Chapitre 4
Chapitre 4 — La chambre sans porte
La Lune Rouge avait envahi le ciel.
Neuvillette regardait par la fenêtre du tribunal, incapable de détourner les yeux.
— Elle ne devrait pas être rouge avant trois jours...
Luna resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Quelqu'un a changé le cours du rituel.
— Quelqu'un ?
— Oui.
Neuvillette se tourna vers elle.
— Qui ?
Luna hésita.
— Je ne sais pas.
— Tu mens.
Elle baissa les yeux.
Neuvillette s'approcha lentement.
— Depuis le début, tu connais des choses que tu refuses de me dire. Tu savais que les vampires allaient venir. Tu savais ce qu'était la Lignée de la Lune. Et tu savais qui était Aurelius.
— Neuvillette...
— Je veux la vérité.
Luna ferma les yeux.
— Alors prépare-toi à ne plus jamais voir le monde de la même façon.
Elle sortit une petite clé noire de sa poche.
— Suis-moi.
Ils descendirent dans les sous-sols du tribunal.
Un escalier étroit semblait s'enfoncer sous la terre.
Plus ils descendaient, plus l'air devenait froid.
Neuvillette remarqua des symboles gravés sur les murs.
Des croissants de lune.
Des yeux.
Et des noms.
Certains étaient vieux de plusieurs siècles.
— Qui a construit cet endroit ?
— Les premiers juges de Fontaine.
— Pourquoi ?
Luna s'arrêta.
— Pour surveiller les vampires.
Neuvillette observa les inscriptions.
— Alors les juges connaissaient leur existence ?
— Depuis toujours.
Ils arrivèrent devant un mur complètement vide.
Luna plaça la clé contre la pierre.
Un bruit sourd retentit.
CLIC.
Le mur disparut.
Derrière se trouvait une pièce minuscule.
Au centre, une table.
Sur la table, un seul objet.
Un vieux portrait.
Neuvillette s'approcha.
Son visage se figea.
Le portrait représentait un jeune garçon.
Il avait environ seize ans.
Ses cheveux étaient pâles.
Ses yeux étaient bleus.
C'était lui.
Mais quelque chose était différent.
Le garçon portait une couronne noire.
Et derrière lui se trouvait Aurelius.
Neuvillette prit le portrait.
Au dos, une inscription était gravée :
« Prince Neuvil, héritier de la Lune. »
Il releva brusquement la tête.
— Prince ?
Luna ne répondit pas.
— Qui est Neuvil ?
— Ton ancien nom.
Neuvillette sentit son cœur s'arrêter une seconde.
— Pourquoi ai-je oublié ?
Luna s'approcha.
— Parce que quelqu'un a effacé tes souvenirs.
— Qui ?
— Ta mère.
Neuvillette resta immobile.
— Ma mère ?
— Elle voulait te protéger d'Aurelius.
Un bruit retentit derrière eux.
Toc.
Neuvillette se retourna.
Rien.
Toc.
Cette fois, le bruit venait du mur.
Luna pâlit.
— Nous devons partir.
— Pourquoi ?
Le mur se fissura.
Une longue main blanche traversa la pierre.
Luna attrapa Neuvillette.
— Maintenant !
Ils coururent vers la sortie.
Mais la porte avait disparu.
Neuvillette s'arrêta.
— Elle était là.
— Je sais.
Une voix résonna derrière eux.
— Vous ne devriez pas être ici.
Une silhouette sortit lentement de l'obscurité.
Une femme.
Elle portait une longue robe blanche.
Ses cheveux étaient argentés.
Et ses yeux étaient entièrement noirs.
Luna trembla.
— La Gardienne...
La femme regarda Neuvillette.
Puis elle s'inclina.
— Mon prince.
Neuvillette resta silencieux.
— Qui êtes-vous ?
La femme releva lentement la tête.
— Je suis celle qui a gardé votre secret pendant trois cents ans.
— Alors dites-moi la vérité.
Elle sourit tristement.
— Votre mère n'a jamais voulu effacer vos souvenirs.
Neuvillette fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Elle a essayé.
Un silence.
— Mais quelqu'un d'autre l'a fait à sa place.
La Gardienne leva un doigt.
— Quelqu'un qui voulait que vous oubliiez votre véritable identité.
— Aurelius ?
— Non.
Neuvillette sentit une inquiétude grandir en lui.
— Alors qui ?
La femme s'approcha.
— Votre frère.
Le visage de Neuvillette se vida de toute expression.
— Je n'ai pas de frère.
La Gardienne sourit.
— C'est exactement ce qu'il voulait que vous croyiez.
Soudain, toutes les bougies de la pièce s'allumèrent.
Sur le mur apparut une inscription en lettres rouges :
« UN FRÈRE. UN ROI. UN TRAÎTRE. »
Luna recula.
— Il est réveillé...
Neuvillette fixa l'inscription.
— Quel est son nom ?
La Gardienne répondit d'une voix presque inaudible :
— Elyas.
À cet instant, le sol trembla.
Une voix masculine résonna dans toute la pièce.
— Petit frère...
Neuvillette leva les yeux.
— Tu m'as enfin retrouvé.
Un rire froid traversa les murs.
Puis la Lune Rouge disparut du ciel.
La pièce plongea dans l'obscurité.
Et lorsqu'une lumière revint...
La Gardienne avait disparu.
Luna aussi.
Neuvillette était seul.
Devant lui se tenait un miroir.
Son reflet ne bougeait pas.
Puis le reflet sourit.
— Bonjour, Neuvillette.
Il s'approcha de la surface du miroir.
— Ou devrais-je dire...
Ses yeux devinrent rouges.
— Prince Neuvil.