Chapitre 68
Chapitre 68 : Chapitre fđeđđđđđđŃ”
JâhĂ©sitais Ă sortir, mais je suis contente de lâavoir fait.
Maxi avait Ă©tĂ© si occupĂ©e Ă Ă©tudier ses livres quâelle nâavait mĂȘme pas eu le temps de sâentraĂźner Ă monter Rem. Elle se dirigea lentement vers le jardin arriĂšre.
CâĂ©tait lâheure oĂč lâon entendait dâordinaire les Ă©cuyers marcher au pas cadencĂ©, mais aucun bruit ne lui parvint. Eux aussi avaient dĂ» partir participer Ă lâentraĂźnement de cavalerie. Elle fut soulagĂ©e de pouvoir sâexercer en paix.
Est-ce que ça va marcher, cette fois ?
Elle sâinstalla dans un coin ensoleillĂ© et fouilla dans sa poche Ă la recherche de la pierre magique. Sous les rayons Ă©clatants du soleil, sa surface paraissait presque transparente. AprĂšs lâavoir retournĂ©e plusieurs fois dans sa main, Maxi la serra fort.
Elle ferma les yeux et attendit que la surface de la pierre chauffe. Mais, comme elle le craignait, rien ne se produisit. AprĂšs plusieurs autres tentatives infructueuses, elle leva les yeux vers le ciel et soupira.
Peut-ĂȘtre que je nâai finalement aucun talentâŠ
Ruth sâĂ©tait peut-ĂȘtre trompĂ© en pensant quâelle avait le potentiel nĂ©cessaire pour devenir mage. FrustrĂ©e, elle donna un coup de pied dans la terre. Les longues heures passĂ©es le nez plongĂ© dans ces livres incomprĂ©hensibles nâavaient servi Ă rien. DĂ©sespĂ©rĂ©e par son inaptitude, elle leva la main pour jeter la pierre au sol, mais se retint au dernier moment. AccablĂ©e, elle sâaccroupit.
Au loin, elle entendait les forgerons marteler leurs enclumes et les bĂ»cherons fendre du bois. Elle enfouit la tĂȘte entre ses genoux, avec lâimpression dâĂȘtre le seul ĂȘtre immobile de ce chĂąteau.
Soudain, une voix sĂšche retentit derriĂšre elle.
« Que fais-tu ici toute seule ? »
Surprise, elle se retourna et vit Riftan Ă quelques pas derriĂšre elle. Il portait encore son armure ; il venait sans doute de terminer son entraĂźnement. Elle cligna des yeux, se demandant comment il avait pu sâapprocher sans quâelle lâentende, tout harnachĂ© quâil Ă©tait. Riftan sâavança vers elle.
« Tu ne te sens pas bien ? »
« N-Non. J-Je me r-reposais, câest tout. »
Embarrassée, Maxi se releva à la hùte. Riftan fronça les sourcils.
« Quand je suis passĂ© dans la grande salle, un serviteur mâa dit que tu Ă©tais sortie sans accompagnatrice. Pourquoi es-tu ici sans Ludis ? »
« J-Je voulais p-prendre lâair⊠»
Ce nâĂ©tait quâĂ moitiĂ© vrai. Elle Ă©tait presque certaine quâil se mettrait encore plus en colĂšre si elle lui disait quâelle sâexerçait Ă la magie. Le visage de Riftan se durcit.
« Tu es peut-ĂȘtre Ă lâintĂ©rieur des remparts, mais ça ne veut pas dire que tu ne risques rien. » Sa voix monta. « Et sâil tâarrivait quelque chose dans cet endroit isolé⊠»
Il sâinterrompit en voyant Maxi se recroqueviller. Il eut lâair inquiet.
« Il y a des centaines de personnes dans ce chùteau, et certaines ont de mauvaises intentions. La dame du chùteau ne devrait pas se promener seule dans des endroits pareils ! »
« J-Je suis désolée⊠»
Maxi ne put rien rĂ©pondre. Il avait raison. Les lĂšvres de Riftan, qui formaient une ligne sĂ©vĂšre, sâadoucirent lorsquâelle sâexcusa. Il repoussa ses cheveux Ă©bouriffĂ©s par le vent, puis lui saisit le bras.
« Câest juste que tu mâinquiĂštes. »
Sur ces mots, il prit la tĂȘte et Maxi le suivit comme un chiot penaud. Dâordinaire, il essayait de marcher Ă son rythme, mais cette fois, il avait quelques pas dâavance. Elle Ă©tait si occupĂ©e Ă jeter des regards en biais Ă son profil fermĂ© pour deviner sâil Ă©tait encore fĂąchĂ© quâil lui fallut un moment pour comprendre quâil lâĂ©loignait de la grande salle.
