens. Cu-Geamhradh, le Chien de l'Hiver. Montre-moi tes limites.]
— Adel.
Ivan fit un bref signe de tête.
Grâce aux sens d'un surhumain, ils se tenaient assez près pour entendre le battement de cœur de l'autre.
Était-ce de la tension ? Ou de l'excitation ? Le rythme vif semblait se situer quelque part entre les deux.
Ivan étudia la garde d'Adel.
Elle était la même que d'habitude. Une garde neutre parfaite, sans la moindre trace d'habitude.
Sa colonne vertébrale était droite, ses épaules légèrement courbées et inclinées pour dissimuler sa largeur frontale.
L'épée dans sa main droite s'étendait sans le moindre tremblement. Cela signifiait que son contrôle musculaire était sans faille.
Même si la démence s'était installée, même si l'âge avait diminué ses capacités physiques, les années qu'elle avait accumulées demeuraient.
Quelles étaient ses chances ?
Non.
Dès l'instant où il tenait une épée et se tenait devant sa lame, il n'était pas censé considérer ses chances. C'est ainsi qu'on lui avait appris. C'est ainsi qu'il devait agir.
Il ne s'agissait pas de savoir s'il en était capable.
Devait-il le faire ? Alors il le ferait. C'est tout.
Ivan resserra sa prise sur la poignée. Ici et maintenant, il vaincrait l'elfe la plus forte, une maître épéiste se tenant au sommet de l'aura d'épée.
Avec cette résolution, il fit un pas.
-Klang !
Leurs épées se rencontrèrent comme pour jouer, puis repoussèrent légèrement les lames de l'autre. Les lames se rejoignirent lentement, sans mordre dans l'autre ni presser férocement vers l'avant. C'était un échange léger, comme des mains qui applaudissent.
-Boooooo !!!
Les huées de la foule redoublèrent.
— Ils jouent ou quoi ? C'est truqué ! Ils croient que ce duel est une blague ?!
Ivan laissa le bruit de la foule en colère passer par-dessus son épaule et fit un autre pas en avant.
-Klang !!
Le coup suivant arriva légèrement plus vite, un coup venant d'en haut.
La lame d'Adel le rencontra au moment précis, également d'un seul coup.
C'était un autre contact léger qu'aucun n'exploita pour une faiblesse, ni ne suivit d'une combinaison.
Pourtant, pour les sens d'un surhumain, ce simple contact portait bien plus d'informations : le poids de l'épée, la réponse musculaire de l'adversaire, la direction de la force, les innombrables trajectoires d'épée possibles créées par l'angle du poignet au moment où leurs lames se rencontraient, et les mouvements de suivi nécessaires pour bloquer ces trajectoires.
En utilisant les informations obtenues lors d'un échange, un autre échange suivit.
-Klang.
Puis, tout en évaluant la condition de l'adversaire par le rebond de ce coup, un autre échange.
-Klang !!
-Klang ! Kagaang !!
Un échange, puis un autre, se rejoignant en une seule trajectoire d'épée. Les trajectoires d'épée se rejoignirent à nouveau en techniques d'épée. Ils jugèrent les avantages de ces techniques, levèrent la pointe de leurs lames, couvrirent les faiblesses, pressèrent leurs forces et avancèrent dans la portée de l'adversaire.
Escrime.
-Klang, klang, kagagagak ! Kkak ! Chaaeng !!
Leurs lames qui s'entrechoquaient s'accélérèrent progressivement, jusqu'à ce qu'elles ne puissent plus être suivies par les yeux de la foule.
Les environs devinrent silencieux. Il y eut le silence, le bruit des gorges sèches qui déglutissent, et des soupirs d'admiration ou de douleur involontaires.
Un choc silencieux parcourut les milliers de spectateurs.
-Kaaang ! Kkak ! Klang !
Ils allaient de plus en plus vite. Leurs trajectoires d'épée dépassaient les limites de la vue.
Dans l'immobilité, il n'y avait que le bruit du métal raclant le métal alors que leurs lames se frappaient et projetaient des étincelles.
Les deux chevaliers droits ne bougèrent pas de là où ils se tenaient. Seules leurs mains bougeaient, cousant des trajectoires d'épée dans toutes les directions de l'espace autour d'eux.
Un vent se leva. Un vent froid qui ne convenait pas à cette claire journée d'été.
-Kaaang !!
Les guerriers qui combattaient dans le domaine des surhumains préféraient généralement des échanges de plus en plus simples.
Après tout, l'escrime est le processus complet consistant à enfoncer son arme dans le corps de l'adversaire.
Une fois que l'accélération neuronale est poussée à sa limite, seule l'efficacité demeure. Une force plus grande est concentrée dans chaque poussée, et la bataille se décide comme un concours de puissance de feu.
L'escrime était, par nature, plus splendide avant d'atteindre le domaine des surhumains.
Pourtant, les deux surhumains ici présents brisaient ce principe, prouvant que l'escrime restait efficace même dans une bataille de surhumains.
Comme pour déclarer que les compétences polies et la maîtrise acquise par le sang et la sueur ne trahiraient jamais leur détenteur.
Ils mesuraient la hauteur des arts construits au fil de leurs années. Avec une seule épée chacun, ils cherchaient à prouver leur propre supériorité.
-Kaaang !!
Les deux lames se dirigèrent vers le visage de l'autre.
* * *
Alors que la lame volait vers lui, Ivan se remémora rapidement l'état de son armure.
Il n'y avait pas eu la moindre déviation depuis son dernier entretien. En un instant, il cartographia la force et l'angle contenus dans le coup d'Adel, puis considéra l'angle de son casque et projeta sa tête en avant.
