Chapitre 143
Chapitre 143
Traducteur – LL
Relectrice – Nymeria
Maxi descendit l’escalier, suivie de ses servantes, un châle aux couleurs vives posé sur l’épaule. Son cœur battait fort et son dos était moite. Les premiers invités qu’elle recevrait en tant que maîtresse du Château de Calypse étaient arrivés. Mais le fait que la première invitée soit la princesse Agnes décuplait son anxiété. À quoi pouvait-elle ressembler ? Était-elle aussi froide et arrogante que Rosetta ? Serait-elle du genre à la mépriser et à la traiter comme une moins que rien ? Maxi frotta ses paumes humides contre sa jupe et attendit que les invités apparaissent devant la porte grande ouverte.
Des voix s’élevèrent soudain au loin, tandis que des personnes vêtues de costumes colorés se dirigeaient vers l’entrée. Maxi repéra aussitôt la princesse Agnes : celle-ci était accompagnée de deux jeunes femmes qui semblaient être ses servantes, de cinq ou six hommes qui paraissaient être ses suivants et de nombreux chevaliers en armure d’argent. Tous avançaient d’un pas majestueux vers l’entrée de la grande salle. Une rangée de chevaliers du Dragon rouge se tenait près d’eux et, juste à côté de la princesse royale, Riftan se dressait comme pour la protéger.
Maxi contempla la scène, stupéfaite au point d’oublier de s’incliner pour saluer. L’apparence de la princesse Agnes était vraiment peu conventionnelle. Elle portait un pantalon d’homme avec de longues bottes, ainsi qu’une tunique violette descendant jusqu’aux genoux, surmontée d’une longue cape. Ses longs cheveux blonds brillaient sans qu’aucun ornement soit nécessaire. Elle s’approcha de Maxi d’un pas joyeux, un léger sourire aux lèvres. Le soleil faisait ressortir l’éclat doré de son teint. Gênée, Maxi se retrouva face à cette femme à la fois simple et pleine d’énergie, si différente de ce qu’elle avait imaginé. Ses yeux d’un bleu limpide semblaient rayonner comme des joyaux.
« Enchantée. Je suis Agnes Drakina Ruben. »
« C’est un honneur… de vous rencontrer, Votre Grâce. Je suis Maximilian… Calypse. »
Bien qu’un peu tendue, elle parvint à la saluer avec calme, comme elle s’était secrètement exercée à le faire.
« J’espère que vous vous sentirez… à l’aise ici. »
Elle s’inclina légèrement devant la princesse, en déployant les pans de sa jupe, tandis que ses servantes l’imitaient avec politesse. La princesse Agnes lui adressa un sourire joyeux et digne.
« Vous avez dû être déconcertée par cette visite inattendue, mais merci de m’accueillir. »
Riftan s’avança d’un pas, comme s’il faisait écran à la princesse royale. Face au soleil, il avait l’air plus solennel et majestueux que d’habitude ; sa tunique bleu sombre et ses yeux gris argenté, presque marine, ressortaient plus que jamais.
« Je vais conduire les chevaliers. Veuillez mener Son Altesse Royale à sa chambre. »
« J-je… compris. »
Maxi leva les yeux vers lui, espérant qu’il lui embrasserait le front, voire la joue, en passant. Mais Riftan se contenta de la regarder un instant avant de se tourner vers les chevaliers royaux.
« Suivez-moi. Je vais vous conduire dans une pièce où vous pourrez vous reposer. »
Il prit alors la tête du groupe et se dirigea vers la porte arrière, qui menait à l’annexe. Les gardes le suivirent, tandis que les serviteurs qui attendaient sur place se mirent à s’occuper des invités, un par un. Maxi dissimula sa déception, puis demanda aux servantes de conduire les suivants dans leurs chambres respectives. Elles s’empressèrent de transporter leurs bagages.
