Chapitre 176
« Dans le Palais Souterrain, sur la Plateforme de Jade froide. »
Shangguan Luoxue, plongée dans sa méditation, ouvrit soudain ses yeux violets, clairs et froids.
Une lueur d’étonnement passa dans leurs profondeurs, où semblait couler la lumière des étoiles.
« Hein ? »
Ce gamin de Jiang Mu a vraiment réussi ? Et si vite ?
D’après ses premières estimations, même avec un talent et une compréhension convenables, et malgré les conseils de l’Accord du Manoir Pourpre, Jiang Mu aurait dû étudier et faire des essais pendant au moins un mois.
Or, quelques jours à peine s’étaient écoulés.
Pourtant, elle sentait clairement qu’il avait extrait les Eaux du Ravin de sa Demeure taoïste.
Les Eaux du Ravin comptaient parmi les trésors divins prédestinés du cycle élémentaire de soixante ans.
Elles constituaient une substance essentielle à l’édification d’une Fondation du Dao suprême et à l’entretien du Grand Dao.
Pour une Cultivatrice du niveau de Shangguan Luoxue, ouvrir sa propre Demeure taoïste de la Grotte céleste exigeait de trouver un objet divin prédestiné compatible avec son thème de vie.
Ce n’était qu’en l’intégrant à sa Fondation du Dao qu’elle pouvait établir des fondations suprêmes.
Elle était née durant l’année Dingchou du cycle.
Ding correspond au Feu Yin et Chou à la Terre Yin. Le Feu et la Terre s’engendrent mutuellement, mais ils ont besoin d’eau pour être nourris.
Voilà pourquoi, à l’époque, elle s’était emparée des Eaux du Ravin afin de fortifier et d’entretenir les fondations de son propre Grand Dao.
Un texte ancien disait :
« Les Eaux du Ravin sont des flots paisibles encerclés de montagnes, un torrent impétueux qui dévale en cascade. Ce sont les cours d’eau qui relient le nord au sud et font face aux Positions de l’Eau et du Feu. »
« Cette eau est limpide et pure. Nourrie par le Métal, elle prospère sans jamais être souillée par la poussière ni les immondices. »
Dans sa Demeure taoïste, comme l’eau s’était entièrement mêlée à son thème de vie Dingchou, on l’appelait aussi les Eaux du Ravin de Dingchou.
Les blessures qu’elle avait subies au Dao provenaient d’une Fondation du Dao endommagée.
Pour dire les choses plus simplement…
Son Grand Dao était comme une fleur céleste qu’il fallait cultiver avec soin. La Fondation du Dao en était le pot et la terre, tandis que les Eaux du Ravin représentaient la rosée sucrée dont elle avait besoin chaque jour.
À présent, le pot était fendu, la terre s’en échappait et, chaque fois qu’on l’arrosait, la majeure partie de la rosée sucrée s’écoulait.
La fleur céleste se fanait donc de jour en jour.
Il n’y avait qu’en réparant le pot qu’elle pourrait recueillir de nouveau les Eaux du Ravin et redonner vie à la fleur.
C’était pour cela qu’elle était si impatiente de recourir à l’Accord du Manoir Pourpre pour le réparer.
La compréhension de ce gamin est monstrueuse ! Je l’ai donc sous-estimé. Mais…
La lueur dans les yeux violets de Shangguan Luoxue s’atténua et ils retrouvèrent leur froideur habituelle.
Mais… réussir à extraire une simple trace des Eaux du Ravin n’est que la première étape.
Le véritable enjeu, c’est de savoir s’il peut réellement pousser les portes de la Demeure taoïste et entrer. Et même s’il a la chance d’y parvenir, il lui reste encore des épreuves de restriction à surmonter…
Shangguan Luoxue referma lentement les poings.
Jiang Mu… J’espère que tu ne me décevras pas. Le temps me manque.
« Devant les portes de la Demeure taoïste. »
« Ça sent tellement bon… »
Jiang Mu renifla l’air, surpris. « C’est quoi, ce truc ? »
Il en gratta un peu avec la main et y goûta.
C’était très frais.
Une fragrance légère et délicate s’en dégageait.
Étourdi, il sentit des fragments mystérieux de Rhyme de Dao affluer dans ses sens.
