Chapitre 13
Chapitre 13 - La guilde des aventuriers
L’arrivée en ville marqua un véritable tournant pour Stark, bien plus que tout ce qu’il avait pu vivre jusque-là, car pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde, il ne s’agissait plus de survivre, ni même de comprendre ce qui l’entourait, mais simplement de s’intégrer dans un environnement structuré où tout semblait déjà fonctionner sans lui. Iscart n’avait rien à voir avec les villages de la forêt de Norlf, ici les rues étaient larges, animées, remplies de monde, et chaque personne semblait avoir un rôle précis, une destination, une place dans cet ensemble.
Grâce à la troupe, Stark n’eut pas à se débrouiller seul dès le début, Xer et les autres l’accompagnèrent dans les démarches nécessaires pour exister officiellement dans ce monde, ce qui passait avant tout par l’obtention de documents d’identité, chose qui n’était pas négociable dans une ville comme celle-ci. Pour éviter toute complication inutile, ils utilisèrent le nom d’un parent éloigné de Xerub, suffisamment crédible pour ne pas attirer l’attention, et c’est ainsi que Stark fit un choix simple mais symbolique.
Stark Mazd.
Ce nom résonna en lui de manière étrange, comme s’il venait combler un vide qu’il n’avait jamais réellement identifié jusque-là. Il n’était plus seulement une présence, une entité déplacée dans ce monde, il devenait quelqu’un, avec une identité reconnue, inscrite, officielle.
Une fois tout cela réglé, le moment de la séparation arriva plus vite que prévu, et même si personne ne le formula clairement, chacun savait que leurs chemins allaient désormais se séparer pour un temps indéterminé. Xer lui donna quelques dernières indications, des lieux à visiter, des personnes à éviter, des points importants à connaître pour ne pas se perdre dans la logique de la ville, tandis que les autres lui fournirent un peu d’argent, suffisamment pour lui permettre de démarrer sans galérer dès les premières heures.
Les échanges restèrent simples, naturels, sans discours inutile, mais l’attachement était là, évident dans les regards et les gestes. Ils se quittèrent comme une équipe qui avait traversé quelque chose d’important ensemble, sans promesse exagérée, mais avec une certitude partagée.
Ils se reverraient, ça ne faisait aucun doute, et pourtant, au moment où la troupe s’éloigna dans la foule jusqu’à disparaître complètement de son champ de vision, Stark ressentit un léger décalage, comme si quelque chose venait de se refermer sans qu’il s’en rende compte immédiatement. Ce n’était pas de la solitude au sens négatif, ni un manque, mais plutôt une transition nette, presque brutale, entre deux états. Pendant plusieurs jours, il avait avancé avec eux, partagé leurs combats, leurs décisions, leur rythme, et sans vraiment le réaliser, il s’était habitué à cette présence constante, à ce cadre où chaque action trouvait naturellement sa place.
Et là, d’un coup, plus rien.
Il était seul.
Au milieu d’une ville qui continuait de vivre sans prêter la moindre attention à lui.
Les gens passaient à côté, parlaient, riaient, négociaient, se pressaient dans toutes les directions, et Stark resta quelques secondes immobile, simplement à regarder ce flux constant, comme s’il cherchait à en saisir le fonctionnement sans intervenir. Il n’y avait aucune urgence, aucun danger immédiat, aucune mission en cours qui lui dictait quoi faire ensuite, et cette absence de contrainte, qu’il n’avait pas vraiment connue jusque-là, créa une sensation étrange, presque inhabituelle.
Pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde, il n’avait aucune direction imposée.
Il expira légèrement, comme pour marquer ce moment, puis se mit en mouvement sans se presser, sans objectif précis, simplement pour avancer. Ses pas le guidèrent naturellement à travers les rues d’Iscart, et très vite, il commença à observer. Chaque détail comptait, chaque interaction, chaque comportement, chaque manière de faire révélait quelque chose sur ce monde qu’il apprenait encore à comprendre.
Les commerces, les échanges, la manière dont les gens se parlaient, se regardaient, se jugeaient parfois sans même ouvrir la bouche, tout formait un ensemble cohérent qui n’avait rien à voir avec ce qu’il avait connu dans les villages. Ici, tout semblait plus structuré, plus codifié, et même les gestes les plus simples semblaient répondre à des règles implicites que lui ne maîtrisait pas encore.
