Chapitre 3
Chapitre 3 — Le monde ne pardonne pas
« Limite Breaker… »
Le nom ne correspondait pas.
Rien dans ce qu’il avait été jusqu’à présent, rien dans sa nature, dans sa lumière, ne semblait lié à quelque chose de ce type.
Il fronça légèrement les sourcils, visiblement perplexe.
« Ça n’a aucun rapport avec moi. »
Il releva légèrement les yeux vers la fenêtre.
« C’est censé vouloir dire quoi, ça ? »
La réponse du système arriva rapidement, presque indifférente.
┌ ┐
[C]
[BCU] 𝚂𝚢𝚜𝚝𝚎𝚖𝚎
[C]
[C]─────────────────
[C] La compétence attribuée est appropriée.
[C]
[C] Aucune modification nécessaire.
[C]─────────────────
[C]
└ ┘
Il resta silencieux quelques secondes, fixant la réponse sans réellement la commenter, avant de laisser échapper un léger soupir.
« …Ouais. D’accord. »
Il ne semblait pas convaincu.
Mais il n’insista pas.
Pour l’instant.
Il détourna légèrement le regard, puis revint sur la fenêtre.
« Il y a autre chose que je dois savoir ? »
Le système répondit presque immédiatement.
┌ ┐
[C]
[BCU] 𝚂𝚢𝚜𝚝𝚎𝚖𝚎
[C]
[C]─────────────────
[C] Les utilisateurs possèdent des points de vie.
[C]
[C] En cas de mort, les statistiques diminuent
[C] de manière aléatoire.
[C]
[C] Le retour à la vie est possible.
[C]─────────────────
[C]
└ ┘
Il lut la réponse une première fois, l’information mit quelques secondes à réellement s’ancrer dans son esprit.
La mort.
Pas comme un concept abstrait qu’il observait de loin, pas comme quelque chose qui ne concernait que les autres, mais comme une réalité qui s’appliquait désormais à lui.
Perdre des points de statistiques à chaque mort, revenir malgré tout, continuer malgré les conséquences… ce n’était pas une fin, mais ce n’était pas non plus sans impact.
Pendant un court instant, il resta immobile.
Puis quelque chose changea.
Un léger sourire apparut sur son visage, discret mais bien réel, comme une réaction qu’il n’avait jamais vraiment eue auparavant.
« Donc je peux mourir… »
Sa voix n’était pas inquiète.
Elle était intriguée.
Presque… excitée.
C’était nouveau. Totalement nouveau. Toute son existence avait été construite autour de la constance, de la stabilité, d’un rôle immuable dans un monde où il ne risquait rien. Il avait vu les autres tomber, disparaître, lutter contre quelque chose qu’il ne pouvait pas réellement ressentir.
Mais maintenant…
Il allait comprendre.
Pas en observant.
En vivant.
Il expira lentement, comme pour accepter pleinement cette nouvelle règle, puis releva légèrement la tête.
« Ok… ça change pas mal de choses. »
Ce n’était pas une plainte.
C’était une adaptation.
Sans qu’il ne s’en rende réellement compte, l’espace autour de lui commença à évoluer. Le monde figé dans lequel il se trouvait jusque-là sembla se fissurer, comme si la conversation avec le système n’était qu’une transition, une étape suspendue entre deux réalités.
Les contours devinrent plus nets.
L’air plus vivant.
Les sons réapparurent progressivement.
Et en un instant—
Il n’était plus au même endroit.
Cela semblait donc signifier la fin de cet interview avec le système.
---
Il se tenait désormais face à une immense forêt.
Dense.
Vivante.
Les arbres s’élevaient haut au-dessus de lui, leurs feuillages filtrant la lumière pour créer des jeux d’ombres mouvants sur le sol. Le bruit discret de la nature, le froissement des feuilles, le craquement lointain de branches, tout contribuait à une ambiance à la fois paisible et imprévisible.
Il resta quelques secondes immobile, observant.
Non pas par hésitation.
Mais par intérêt.
Ce monde était différent.
Plus tangible.
Plus… réel.
Il fit un premier pas en avant, puis un second, laissant ses sens s’adapter progressivement à cet environnement. Chaque mouvement était mesuré, chaque détail analysé, mais il y avait aussi quelque chose de nouveau dans sa manière d’avancer.
Une forme de curiosité active.
Il ne se contentait plus de regarder.
Il explorait.
Il traversa lentement la forêt, observant la structure des arbres, la densité du sol, la manière dont la lumière se diffusait entre les branches. Rien ne lui semblait artificiel. Tout était cohérent.
Et plus il avançait, plus une certitude s’installait.
Ce monde n’était pas un simple décor.
Il fonctionnait.
Il vivait.
Après quelques minutes de marche, le terrain commença à s’élever légèrement. La pente était douce, naturelle, presque invitante. Il la suivit sans réfléchir, continuant son observation, jusqu’à atteindre le sommet d’une petite élévation.
