Chapitre 21
Chapitre 21 : Chapitre
Maxi se promenait dans le couloir en jetant des regards par les fenêtres lorsqu’une voix enjouée s’adressa à elle.
« Vous voilà prête, madame. J’allais justement vous escorter jusqu’à la salle à manger. »
Elle se retourna et aperçut Rodrigo, élégamment vêtu, qui accourait vers elle en faisant osciller ses jambes fluettes.
« Les chevaliers sont arrivés. Dépêchons-nous, madame. Lord Calypse vous attend. »
Maxi le suivit à l’étage inférieur. Lorsqu’ils arrivèrent devant la salle à manger, elle entendit des voix bruyantes s’élever de l’intérieur. Sans entrer, elle jeta un coup d’œil dans la pièce. Sous les lumières scintillantes, cinquante hommes étaient entassés de part et d’autre d’une longue table, tandis que des servantes les servaient. La table croulait sous les rôtis appétissants, les miches de pain, les gobelets de vin et les fruits mûrs. Dans la cheminée, les flammes doraient la pièce.
Maxi hésita, incertaine que sa présence fût de mise au banquet des chevaliers.
« Y a-t-il un problème, madame ? » demanda Rodrigo, l’air hésitant.
Quand Maxi trouva le courage d’entrer, le silence tomba sur la salle. Des dizaines de paires d’yeux se tournèrent vers elle.
Riftan lui fit signe. « Viens ici, Maxi. »
Elle sortit de sa stupeur et rejoignit la place à côté de lui. Des servantes déposèrent aussitôt de petites portions dans son assiette.
« Certains d’entre vous ne l’ont pas encore rencontrée. Voici mon épouse, dame Maximilian Calypse. »
Elle examina avec inquiétude le visage des chevaliers. Leurs expressions étaient indéchiffrables, ni amicales ni hostiles.
« J’espère que vous la traiterez avec tout le respect qui lui est dû », déclara Riftan, une menace à peine voilée dans la voix.
Les hommes se décidèrent alors à lui adresser des salutations peu enthousiastes. Maxi marmonna ses remerciements. Après cet échange, les chevaliers reprirent leur repas, tandis qu’elle fixait son assiette. Riftan remplit son verre à moitié de vin.
« Pourquoi tu ne manges pas ? Le repas ne te plaît pas ? »
« N-non, c’est d-délicieux. »
« Alors mange. »
Il saisit un pilon à mains nues et y mordit à pleines dents. Il avait les mêmes manières à table que lorsqu’il mangeait dans un campement de fortune.
Riftan avala en un rien de temps sa généreuse portion de poulet, puis tendit la main vers un autre morceau. Après avoir descendu son vin comme de l’eau, il lui lança un regard sévère pour l’inciter à manger. Elle le dévisagea, stupéfaite par son appétit insatiable.
Il me pousse toujours à manger…
Elle découpa une tranche de viande fumée encore fumante et la porta à sa bouche. Puis elle se servit des légumes verts en salade pour contrebalancer le gras de la viande et son assaisonnement sucré. Malgré son anxiété, elle trouva le repas délicieux. Le cuisinier du Château de Calypse était de toute évidence bien plus doué que celui du Château de Croyso.
Riftan, qui l’observait manger, déposa encore de la nourriture dans son assiette.
« Goûte ça. C’est bon. »
Elle en prit une bouchée. La viande, marinée dans une sauce rouge, avait un goût de gibier, mais elle n’était pas immangeable. Les yeux plissés, elle passa en revue les plats disposés sur la table. La plupart étaient chargés de viandes à l’origine inconnue. À peine eut-elle terminé son assiette que Riftan lui tendit une volaille cuite à la vapeur, farcie de haricots et de pommes de terre.
« Tiens, mange ça aussi. »
« Je ne p-peux pas tout m-manger. »
« Tu n’as presque rien mangé ! Allez, encore un peu. »
Maxi grimaça. Elle s’était forcée à avaler tout ce que Riftan lui avait donné et se sentait maintenant nauséeuse. Incapable d’avaler une bouchée de plus de ce festin trop gras, elle posa sa fourchette. Riftan fronça les sourcils.
« Même les hirondelles mangent plus que toi. »
« C-ce n’est pas v-vrai. J’ai déjà m-mangé tant de choses… »
Riftan renifla. Une pile d’os parfaitement nettoyés trônait dans son assiette. Même parmi les chevaliers, il semblait avoir un appétit exceptionnel. À côté de lui, elle mangeait vraiment comme un oiseau.
« C-combien faut-il m-manger ? »
Maxi soupira. Riftan lui jeta un regard, la bouche pleine. Il avala avant de lui répondre d’un ton factuel.
« Tu devrais manger un poulet entier, au moins. »
« Je ne crois p-pas que la plupart des f-femmes puissent en m-manger autant… »
« J’en connais une qui l’a fait. »
Maxi tressaillit. De quelle femme parlait-il ? Aimait-il les femmes qui avaient bon appétit ? La plupart des hommes souhaitaient avoir des enfants en bonne santé avec une épouse robuste. Elle baissa les yeux vers son propre corps fluet. Fermant les yeux, elle se força à avaler encore un peu, ce qui fit sourire Riftan. 𝘧𝗿ee𝚠𝙚𝙗𝑛o𝚟𝐞l.𝐜૦𝗺
« Essaie de manger un peu plus chaque jour. Tu es trop frêle. »
Elle acquiesça, une bouchée de pain dans la bouche. Riftan se mit à boire avec le chevalier plus âgé assis à côté de lui. Tout en sirotant son vin, elle observa les visages autour d’elle.
