Chapitre 1
Trad : Milano
Quand j'ai repris mes esprits, j'étais nu.
Et c'était l'hiver.
« … ? »
Pourtant, si ma mémoire était bonne, je m'étais couché dans mon lit la veille.
Alors que je tremblais, recroquevillé, en essayant de comprendre la situation, j'ai ressenti une sensation étrange au niveau des mains qui enserraient mon corps, quelque chose que je n'aurais pas dû ressentir en temps normal.
« Qu'est-ce que c'est que ça… »
Ma peau était douce.
La situation était tellement bizarre que je ne me suis même pas préoccupé de ma voix qui était celle d'un enfant. Quand j'ai ouvert mes mains pour regarder, ce n'était pas mon corps, c'était un corps plus petit et plus potelé.
En regardant autour de moi, j'ai réalisé qu'il faisait nuit et que j'étais dans une sorte de rue qui semblait tout droit sortie du Moyen Âge.
En résumé…
Je ne comprenais absolument rien à ce qui m'arrivait.
Alors que je restais là, grelottant, j'ai soudain entendu une voix.
« Oh là là, c'est un enfant nu de l'orphelinat ? »
« On dirait bien ? Qu'est-ce que tu fais là par ce froid, petit ? »
« … Hein ? »
Deux vieilles dames, habillées comme des nourrices, se sont précipitées vers moi et m'ont jeté leurs vêtements dessus.
« Hein ? Ce n'est pas un des orphelins, si ? Tu l'as déjà vu ? »
« Alors cet enfant est… oh mon Dieu, ça fait pitié, tsk tsk… »
« Euh, excusez-moi. Où suis-je ? »
À ma question, je ressenti de la pitié à travers ces femmes.
« Oh le pauvre… Il ne semble pas encore comprendre ce qui se passe. »
« Si quelqu'un l'a abandonné par ce temps, c'est qu'il l'a condamné à mort. Des gens pareils méritent un châtiment divin… »
« Non, de quoi parlez-v… »
« Rentrons, sinon tu vas mourir de froid. »
J'ai été traîné à l'intérieur d'un bâtiment par la main de la femme la plus insistante.
À l'intérieur, une scène effroyable m'attendait : des enfants sales qui s'étouffaient, se battaient et pleuraient bruyamment.
Ce n'était pas vraiment surprenant. Quand on a plus de cinquante gamins de moins de dix ans, ce genre de chaos est normal.
Les femmes, elles non plus, ne se sont pas énervées, mais ont frappé dans leurs mains pour attirer l'attention de tout le monde.
« Très bien tout le monde. Nous avons un nouvel ami aujourd'hui. Soyez gentils et accueillez-le chaleureusement. »
« … »
Alors que je sentais des dizaines de regards curieux posés sur moi, une réalisation m'a frappé.
Serait-ce possible que…
je me sois réincarné... dans un autre monde ?
« Pourquoi, bordel, je n'ai rien fait, si ? »
« Oh là là, dans notre orphelinat, on n'utilise pas de tels mots grossiers ! »
Je n'avais aucune idée de ce qui se passait.
Après ma réincarnation, j'ai passé les cinq années suivantes, jusqu'à mes dix ans, a m'apitoyer sur mon sort.
Pourquoi moi ?
Ce n'est pas comme si je m'étais suicidé par désespoir, ni que j'avais été renversé par un camion. Je n'ai pas été trahi par un amant, ni vaincu par mon pire ennemi lors d'une bataille épique.
Je vivais juste une vie ordinaire, et un jour, je me suis assoupi parce que j'étais fatigué.
Si j'ai commis un péché, c'était peut-être de vivre en me contentant d'une vie banale.
Et quand j'ai ouvert les yeux, j'étais devenu un orphelin.
C'était comme recevoir une gifle en pleine rue. Je n'arrêtais pas de me demander pourquoi on a envoyé quelqu'un comme moi, qui vivait décemment et sans trop de problèmes, dans cet endroit, tout en laissant ceux qui souffraient tranquilles.
Mais je n'ai jamais eu de réponse.
Que pouvais-je faire ? Dans ce monde, je n'étais qu'un orphelin ordinaire. Je vivais, tout simplement.
