Chapitre 190
Le rugissement soudain de Jiang Mu stupéfia tous ceux qui étaient présents.
Personne ne s’était attendu à ce qu’il s’emporte aussi brusquement.
Le sourire moqueur et nonchalant qui flottait sur le visage de Yang Tianci se figea. Puis ses traits séduisants, un peu efféminés, s’assombrirent. Un muscle tressaillit au coin de son œil, tandis qu’une aura glaciale émanait de lui.
« Qu’est-ce que… tu… viens… de dire ?
Il se pencha légèrement en avant sur sa selle et cracha ces mots glacials entre ses dents.
CLANG—
Une douzaine de ses gardes personnels s’avancèrent, les mains posées sur la garde de leurs armes, et lancèrent à Jiang Mu des regards menaçants.
Le cœur de Tang Guixin fit un bond. *Ça sent mauvais*, songea-t-elle.
Elle s’interposa rapidement devant Jiang Mu, réprimant son inquiétude, puis s’adressa à Yang Tianci d’une voix froide.
« Maître Yang, Seigneur Jiang est notre collègue. Il est venu de l’État de Hu pour nous prêter main-forte. L’infestation démoniaque du Pic du Cerf blanc est loin d’être terminée, et nous sommes cernés de dangers. Si nous nous mettons à nous battre entre nous, ne deviendrons-nous pas la risée de tous quand la nouvelle se répandra ?
De plus, la Directrice Shui attend notre rapport. Ne laissez pas un accès de colère entraver les affaires officielles ! »
À la mention de la Directrice Shui, la froideur dans le regard de Yang Tianci s’atténua légèrement.
Il se redressa et tapota légèrement sa paume avec un éventail pliant. Un sourire moqueur étira le coin de sa bouche.
« Très bien. Pour la Directrice Shui, je ferai comme si ce gamin avait perdu la tête et débité des sottises. »
Son regard passa par-dessus Tang Guixin pour adresser à Jiang Mu un coup d’œil méprisant. Puis il déclara avec arrogance :
« Toutefois, Maîtresse Tang, je m’attribue le mérite de ce Nid de démons. Je ne suis pas en train d’en discuter avec vous : je vous en informe.
Et ne viens plus jamais me servir tes conneries en prétendant que quelqu’un d’autre a tué les démons. Jusqu’ici, par respect pour la Directrice Shui, je n’avais pas jugé utile de discuter et je t’avais laissé me prendre pour un imbécile.
Mais ma patience a des limites. Tu me prends vraiment, moi, Yang Tianci, pour un idiot que tu peux berner encore et encore ?
C’est compris ? »
Sur ces mots, il ignora l’expression furieuse de Tang Guixin, ricana et entreprit de faire tourner son cheval pour partir.
Mais à l’instant même où il tira sur les rênes…
L’air se déforma soudain à côté de lui !
La silhouette de Jiang Mu apparut à côté de la selle comme par magie. Il avait bougé si vite que personne n’eut le temps de réagir.
Avant même que Yang Tianci comprenne ce qui se passait, un éclair aveuglant jaillit de la lame et fonça sur lui !
Yang Tianci ne vit qu’un reflet froid du coin de l’œil.
Il n’eut pas le temps de s’étonner. La lame, d’une netteté incomparable et chargée de la puissance d’un coup de tonnerre, s’abattait déjà férocement sur sa poitrine !
BOUM—!!
Au moment critique, un halo doré éblouissant jaillit du corps de Yang Tianci et forma une barrière protectrice.
C’était le Talisman protecteur qu’il portait sur lui, qui s’activait automatiquement pour défendre son maître.
Mais la force de frappe de Jiang Mu était tout simplement terrifiante. La barrière arrêta la lame, mais l’énorme impact se répercuta tout de même.
Yang Tianci fut projeté tout droit hors de sa selle.
Il décrivit une trajectoire pathétique dans les airs avant de s’écraser dans la roche dure du flanc de la montagne avec un BOUM.
CRAC !
La falaise trembla et des pierres se détachèrent en cascade.