Prêt à endurer le plus petit impact possible, il laissa la lame glisser devant sa visière et tendit le bras.
Krrrunch !!
Son casque de fer fut arraché. Une traînée de douleur glaciale lui entailla la joue alors qu'il sentait la plaque de métal se déchirer.
Au même moment, son épée se dirigea droit vers le casque d'Adel.
* * *
Regarde ce bâtard.
C'était tout ce qu'Adel pensait depuis leur premier échange.
Chaque fois qu'elle frappait, tordait son poignet et essayait de continuer vers la technique suivante, il coupait ce flux au moment précis et se retirait.
Le résultat était là. Ils étaient devenus des images miroir presque parfaites, sans la moindre erreur.
Comme s'il copiait son escrime exactement, même lorsqu'elle modifiait sa trajectoire d'épée et mélangeait des techniques d'une autre école, il les imitait instantanément.
À chaque instant, une lueur bleue brillait sous son casque. Il lisait la trajectoire qu'avait prise sa lame, saisissait la technique sur le point de survenir, et portait un coup depuis la direction exactement opposée pour l'arrêter.
Imitation.
Alors pouvait-il suivre cela aussi ?
L'excitation montant en elle, Adel fit tournoyer son épée.
Et encore, il suivit.
Jusqu'à ce que leur aura d'épée transcende le domaine de la technique et atteigne les cieux. Comme s'il pouvait continuer à suivre pour toujours.
Non, comme s'il exigeait qu'elle lui en montre plus, exigeant la technique suivante.
Les lèvres d'Adel se courbèrent en un large sourire sous son casque.
Je vais t'en montrer plus. Je vais t'en montrer plus.
Alors montre-moi ce qui vient ensuite aussi. Jusqu'où peux-tu aller ? Jusqu'où peux-tu suivre ?
Avec un corps humain, avec cette brève vie qui se consume, peux-tu faire pâlir la lumière des étoiles ?
-Kagagagak !!
Adel ne put s'empêcher d'admirer l'acrobatie qu'il avait faite en attrapant son épée avec son casque.
Ah, oui. Tu n'as jamais été un chevalier.
Pas un chevalier, mais un mercenaire... Plus proche d'un soldat.
Les armes et les armures n'étaient pour toi que des fournitures, alors tu ne t'y es pas attaché.
Même ton propre corps faisait partie d'une arme de guerre. Tu étais prêt à l'offrir sans hésitation.
Tant que tu pouvais atteindre ton objectif.
Très bien. Voyons jusqu'où cette résolution peut te porter.
Adel dirigea sa tête vers la lame entrante.
L'épée glissa le long de la courbe de son casque. Entre leurs casques, les deux yeux exposés d'Ivan tremblaient de surprise.
Cela lui plut, et Adel rit.
Qu'en dis-tu ? J'ai aussi un certain talent pour observer et copier.
Reproduisant exactement la défense d'Ivan, Adel maintint son épée étendue immobile.
* * *
Les deux chevaliers, ayant chacun frappé la tête de l'autre, restèrent figés comme des piquets.
Les spectateurs, qui avaient oublié même de déglutir, restèrent également immobiles dans le silence.
Au centre du tournoi, transformé en nature morte, les deux chevaliers se regardèrent à travers leurs casques brisés et sourirent comme s'ils faisaient partie d'un tableau.
— Donc ce n'était pas de la démence.
— ...Démence ?
Adel resta silencieuse un instant.
— Qu'est-ce... qu'est-ce que ça veut dire ?
— Ton habileté était clairement en dessous de ce qu'elle était à ton apogée. Jusqu'à maintenant, c'était le cas, assurément.
— Ah, ça... Eh bien, il y avait des circonstances. Alors ?
— Même les elfes ne peuvent éviter la démence causée par la vieillesse. Je suis venu ici en pensant que j'avais une chance de gagner.
— Hmm. Um. Et maintenant ?
Adel retira son casque et secoua la tête. Ses cheveux noirs ondulèrent, puis elle les tira en arrière et les attacha fermement.
Un splendide cache-œil reposait en diagonale sur un œil. Son autre œil, entier et brillant d'or, scintillait comme celui d'un oiseau de proie alors qu'il fixait intensément Ivan.
— Et maintenant, tu penses que tu as une chance ?
— Je vais devoir essayer.
Ivan retira son propre casque à moitié détruit et le jeta au sol.
Le sang coulait dans sa barbe depuis la blessure laissée par le casque fracassé.
— Retire ton armure, John. J'ai besoin de voir ta pleine force.
— Hm.
Clank. Clatter.
L'armure lourde se détacha des corps des deux chevaliers et roula sur le sol.
Adel délia son corps dans un craquement, puis sourit et prit sa garde, vêtue seulement d'une chemise et d'un pantalon de cuir.
— Plus rien ne nous gêne maintenant. Il n'y a que toi et moi ici. Tiens ton épée et regarde-moi. Pas la victoire, pas ton objectif, pas ta stratégie, pas ta mission. Regarde ton adversaire.
Adel inclina son épée vers Ivan.
C'était le même salut que les deux chevaliers avaient échangé lorsqu'ils s'étaient affrontés pour la première fois, une brève rencontre des yeux pour montrer du respect.
— Tiens-toi sur la terre, porte le ciel au-dessus de toi, tiens ton épée et ne regarde que ton adversaire. C'est la première vertu d'un épéiste, des arts martiaux.
Sans répondre, Ivan adopta la même garde.
Les deux chevaliers, dépouillés de leur armure, se montrèrent le même respect qu'auparavant.
-Waaaaaah !!!!!
La foule se leva comme un raz-de-marée et rugit.
* * *
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