Chapitre 498
L’encens continuait de dérouler ses minces rubans sinueux dans la chambre baignée par la lune, sa fumée pâle s’accrochant aux panneaux de bois de santal sombre comme de la soie argentée.
L’air demeurait chargé du parfum entêtant et capiteux du lotus nocturne et du jasmin d’hiver broyé, mais sous ce masque odorant, la Pression spirituelle ambiante de la pièce s’était complètement déformée.
Su Xishi ne se dégagea pas. Toujours assise sur les genoux de Haoran, les cuisses fines encadrant sa taille, elle avait posé les bras sur ses larges épaules avec la grâce nonchalante et dangereuse d’un renard espiègle qui savait jouer avec une bête.
Elle plongea son regard dans son visage ciselé. La caresse chaude et ferme de ses doigts persistait le long de sa mâchoire élégante, faisant courir de minuscules frissons électrisants dans ses méridiens.
Pourtant, malgré la chaleur enivrante qui s’épanouissait contre sa poitrine, son expression conserva toute sa lucidité coutumière.
« Je suis flattée que vous ayez une si haute opinion de moi, Jeune maître, murmura-t-elle d’une voix douce comme du vin chaud, assez suave pour plonger un royaume mortel dans une dévotion funeste. Apprendre que le rejeton du Clan Shen, ce monstre incontesté qui traite les génies de la Région Centrale comme de l’herbe sèche, me désire… Voilà une tentation qui ferait perdre la raison même à une jeune immortelle. »
Un rire discret, empreint d’autodérision, lui échappa, léger comme une feuille qui tombe. « Mais, comme je vous l’ai dit, mon ambition de devenir Empereur et de rivaliser pour l’Immortalité dépasse de loin l’admiration que j’ai pour vous. »
Elle se recula d’un pouce, relevant le menton avec la fierté propre à la lignée des renards-démons à neuf queues.
« J’ai vu le destin des femmes qui renoncent à leur voie par amour, Jeune Maître Shen, poursuivit-elle, les pupilles rétrécies par une lucidité froide et calculatrice. Dans leur jeunesse, on les loue comme des déesses. On les courtise en leur offrant des montagnes de Pierres d’esprit, on les célèbre lors de banquets qui s’étendent sur trois mille lieues, et des hommes qui jurent que leur cœur ne vacillera jamais leur promettent une gloire céleste éternelle. Et que se passe-t-il quand ces hommes s’élèvent ? Que se passe-t-il quand le fossé entre leurs niveaux de cultivation devient un océan ? »
Elle secoua la tête, ses cheveux frôlant son col.
« Elles dépérissent. On les abandonne dans une cage dorée, où elles vieillissent à l’ombre d’un palais qu’elles ne peuvent quitter. Elles deviennent une note de bas de page dans la grande épopée de leur homme — le souvenir de ses jours mortels, qu’il visite par pitié et auquel il songe avec une politesse indifférente. »
« Je refuse ce destin. Je préférerais être déchiquetée par les tribulations célestes au seuil du royaume de l’Empereur Suprême plutôt que de vivre comme un trésor oublié dans le harem impérial d’un homme. »
Ses mains glissèrent doucement de ses épaules, ses longs doigts effleurant ses robes tandis qu’elle soutenait son regard brûlant sans ciller.
« Mon maître m’a enseigné que le Dao d’une cultivatrice est son seul véritable compagnon sous le ciel. Les amis trahissent, les sectes s’effondrent, les empires brûlent, et même les étoiles tombent du firmament. Mais la force que vous avez forgée, les lois gravées dans votre âme — voilà la seule chose qui ne vous abandonnera jamais. »
« Je veux que mon nom soit gravé sur les stèles primordiales aux côtés des anciens monarques, et qu’on me vénère non parce que j’ai réchauffé le lit de Haoran, mais parce que le renard-démon à neuf queues a, de son propre chef, inspiré la crainte au cosmos. »
« Jeune maître, mon admiration pour vous est sincère, cela ne fait aucun doute. Mais mon Dao est ma vie. »
Haoran ne recula pas. Il ne fronça pas les sourcils et ne laissa échapper le moindre souffle d’aura mécontente.
Au contraire, il se contenta de la regarder, les yeux embrasés d’un amusement tranquille et terrifiant qui semblait percer la chair et les os de son enveloppe mortelle pour plonger droit dans l’esprit ancien et indompté qui résidait dans sa mer de conscience.
Il esquissa alors un sourire en coin et entrouvrit les lèvres pour prononcer des mots qui firent voler en éclats les fondements mêmes de son raisonnement.
« Alors, fais de moi ton Dao. »
« Hein ? »
Su Xishi cligna des yeux.