Et là—
Il s’arrêta.
Devant lui s’étendait un paysage immense.
À plusieurs kilomètres, une grande ville dominait l’horizon, ses structures visibles même à cette distance, imposantes, organisées, preuve d’une civilisation déjà bien développée. Autour, dispersés dans la plaine, plusieurs villages semblaient vivre à un rythme plus calme, formant un contraste intéressant avec la ville principale.
Il observa la scène quelques instants, prenant le temps d’enregistrer chaque détail.
« Pas mal… »
Ce n’était pas une exclamation.
Plutôt une appréciation simple.
Mais ce moment de calme ne dura pas.
Derrière lui—
Quelque chose bougea.
Pas un bruit discret.
Pas une simple présence.
Mais un déplacement lourd, lent, chargé d’une intention évidente.
Son regard changea légèrement, et sans même se retourner immédiatement, il comprit.
Il n’était pas seul.
Il pivota lentement.
Et ce qu’il vit confirma immédiatement cette impression.
Un immense troll se tenait à quelques mètres derrière lui.
Sa peau, d’un bleu terne, semblait presque minérale par endroits, comme si elle s’était durcie avec le temps et les combats. Des cicatrices anciennes parcouraient son corps, témoins d’affrontements passés, tandis qu’une armure grossière, faite de plaques métalliques mal ajustées, couvrait partiellement son torse et ses épaules.
Son visage était marqué par une agressivité brute.
De longues dents jaunies dépassaient de sa mâchoire inférieure, et une salive épaisse coulait lentement le long de son menton, s’écrasant sur le sol dans un bruit discret mais répugnant.
Ses yeux, injectés de sang, fixaient l’homme avec une intensité presque animale.
Une faim.
Une rage.
Une envie de détruire.
Au-dessus de lui, une indication apparut clairement.
Troll - Niveau 15
La différence de niveau était évidente, et même sans comprendre pleinement les règles de ce monde, il saisit immédiatement que cet écart n’était pas négligeable. Pourtant, au lieu de reculer ou de chercher à fuir, il resta parfaitement immobile, observant la créature avec une attention accrue, comme s’il tentait déjà d’évaluer ses mouvements, sa portée, sa manière d’attaquer.
Le troll grogna, puis leva lentement son bras, révélant une immense massue recouverte de piques, formées à partir d’ossements solidifiés, probablement ceux d’anciens ennemis broyés sans la moindre pitié. L’arme semblait lourde, brutale, conçue uniquement pour écraser et détruire.
Sans prévenir, le monstre abattit son arme avec une violence écrasante.
L’air se déforma sous la puissance du coup.
Mais avant que la massue ne s’écrase—
Un bruit sec fendit l’air.
Une flèche.
Elle vint se planter directement dans le bras du troll, déviant légèrement sa trajectoire.
Au même instant, un cheval surgit à pleine vitesse à travers la forêt, son cavalier tendant déjà un nouvel arc.
« Cours ! »
La voix était claire, ferme, sans hésitation.
Notre homme tourna légèrement la tête, comme s’il sortait d’une réflexion, après l'appel du cavalier.
Puis soupira.
« Sérieusement…»
Il ramena son attention sur le troll.
Et cette fois—
Il bougea.
Il concentra son énergie dans son poing, et une fine couche de lumière apparut autour de celui-ci. Ce n’était rien comparé à ce qu’il connaissait, presque insignifiant en apparence, mais il ressentait encore cette énergie, comme si elle s’échappait d’un verrou invisible.
Ce n’était pas complet.
Mais c’était suffisant.
Le chevalier, voyant la scène, fronça les sourcils, visiblement incapable de comprendre ce que l’homme faisait. Il pensait qu’il était paralysé par la peur.
Il décocha une seconde flèche.
Mais celle-ci fut interceptée.
Le troll, d’un mouvement brusque, l’arrêta avant qu’elle n’atteigne sa cible, puis tourna lentement la tête vers l’homme, son regard chargé d’une intention meurtrière évidente.
Il leva à nouveau sa massue, cette fois pour un coup vertical, destiné à écraser le crâne de sa proie.
Mais au moment où l’arme descendit—
L’homme bougea.
Simplement.
Sans effort apparent.
Il se décala légèrement, évitant l’attaque avec une facilité déconcertante, puis avança dans le même mouvement et frappa.
Son poing entra en contact avec la massue.
Et en un instant—
Une énergie destructrice explosa.
Le choc fut violent, bien au-delà de ce que l’apparence du coup laissait présager. La puissance libérée traversa l’arme, remonta dans le corps du troll, et le projeta en arrière avec une force écrasante.
Le monstre fut littéralement arraché du sol.
Son corps traversa plusieurs arbres, les brisant sur son passage, avant de disparaître plus loin dans la forêt dans un fracas assourdissant.