Les rues d’Iscart étaient vivantes d’une manière complètement différente de ce qu’il avait connu jusque-là, les commerces s’enchaînaient sans interruption, chacun avec son ambiance, ses produits, ses clients, et une logique économique bien ancrée. Certains vendaient des armes, d’autres des vêtements, d’autres encore des objets magiques ou des outils du quotidien, et tout semblait fonctionner avec une fluidité naturelle, comme si cet endroit existait depuis toujours.
Stark passa du temps à regarder.
Puis il finit par s’arrêter dans plusieurs boutiques, testant, essayant, changeant progressivement son apparence pour correspondre davantage à ce monde urbain. Sa tenue de chevalier, pratique mais trop marquée, fut remplacée par quelque chose de plus simple, plus adapté à la ville, et au fil des choix qu’il fit, une nouvelle image de lui-même prit forme.
Un marcelle blanc.
Un pantalon baggy noir.
Des chaussures de randonnée retravaillées pour un style urbain, solides mais visuellement intégrées à l’environnement.
Une ceinture de marque qui venait structurer l’ensemble et donner une certaine présence.
Il ajouta aussi des détails.
Une boucle d’oreille en forme d’étoile à l’oreille gauche, et une autre pièce plus travaillée, accrochée en haut de l’oreille et reliée au lobe par une fine chaîne, créant un contraste discret mais marquant. Ses cheveux, qui avaient poussé depuis son arrivée, lui permettaient désormais d’arborer une afro naturelle, bien formée, qui renforçait encore son identité visuelle.
Par-dessus tout ça, il enfila un pull gris avec une poche frontale, dans laquelle il glissa naturellement ses mains, comme s’il avait toujours porté ce genre de vêtements.
Le résultat était simple.
Mais efficace.
Il ne ressemblait plus à un combattant venu d’ailleurs.
Il ressemblait à quelqu’un d’ici.
Une fois satisfait, Stark reprit sa marche, cette fois avec un objectif en tête, suivant les indications que Xer lui avait données. Il traversa plusieurs rues, changea de quartier, observa les différences entre les zones plus riches et celles plus modestes, puis finit par arriver devant un bâtiment qui se démarquait clairement du reste.
La guilde des aventuriers.
Le lieu était imposant sans être écrasant, et surtout, il dégageait une activité constante, des allées et venues régulières, des groupes qui entraient et sortaient, certains confiants, d’autres visiblement nerveux, mais tous avec un point commun.
Ils étaient là pour une raison.
Stark s’arrêta devant.
Et au moment précis où son regard se posa sur l’entrée, une fenêtre du système apparut devant lui.
Succès débloqué : Trouver la guilde des aventuriers.
Il resta un instant sans bouger, puis les notifications commencèrent à s’enchaîner.
Son niveau monta.
Directement.
Le passage au niveau 20 se fit sans effort particulier, comme une conséquence logique de tout ce qu’il avait accumulé jusque-là, et avec ce cap franchi, de nouvelles fonctionnalités s’ouvrirent immédiatement à lui.
Les quêtes de système.
Désormais, il ne se contentait plus de recevoir des missions de manière ponctuelle, il pouvait voir des opportunités autour de lui, des déclencheurs liés à son environnement, à ses interactions, à ce qu’il faisait ou ne faisait pas. Certaines quêtes étaient claires, d’autres encore verrouillées, affichées avec des “?????” qui laissaient entendre qu’il n’avait pas encore les conditions nécessaires pour les activer.
En parcourant les nouvelles informations affichées par le système, Stark s’arrêta sur un point qui attira particulièrement son attention, car il ne concernait pas directement sa progression individuelle mais quelque chose de plus large, de plus inattendu. Parmi les différentes catégories, il remarqua une section liée à la troupe de chevaliers avec laquelle il venait de voyager, et en l’ouvrant, il put voir plusieurs quêtes associées à cette période de son parcours. Certaines étaient déjà validées, ce qui correspondait logiquement aux événements qu’il avait vécus avec eux, mais d’autres apparaissaient encore incomplètes, et surtout, plusieurs étaient masquées, affichées sous forme de “xxxx”, comme si une partie de cette histoire restait encore inaccessible.