« J’ai préparé la chambre d’amis… au deuxième étage de la grande salle. Vos suivants… logeront au même étage… cela vous convient-il, Votre Grâce ? »
« Bien sûr. Je vous remercie de votre attention. »
« J-je vais vous conduire à votre chambre. »
Maxi se retourna et monta l’escalier recouvert d’un tapis rouge. La princesse marcha à ses côtés, observant le château avec curiosité.
« J’ai entendu dire qu’il était plus ancien que le Palais de Drachium, mais il est bien entretenu. »
« M-merci. »
Sans le vouloir, Maxi se montrait excessivement polie. La dignité naturelle de la princesse l’intimidait : même vêtue comme un garçon, elle débordait d’autorité royale. Maxi la regarda parcourir quelques pas dans le vaste couloir, contemplant les lieux sans manifester le moindre déplaisir.
La princesse royale était grande, ce qui était rare chez une femme : elle devait mesurer environ cinq kvet et deux henge (près de cent soixante-quatorze centimètres), et ses membres étaient longs et fins comme ceux d’une biche. De plus, son visage était assez éloigné de l’idéal de beauté classique que Maxi s’était forgé. Ses lèvres étaient assez charnues pour sembler un peu trop grandes pour son visage, et ses yeux allongés en amande, légèrement relevés vers les tempes, lui donnaient un air félin. Son visage, fin et pointu comme une pointe de flèche, était doté d’un nez haut et droit. Le mot « beau » lui convenait mieux que « belle ». Dans l’ensemble, la princesse Agnes dégageait un charme provocant et intense, bien différent de la beauté délicate et parfaite de Rosetta.
« On se croirait dans un fort de Roem. »
Agnes exprima tranquillement son admiration pour la grande salle.
« J’aimerais visiter le château de plus près. Pourriez-vous me le faire découvrir ? »
La princesse se tourna vers Maxi et plissa les yeux. Son expression paraissait amicale, avenante à première vue, mais une lueur différente brillait dans ses yeux bleus, comme si elle cherchait à découvrir quelque chose. Sans même s’en rendre compte, Maxi haussa les épaules, puis hocha la tête.
« Bien sûr, Votre Grâce. »
« Merci. J’aimerais me laver et me changer avant. Où se trouve ma chambre ? »
« Je vais vous y conduire, Votre Grâce. Par ici… »
Ludis, qui se tenait derrière Maxi, s’avança et s’inclina poliment. La princesse lui sourit, puis pivota avec grâce.
« Très bien, à tout à l’heure. »
Maxi la regarda s’éloigner, un peu désorientée. Après cette première rencontre, elle avait déjà l’impression d’avoir été emportée par l’énergie de la princesse royale.
« V-veuillez préparer un bain… dans la chambre de notre invitée. »
« Oui, madame. »
Maxi donna des instructions précises aux servantes qui restaient, puis descendit à la cuisine pour vérifier où en étaient les préparatifs du banquet de bienvenue. La vaste cuisine grouillait de serviteurs occupés à préparer le repas des invités. Elle voulait s’assurer que tout se passait bien, mais elle ne cessait de revoir Riftan et la princesse Agnes côte à côte, aussi assortis que dans un tableau.
La beauté blonde au charme éblouissant, telle le soleil, et le beau chevalier se tenaient côte à côte, formant un tableau aussi magnifique qu’intimidant. N’importe qui aurait pu croire qu’ils venaient de surgir d’un livre de contes. Maxi comprenait pourquoi les gens souhaitaient les voir ensemble.
Elle se mordit les lèvres, nerveuse. Était-il vrai que Riftan n’éprouvait rien pour elle ? La princesse avait quelque chose d’inhabituel, mais c’était malgré tout une femme jolie et charmante. Ne ferait-elle pas tourner la tête des hommes ?
