Chapitre 90
Chapitre 90 : Chapitre
« Je ne sais pas contre qui je devrais être le plus en colère : contre toi ou contre ces idiots qui ne t’ont pas empêchée de partir. À quoi diable pensais-tu en fonçant dans un endroit infesté de monstres ? Tu ne te souviens pas que je t’ai dit de ne pas te mettre en danger ? »
« M-Mais je ne pouvais pas être la s-seule au château à ne rien… »
« Tu aurais dû rester au château ! »
La poitrine de Riftan se soulevait et s’abaissait au rythme de sa respiration saccadée.
« Pourquoi crois-tu que je travaille comme un chien, jour et nuit ? Pourquoi crois-tu que je fortifie le village et ce châ… »
Il s’interrompit, la mâchoire serrée en voyant le visage livide de Maxi. Ses épaules tremblèrent tandis qu’il s’efforçait de maîtriser sa colère.
« Ne songe même pas à quitter ces appartements aujourd’hui », cracha-t-il d’une voix étranglée.
Puis il fit volte-face, ramassa une robe sur le sol et sortit de la pièce d’un pas décidé.
Maxi fixa la porte qui se refermait derrière lui, l’esprit embrumé. Riftan avait beau avoir toujours été emporté et bourru, elle ne l’avait encore jamais vu dans un tel état.
Était-ce elle qui l’avait bouleversé à ce point ? Son visage s’assombrit d’inquiétude. C’était la deuxième fois qu’il se mettait dans cet état parce qu’elle s’était évanouie. Il devait en avoir assez d’elle, désormais. Elle tenta de se calmer, mais son cœur battait encore à tout rompre lorsqu’on frappa à la porte.
« Ma dame, j’ai apporté un repas et des vêtements de rechange. Puis-je entrer ? »
« O-Oui, entrez. »
Ludis entra dans la pièce, un grand plateau entre les mains.
« De la soupe aux herbes, ma dame. Comment vous sentez-vous ? »
Maxi se força à sourire en voyant l’inquiétude dans les yeux de la servante. « J-Je vais bien. J’étais simplement… épuisée hier… parce que j’ai utilisé trop de magie. »
« Vous aviez l’air très mal en point hier, ma dame, et vous ne vous réveilliez pas… »
En posant le plateau sur la table de chevet, Ludis prit un air prudent et choisit soigneusement ses mots. « Monseigneur était très inquiet. Il m’a expressément demandé de bien prendre soin de vous aujourd’hui. »
Maxi rougit, mais ses épaules s’affaissèrent de soulagement. Ainsi, il n’était pas encore déçu d’elle.
« Où… monseigneur se rendait-il ? I-Il a à peine pu se reposer cette nuit… parce qu’il s’est occupé de moi… Est-il reparti du ch-château ? »
« Je crois qu’il se rendait au terrain d’entraînement, ma dame », répondit aimablement Ludis en disposant les vêtements propres sur le lit. « Vous sentez-vous assez reposée pour vous lever ? Laissez-moi vous aider à vous habiller. »
Une fois vêtue de frais habits avec l’aide de Ludis, Maxi se rassit sur le lit et se mit à manger la soupe claire. Pendant ce temps, Ludis alluma la cheminée et fit bouillir de l’eau pour le thé. Maxi jeta quelques regards à la servante tandis qu’elle s’affairait, puis l’interrogea sur les événements de la veille. ƒ𝔯𝗲𝗲𝙬𝒆𝚋𝐧oѵℯl.𝒄𝑜m
« Savez-vous… ce qui est arrivé… aux autres ? »
« Aux autres, ma dame ? »
« Beaucoup ont été b-blessés hier… puis un monstre est apparu tout à coup… et tout est devenu chaotique… »
La voix de Maxi vacilla tandis qu’elle se rappelait comment le monstre avait balayé des hommes comme des fétus de paille d’un battement d’ailes.
« Je ne connais pas les détails… mais je peux aller me renseigner si vous le souhaitez, ma dame », répondit prudemment Ludis en voyant Maxi pâlir.