« Très bien, tout le monde. Le cours va commencer, alors rassemblez-vous dans la salle de classe~ »
« Ouaaais~ »
En vivant à l'orphelinat, j'ai fini par réaliser quelque chose.
Ce pays a beaucoup d'argent.
« Jern, combien d'argent de poche as-tu eu ? »
« 500 Cooper. »
« Quoi ? Pourquoi t'en a eu deux fois plus ? »
« C'est pas ça, c'est que t'en a perdu la moitié parce que tu as fait pipi sur le visage de Luis pendant qu'il dormait la dernière fois. »
« Il a dit que je pouvais faire pipi sur lui s'il ne se réveillait pas !! »
Jern, c'est le nom qu'on m'a donné. Je n'y étais toujours pas habitué.
J'ai fixé la pièce verte dans ma main avant de la mettre dans ma poche.
Ce n'est pas comme si je devais acheter mes repas avec ça. Les repas étaient fournis régulièrement et ponctuellement, et l'argent de poche servait plutôt pour des collations ou des activités culturelles.
Même pour la qualité des repas. Il y avait tellement de légumes et de viandes étranges que je ne pouvais pas dire avec certitude ce qui était quoi, mais voir les enfants se muscler au cours des trois dernières années au lieu de simplement grandir me faisait me demander s'ils ne mélangeaient pas une sorte de stimulant de croissance.
L'espace de vie était correct aussi. Quatre par chambre, mais la pièce était assez spacieuse pour ne pas se sentir à l'étroit, et on pouvait prendre un bain quand on voulait.
Plus que tout, ils prenaient l'éducation au sérieux.
« Qui connaît les trois choses essentielles pour l'agriculture ? »
« Moi ! La terre, la force, et… l'eau ! »
« Bien sûr que la force est nécessaire, mais peu importe à quel point on laboure le sol, sans ça, les récoltes ne pousseront pas. Réfléchissez encore. »
Comparé à la Corée du Sud, l'éducation ici était au niveau de l'école primaire, mais c'était simplement parce que nous avions l'âge de l'école primaire. Quand j'écoutais les leçons données aux orphelins un peu plus âgés, je réalisais qu'ils enseignaient un large éventail de sujets avec un effort sincère.
Les mathématiques et les sciences n'étaient enseignées qu'à un niveau de base.
L'essentiel de l'attention était porté sur l'histoire, le droit, la langue et les expériences professionnelles destinées à élargir les options futures.
Il y avait même des programmes pour soutenir les enfants ayant des talents académiques afin qu'ils puissent devenir fonctionnaires. Honnêtement, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi complet.
Quand j'ai entendu pour la première fois que c'était un orphelinat médiéval, j'imaginais quelque chose comme un gang qui ne nourrissait même pas les enfants et les forçait à mendier en les battant, mais trouver un endroit si lumineux et plein d'espoir à la place.
C'était une véritable chance pour moi.
Alors que j'étais assis en classe, envoyant silencieusement une gratitude infinie à l'inconnue Princesse qui avait investi des efforts dans la protection de l'enfance, des boulettes de papier froissé continuaient de voler légèrement vers moi depuis l'arrière.
J'ai ignoré ça au début, mais quand j'ai entendu le bruit prudent d'une pierre qu'on sortait du bureau, j'ai froncé les sourcils et tourné la tête légèrement.
« Quoi. »
« Tu dois aller voir le spectacle après les cours. »
« … ? »
Après y avoir réfléchi un instant, j'ai réalisé que c'était l'une de ces invitations classiques de gamins où la décision avait déjà été prise pour moi.
Dernièrement, les enfants s'accrochaient beaucoup à moi. Probablement parce que mes cheveux noirs étaient un trait assez unique qui piquait leur curiosité.
La fille blonde qui parlait avec un sourire idiot, elle s'appelait Linmel, je crois. Nous sommes assez proches… probablement. Peut-être.
J'ai secoué la tête.
« Je ne suis pas intéressé par le spectacle. »
« Alors qu'est-ce que tu vas faire ? »
« Je vais regarder des fourmis. Et si ça devient ennuyeux, je vais les écraser. »
« Ça a l'air amusant ! Je peux me joindre à toi ? »
« Tu vas au spectacle, laisse tomber. »
À cet âge, « capricieux » ne suffisait même pas à décrire la vitesse à laquelle les enfants changeaient d'avis. Voyant le professeur postillonner alors qu'il écrivait énergiquement les éléments fondamentaux de l'agriculture au tableau, j'ai répondu calmement.
