Chapitre 3
Chapitre 3 — Les yeux dans l'obscurité
La porte s'ouvrit lentement.
Un courant d'air glacé traversa le bureau.
Neuvillette ne bougea pas.
Devant lui, dans le couloir plongé dans les ténèbres, des dizaines d'yeux rouges fixaient silencieusement la pièce.
Luna serra son bras.
— Ne regarde pas leurs yeux.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils peuvent entrer dans ton esprit.
Neuvillette détourna immédiatement le regard.
Trop tard.
Un des vampires sourit.
— Il est bien plus intelligent que la dernière fois.
Neuvillette reconnut la voix.
Vladis.
— Vous voulez quoi ? demanda-t-il.
Un rire froid résonna dans le couloir.
— Pas nous.
Vladis avança lentement.
— Lui.
Tous les vampires s'inclinèrent soudain.
Neuvillette sentit une étrange pression dans la pièce.
Puis une voix profonde retentit derrière eux.
— Assez.
Tous les vampires se figèrent.
Luna devint blanche.
— Non...
Une silhouette apparut au bout du couloir.
Un homme vêtu d'un long manteau noir avançait lentement.
Ses cheveux argentés étaient presque blancs.
Ses yeux rouges semblaient absorber toute la lumière autour de lui.
Neuvillette ressentit immédiatement quelque chose d'étrangement familier.
L'homme s'arrêta à quelques mètres de lui.
— Neuvillette.
Le jeune juge soutint son regard.
— Vous êtes Aurelius.
L'homme sourit.
— Enfin.
Luna se plaça devant Neuvillette.
— Tu n'auras pas son sang.
Aurelius ne la regarda même pas.
— Je ne suis pas venu prendre son sang.
Il fixa Neuvillette.
— Je suis venu récupérer mon fils.
Le silence devint pesant.
Neuvillette sentit son cœur accélérer.
— Je ne suis pas votre fils.
Aurelius inclina légèrement la tête.
— Tu le crois vraiment ?
Il leva la main.
Une image apparut dans l'air.
Un château.
Une femme aux cheveux blancs tenait un nouveau-né.
À côté d'elle se trouvait Aurelius.
Puis une troisième personne apparut.
Une femme âgée.
Elle prononça quelques mots :
— Le jour où l'enfant aura seize ans, ses souvenirs reviendront.
L'image disparut.
Neuvillette resta silencieux.
Il regarda ses mains.
Depuis quelques minutes, des marques bleutées apparaissaient sur sa peau.
Une étrange lumière circulait sous ses veines.
Luna recula.
— Ça commence...
— Qu'est-ce qui commence ?
Elle ne répondit pas.
Aurelius, lui, souriait.
— Ton éveil.
Neuvillette leva les yeux.
— Quel éveil ?
Aurelius répondit calmement :
— Tu n'es pas un vampire ordinaire.
Il s'approcha.
— Tu es le dernier descendant de la Lignée de la Lune.
Neuvillette fronça les sourcils.
— Et cela signifie quoi ?
— Que les vampires ne sont pas tes ennemis.
Aurelius marqua une pause.
— Ils sont ta famille.
Soudain, une douleur atroce traversa la poitrine de Neuvillette.
Il tomba à genoux.
Luna cria :
— Neuvillette !
Le sol se fissura sous lui.
Une lumière bleue éclata autour de son corps.
Les vampires reculèrent.
Même Aurelius semblait surpris.
— Impossible...
Les yeux de Neuvillette changèrent.
Ses pupilles devinrent verticales.
Une larme rouge coula sur sa joue.
Il entendit alors une voix dans sa tête.
Une voix douce.
Une voix de femme.
« Ne leur fais jamais confiance. »
Puis une autre voix, beaucoup plus ancienne :
« Souviens-toi de ton véritable nom. »
Neuvillette porta une main à sa tête.
— Mon... véritable nom ?
Une image apparut.
Un enfant devant un miroir.
Une femme lui souriait.
Et elle disait :
— Tu t'appelleras Neuvillette.
Mais derrière elle, quelqu'un murmurait :
— Non. Son vrai nom est...
L'image se brisa.
Neuvillette ouvrit les yeux.
Tout le monde le regardait.
Aurelius avait perdu son sourire.
— Tu t'en souviens ?
Neuvillette se releva lentement.
— Pas encore.
Il essuya la larme rouge sur son visage.
Puis il fixa Aurelius.
— Mais je vais découvrir la vérité.
Un silence.
Aurelius sourit de nouveau.
— Voilà pourquoi je t'ai attendu pendant trois cents ans.
Il se retourna.
— Partons.
Les vampires commencèrent à disparaître dans l'obscurité.
Luna regarda Neuvillette.
— Il ne faut surtout pas les suivre.
Neuvillette observa la porte.
— Pourquoi ?
— Parce que le château d'Aurelius n'est pas un endroit où les humains peuvent entrer.
— Je ne suis pas humain.
Luna resta silencieuse.
Neuvillette se tourna vers elle.
— Tu le savais déjà, n'est-ce pas ?
Elle baissa les yeux.
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
Luna hésita.
— Depuis que je t'ai rencontré.
Neuvillette s'approcha.
— Alors demain, tu vas tout me raconter.
Luna releva les yeux.
— Tout ?
— Tout.
Il prit le dossier interdit, désormais presque entièrement consumé.
Sur la dernière page, une phrase était encore lisible.
Neuvillette la lut à voix haute :
« Lorsque l'héritier découvrira son véritable nom, la Lune Rouge se lèvera une dernière fois. »
À cet instant, une cloche sonna au loin.
Une fois.
Puis deux.
Puis trois.
Luna regarda par la fenêtre.
La lune commençait déjà à changer de couleur.
— Neuvillette...
— Quoi ?
Elle murmura :
— La Lune Rouge devait apparaître dans trois jours.
Neuvillette regarda le ciel.
La lune devenait lentement écarlate.
— Alors quelqu'un a avancé la date.
Dans l'obscurité, une silhouette observait le tribunal depuis le toit.
Deux yeux rouges brillèrent.
Et une voix murmura :
— Le jeu commence plus tôt que prévu.