Chapitre 247
Le mot « perdu » décrivait parfaitement ma situation actuelle.
Impossible de dire où était l'avant, l'arrière, ou même depuis combien de temps j'étais là.
« Au moins une heure, peut-être ? »
Ça ne faisait probablement pas si longtemps. Après tout, j'étais toujours dans la Mer abyssale. Plus je restais, plus la pression aurait dû devenir insupportable.
Le vrai problème, c'était la suite. Je ne pouvais pas continuer à avancer au hasard éternellement.
Il fallait au moins que je détermine où était le bas. Je sortis un stylo de ma poche et le laissai flotter devant moi.
Puis, je me concentrai intensément dessus avec mon Sens du Courant.
Comme il avait un poids, il devait forcément couler, ne serait-ce qu'un peu, ce qui m'indiquerait la direction.
Cette supposition semblait toutefois erronée.
Le stylo ne bougeait pas d'un pouce. Il semblait qu'il n'y avait pas le moindre courant dans cette couche profonde. En soupirant, une autre pensée s'immisça soudainement.
Est-ce vraiment la couche profonde ?
Au lieu d'augmenter, la pression avait diminué. Et je ne pouvais même plus distinguer le haut du bas. La seule raison pour laquelle je croyais être dans la couche profonde, c'était parce que la couche intermédiaire l'avait affirmé.
Mais pour l'instant, aucun moyen de confirmer cette affirmation.
Je sortis d'autres objets plus lourds, comme des clés, mais aucun ne bougea non plus.
Puis, alors que j'envisageais diverses possibilités…
Un frisson me parcourut l'échine.
« — Attends. C'est quoi ça ? »
Le stylo était toujours là, flottant exactement là où je l'avais laissé.
Ce n'était pas ça le problème. J'avais déjà confirmé qu'il ne bougerait pas.
Le problème, c'est qu'il était intact.
« Comment ? »
Vraiment stupéfait, je saisis le stylo.
La Mer abyssale ne montrait jamais de pitié. Tout ce qui s'y trouvait, vivant ou non, finissait broyé en une sphère compacte.
Mais le stylo, malgré toute la force de pression qu'il aurait dû subir, était parfaitement intact. Il en avait été ainsi dès l'instant où je l'avais sorti. Ça n'avait aucun sens. C'était juste apparu si naturel que je ne m'étais posé aucune question.
« ... »
Le choc s'estompa et une sueur froide coula lentement dans mon dos.
La Mer abyssale n'avait jamais été un endroit normal. Alors, bien sûr, sa couche la plus profonde ne le serait pas non plus. J'y étais préparé.
Mais pas à ça. Il était impossible qu'un lieu craint par la couche intermédiaire, visé par moi, et habité par des Dieux Extérieurs, puisse paraître aussi confortable.
Quelque chose clochait gravement.
Le doute se mua en certitude, mais pour en avoir le cœur net, il me fallait une preuve.
Après un moment de réflexion, je vérifiai mon propre état.
« Hooh... »
D'un léger mouvement de main, une lame de pression, assez tranchante pour couper l'acier, se forma instantanément.
J'étais dans un état parfait. À un degré incroyable, même. Comme si je pouvais tout faire. Presque omnipotent.
J'ouvris la paume — et me coupai légèrement.
-Slash !
En regardant le sang se diffuser lentement dans la mer, je serrai les dents et me préparai.
Là-haut, dès que je saignais, ces choses se précipitaient instantanément.
Que ce soit la couche profonde ou non, une réaction aurait dû être naturelle.
Mais, comme je m'y attendais à moitié, il n'y eut aucune réponse.
« Ça règle la question... »
En soupirant, j'enveloppai ma main d'un bandage.
Ce n'était pas la couche profonde.
Loin de là. Si même mon sang ne provoquait aucune réaction, alors c'était pratiquement certain.
Je ne savais pas ce que la couche intermédiaire avait fait, mais elle m'avait piégé. Où diable étais-je ? M'avait-elle jeté dans une sorte de limbes ?
Je manquais d'informations. Et même si je savais, ça ne changerait rien.
Au bout du compte, mon seul but était de m'échapper. L'objectif restait le même.
« Je pensais que ce n'était qu'une stupide masse d'eau, mais elle est plus intelligente que prévu. »
La couche intermédiaire avait probablement réalisé que j'étais dangereux, que je vive ou que je meure, et m'avait envoyé ici au lieu de la couche profonde, me piégeant dans un endroit où je ne pouvais ni vivre ni mourir.
Mais si elle pensait pouvoir m'enfermer dans cet endroit étrange pour toujours, elle se trompait lourdement.
J'avais déjà remarqué quelque chose dès mon arrivée.
Le fait que le stylo ne soit pas écrasé le confirmait, mais les fardeaux ici étaient incroyablement, absurdement faibles.