« En fait, je dois étudier. Donc je ne peux pas traîner avec toi. Désolé. »
« Étudiiier ? On fait ça maintenant. »
« Je dois en faire plus. »
« Pourquoi ? »
« Parce que les enfants intelligents sont adoptés plus facilement. »
« Adoptés ? »
« … Ça veut dire que des parents se présentent et viennent nous emmener. »
« Mes parents ont dit qu'ils étaient partis dans un pays lointain. »
« … Tu ne penses pas que même de faux parents seraient mieux que rien ? »
« Hmm… »
Alors que je donnais une réponse nerveuse, Linmel a réfléchi un moment, puis a hoché la tête.
« Ouais, ça a l'air bien ! Je vais étudier aussi ! »
« … Ouf. »
Les installations étaient agréables, et la façon dont les gens nous regardaient n'était pas si mauvaise.
Mais, en fin de compte, c'était toujours un orphelinat. Le premier souhait des enfants qui n'avaient pas encore été complètement brisés était d'être adoptés.
Que l'adoption soit possible ou non était généralement décidé vers l'âge de dix ans. D'après ce que j'avais entendu, personne n'était adopté après dix ans.
Mais pour être honnête, je ne voulais pas être adopté. Je ne voulais pas traiter des inconnus comme mes parents.
Devenir scribe était l'étendue totale de mes objectifs. Bien sûr, la voie du chevalier était celle qui pouvait apporter richesse et gloire, mais
Pan-
« Jern, t'es faible ? »
« …… »
Une épée en bois reposait sur le sommet de ma tête.
Naturellement, avec tant d'enfants rêvant de devenir chevaliers, il y avait un terrain d'entraînement et des épées en bois à l'orphelinat. Alors j'avais une fois emmené Linmel pour faire un sparring…
Mais je suppose que je n'avais aucun talent pour l'épée.
Je n'avais aucune idée de comment les gens faisaient pour que les épées « prennent vie » ou je ne sais quoi.
Si quoi que ce soit, c'était Linmel qui avait clairement un talent pour l'escrime. Elle a contré avec précision mes mouvements mous et a frotté l'épée en bois contre mon crâne.
Même la technique de retenir sa force à la dernière seconde pour éviter de me blesser.
Cette gamine allait définitivement devenir chevalier.
Avec un soupir, j'ai poussé l'épée du sommet de ma tête.
« T'es incroyable. »
« Quoi ? Jern est bien plus cool. T'as encore eu la première place au test d'histoire, non ? »
« Ça, c'est… »
J'étais le seul à faire attention en classe.
Je veux dire, mon logiciel mental était celui d'un homme adulte. Si je ne pouvais pas mémoriser du matériel de niveau école primaire, autant aller mourir.
De mon point de vue, Linmel, qui avait du talent pour l'escrime, était bien plus impressionnante. J'avais vu des tonnes d'enfants doués pour les études sur Terre, mais je n'avais jamais vu quelqu'un qui pouvait vraiment manier une épée correctement.
J'ai nettoyé la zone et je me suis levé.
Vivons ici avec modération aussi, contentons-nous de ce qui m'a été donné.
C'est le lendemain matin que j'ai réalisé que j'avais un talent qui ne me permettrait pas de faire juste ça.
*
Tôt le matin.
Quand je me suis réveillé, le plafond oscillait.
« Qu'est-ce que… »
Alors que j'essayais de me lever du lit, je suis tombé lourdement sur le sol.
Mes jambes ne bougeaient pas, et le sol contre ma joue était glacial…
Mon corps brûlait.
J'avais l'impression que tout mon corps était devenu une boule de feu. Quand j'ai appelé à l'aide d'une voix éraillée, les enfants qui commençaient juste à se réveiller ont crié sous le choc.
« Uwaaah ! Jern est mort ! »
« D-devrait-on appeler la directrice ? »
Les cris faisaient battre ma tête, et mon esprit devenait brumeux. J'ai glissé de nouveau dans le sommeil.