Le silence retomba.
L’homme secoua légèrement sa main, ressentant une douleur vive mais supportable, puis laissa apparaître un sourire satisfait.
« Hm… niveau 1, hein… »
Il observa brièvement son poing.
« On dirait bien que ma force est toujours là… juste un peu bridée. »
Une fenêtre apparut immédiatement devant lui.
---
┌ ┐
[C]
[BCU] 𝚂𝚢𝚜𝚝𝚎𝚖𝚎
[C]
[C]─────────────────
[C] Troll éliminé
[C]
[C] Gain d’expérience
[C]
[C] Niveau actuel : 5
[C]
[C] Points de statistiques disponibles
[C]─────────────────
[C]
└ ┘
---
Une seconde fenêtre suivit presque instantanément.
---
┌ ┐
[C]
[BCU] 𝚂𝚢𝚜𝚝𝚎𝚖𝚎
[C]
[C]─────────────────
[C] Nouvelle compétence acquise
[C]
[C] Poing destructeur
[C] Rang : Basique
[C]─────────────────
[C]
└ ┘
---
Il observa les informations avec intérêt.
Le système venait d’enregistrer son action comme une compétence.
« Pas mal… »
Pendant ce temps, le chevalier, totalement sous le choc, ralentit progressivement avant de s’approcher de lui, son regard oscillant entre incompréhension et admiration.
« Bonjour… je m’appelle Endric. Cet endroit est dangereux, nous sommes en pleine invasion de trolls, tu ne devrais vraiment pas rester ici. Nous continuerons les présentations après— »
Sa phrase ne se termina jamais.
En une fraction de seconde, cinq lances traversèrent son corps de part en part, surgissant de nulle part avec une précision brutale, comme si elles avaient été lancées par des chasseurs parfaitement coordonnés. L’impact fut si violent qu’il ne put même pas réagir, son regard se figeant dans une incompréhension totale tandis que son corps se raidissait sous la douleur.
Le sang jaillit immédiatement, éclaboussant le sol et atteignant l’homme sans qu’il ne bouge, comme si la scène s’imposait à lui avant même qu’il ne puisse en analyser chaque détail.
Le cheval, pris dans l’élan et la confusion, s’effondra à son tour, entraînant son cavalier dans une chute lourde et sans retenue. Le bruit du corps frappant le sol résonna brièvement, avant que le silence ne revienne, mais ce silence-là ne dura qu’un instant.
Très vite, d’autres sons émergèrent.
Des pas.
Lourds.
Multiples.
Réguliers.
L’homme releva lentement la tête, son regard se portant vers l’origine de ces bruits, et ce qu’il découvrit confirma immédiatement ce qu’il venait de comprendre.
Ils n’étaient pas seuls.
Face à lui, à travers les arbres partiellement brisés, une dizaine de trolls apparaissaient progressivement, avançant sans se cacher, comme s’ils n’avaient aucune raison de le faire. Contrairement au premier, ceux-ci étaient armés de manière plus organisée, certains tenant des lances encore couvertes de sang, d’autres brandissant des armes improvisées faites d’ossements et de métal brut.
Leurs expressions n’étaient pas seulement agressives.
Elles étaient conscientes.
Un sourire déformé étirait leurs visages, comme s’ils comprenaient parfaitement ce qui venait de se produire, comme s’ils savouraient déjà la suite.
Ce n’était pas un affrontement.
C’était une chasse.
Et lui—
Était la prochaine cible.
Il resta immobile quelques secondes, observant la scène sans précipitation, laissant les informations s’assembler naturellement dans son esprit. La mort du chevalier venait de se produire sous ses yeux, brutale, instantanée, sans la moindre transition, et ce simple constat suffisait à révéler une vérité essentielle sur ce monde.
Ici, il n’y avait pas d’avertissement.
Pas de seconde chance offerte par hasard.
Seulement des conséquences immédiates.
Son regard descendit brièvement vers le corps inerte au sol, puis remonta lentement vers les trolls.
Quelque chose avait changé.
Subtilement.
Mais suffisamment pour être ressenti.
Ce n’était pas de la colère explosive.
Ni une réaction incontrôlée.
C’était une frustration froide.
Claire.
Son premier contact humain venait de disparaître avant même d’avoir réellement existé, arraché sans la moindre possibilité d’intervenir, et cette interruption brutale ne lui plaisait pas.
Pas du tout.
Il inspira lentement, puis laissa son aura se manifester autour de lui, non pas avec l’intensité qu’il avait connue autrefois, mais avec une densité différente, plus contenue, plus lourde, comme si elle s’adaptait déjà à ce nouveau monde.
Son regard se posa sur les trolls, un par un.
Puis il parla.
Sa voix était calme.
Mais sans ambiguïté.
« Fini de jouer…»