« Madame, je vais préparer l’agneau… Vous êtes sûre que ça ira ? »
Un serviteur lui posa soudain la question, l’air inquiet. En apercevant, dehors, derrière la porte grande ouverte, un homme à la barbe noire qui aiguisait un couteau près d’un agneau attaché à un poteau, Maxi détourna vivement le regard. Elle n’avait vraiment pas envie d’assister à la scène. Elle esquissa un sourire gêné et sortit précipitamment de la cuisine.
Dans le vaste hall inondé de soleil, les servantes couraient en tous sens, les bras chargés de linge blanc. Leurs manches étaient trempées tandis qu’elles transportaient l’eau chaude du sauna jusqu’aux chambres des invités, et le crépitement du bois résonnait dans la cour arrière. Même les palefreniers étaient occupés à abreuver et nourrir les chevaux des visiteurs.
Maxi leur donna minutieusement des instructions pour que tout se déroule dans l’ordre. Il fallait d’abord apporter de l’eau pour le bain, du savon et des serviettes propres afin que les invités puissent se reposer convenablement, puis proposer du vin, des biscuits et des fruits confits à ceux qui voudraient boire ou grignoter. Après leur avoir demandé de vérifier soigneusement si les invités avaient besoin d’autre chose, Maxi monta à la salle de banquet.
Le soir, il faudrait servir un dîner de bienvenue aux invités. Elle appela trois ou quatre serviteurs et leur ordonna d’installer deux longues tables dans la salle de banquet, puis choisit avec Rodrigo les nappes, les chandeliers et les couverts. Comme les pièces de vaisselle de grande qualité, en or, en argent ou en verre, risquaient d’être volées, elle devait, en tant que maîtresse de maison, en vérifier le nombre. Maxi prit un chandelier doré coûteux dans la réserve, puis nota soigneusement dans le registre le nombre de plateaux, d’assiettes, de fourchettes et de couteaux en argent. Après avoir vérifié ses comptes deux fois, elle dénombra les bougies, le bois de chauffage, ainsi que l’alcool et les mets prévus pour le banquet.
Il ne pouvait pas manquer d’alcool ni de nourriture au dîner, mais il ne fallait pas non plus en préparer trop : ce serait du gâchis si les invités ne mangeaient pas tout, car il faudrait alors jeter les restes.
« Madame. »
Alors qu’elle consignait dans le registre la quantité d’alcool, Ludis s’approcha prudemment. Maxi la regarda avec curiosité.
« Qu… qu’y a-t-il ? »
« La princesse royale demande si nous pouvons lui faire visiter le château maintenant. Que dois-je répondre ? »
« J-je vais m’en occuper… »
Les invités ordinaires étaient censés se reposer dès leur arrivée au château, mais la princesse Agnes semblait avoir encore toute son énergie après un long voyage, de l’extrémité nord de Wedon jusqu’à son sud.
Maxi termina rapidement les comptes qu’il lui restait à remplir, puis les confia à Rodrigo. En sortant de la salle de banquet, elle aperçut la princesse royale qui venait d’apparaître dans le couloir, vêtue à présent d’une robe bleu foncé. Maxi se hâta de la rejoindre.
« Merci d’avoir préparé une si jolie chambre. La tapisserie accrochée au mur est magnifique. »
« M-mais bien sûr, Votre Grâce. »
La princesse Agnes sourit en entendant la réponse réservée de Maxi.
« Inutile d’être si formelle. Vous pouvez m’appeler Agnes, et j’aimerais aussi vous appeler par votre prénom. Cela vous convient ? »
Maxi la fixa d’un air absent tandis qu’elle parlait, puis hocha mécaniquement la tête. Satisfaite, la princesse sourit et lui prit le bras.
« J’aimerais voir l’extérieur de la grande salle. Vous pouvez me faire visiter ? »
La princesse se mit à descendre l’escalier sans attendre sa réponse. Maxi la suivit, comme emportée par un typhon déchaîné.
Note : Agnes est enfin là ! Je sais que vous en voulez davantage sur Riftan et Maxi, mais il va falloir patienter encore un peu, faites-moi confiance c :