L’assurance hautaine et acérée qui illuminait son visage se fissura aussitôt. Ses yeux s’écarquillèrent, et sa queue, derrière elle, se figea à mi-mouvement tandis que son éclat céleste vacillait sous le coup d’une stupeur brutale.
Durant toutes ces années passées à étudier les Écritures complexes du Palais de la Félicité, à calculer les réactions des hommes, du désir et de la politique impitoyable de la cultivation, elle s’était préparée à toutes les ripostes possibles.
Elle s’était attendue à ce qu’il tente de la soumettre par la force, à ce qu’il mette sa résolution à l’épreuve avec des trésors divins, et même à ce qu’il la rejette froidement en la traitant d’idiote arrogante.
Jamais, même dans ses rêves les plus fous, elle n’avait envisagé cette réponse.
« Qu… qu’est-ce que vous venez de dire ? » souffla-t-elle, la voix hésitante pour la première fois depuis qu’il était entré dans sa chambre.
Haoran ne détourna pas le regard. Il resserra juste assez sa prise sur son menton pour obliger ses yeux à rester rivés aux siens, ses pupilles dorées flamboyant d’un éclat enivrant et tyrannique qui semblait engloutir la faible lumière de la chambre.
« Fais de moi ton Dao, poursuis-moi, abandonne-moi ton corps. »
Ses paroles roulèrent sur elle comme un antique décret cosmique, sans laisser la moindre place à la négociation ou à l’hésitation ; elles réécrivaient entièrement les règles du jeu auquel elle croyait jouer.
« Tu parles de ton Dao comme s’il s’agissait d’une porcelaine délicate que le contact d’un homme pourrait briser, dit Haoran, sa voix grave et vibrante résonnant contre son sternum, puis dans son dantian supérieur comme une cloche de fer. Tu suis les enseignements de ton maître, tu te caches derrière le bouclier de la chasteté éternelle, convaincue que refuser ton yin primordial au monde est le seul moyen d’atteindre le royaume de l’Empereur Suprême. Mais dis-moi, Xishi : est-ce vraiment le pouvoir suprême ? Ou n’est-ce que de la peur déguisée en discipline ? »
Su Xishi fronça les sourcils, une étincelle d’indignation s’allumant dans ses pupilles.
« De la peur ? Jeune maître, notre technique de cultivation est une méthode ancienne transmise depuis des milliers d’années ! Elle concentre le yin pur de l’âme et le raffine sans la moindre impureté… »
« C’est une cage, l’interrompit froidement Haoran, réduisant sa défense en pièces avec une précision impitoyable. Une technique créée par quelqu’un qui avait atteint une impasse et manquait du courage nécessaire pour la dépasser. La véritable suprématie ne t’oblige pas à fuir le désir, pas plus qu’elle ne t’impose d’enfermer ton corps dans un caveau glacé. Si ton Dao est si fragile que perdre ta virginité suffit à briser tes fondations, alors il n’a jamais été digne de rivaliser pour l’immortalité. »
Il bougea légèrement, son regard transperçant les couches de ses défenses spirituelles pour mettre à nu les désirs les plus profonds et les plus secrets de son âme.
« Tu veux atteindre le sommet ? Tu veux devenir un Empereur dont le nom fait trembler les trois mille mondes ? Alors ne cours pas après un concept abstrait et sans vie de pureté. Poursuis-moi ! »
« Fais de moi la montagne que tu dois gravir ! Fais de moi le ciel que tu dois atteindre ! Que ton désir pour moi, ton admiration pour ma force et ton ambition de m’égaler deviennent la fournaise ardente qui raffine ta cultivation ! »
« Si tu m’abandonnes ton corps, ce ne sera ni un acte de faiblesse ni de soumission : ce sera ta plus éclatante déclaration de conquête ! Tu me conquerras de tes deux mains, tu lieras ton destin au mien et tu utiliseras le yang primordial sans limites de ma lignée pour briser les obstacles que ton maître était trop terrifié pour affronter ! »
Assise sur ses genoux, Su Xishi demeurait parfaitement immobile, le souffle coincé dans sa gorge, la poitrine soulevée par de courtes inspirations saccadées.
Son esprit, d’ordinaire aussi vif et calculateur que celui d’un stratège impérial, tournoyait dans un vertige sauvage.
Faire de lui mon Dao ?
L’idée était terrifiante. Sacrilège. Elle allait à l’encontre de tout ce que le Palais de l’Union immortelle de la Félicité — non, le monde entier de la cultivation — prêchait depuis des générations.
Les anciens leur avaient enseigné à poursuivre le Dao et à atteindre l’immortalité.
Son maître lui avait appris à manipuler de loin le désir des hommes mortels, à traiter leurs envies comme un combustible jetable tout en préservant une distance intacte, inaccessible.
