Chapitre 1
Le monde s'effondrait dans l'oubli.
Tout était dévoré par l'obscurité oppressante du Royaume Spirituel… et il n'y avait aucune échappatoire.
Pourtant, les braves héros continuaient de se battre.
C'était leur destin.
Mourir au combat.
Et ils moururent, effectivement.
La Guerre du Chemin du Ciel était officiellement perdue.
« C'est… c'est impossible », murmura une femme en tombant à genoux.
Ses yeux azur perdaient lentement leur éclat, et ses cheveux d'un blanc neigeux collaient à son visage humide et ensanglanté.
Un trou béant marquait sa poitrine, là où son cœur aurait dû se trouver, et il lui manquait également le bras droit.
Son armure dorée rayonnante était désormais brisée, cabossée et tachée de sang par endroits. Sa peau pâle, autrefois immaculée, était meurtrie par des contusions et des cicatrices.
Tout autour d'elle, le monde était en feu, lentement effacé de l'existence par les flammes noires de l'enfer.
Tous ses alliés gisaient morts. Son commandant était mort, lui aussi. Les gens qu'elle aimait, ses amis d'enfance, sa famille de cœur…
Tout le monde avait disparu.
Morts.
Sur ce champ de bataille abandonné même par les dieux, elle seule était encore en vie.
Puis, en un instant, quelqu'un apparut devant elle. Trop rapide pour qu'elle puisse le remarquer et trop puissant pour qu'elle puisse résister.
Elle leva les yeux, les dents serrées dans une rage impuissante. Elle voulait hurler une malédiction, mais la force avait déserté son corps depuis longtemps.
Devant elle se tenait un homme de haute taille.
…Enfin, ce n'était pas un homme.
Sa peau était d'une blancheur surnaturelle, et deux cornes cristallines sombres jaillissaient de ses tempes, se courbant autour de son crâne comme une sorte de couronne divine.
Il portait une armure si sombre qu'elle absorbait la lumière environnante, jetant une ombre sur tous ceux qui osaient s'approcher trop près de lui.
Des ailes massives, semblables à celles d'une chauve-souris, se déployaient dans son dos, leur étendue membraneuse aussi blanche et spectrale que sa peau. De longs cheveux de lin tombaient jusqu'à sa taille, coulant comme de l'or en fusion.
Ses yeux, brûlant comme deux soleils incandescents avec des pupilles noires en fente en leur centre, se fixèrent sur la femme.
Il ressemblait à un dieu courroucé contemplant les pécheurs depuis les cieux.
C'était lui… la créature… qui avait fait cela.
Qui avait accompli l'impossible.
Il avait vaincu l'humanité. Il avait écrasé les Monarques. Et, plus important encore, il avait tué tous ceux qui étaient Destinés.
Il était le Dixième Prince Démon.
Le plus fort de tous les Souillés.
Le fils bâtard du Faux Dieu.
Il était le Héraut de la Plus Ancienne Mort.
« C'est fini. Mettez fin à votre pitoyable lutte », déclara la créature comme s'il prononçait un décret divin. Sa voix possédait une autorité puissante qui contraignait quiconque l'écoutait à s'incliner avec révérence. « Vous avez perdu. »
Il serra les poings et, pendant un instant, il parvint à paraître presque… mélancolique.
« Si seulement vous aviez été un peu plus forte », murmura-t-il ensuite, sa voix chargée de solennité.
Il parlait sur le ton d'un homme forcé d'écraser un insecte gênant qui osait bloquer son chemin.
Tuer une créature aussi insignifiante ne méritait guère son attention.
Vous ne vous sentiriez pas triste en marchant sur une colonie de fourmis, n'est-ce pas ?
Et pourtant, il ressentait une pointe de regret à l'idée de prendre tant de vies, aussi triviales soient-elles.
De la pitié. C'était l'émotion. Pas de la tristesse, pas de l'agacement – il ressentait juste de la pitié.
La femme en face de lui trouva enfin la force de laisser échapper une voix tremblante. « Tr-Traître… Maudit traître ! »
Mais le Prince Démon avait déjà perdu tout intérêt pour elle.
Il claqua des doigts, et la guerrière aux cheveux blancs éclata en flammes noires, effacée de l'existence en un instant.
Ce qui suivit fut un long moment de silence désolé.
Puis…
« …T-Tu ne pouvais pas vivre avec ton propre échec, n'est-ce pas ? »
Soudain, le Dixième Prince entendit une autre voix, faible et fragile, comme celle d'une femme au bord de la mort.