« V-Vous le feriez ? »
Ludis lui adressa un doux sourire et hocha la tête. « Reposez-vous ici pendant que je vais m’informer, ma dame. Monseigneur a été très clair : vous ne devez pas quitter vos appartements aujourd’hui. »
Maxi hocha docilement la tête. Même s’il ne le lui avait pas interdit, elle n’était pas sûre d’avoir la force de sortir de cette pièce. Ludis retira la bouilloire de la cheminée et la posa sur le plateau avant de partir. Maxi reposa bientôt son bol de soupe sur la table de chevet et s’allongea. Elle se reposa un moment, puis entendit frapper de nouveau à la porte, avant que la voix de Ludis ne retentisse.
« Ma dame, Son Altesse souhaite vous voir. Pouvons-nous entrer ? »
« D-Donnez-moi un instant ! »
Surprise, Maxi bondit sur ses pieds, mais une vague de vertige la fit retomber sur le lit.
La fine robe de lin qu’elle portait était loin de convenir pour recevoir la princesse du royaume, mais cela ne signifiait pas qu’elle pouvait éconduire une princesse venue en personne jusqu’à ses appartements. Maxi se hâta vers le miroir. Elle brossa ses cheveux, gonflés en un nuage roux, puis posa une serviette humide sur ses yeux gonflés.
Le résultat était à peine visible, mais Maxi se réjouit au moins que ses cheveux ne soient plus aussi ébouriffés. Elle retourna au lit.
« V-Veuillez faire entrer Son Altesse. »
La princesse Agnes entra dans la pièce, rayonnante. Elle portait une robe d’une élégance inhabituelle, qui mettait ses courbes en valeur, et ses longs cheveux dorés étaient tressés dans son dos. Sa jupe turquoise flottait tandis qu’elle s’approchait du lit de Maxi.
« Comment vous sentez-vous, Maximilian ? »
« J-Je vais bien, Votre Altesse. Je vous prie de m’excuser… de vous recevoir dans cet état. »
« Ne vous embarrassez pas de formalités sans importance. C’est à moi de m’excuser de venir vous voir sans prévenir. Je sais que ce n’est pas très heureux, mais j’ai entendu Ludis interroger les sentinelles sur ce qui s’était passé hier. Je tenais à vous l’expliquer moi-même. »
Elle prit le siège que Ludis lui avait apporté et adressa à Maxi un léger sourire.
« Et je souhaitais aussi vous présenter mes excuses. »
« Vous excuser ? »
« Hier, notre plan consistait à rassembler les wyvernes dans la vallée pour les éliminer une par une. Je devais dresser une barrière pour les empêcher de s’échapper, pendant que les chevaliers les attiraient d’un côté. Mais la barrière a cédé en un point… »
La princesse soupira, visiblement contrariée, et repoussa une mèche qui lui était tombée sur le front.
« C’est ainsi qu’une wyverne a pu s’enfuir. Le camp a été ravagé, et vous auriez pu être grièvement blessée, tout cela à cause d’un instant d’inattention de ma part. Je vous prie de m’excuser sincèrement. »
Maxi fut déconcertée par la franchise avec laquelle la princesse reconnaissait son erreur. Après tout, elle était alors la personne de plus haut rang dans ce château ; elle n’avait pas à présenter ses excuses à qui que ce soit. À vrai dire, elle n’avait même pas à se sentir responsable.
Maxi agita les mains. « V-Vous n’avez pas à vous excuser, V-Votre Altesse… Vous… vous êtes battue pour aider Anatol, a-alors que rien ne vous y obligeait. Si vous ne nous aviez pas… aidés hier… »
« Je ne vous ai pas aidés sans rien recevoir en échange, Maximilian », avoua la princesse avec un sourire contrit. « Nous avons tué vingt-trois wyvernes hier, et j’ai pu obtenir vingt-trois pierres magiques, ainsi qu’une montagne d’os et de peaux… c’est beaucoup trop, compte tenu de ma maigre contribution. »
Maxi détourna nerveusement les yeux. Elle ignorait la valeur exacte de la compensation reçue par la princesse, mais était certaine qu’elle était exorbitante.