Ce détail le fit légèrement tiquer, non pas parce qu’il ne comprenait pas le fonctionnement, mais parce qu’il suggérait quelque chose de plus profond. Ce n’était pas simplement une liste d’actions passées, ni un suivi classique de progression, c’était comme si le système considérait encore cette troupe comme un élément actif de son parcours, une ligne narrative qui n’était pas terminée et qui pourrait évoluer dans le futur. Autrement dit, même s’ils venaient de se séparer, leur lien n’était pas clos, du moins pas aux yeux du système.
En descendant un peu plus dans l’interface, une autre catégorie attira son attention, cette fois beaucoup plus large, beaucoup plus abstraite. Une quête apparaissait, différente des autres par sa formulation et par son absence de conditions claires.
Quête de monde : Découvrir WOG (en cours)
Stark observa cette ligne quelques secondes de plus, cherchant à en comprendre la portée réelle, et très vite, il comprit qu’il ne s’agissait pas d’une mission classique comme celles qu’il avait vues jusque-là. Il n’y avait pas d’objectif précis, pas de limite définie, pas de récompense immédiate clairement indiquée. C’était un suivi global, une sorte de progression invisible qui accompagnait son exploration du monde dans son ensemble, comme si chaque lieu découvert, chaque rencontre, chaque compréhension acquise venait alimenter cette quête sans qu’il en ait forcément conscience.
Cette idée s’installa naturellement dans son esprit. Le système ne lui donnait pas seulement des objectifs ponctuels, il suivait aussi son évolution à grande échelle, comme si son véritable but dépassait largement le simple fait de monter en niveau ou d’enchaîner des combats.
Puis, en continuant de parcourir les nouvelles options disponibles, Stark tomba sur une autre nouveauté qui, cette fois, changeait directement sa manière d’interagir avec le système.
La boutique.
L’interface s’ouvrit de manière simple, sans effet particulier, mais ce qu’elle contenait était bien plus concret que tout ce qu’il avait vu jusque-là. Une liste d’objets apparut, chacun accompagné d’une description, d’un prix et parfois d’indications sur leur utilisation. Il y avait des artefacts magiques, des équipements, des objets utilitaires, certains clairement orientés vers le combat, d’autres plus discrets mais potentiellement tout aussi utiles selon la situation.
Stark comprit immédiatement le principe. Ces objets n’étaient pas donnés, ni obtenus uniquement par des quêtes, ils pouvaient être achetés directement, à condition d’avoir la monnaie nécessaire. Cela signifiait que le système n’était pas seulement une structure de progression, mais aussi un outil d’optimisation, capable de lui fournir des ressources supplémentaires s’il savait comment les exploiter.
Il ne s’attarda pas trop longtemps dessus pour l’instant, mais l’information resta bien ancrée dans son esprit. Ce monde fonctionnait avec plusieurs couches, certaines visibles, d’autres plus subtiles, et plus il avançait, plus il réalisait que comprendre ces mécaniques allait devenir aussi important que sa propre puissance.
Ses statistiques avaient augmenté, sa réserve de vie aussi, mais cela restait secondaire pour lui, car dans son cas, ces chiffres ne représentaient pas réellement sa puissance.
Ce qui l’intéressa davantage, c’était sa fiche.
Ses techniques.
Tout ce qu’il avait utilisé jusque-là était désormais listé, classé, avec un niveau de maîtrise associé, et en parcourant rapidement, il remarqua que la majorité de ses techniques de lumière étaient déjà à un niveau avancé, certaines même atteignant un niveau parfait.
Ce n’était pas une surprise.
Mais le voir écrit…
Donnait une autre dimension à tout ça.
Stark leva légèrement les yeux,devant lui,la guilde.
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Stark resta quelques secondes devant l’entrée de la guilde, le regard posé sur les allées et venues constantes des aventuriers qui entraient et sortaient du bâtiment, certains confiants, d’autres nerveux, mais tous animés par une forme d’objectif clair,il finit par pousser la porte.