Il se tourna brusquement et plissa les yeux, surpris. Une autre femme était allongée à quelques mètres de lui sur le champ de bataille dévasté, à moitié enterrée sous les cadavres de son peuple.
« Quelqu'un d'autre a survécu ? » Le Prince Démon haussa un sourcil, un mélange de choc et de curiosité clairement lisible sur son visage d'une beauté profane.
Cette femme avait de longs cheveux blond cendré qui devaient être gracieux autrefois. Maintenant, ils étaient roussis et ébouriffés.
Ensevelie sous une montagne de cadavres, il était difficile de distinguer sa silhouette, mais elle devait être grande et svelte.
À présent, son corps était brisé et meurtri.
Ses yeux, d'une teinte violette obsédante, avaient perdu leur éclat. Pourtant, ils se fixaient sur le Prince Démon avec une intensité étrange.
Mais il y avait autre chose… quelque chose sur son front.
…Un troisième œil.
Un troisième œil translucide fait d'énergie spectrale pure. C'était une construction éthérée capable de voir au-delà du voile changeant de la réalité.
Elle était la porteuse de l'Œil de la Déesse.
Ah, tout s'expliquait maintenant quant à sa survie.
Elle faisait partie des Destinés. La dernière, en fait.
« …Ton passé doit te hanter », râla-t-elle, la voix tendue et épuisée. « Et ton futur est encore plus sombre. J'ai pitié de toi. »
« Pitié ? De moi ? » Le Prince Démon manqua d'en rire, incrédule. « As-tu perdu la raison, mortelle ? Je n'ai aucune idée de ce dont tu parles. »
Mais elle l'ignora et continua de parler :
« Ta quête pour devenir un dieu… n'est-ce pas juste une promesse vide du destin ? Tu as déjà été trompé et trahi par le passé. Pourquoi alors, contre toute logique, essaierais-tu de pénétrer dans le royaume des Dieux ? »
Le Prince Démon était sincèrement perplexe à présent.
De quoi parlait-elle ? Avait-elle vraiment perdu la raison avant de perdre la vie ?
Il secoua la tête, levant la main pour effacer son existence d'un simple claquement de doigts.
« Je vois, alors », soupira-t-elle, sans même se soucier de sa mort imminente. « Qu'il en soit ainsi. Je vais te révéler ton destin… »
La femme prit un dernier souffle, rassemblant chaque once de volonté restante dans son corps meurtri… pour diviner sa dernière prophétie d'une voix rauque et grinçante :
« Dans une matrice d'ombre, un maudit est né, Son cœur, par la vengeance, à jamais déchiré.
Lié par un pacte, sinistre et tortueux, Il arpenta les chemins où pâlissaient les cieux.
Des royaumes du chagrin, il chercha à s'enfuir, Mémoire perdue dans la Mer de l'Éternité à mourir.
Mais le destin le ramènera une fois encore, Pour fouler les pas qu'il a faits autrefois, sans remords.
Sous un masque sans nom, il jouera son rôle, Ignorant de son âme brisée, perdant le contrôle.
Et quand les fils du destin se rejoindront, Un choix façonnera la fin des rêves, au fond.
La voie d'un Vilain ou la grâce d'un Héros ? Une âme pour conquérir le temps et les maux.
Cœur autrefois sombre, désormais dernier souffle du monde, Pour apporter la renaissance éternelle… ou la mort profonde. »
Le Prince était déconcerté. Totalement sans voix.
Pourquoi cette femme prophétisait-elle maintenant ?
Et qu'est-ce que cela signifiait ?
Elle avait dit qu'elle lui révélerait son destin, mais il ne l'avait pas demandé !
Il savait que la détentrice de l'Œil de la Déesse était une sibylle.
Une devineresse légendaire.
Mais était-ce vraiment le bon moment pour débiter des prophéties ? Au bord de la mort ?
Et pourquoi tous les grands voyants énoncent-ils leurs prophéties de manière aussi alambiquée et poétique ?! Pourquoi ne peuvent-ils pas parler normalement ?!
L'instant suivant, le Prince Démon claqua des doigts, et elle cessa d'exister elle aussi, les flammes noires ne laissant même pas de cendres derrière elles.
« Femme bizarre », marmonna-t-il avant de battre de ses ailes majestueuses et de s'envoler dans un flou.
C'était fini.
Les Monarques étaient morts, les héros vaincus, et même les Dieux avaient abandonné ce monde pour se cacher derrière les Portes du Ciel.
Celui Qui Était avait gagné.
Maintenant… il était temps de conquérir le Royaume des Dieux.