Ils étaient épars et indistincts, impossibles à comprendre sur-le-champ, mais l’Intention du Dao profonde, qui désignait directement l’origine de toute chose, l’ébranla jusqu’au plus profond de lui-même.
« J’ai compris ! »
Jiang Mu sentit son moral remonter.
« Cette substance est intimement liée au Grand Dao du maître de cette Demeure taoïste de la Grotte céleste. C’est comme une essence cristallisée de l’Intention du Dao. »
« C’est du sacré bon ! »
En absorber ne serait-ce qu’un peu lui apporterait des bienfaits incommensurables pour comprendre les Daos paisibles, qui apaisaient l’esprit.
Jiang Mu se mit aussitôt à l’absorber.
Peu après, il rotta.
Il ne pouvait pas en boire davantage.
Maintenant que les Eaux du Ravin avaient été extraites, la force de répulsion des portes de la Demeure taoïste, jusque-là impénétrables, avait considérablement diminué.
En voyant cela, Jiang Mu se mit aussitôt à pousser de toutes ses forces.
« Ouvre-toi ! »
Comme prévu, à mesure qu’il poussait, les portes étroitement closes de la Demeure taoïste s’entrouvrirent lentement, à vue d’œil.
Jiang Mu fut transporté de joie.
Il se mit de côté et s’efforça de faire passer son épaule et la moitié de son corps par l’ouverture.
Un souffle de qi froid blanc, encore plus tyrannique, jaillit de la fente entre les portes.
« Hiii— ! »
Pris au dépourvu, Jiang Mu fut secoué de frissons.
Il fait un froid glacial !
Mais comparé à la sensation de gel que me donne Ling Ye quand je la tiens dans le monde réel, ce froid reste supportable.
Sa joie fut toutefois prématurée.
À mesure qu’il se forçait à entrer, le qi froid qui se ruait sur lui s’intensifia à une vitesse fulgurante !
Jiang Mu n’eut même pas le temps de voir ce qui se trouvait derrière les portes.
« CRAC ! »
En un instant, son corps conscient se changea en statue de glace.
Ce n’était pas surprenant.
Shangguan Luoxue possédait le Corps de Dao du Grand Yin immaculé à l’essence obscure, d’une rareté extrême. Grâce aux écritures secrètes propres à la Secte de la Lune Froide, la Demeure taoïste de la Grotte céleste qu’elle avait façonnée reposait sur les fondations du « froid absolu ».
Elle contenait l’Essence véritable du Grand Yin et manifestait au-dehors un Qi maléfique de givre profond.
C’était là la source même de son Grand Dao.
En tentant de s’y frayer un passage de force, Jiang Mu ne pouvait qu’essuyer les représailles instinctives de la Demeure taoïste.
Bien sûr, Jiang Mu ne mourrait pas vraiment ici.
Sa conscience était liée à son corps physique. D’une simple pensée, il pouvait quitter de force cet espace de conscience et retourner à la réalité.
Malheureusement pour lui, il était également confronté à une grave crise dans le monde réel.
« Dans la chambre de l’auberge. »
Jiang Mu, qui serrait Ling Ye contre lui, était déjà couvert d’une couche de givre blanc après avoir été exposé si longtemps à son Qi froid de la Cigale de jade.
Il était pratiquement devenu un bonhomme de neige gelé.
Résultat :
le qi froid fondamental des Eaux du Ravin, qui s’infiltrait depuis sa conscience, rencontra de façon inattendue le Qi froid de la Cigale de jade du monde réel, à l’intérieur de son corps.
Pris en tenaille par l’intérieur et l’extérieur, Jiang Mu fut gelé deux fois plutôt qu’une.
Comme dit le proverbe, une montagne ne peut abriter deux tigres.
Ces deux courants de qi froid ressemblaient à deux bêtes féroces sans égales se disputant leur territoire. Ils s’enchevêtrèrent aussitôt et s’attaquèrent.
Le corps de Jiang Mu devint leur champ de bataille.
Jiang Mu était dans de beaux draps.
Son corps était immobilisé, sa conscience prisonnière, et il se retrouvait coincé entre la vie et la mort.
Pas un muscle ne pouvait bouger.
Pourtant, à mesure que le combat entre les deux énergies froides devenait plus acharné et violent, une étrange force d’aspiration commença lentement à se former au plus profond du Dantian de Jiang Mu.