L’intérieur du bâtiment était animé sans être chaotique, une grande salle principale s’ouvrait devant lui avec plusieurs comptoirs, des panneaux d’affichage remplis de missions, et des groupes d’aventuriers qui discutaient entre eux, certains comparant leurs résultats, d’autres planifiant leurs prochaines actions. L’ambiance n’était pas tendue, mais clairement compétitive, et même sans connaître les règles exactes, Stark pouvait sentir qu’il s’agissait d’un endroit où chacun cherchait à avancer, à progresser, à se faire une place.
Il s’approcha du guichet principal sans hésiter et attendit son tour, observant rapidement les échanges devant lui pour comprendre le fonctionnement de base, puis lorsqu’il arriva face à la réceptionniste, une femme au regard sérieux mais habitué à ce genre de demandes, il parla simplement.
« Je veux m’enregistrer pour faire des quêtes. »
La femme leva les yeux vers lui, prenant quelques secondes pour l’observer avant de répondre avec un ton professionnel, mais légèrement mécanique, comme si elle répétait ce genre de chose des dizaines de fois par jour.
« Dans ce cas, vous devez d’abord être enregistré officiellement. Cela passe par la déclaration de votre métier et de votre classe. »
Stark resta silencieux un court instant, réfléchissant à ce qu’elle venait de dire, puis quelque chose lui revint en mémoire. Alex lui en avait parlé brièvement pendant leur voyage, expliquant que la classe représentait en quelque sorte la manière dont une personne utilisait ses capacités, une catégorie qui permettait de situer son style de combat ou d’utilisation du mana, tandis que le métier correspondait à une fonction concrète dans le monde, ce qui donnait accès à des missions spécifiques.
Il prit une seconde de plus pour organiser ses pensées, puis répondit sans trop hésiter.
« Classe… mage. »
Ce choix lui paraissait logique, presque évident. Son affinité avec le mana, sa capacité à le manipuler et à le ressentir, même sans formation classique, le plaçaient naturellement dans cette catégorie selon sa propre évaluation, même si, dans les faits, son énergie restait fondamentalement différente de celle des mages classiques.
La réceptionniste nota l’information sans commenter immédiatement, puis releva légèrement les yeux.
« Et votre rang de cercle magique ? »
Stark cligna des yeux une fois.
Puis deux.
Il n’avait absolument aucune idée de ce dont elle parlait.
« Je… ne sais pas. »
Cette fois, elle marqua une pause.
Légère.
Mais visible.
Son regard changea légèrement, devenant plus attentif, plus analytique. Les mages étaient généralement des individus formés, souvent passés par des institutions ou des maîtres, et ils connaissaient toujours leur niveau de maîtrise du mana, notamment leur rang de cercle magique, qui définissait leur puissance et leurs capacités. Voir quelqu’un se déclarer mage sans être capable de répondre à une question aussi basique n’était pas simplement rare.
C’était étrange.
« …D’accord. »
Elle nota quand même l’information, même si son expression laissait clairement apparaître un certain scepticisme.
« Et votre métier ? »
Stark répondit immédiatement cette fois.
« Aventurier. »
Ce choix, en revanche, ne faisait aucun doute pour lui. C’était le chemin le plus direct, le plus adapté à ce qu’il cherchait à faire, et surtout celui qui lui permettrait d’explorer ce monde tout en continuant à progresser.
La réceptionniste le fixa encore une seconde, comme pour confirmer mentalement ce qu’elle venait d’entendre, puis referma légèrement le registre devant elle avant de désigner une porte derrière le comptoir.
« Dans ce cas, vous allez passer les tests. »
Elle se leva légèrement pour lui indiquer la direction.
« Nous allons vérifier votre aptitude en tant qu’aventurier, ainsi que votre niveau réel. Et puisque vous vous déclarez mage… nous en profiterons pour évaluer votre rang de cercle magique. »
Son ton était redevenu neutre, mais son regard trahissait une certaine curiosité.
Stark hocha simplement la tête, sans se poser plus de questions, puis contourna le comptoir pour se diriger vers la salle indiquée. En avançant dans le couloir, il sentait déjà que ce moment allait être un peu différent de ce qu’il avait vécu jusque-là, non pas à cause du danger ou d’un combat, mais parce qu’il allait enfin être confronté à une mesure concrète de ce qu’il était dans ce monde.
Pas selon le système.
Mais selon les autres.