Yang Tianci s’enfonça profondément dans la paroi, y creusant un cratère à sa forme, les bras et les jambes écartés, tandis que la poussière envahissait les lieux.
Un silence de mort s’abattit sur toute la zone.
Tout le monde resta bouche bée, les yeux rivés sur la scène.
Ils étaient tous complètement abasourdis.
Jiang Mu, lui, fit comme si de rien n’était. Il tendit la main pour apaiser doucement le cheval noir effrayé, qui s’apprêtait à se cabrer, et dit calmement :
« T’es si jeune et déjà sourd. Je t’ai dit de descendre, mais tu n’as pas voulu écouter. Tu m’as forcé à agir. C’était vraiment nécessaire ?
— Maître Yang !!
Ce n’est qu’alors que les hommes de Yang Tianci sortirent de leur stupeur. Ils se précipitèrent maladroitement pour « déloger » leur maître de la paroi rocheuse.
Les autres poussèrent des rugissements, dégainèrent leurs armes et encerclèrent Jiang Mu.
L’air crépitait sous l’effet de leur soif de sang, prête à éclater à tout instant.
Tang Guixin et ses hommes étaient complètement stupéfaits.
La situation avait dégénéré si vite, bien au-delà de ce qu’ils avaient imaginé.
*Ce Jiang… c’est une véritable brute !*
À cet instant, les derniers doutes qu’ils pouvaient encore avoir quant au fait que « Jiang Mu avait massacré seul le Nid de démons » s’évanouirent complètement.
La folie pure et l’aura dominatrice qui émanaient de lui étaient bien plus terrifiantes que celles de Yan Fenghuo, le « Yama désespéré ».
« Tousse, tousse, tousse… »
Une fois qu’on l’eut aidé à sortir, Yang Tianci toussa violemment.
À vrai dire, il avait encore la tête qui bourdonnait et les idées en plein désordre.
Jamais il n’aurait imaginé que Jiang Mu oserait l’attaquer en plein jour, devant tout le monde.
Ce qui le stupéfia davantage encore, c’était qu’un simple Cultivateur au début du Quatrième Royaume puisse déployer une puissance explosive aussi terrifiante et l’envoyer voler.
Si son Talisman protecteur de haute qualité ne s’était pas activé automatiquement pour annuler les dégâts, ce coup aurait pu lui coûter la moitié de sa vie.
« Lâchez-moi ! »
Yang Tianci repoussa ses hommes et se tapa plusieurs fois le sommet du crâne du talon de la paume, encore étourdi.
Quand sa vue s’éclaircit un peu, il releva la tête. Les yeux injectés de sang, il fusilla Jiang Mu du regard et gronda entre ses dents serrées :
« Un putain d’âne t’a rué dans la tête ?
Comment oses-tu lever la main sur moi !? »
Jiang Mu ne prêta aucune attention aux lames pointées sur lui. Il soutint le regard de Yang Tianci et demanda calmement : « Ce cheval appartient à l’un de mes hommes. Où l’as-tu trouvé ? »
« Le cheval ?
Yang Tianci se figea, l’air décontenancé.
*Après tout ça, ce type est devenu fou et m’a envoyé voler… pour un fichu cheval ?!*
Comment diable aurait-il pu savoir d’où venait ce cheval ?
Le chemin jusqu’à la montagne était difficile ; il avait donc ordonné à la légère à un subalterne de lui trouver une monture. Il n’avait aucune idée d’où l’homme l’avait dénichée.
Mais tout cela n’avait plus d’importance.
De toute sa vie, quand Yang Tianci avait-il subi une humiliation pareille ?
Quand l’avait-on déjà réduit à un état aussi pitoyable ?!
« Vous tous, écartez-vous de mon chemin ! »
Yang Tianci hurla aux hommes qui encerclaient Jiang Mu.
Il se pencha pour ramasser son éventail tombé à terre, l’épousseta, puis le pointa vers Jiang Mu à distance. Un rire lui échappa, né d’une rage pure.