« N-Nous ne r-rentrons pas au c-chùteau ? »
« Tu as dit que tu Ă©tais sortie prendre lâair », rĂ©pondit-il sĂšchement en la conduisant vers les Ă©curies. « Je tâai dit que je tâemmĂšnerais au lac quand il ferait plus chaud. Eh bien, il y a du soleil aujourdâhui. Allons faire une promenade Ă cheval. »
Maxi sâillumina, mais son sourire sâeffaça lorsquâelle posa de nouveau les yeux sur son armure.
« J-Jâai entendu d-dire que votre e-entraĂźnement avait Ă©tĂ© Ă©prouvant aujourdâhui. N-Ne devriez-vous pas vous reposer ? »
« On dirait que tu nâas pas encore compris Ă quel point mon endurance est sans limites. Je pourrais marcher trois jours dâaffilĂ©e sans me reposer et mâen porter parfaitement bien. »
Riftan secoua la tĂȘte en entrant dans les Ă©curies. Maxi rougit en repensant Ă lâardeur inlassable dont il avait fait preuve jusque tard dans la nuit. Son endurance Ă©tait effectivement extraordinaire. Elle sâĂ©venta le visage des mains et le suivit. Ă lâintĂ©rieur, les serviteurs cessĂšrent de balayer pour les saluer.
« Monseigneur, madame. »
Riftan leur fit signe de la main, puis se dirigea droit vers le box de Talon pour seller son cheval. Maxi sâapprocha de celui de Rem. La jument passait la tĂȘte par-dessus la porte et, en voyant Maxi arriver, se mit Ă gratter le sol avec excitation. Maxi lui caressa lâencolure, lâair dĂ©solĂ©.
« Comment vas-tu, Rem ? »
Rem souffla bruyamment et lui frotta le museau contre lâĂ©paule. Maxi rit et caressa doucement sa criniĂšre Ă©paisse. Qenal, qui venait dâentrer avec une brassĂ©e de fourrage sur les Ă©paules, sâapprocha aussitĂŽt dâelle en la voyant.
« Bonjour, madame. Vous partez Ă cheval avec monseigneur aujourdâhui ? »
« N-Nous comptons aller au l-lac. »
En la voyant hocher la tĂȘte, le maĂźtre des Ă©curies sâempressa de seller Rem pour elle. Maxi prit les rĂȘnes et conduisit la jument dehors. Riftan, qui lâattendait Ă lâextĂ©rieur avec Talon, lâaida Ă monter.
« Ne va pas trop vite. Le vent est froid, aujourdâhui. »
Sur ces mots, il bondit sur Talon et partit en direction de la porte arriĂšre. Maxi le suivit sans tarder, le visage plein dâimpatience. Son cĆur sâemballa au souvenir de leur chevauchĂ©e dans les prĂ©s. Soudain, son abattement sâĂ©vanouit et elle poursuivit sa route, le cĆur lĂ©ger.
« O-OĂč se trouve le lac ? »
« Au bout de ce chemin, un peu Ă lâouest dâici. »
Riftan dĂ©signa le sentier sinueux qui traversait la forĂȘt. BordĂ© dâarbres nus, mais serrĂ©s les uns contre les autres, il ne semblait pas facile Ă emprunter Ă cheval.
AprĂšs une brĂšve hĂ©sitation, Maxi guida prudemment Rem sur le chemin rocailleux et tortueux. Des branches entremĂȘlĂ©es les entouraient. Pourtant, elle parvint Ă garder son Ă©quilibre en selle ; ses sĂ©ances dâentraĂźnement avaient portĂ© leurs fruits. En remarquant son adresse, Riftan esquissa un sourire.
« Tu es bien plus gracieuse quâavant. »
« J-Je me suis e-entraĂźnĂ©e dĂšs que jâen avais lâoccasion. »
« Bien. »
Maxi rougit, comme une enfant quâon venait de fĂ©liciter. Riftan se retourna plusieurs fois pour la regarder. Quand il fut certain quâelle suivait, il accĂ©lĂ©ra lĂ©gĂšrement. Maxi le talonna de prĂšs tandis quâils galopaient sur le sentier sinueux.
Le chemin sâĂ©largit Ă mesure quâils avançaient et, bientĂŽt, un lac argentĂ© Ă©tincelant apparut. En regardant en contrebas, au pied de la colline, Maxi poussa un cri de surprise. Le ciel bleu Ă©clatant et les sommets rouille des montagnes se reflĂ©taient avec Ă©clat Ă la surface du lac circulaire, lisse comme un miroir.
