Chapitre 5
En marchant dans la rue, Max se sentait étrangement d'attaque. La vie dans laquelle il s'apprêtait à entrer était nouvelle, et en tant qu'adulte, il devait en tirer le meilleur parti. Il n'allait plus demander l'aumône à qui que ce soit, ni dépendre d'organisations tierces pour sa propre survie.
— Récupérons d'abord mes papiers, ensuite, j'aurai beaucoup de choses à planifier.
Entrer dans le bâtiment et récupérer sa pièce d'identité se fit sans encombre, car Patrick voulait qu'il parte le plus tôt possible. Patrick commençait toujours ce manège dès qu'une personne sous sa responsabilité atteignait ses dix-sept ans, afin de pouvoir obtenir un nouvel orphelin à charge le plus vite possible.
Je pensais être en sécurité si je travaillais bien à l'école et si j'entrais dans une bonne université, mais avec lui, rien ne change.
Sa carte en main, Max se dirigea vers la gare. Ce n'était pas loin, mais il lui faudrait environ une demi-heure pour y arriver. L'obsession de Patrick pour les nouveaux orphelins venait de la prime qu'il recevait chaque fois qu'il en acceptait un sous son toit.
Ses magouilles ont fini par m'arranger. Passons par les toilettes pour sortir un billet de 100 € pour le train.
Il gardait chaque euro dans son sac à dos élimé ; bien qu'il paraisse très vieux de l'extérieur, il était encore très solide, assez pour que Max puisse lui accorder une confiance totale.
Après avoir glissé 100 € dans son portefeuille, il se rendit au guichet. Depuis la mort de ses parents adoptifs, c'était la première fois qu'il remettait les pieds dans cette gare. Elle lui semblait plus grande que dans ses souvenirs, et il y avait du monde partout.
— Voyons voir, je dois aller à Munich. Y a-t-il des trains bientôt ?
— Bientôt ? Désolé monsieur, le Regional Express vient de partir. Il faudra attendre 40 minutes pour le prochain. Si c’est urgent, je vous suggère de prendre cet escalator vers le premier étage, un ICE sera là dans 5 minutes.
L'homme d'âge mûr derrière le guichet tenta avec un sourire de guider Max vers une autre section de trains, mais après avoir détaillé les vêtements de Max, il regretta ses paroles. L'Intercity Express était rapide et coûteux ; Max n'avait pas l'air d'avoir les moyens de se payer un tel billet.
— Merci.
Max ne laissa pas ce regard de jugement le perturber. Remerciant l'employé, il courut à l'étage supérieur. Son esprit était focalisé sur une seule chose : quitter cette ville le plus vite possible.
Ses yeux se posèrent sur un guichet bleu et argenté. Ce comptoir était plus "premium" que celui du bas, et à l'intérieur siégeait une femme élégante. Max ressentit instantanément la supériorité de cette section.
— Je voudrais aller à Munich. Reste-t-il des billets ?
— Oui. Si vous voulez le train qui arrive actuellement, il ne reste que de la première classe.
— La première classe ?
Le cœur de Max s'emballa un peu. Il n'était pas sûr d'être déjà prêt pour la première classe. Cela risquait de coûter des centaines d'euros. Il les avait, certes, mais il n'était pas convaincu de vouloir gaspiller son argent ainsi.
— Oui, 68 € pour un aller simple. Espèces ou carte ?
La femme ne prit même pas la peine de regarder Max, elle tapait frénétiquement sur son ordinateur. Max devinait qu'elle remplissait les détails à la hâte avant de confirmer avec le paiement.
— Espèces. Tenez.
Max préférait utiliser du liquide car il avait déjà prévu cette somme pour ses dépenses. En tendant le billet de 100 €, il récupéra instantanément 32 € de monnaie ainsi que son billet. Elle semblait pressée.
— Vite, prenez ces escaliers et descendez. Le train est déjà là. Ne paniquez pas, il reste encore du temps avant le départ. Avec ce billet, vous avez le Wi-Fi et les boissons gratuits. Bonne chance.
Bien qu'elle lui ait dit de ne pas paniquer, elle-même semblait très nerveuse. Elle avait vendu un billet au dernier moment ; si Max le ratait, ce serait de sa faute. Max l'ignorait, mais en entendant sa voix criarde, il allongea le pas.
Lorsqu'il atteignit le quai, ce qui l'attendait le sidéra : un train argenté, au look ultra-moderne. Contrairement à tout ce qu'il avait pris par le passé, celui-ci avait une allure extraordinaire.
Dépêchons-nous, ma voiture est la n°3 et mon siège le n°7. C’est là-bas.
La voiture numéro trois était juste devant lui, il sauta donc à l'intérieur. Il y avait un petit composteur automatique à l'entrée, qui ne mit même pas une seconde à valider son titre.
C’est plutôt bon marché, je pensais que ça me coûterait une fortune. Maintenant le 7, 7... ah, le voilà.
Trouver sa place ne fut pas difficile, le wagon était presque vide. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi les employés s'étaient mis dans un tel état.
Alors qu'il allait atteindre son siège, il s'immobilisa. Quelqu'un y était déjà assis. Quelqu'un qu'il connaissait. Il se demanda si cela pouvait encore être une simple coïncidence. Max était quelqu'un qui aimait suivre les consignes et jouer selon les règles.
Bien que les sièges soient pour la plupart vides, je pense que je serai plus à l'aise à la place qui m'a été assignée. Soupir... Allez.
Cela le perturberait pendant tout le trajet s'il ne signalait pas la situation à la personne occupant sa place. Il réfléchit à trois reprises avant de s'approcher d'elle.
— Blanka, je crois que tu es à ma place.
— Max ? Oh, le train est plutôt vide, assieds-toi où tu veux.
Je... Je suis à l'aise à la place qui m'est assignée.
Il détestait ce genre de personnes, il détestait ce comportement désinvolte envers les règles.
Bien qu'il sourie, il n'avait qu'une envie : la prendre par la main et récupérer son siège. Mais après quelques profondes inspirations, il s'assit dans la rangée opposée sur un siège individuel. Il ne voulait pas être dérangé, mais ce qui l'agaçait un peu était la quantité de bagages qu'elle transportait.
Trois énormes valises ? Les riches ont la vie facile.
Secouant la tête, il détourna les yeux. Cela l'enrageait de la voir siroter son café si calmement, comme si elle n'était pas du tout assise au mauvais endroit. Elle le faisait passer pour celui qui avait eu tort d'aborder le sujet.
— Hé, je peux m'asseoir ici ?
Un garçon d'environ leur âge venait de monter dans le train. Dès qu'il entra, ses yeux se posèrent sur Blanka. Voyant une si belle fille assise seule, il se sentit obligé de s'asseoir avec elle pour lui tenir compagnie.
— E... Euh, oui ?
Blanka fronça légèrement les sourcils d'agacement. Elle n'aimait pas être dérangée lorsqu'elle savourait son café en profitant du soleil. Elle n'avait même pas pris la peine de discuter clairement avec Max, mais voilà qu'un autre décidait de l'importuner.