Elle ne reconnaissait pas certains des nouveaux venus dans la salle, qu’elle n’avait pas vus pendant le voyage. Au milieu de la table, de jeunes chevaliers buvaient et riaient à grand bruit ; tout au bout, des garçons n’avaient pas plus de seize ans. À la place d’honneur, deux chevaliers d’une quarantaine ou d’une cinquantaine d’années ne cessaient de remplir le verre de Riftan.
Maxi continua de siroter son vin, intriguée par leur conversation. Les progrès de l’entraînement des écuyers, les récoltes de l’année et la production des mines, les observations de plus en plus fréquentes de certains monstres, l’efficacité de diverses armes… Elle n’avait jamais eu l’occasion de se renseigner sur ces sujets. Riftan discutait avec les chevaliers chevronnés lorsqu’un des plus jeunes écuyers se leva brusquement.
« Sir Riftan ! Est-il vrai que, lors de la bataille finale dans les monts Lexos, vous avez tranché le Souffle du Dragon avec votre aura de lame ? »
Tous cessèrent de parler et se tournèrent vers le jeune homme. Sans se laisser troubler par le regard des chevaliers plus âgés, l’écuyer aux cheveux argentés poursuivit avec enthousiasme :
« On dit que les flammes du Souffle du Dragon peuvent raser les sommets des montagnes ! C’est la magie la plus puissante du monde naturel. Comment avez-vous pu la trancher avec une épée ? »
« Mon aura de lame a simplement cette particularité », répondit Riftan, visiblement agacé.
« L’épée de notre capitaine peut absorber toute magie qu’elle rencontre, intervint un chevalier qui remplissait une grande chope de bière. Plus la magie de l’adversaire est puissante, plus son épée le devient. »
Maxi reconnut Hebaron Nirtha, l’un des chevaliers qui les avaient accompagnés jusqu’à Anatol.
« Même sans ces propriétés uniques, notre capitaine est un épéiste hors pair ! Il a remis à sa place ce commandant prétentieux des Chevaliers du Temple osirien ! »
« C’est le commandant, pas le capitaine, fit remarquer Ursuline Ricaydo, le chevalier blond. Quand est-ce que tu te débarrasseras de tes manières de mercenaire ? »
Hebaron renifla bruyamment. « Capitaine, commandant, pour moi, c’est du pareil au même ! Ne viens pas m’ennuyer avec tes distinctions inutiles. »
Le jeune homme aux cheveux argentés, qui avait observé leur dispute, s’exclama de nouveau, plus exalté que jamais :
« Alors, c’est vrai que Sir Riftan a affronté Sir Kuahel Leon, des Chevaliers du Temple ? Pourquoi personne ne nous a raconté une histoire aussi merveilleuse ? »
« Ce n’était pas le moment de se vanter d’avoir vu les deux plus grands chevaliers s’affronter, répondit sèchement Ricaydo. La Campagne du Dragon était imminente. Le haut commandement de la campagne a étouffé les rumeurs sur le duel, de peur que la défaite de Sir Kuahel ne démoralise les Chevaliers du Temple au sein de l’alliance. Un duel peut toujours en entraîner un autre, surtout entre des chevaliers fougueux. Nous étions là pour chasser un dragon, pas pour participer à un tournoi. »
…
« M-mais c’était un duel entre les deux chevaliers les plus puissants du continent ! C’est dommage que personne n’en ait entendu parler. Ce devait être le plus grand duel de tous les temps ! »
« Tuer le dragon était bien suffisant, répondit sèchement Riftan. Je n’ai pas besoin d’ajouter d’autres exploits à mon nom. Et ce n’était pas un duel officiel. Nous préparions la Campagne du Dragon, alors aucun de nous n’a montré sa véritable force. Quant au dragon, si j’y ai contribué davantage que lui, c’est uniquement grâce à la capacité de mon épée à absorber la magie, pas à mon talent à l’épée. »
« Ce n’est pas dans tes habitudes d’être aussi modeste », lança un jeune chevalier qui croquait une pomme près de la cheminée. « Une victoire reste une victoire. Vous aviez tous les deux accepté de vous battre dans des conditions limitées, et tu as gagné à la loyale. »
Les écuyers dévisageaient avidement le chevalier.
« Sir Gabel ! Racontez-nous le duel ! »
Gabel Lachzion haussa les épaules. « Vous préférez entendre parler de ça plutôt que de la campagne ? »
« Non ! Il faut aussi que vous nous parliez du dragon ! »
Le chevalier rit de l’enthousiasme des jeunes. Maxi aussi l’écoutait attentivement. Elle avait entendu les bardes chanter les exploits héroïques des chevaliers lors des festins de son père, mais jamais elle n’avait entendu ces récits de la bouche d’un chevalier.
Gabel vida une chope de bière dorée pour étancher sa soif, puis raconta les débuts de la campagne, en commençant par un récit saisissant d’une bataille contre des ogres et des trolls. Lorsqu’il en arriva à l’affrontement contre trois basilics dans la vallée qui menait aux monts Lexos, Maxi était aussi captivée que les écuyers aux yeux brillants.
Les monstres qu’elle avait rencontrés en personne l’avaient terrifiée, mais ceux que Gabel décrivait avec tant d’éloquence la fascinaient. Tandis qu’elle s’émerveillait en silence de ses talents de conteur, elle sentit quelque chose effleurer son cou.
…