La princesse haussa les épaules, l’air gêné. « Mais après l’erreur que j’ai commise hier, ma conscience ne me permet pas de garder tout le butin comme convenu. Je vais donc devoir en reparler avec Riftan. »
« Y-Y a-t-il eu beaucoup de victimes ? Qu’est-il arrivé… aux gens… du camp ? »
Quoi qu’il en soit, Maxi se moquait de ce que la princesse ferait du butin. Elle voulait seulement savoir ce qu’étaient devenues les personnes qu’elle s’était donné tant de mal à soigner.
La princesse, qui observait le visage anxieux de Maxi, resta silencieuse un instant, comme si elle choisissait soigneusement ses mots. Lorsqu’elle prit enfin la parole, sa voix était calme.
…
« Six personnes ont été grièvement blessées, mais elles ont survécu parce qu’elles ont pu être soignées à temps. Les autres s’en sont tirées avec des blessures légères. Cependant… deux ouvriers écrasés sous la wyverne n’ont pas pu être sauvés. Ils étaient déjà morts à la fin du raid. »
Maxi blêmit sous le choc. Savoir que des gens qui se trouvaient au même endroit qu’elle, au même moment, avaient perdu la vie lui glaça le sang. Faisaient-ils partie de ceux qu’elle avait soignés ?
Elle baissa les yeux et murmura : « J-Je suppose… que tout ce que j’ai fait n’a servi à rien. »
« Quelle absurdité. »
Des doigts chauds effleurèrent sa main glacée, et Maxi tressaillit de surprise. La princesse lui prit la main et la dévisagea de son regard franc si caractéristique. 𝑓𝑟eℯ𝒘𝗲𝑏no𝐦
« Les gens que vous avez soignés font partie de ceux qui ont pu fuir la wyverne à temps. Il vous a fallu beaucoup de courage. »
« V-Vous me surestimez… J’étais loin d’être la seule à… apporter mon aide, et je… n’ai fait que ce qu’on attendait de moi… en tant que dame du château », marmonna amèrement Maxi en gardant les yeux baissés. « M-Mais je ne crois pas… que Riftan apprécie ce que j’ai fait. »
« Oh, c’était bien pire que ça. Il était presque fou quand il vous a trouvée inconsciente. Bon sang, je n’aurais jamais cru voir notre intrépide Mago si rongé par l’inquiétude ! »
La joie manifeste de la princesse irrita légèrement Maxi. Riftan avait peut-être raison : la princesse cherchait simplement à le faire sortir de ses gonds.
« Riftan… s’inquiétait simplement pour moi », marmonna Maxi, un peu indignée. « C-C’est un homme bon… alors il s’inquiète pour moi… puisque j’ai toujours été fragile. »
Pour une raison inconnue, la princesse éclata de rire à ces mots.
…
« C’est vrai », dit-elle en reprenant son souffle et en essuyant les larmes de ses yeux. « C’est un homme très bon, en effet. »
Maxi resta perplexe un instant, puis se fâcha lorsqu’elle comprit qu’on se moquait d’elle.
Voyant le visage de Maxi se durcir, la princesse perdit son sourire. « Ce que je voulais dire, c’est que… ce que vous avez fait était admirable, Maximilian. Ne faites pas attention au comportement de Riftan. Je suis sûre qu’il sera fier d’avoir une épouse aussi brave et fiable, dès qu’il aura retrouvé ses esprits. »
Au vu de la réaction de Riftan, Maxi n’en était pas convaincue, mais choisit de ne pas contredire la princesse.
« Merci… de me le dire, Votre Altesse. »
« Je le pense vraiment. J’ai entendu dire que vous aviez commencé à apprendre la magie de guérison pour pouvoir aider dans des situations comme celle d’hier. Peu de dames le feraient, vous savez. »
Gênée, Maxi sentit ses joues s’empourprer vivement. La raison pour laquelle elle avait appris la magie n’était pas aussi noble que la princesse le prétendait ; elle avait simplement voulu se rendre utile à Riftan, au cas où il l’abandonnerait.
« Je n’apprends que depuis l’hiver dernier… a-alors mes compétences… sont très limitées », répondit maladroitement Maxi en évitant le regard de la princesse.
« Vous avez soigné sept hommes grièvement blessés hier. C’est remarquable pour une débutante », fit remarquer la princesse en haussant les épaules. « Vous avez peut-être un grand talent pour la magie de guérison. »