Des pins bordaient le lac, serrĂ©s les uns contre les autres comme des lances formant une clĂŽture. Leurs branches denses ployaient sous lâĂ©pais feuillage vert sombre. Maxi sourit. Cela faisait longtemps quâelle nâavait pas vu tant de verdure. Entre les arbres touffus, elle apercevait des oiseaux dâhiver et des bĂȘtes sauvages qui buvaient lâeau du lac.
Quand Riftan sâapprocha du lac Ă cheval, un cerf qui avait passĂ© la tĂȘte hors dâun buisson sâenfuit Ă toute allure. EffrayĂ©s par le bruit, les oiseaux sâenvolĂšrent et, lâespace dâun instant, la forĂȘt fut en Ă©moi.
« Je pensais que le lac serait gelé, mais je me trompais. »
Riftan effleura les flancs de Talon du talon et le conduisit jusquâau bord de lâeau. Maxi le suivit.
âŠ
« L-Les grands lacs peuvent-ils g-geler ? »
« Dans le nord, des lacs encore plus grands que celui-ci gÚlent entiÚrement en hiver, et les gens marchent dessus. »
Maxi ouvrit de grands yeux, incrĂ©dule. Elle nâavait vu que de minces couches de glace se former dans des seaux dâeau laissĂ©s dehors en hiver. Elle avait du mal Ă imaginer quâune Ă©tendue dâeau aussi vaste puisse geler. Elle regarda Riftan avec mĂ©fiance, Ă moitiĂ© convaincue quâil se moquait de sa naĂŻvetĂ©.
« C-Comment est-ce p-possible ? E-Et si la glace se f-fendait et que vous t-tombiez dedans ? »
« Il arrive que des gens se noient. »
Il avait lâair aussi indiffĂ©rent que sâil parlait de la mĂ©tĂ©o. Maxi fronça les sourcils et secoua la tĂȘte, incrĂ©dule.
« M-Mais alors, pourquoi les gens m-marchent-ils sur la glace ? »
« Câest parfaitement sĂ»r si la glace est assez Ă©paisse. Les hivers sont plus rudes dans le nord, alors Ă moins que des monstres colossaux comme des hydres se cachent sous lâeau, il y a peu de risques que la glace cĂšde. »
Maxi Ă©carquilla les yeux. Riftan parlait comme sâil avait vĂ©cu cela lui-mĂȘme.
« V-Vous avez déjà t-traversé un lac ? »
« Pas un lac, mais quelque chose de semblable. Quand jâĂ©tais mercenaire, jâai participĂ© Ă une expĂ©dition contre des monstres Ă Balto et jâai dĂ» traverser un immense glacier pendant trois jours pour franchir les hauts plateaux de Tranoa. »
âŠ
« U-Un glacier ? »
« Les glaciers sont des blocs de glace plus grands que cette montagne, là -bas. »
Maxi Ă©tait Ă©bahie par ces rĂ©vĂ©lations. Combien de choses stupĂ©fiantes Riftan avait-il vĂ©cues en vingt-huit ans ? Non seulement il avait vaincu le Dragon Rouge, le monstre le plus puissant et le plus fĂ©roce du continent, mais il avait mĂȘme traversĂ© une montagne de glaceâŠ
Elle, en revanche, nâavait jamais quittĂ© le chĂąteau de son pĂšre ni Anatol, et elle se sentait dĂ©passĂ©e par la gestion du chĂąteau et lâĂ©tude des rudiments de la magie. Les exploits de Riftan la remplissaient dâĂ©merveillement. Comme le monde devait lui paraĂźtre magnifique et plein de vie ! Il semblait appartenir Ă une tout autre espĂšce quâelle.
« A-Avez-vous v-visité les sept r-royaumes ? »
« Je ne suis allĂ© ni Ă Arex ni Ă Sykan. Peu aprĂšs ĂȘtre devenu mercenaire, je suis parti vivre Ă Livadon pendant environ deux ans. Mais en acceptant les expĂ©ditions et les batailles quâon me confiait, jâai fini par monter jusquâĂ Balto⊠On y gagnait bien sa vie, mais lâendroit Ă©tait pratiquement inhabitable pour les humains. Alors jâai dĂ©cidĂ© de redescendre vers Osiriya. Je suis restĂ© environ trois mois dans la capitale osiriyane pour participer Ă un tournoi de combat Ă lâĂ©pĂ©e organisĂ© par lâĂglise centrale. Câest lĂ quâon mâa proposĂ© de rejoindre les Chevaliers du Dragon rouge. »
Riftan pencha la tĂȘte, plongĂ© dans ses souvenirs, puis poursuivit :
« AprĂšs ĂȘtre retournĂ© Ă Wedon et devenu chevalier, jâai passĂ© lâessentiel de mon temps Ă Anatol et Ă Dristan. »