Chapitre 1
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran de la Frontière du Nord ◈
Chapitre 1 : Prologue
──────
Ffffft…
Sur une montagne couverte de neige, balayée par un vent assez froid pour glacer jusqu’aux os, un groupe d’hommes tirait un chariot dans la pente.
Clac !
Les mains et les pieds liés, enfermé dans le chariot avec des gens vêtus comme des mendiants, j’ouvris prudemment les yeux.
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Une heure s’était déjà écoulée depuis que j’avais repris connaissance, mais je ne comprenais toujours pas ce qui se passait.
« Je me souviens être rentré du boulot de bonne humeur, avoir bu une bière et joué à un jeu, mais… »
Et puis, ma vision s’était soudain obscurcie. Quand j’avais rouvert les yeux, voilà ce que j’avais trouvé.
J’avais vécu pas mal de choses mouvementées dans les forces spéciales. Même cinq ans après avoir quitté l’armée, il en fallait donc beaucoup pour me surprendre.
Mais là, c’était différent.
« Putain, qu’est-ce que c’est que ça ? »
Les hommes qui gardaient le chariot et ses alentours étaient sans doute des soldats. Pourtant, pour une raison quelconque, ils étaient habillés comme s’ils appartenaient au Moyen Âge.
Et ce n’était pas tout.
Je jetai un coup d’œil à ma main.
Je ne la reconnaissais pas du tout.
À peine l’eus-je vue que je le sus.
Ce n’était pas ma main.
Exactement.
J’occupais le corps de quelqu’un d’autre.
« Ouf. D’abord, je me calme et je fais le point. »
J’ignorais comment j’avais atterri là.
J’ignorais où je me trouvais.
Et j’ignorais qui étaient ces gens.
Mais une chose était sûre : on m’emmenait quelque part et, à en juger par la façon dont on me traitait, j’étais probablement prisonnier.
« Je peux m’évader ? »
Me défaire des liens aux mains et aux pieds ne serait pas difficile.
Le problème, c’étaient les hommes qui montaient la garde à proximité.
Je comptai les soldats et fis rapidement mes calculs.
« Quatre autour du chariot, cinq à l’arrière, à peu près, et impossible de savoir combien il y en a devant… »
À supposer qu’ils n’aient pas d’armes à feu, mes chances n’étaient pas complètement nulles.
Je me préparais à chercher une occasion de m’échapper quand…
Boum !
Le chariot s’arrêta.
« Nous y voilà ! »
« Faites sortir les soldats-bagnards. »
« Oui, monsieur ! »
La langue m’était inconnue, mais les paroles des soldats me parvenaient aussi clairement que si elles avaient été prononcées en coréen.
« Des soldats-bagnards ? »
Ça désignait normalement des soldats qui avaient été condamnés, non ?
Je fronçai les sourcils et révisai mon analyse de la situation. Les soldats me tirèrent de force hors du chariot.
« Bouge ! Sors de là ! »
On nous fit descendre les uns après les autres, reliés par une corde comme des poissons à la queue leu leu.
Une forteresse gigantesque se dressait devant nous.
« Écoutez-moi bien, vermines ! »
Un homme à l’air sinistre balaya la foule du regard et lança d’une voix forte :
« Vous êtes tous des criminels qui méritez la mort. Mais la chance vous a souri : vous avez reçu l’occasion de laver vos péchés en vous consacrant à l’Empire. Vous avez désormais deux choix. »
« … »
« Le premier consiste à accomplir la durée de service fixée par votre sentence et à gagner votre libération. Le second, à mourir et à partir les pieds devant. D’ici là, vous… »
L’homme laissa planer ses paroles, puis esquissa un sourire glacial.
« Au nom de la sainte Skadi, je proclame que vous ne pourrez pas quitter la Frontière du Nord de l’Empire, dans les Monts Elnes. »
Les Monts Elnes.
La Frontière du Nord de l’Empire.
Et le nom de la déesse Skadi, que cet homme venait d’invoquer.
En reliant ces trois indices, je me rappelai un nom familier.
[Chant de l’Empire]
C’était un jeu de stratégie monarchique où l’on devait unifier un empire plongé dans le chaos par son empereur et ses fonctionnaires corrompus.
J’y jouais dès que j’avais un peu de temps libre, depuis avant même d’avoir atteint l’âge adulte. Je n’avais jamais vérifié exactement mon temps de jeu total, mais la dernière fois que j’avais regardé, j’en étais à environ cinq mille heures. Je devais donc approcher les dix mille à présent.
On pouvait me qualifier de joueur chevronné, voire de vieux routier.
Enfin, revenons à nos moutons.
[Chant de l’Empire] était un jeu dans le style de Romance of the Three Kingdoms, de Ko*ei.
Des révoltes paysannes.
Des invasions barbares.
Des seigneurs qui s’affrontaient pour asseoir leur domination.
Dans une nation devenue un véritable bourbier, le but ultime de [Chant de l’Empire] consistait à développer son territoire, à rassembler des gens de talent, à bâtir sa puissance par la guerre et, enfin, à s’emparer du trône impérial.
Après avoir terminé ce jeu des milliers de fois, je savais exactement à quel point la situation était grave.
« Putain, la Frontière du Nord ? »
Comme si habiter le corps d’un personnage du jeu ne suffisait pas, on m’avait envoyé à la Frontière du Nord, que les joueurs surnommaient le Tombeau Glacé et le Briseur de débutants.
Et, pour couronner le tout, j’étais un soldat-bagnard.
Notes de bas de page :
Ko*ei est une référence partiellement censurée à Koei, le développeur de la série de jeux de stratégie Romance of the Three Kingdoms.
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