« Si toute la Mer abyssale était comme ça... »
Une supposition impossible, mais si chaque endroit avait si peu de pression, ne pourrais-je pas me qualifier moi-même de Dieu Extérieur à présent ?
À tout le moins, quelque chose qui s'en rapproche.
Sur cette pensée, je déployai mon Sens du Courant de toutes mes forces. La portée de mon Sens du Courant était assez vaste pour contenir deux villes entières.
Ensuite, je commençai lentement à déplacer tout ce qui se trouvait dans cette zone.
« ... »
Ce n'était pas seulement imprudent, c'était carrément stupide. Il y avait un monde de différence entre percevoir une vaste zone et tout contrôler à l'intérieur.
Normalement, rien que d'essayer m'aurait brisé le cœur sous l'effort.
Si je n'avais pas été dans cet endroit étrange — c'est exactement ce qui serait arrivé.
Mais mon cœur battait toujours.
Sans la moindre douleur.
« Je devrais remercier cet endroit. »
Un léger sourire étira mes lèvres tandis que je poussais les courants encore plus fort.
Je sentis mon Sens du Courant se remplir lentement, progressivement, jusqu'à saturation.
*t*t*
[Jern, reprends-toi ! Jern !]
Malo le secouait désespérément, essayant de le réveiller.
Dès qu'il avait sauté dans la couche intermédiaire, il s'était effondré, ce qui n'était pas normal, peu importe comment on regardait la chose.
[Bon sang... !]
Mais Jern ne se réveillait pas. Peu importe ce qu'il faisait, il restait immobile sur le sol sablonneux comme s'il était mort.
Alors que Malo continuait d'essayer de le réveiller, une voix basse résonna dans la mer sombre.
[Vie créée, ton maître est en sécurité...]
[...]
C'était l'être que Jern avait appelé la couche intermédiaire.
Malo fronça les sourcils au mot « maître », mais répondit tout de même sans détour.
[Eh bien, d'après ce que je vois, il n'a pas l'air en sécurité du tout.]
[Bien sûr. J'ai dit qu'il était en sécurité, pas qu'il allait bien...]
[Si tu joues sur les mots, je n'ai aucune intention de—]
[Ton maître subit actuellement un test de qualification. Attends.]
[... Une qualification ?]
Malo hésita, et la couche intermédiaire poursuivit en regardant Jern submergé sous elle.
[Dans ce monde, tout coule lentement. Cependant, il existe des endroits où l'on ne peut plus couler davantage. Si ton maître a atteint la fin de cette mer, alors il est arrivé au bon endroit. Je suis au point le plus profond de cette mer. Sous moi se trouve un royaume qui n'existe pas. Par conséquent, je suis le plus profond. Le résultat de la vie accumulée.]
[Quoi...]
Sans voix face à cette déclaration factuelle, Malo balbutia.
[A-alors... tu n'es pas la couche intermédiaire, mais en fait la couche profonde ? La toute fin de cette Mer abyssale ?]
[On peut dire ça.]
[... Tu nous as trompés !]
[Pas du tout. Je lui ai donné exactement ce qu'il désirait.]
La couche intermédiaire le nia avec légèreté et pointa Jern du doigt.
[Regarde ton maître sous moi. Je suis à la fois la fin et le fond de la Mer abyssale, mais la fin de la mer n'est pas la fin du monde...]
[...]
Ne comprenant toujours pas, Malo insista.
[Alors... où sommes-nous maintenant ? Si sous la fin de la mer, ce n'est pas la mer...]
[Il y a des choses sous la mer. Des choses qui ne doivent jamais remonter.]
[...]
[C'est pourquoi tous ceux qui atteignent le fond sont testés par la mer elle-même. C'est ce que subit ton maître.]
[De quel genre de qualification parles-tu ?]
[Simple.]
La couche intermédiaire poussa Jern, l'enfonçant encore plus profondément.
[La qualification de savoir si l'on peut empêcher ce qui ne doit pas émerger d'émerger.]
Pour la première fois depuis longtemps, Malo sentit un frisson parcourir son tissu.
Parce qu'il comprenait, bien qu'un peu, ce que cela signifiait.
« Cette Mer abyssale... pourrait-elle être... »
D'innombrables pensées traversèrent son esprit, mais il réalisa vite que ce n'était pas le moment pour les questions.
[Ce test que Jern entreprend...]
[Bien sûr, c'est un test qu'il échouera. Une tâche que même des dizaines de millions de vies combinées ne pourraient accomplir. Il n'y a aucun moyen pour un seul humain de réussir.]
La couche intermédiaire répondit avant même que Malo ne puisse terminer sa question.
[Il a tenu plus longtemps que prévu, mais au final, personne ne peut endurer le silence où l'éternité et un instant sont indiscernables. À l'heure qu'il est, il doit hurler d'agonie.]