Pourtant, en plongeant son regard dans les yeux dorés de Haoran, elle vit l’indéniable vérité de ses paroles.
Malgré sa gloire sans égale, son maître s’était arrêté au seuil du royaume de l’Empereur Suprême.
Elle n’avait jamais pénétré dans les véritables cieux infinis ; elle n’avait jamais touché au royaume des véritables immortels.
Que savait-elle des cieux supérieurs ?
Et faire de lui son Dao…
Cette pensée lui envoya un frisson brûlant et électrisant le long de l’échine, jusque dans les profondeurs de son dantian.
Haoran n’était pas un homme ordinaire. Il était le sommet incontesté de cette époque, un monstre qui traitait les anciennes sectes comme de la poussière et dont le destin était de conquérir les cieux eux-mêmes.
Poursuivre un homme pareil, faire de son existence écrasante et intouchable son ultime objectif, puis conquérir son lit non comme une concubine soumise, mais comme une impératrice revendiquant la moitié qui lui revenait…
Cette voie était infiniment plus terrifiante, infiniment plus dangereuse et infiniment plus glorieuse que de se cacher derrière les Écritures conservatrices d’une secte antique !
« T’abandonner mon corps… » murmura Su Xishi, la voix légèrement tremblante, ces mots ayant le goût d’un vin interdit et enivrant sur sa langue.
Son regard s’adoucit. L’arrogance glaciale de la sainte se dissipa entièrement, remplacée par une ambition farouche, sauvage et prédatrice qui brûlait plus fort que jamais.
Sa queue se déploya et s’enroula sans serrer autour de la taille de Haoran ; son pelage velouté irradiait une chaleur incandescente qui répondait au feu de son sang.
Elle inclina lentement la tête, ses lèvres rubis si proches des siennes qu’elle sentait la chaleur de son souffle. Un sourire lent et bouleversant se dessina sur son visage de porcelaine.
« Ça a l’air… plus intéressant. Très bien. Je te poursuivrai. Je ferai de toi mon Dao. Et le jour où je me tiendrai à tes côtés en véritable Empereur Suprême… je te réclamerai si complètement que les cieux eux-mêmes pleureront d’envie. »
Su Xishi déplaça son poids sur les genoux de Haoran ; le frottement de ses cuisses contre son pantalon lui envoya une décharge de chaleur.
« Cela dit… Jeune Maître Shen, accepteras-tu mon affection ? »
Ses yeux violets se voilèrent de désir et scintillèrent sous la lumière tamisée tandis qu’elle se penchait vers lui, ses oreilles blanches de renarde frémissant à chacune de ses respirations rauques.
Sa queue blanche et duveteuse se balançait en rythme, effleurant parfois ses mollets pour le taquiner.
Haoran n’attendit pas une seconde de plus. Il lui saisit fermement la taille, enfonçant les doigts dans sa peau douce, et l’attira contre son torse.
Il plaqua ses lèvres sur les siennes dans un baiser avide et impérieux. Su Xishi laissa échapper un gémissement étouffé et noua les bras autour de son cou, lui rendant son baiser avec la même ardeur, leurs langues dansant dans un échange humide et gluant de salive.
Quand il rompit le baiser, Haoran fit glisser ses lèvres le long de son cou sensible.
Il inspira le doux parfum de sa peau avant d’enfoncer les dents à la jonction de son cou et de son épaule.
Il mordit assez fort pour laisser une marque, une revendication de possession qui fit cambrer le dos de Su Xishi et lui arracha un brusque halètement avide.
« Je suis un homme avide, murmura Haoran contre sa peau d’une voix sourde et grondante. Alors, j’accepte non seulement ton affection, mais aussi tes défauts, ta force et tes faiblesses. »
Ses mains quittèrent sa taille pour gagner l’attache de ses robes. D’un lent mouvement délibéré, il défit le nœud de soie.
Il ne se pressa pas ; il voulait savourer l’attente tandis qu’il écartait le tissu, centimètre après centimètre, dévoilant la peau crémeuse de ses épaules et de ses clavicules.
À mesure que ses robes glissaient, ses seins lourds et pâles s’échappèrent du vêtement.
Ils étaient magnifiques — de grosses globes charnues aux larges mamelons roses, déjà durs et dressés sous l’effet du froid ambiant et de la chaleur de son désir.
Haoran les contempla un instant, le sourire en coin s’élargissant à la vue de sa poitrine qui se soulevait à chaque respiration.
Il tendit la main et prit un sein entier dans sa paume, en pétrissant fermement la chair douce tandis qu’il la regardait fermer les yeux, submergée par le plaisir.
« Alors, détends-toi et abandonne-toi à moi. »