Un rhume sévère ? La grippe ? Non, c'était autre chose. Je n'avais pas l'impression d'être malade, j'avais l'impression que quelque chose se mélangeait en moi.
Quand j'ai ouvert les yeux à l'infirmerie, j'ai vu la directrice et les professeurs me regarder avec des expressions graves, une vue inhabituelle.
Ce n'est pas comme s'ils se rassembleraient tous juste parce qu'un gamin a attrapé un rhume. Me sentant inquiet, j'ai demandé :
« … Qu'est-ce qui se passe ? Je suis en train de mourir ? »
Ils ont échangé des mots à voix basse entre eux, puis la directrice, portant une expression douloureuse, a commencé à parler.
« Jern, tes parents t'ont fait un cadeau terrible. »
« Pardon ? »
La Fièvre de l'Éveil.
C'était le nom de la maladie qui avait brûlé mon corps.
Pour le dire simplement, c'est la douleur que tous les mages ressentent durant leur enfance.
J'ai pensé, quel genre de mage serais-je alors que je ne connaissais même pas la magie ? Mais ce n'est pas ce que ça voulait dire.
Dans ce monde, les mages sont comme des gens nés avec trois bras.
Il faut naître ainsi pour utiliser la magie. Si ce n'est pas le cas, alors peu importe ce que vous faites, vous ne pourrez jamais l'utiliser.
Naturellement, les gens avec « trois bras » ne naissent pas si facilement.
Même avec un coup de chance scandaleux, peut-être qu'un seul naît tous les dix ans, et même là, c'est généralement parce qu'ils ont un mage quelque part dans leur ascendance.
Mais il existe exactement un moyen garanti de produire un mage.
Si les deux parents sont des mages.
« Attendez, juste un instant. D'après ce que je sais, les mages… »
Alors que je m'interrompais, me rappelant ce que j'avais entendu en classe, la directrice a hoché la tête gravement.
« Ça, ne devrions-nous pas utiliser des formules de politesse ? »
« Ce n'est pas certain. Ça pourrait venir d'un ancêtre éloigné… »
« Hmm. Quand même, nous devrions envisager de le cacher pour l'instant. »
Un secret déconcertant sur ma naissance.
Il semblait que j'étais un enfant illégitime d'un noble.
La raison était simple, tous les nobles sont des mages.
Parce que depuis les temps anciens, les nobles se sont continuellement mariés, et mariés, et mariés avec de vrais mages ayant un sang véritablement noble…
Alors maintenant, tous les nobles naissent avec le talent pour la magie.
Bien sûr, il y a des gens qui sont des mages mais pas des nobles, mais ils sont extrêmement rares. On m'a appris qu'ils étaient comme des prophètes s'entraînant dans les montagnes enneigées.
Et je ne pouvais pas imaginer des gens comme ça avoir des enfants, donc la probabilité que je sois l'enfant illégitime d'un noble était élevée.
Un gamin comme moi, un orphelin, avait en fait du sang noble ?
Hmm.
Je ne voulais pas particulièrement ce genre de renversement social.
« Je suis désolée, Jern, mais cette affaire… »
« C'est mauvais. »
« P-pas exactement, mais aller le dire aux gens ne te fera aucun bien non plus. »
J'y ai réfléchi un instant.
Ils essayaient de me réconforter, mais oui, c'était mauvais.
Le fait que quelqu'un qui n'est pas noble soit un mage est, du point de vue d'un noble, extrêmement désagréable.
Même du côté des roturiers, c'est difficile à gérer. C'est similaire à un registre familial en désordre.
J'étais devenu quelque chose de difficile à gérer tant pour les nobles que pour les roturiers.
« Alors, pour l'instant… »
« Je vais le garder caché. »
« Oh ? Euh, oui. Faisons ça. Ne va pas le montrer devant les autres. »
« D'accord. »
M'entendre accepter si docilement n'a fait qu'inquiéter davantage les professeurs.
Mais vraiment, pourquoi irais-je parader avec un secret semblable à une tumeur qui ne se transformerait en faiblesse qu'au moment où il serait révélé ?
À moins que je ne sois un génie unique en son genre.
…
..
.
« Suis-je… ? »
Après avoir fait léviter une centaine de livres dans la réserve, mon opinion a commencé à changer un peu.
Peut-être que j'ai vraiment un certain talent.