[... Bon sang.]
[Alors attends tranquillement. Ce sera bientôt fini.]
N'ayant pas le choix, Malo cessa d'essayer de réveiller Jern.
D'après les paroles de la couche intermédiaire, on aurait dit qu'il souffrait déjà assez.
*t*t*
« C'est trop agréable... »
Au moment où chaque parcelle de mon Sens du Courant fut remplie de mon propre courant, je serrai le poing, réprimant l'immense sentiment d'accomplissement.
En ce moment, je devais être la personne la plus heureuse de cette Mer abyssale. J'avais même l'impression que je pourrais rester ici pour toujours.
Sans aucun fardeau, mes capacités abyssales croissaient de façon exponentielle.
Bien sûr, à proprement parler, ce n'était pas qu'il n'y avait aucun fardeau. L'absence de notion du temps était un peu gênante.
« Peu importe comment je regarde la chose, j'ai l'impression qu'au moins une année s'est écoulée... »
En réfléchissant, j'avais parfois l'impression d'avoir eu des trous de mémoire pendant des heures, et d'autres fois d'avoir manipulé les courants pendant des dizaines d'heures, alors que je venais à peine de commencer.
J'avais même essayé de compter les secondes dans ma tête comme ma maîtresse disait le faire, mais je n'arrivais pas à me concentrer, alors j'avais abandonné. Après tout, une perception déformée du temps n'était pas forcément une mauvaise chose.
Pourtant, sans aucune stimulation, le simple fait de jouer avec l'eau de mer semblait un peu limité.
Mais en échange, j'avais acquis un contrôle du courant à une échelle incomparable à celle d'avant.
« — Ce ne serait pas possible à l'extérieur. »
Je me léchai les babines en manipulant une zone s'étendant sur des milliers de mètres.
Contrôler quelque chose d'aussi vaste n'était possible que parce qu'il n'y avait aucun fardeau. Si j'essayais ça dehors, je serais écrasé par les fardeaux en moins de 3 secondes.
Mais être capable de contrôler une zone aussi vaste signifiait...
Qu'en me concentrant sur une petite zone, je pouvais atteindre une précision des dizaines de milliers, voire des centaines de millions de fois supérieure.
Même avant, quand je concentrais mon Sens du Courant sur une petite zone, je pouvais fendre un cheveu proprement en deux.
Maintenant que tout ce que je pouvais percevoir avec mon Sens du Courant était sous mon contrôle, je commençai immédiatement à expérimenter.
« Voyons voir. »
D'abord, je tirai légèrement sur une mèche de cheveux et la lançai en l'air.
Puis je concentrai mon Sens du Courant sur une zone de la taille d'un poing.
Formant une lame fine avec les courants, le cheveu se fendit sans effort. Mais je ne m'arrêtai pas là. Je fendis le cheveu déjà divisé encore, encore et encore...
Après avoir répété cela plusieurs fois, les fragments devinrent trop petits pour être vus à l'œil nu. J'étais entré dans le domaine microscopique.
Ce niveau de précision était sérieusement absurde. En laissant échapper un rire creux, je me souvins de mes sculptures sur bois à mes débuts en tant que mage.
« Si j'essayais maintenant ? »
J'avais l'impression de pouvoir créer une œuvre d'art incroyable. Alors je cherchai quelque chose à sculpter.
Mais bien sûr, il n'y avait rien d'autre que de l'eau.
« Rien ne m'empêche d'utiliser l'eau. »
Je rassemblai environ une tasse d'eau de mer et la gelai lentement en utilisant la Glace Absolue.
Une pièce de glace ronde se forma. Puis je commençai à la sculpter, lentement et méticuleusement, jusque dans les moindres détails.
Ailes et écailles. Cerveau et vaisseaux sanguins. Yeux et branchies.
Peu de temps après, un poisson volant argenté fait de glace prit forme. Il était si détaillé qu'il aurait été impossible de le distinguer d'un vrai si on le colorait.
Satisfait, je le mis dans ma poche. Puis, alors que j'allais essayer de sculpter une forme humaine...
-Tremblement !
Quelque chose dans ma poche trembla étrangement.
Me demandant ce qui se passait, je sortis le poisson sculpté —
[...]
« ... ? »
Le poisson volant tremblait et me regardait.
Comme s'il était vivant.
Le léger battement de ses nageoires en forme d'ailes dans ma main rendait clair que ce n'était pas mon imagination. Mon expression se crispa instantanément.
« Attends, attends une seconde... »
Dans un endroit où le temps n'avait aucun sens, je fixai le poisson sans ciller pendant un moment jusqu'à ce que je n'aie d'autre choix que de l'accepter.
Il semblait que...
Je venais de créer la vie d'une manière ou d'une autre.